‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 71 sur 73 · EST UN, ET TENIR EST UN AUTRE · texte numérisé non relu

EST UN, ET TENIR EST UN AUTRE

Ean amoureux de la jeune Perette,

Ayant en vain auprès d’elle employé, Soupirs, fermens, doux jargon d'amourette, TA Sans

EST U N, ET TENIR &c, 261.

Sans que jamais rien lui fût o@royé,

Pour la flechir, s’avifa de lui dire,

En Jui montrant de fes mains les dix doigts, Qu'il lui pourroit prouver autant de fois, Qu’en fait d'amour il étoit un grand fire.

De tels fignaux parlent éloquemment,

Et pour toucher ont fouvent plus de force, Que foins, foupirs, & que tendres fermens.

Perette aufli fe prit à cette amorce.

Ja fes regards font plus doux mille fois, Plus de fierté, l’amour a pris fa place.

Tout eft changé jufqu’au fon de fa voix.

On fouffre Jean, voire même on-Pagace, On lui fourit, on le pinfe par fois,

Et le galant voyant l’heure venuë,

L'heure aux Amans tant feulement connuë, Ne perd point tems, prend quelques menus droits, Va plus avant, & fi bien s’infinué,

Qu’il acquitta le premier de fes doigts, Pañfe au fecond, au tiers, au quatriéme, Reprend haleine, & fournit le cinquiéme.

Mais qui pourrOit aller toûjours de même!

Ce n’eft moi ja : quoique d’âge à cela, Ne Jean auffi; car il en refta là.

Perette donc en fon conte trompée,

Si toutesfois c’eft tromper que ceci,

Car j'en connois mainte très-haut huppée Qui voudroit bi@n être trompée ainfi :

Perette, dis-je, abufée en fon conte,

Et ne pouvant rien de plus obtenir,

Page 1