‹ Contes et nouvelles en vers (volume 4)Chapitre 72 sur 73 · PROMETTRE EST UN;&c · texte numérisé non relu

PROMETTRE EST UN;&c

$e plaint à Jean, lui dit que c’eft grand’ honte D’avoir promis, & de nc pas tenir.

Mais à cela cettui trompeur Apôtre,

De fon travail fuffifamment content,

Sans s’émouvoir répond en fa quittanit , Promettre eft un & tenir eft un autre.

Avec le terms j’acquiterai Îcs dix,

En attendant, Perétte, adieu vous dis:

LE

: M Si LE ROSSIGN OL,

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pP°x garder certaine T'oifon, On a beau faire fentinelle ; C’eft temps perdu, lors qu’une'Belle Y fent grande démangeaifon :

Un adroit & charmant Jafon , : Avec

264 LE ROSSIGNOL Avec l’aide de la Donzelle, Et de Maître expert Cupidon, Trompe facilement &T'aureaux & Dragon.

La contrainte eft l’écueil de la pudeur des Filles. Les Surveillans,, les verroux & les grilles Sont une foible digue à leur temperament.

A douze ans aujourd’hui point d’Agnés; à cet Âge Fillette nuit & jour s’aplique uniquement + Atrouver les moyens d’endormir finement Les Argus de fon pucelage.

Larmes de Crocodile, yeux lafcifs, doux langage, Soûpirs, foûris flateur, tout eft mis en ufage, Quand il s’agit d’attraper un Amant.

Je n’en dirai pas davantage, Leéteur, regardez feulement La finette Cataut jouer fon perfonnage, Et comment elle met le Roffignol en cage; Après je.m’en raporte à vôtre jugement.

Dans une ville d’Italie, " Dont je n’ai jamais fà le nom, Fut une Fille fort jolie, Son Pére étoit Meflire Varambon:

Bocace ne dit point comme on nommoit la Mére; Aufñfi cela n’eft pas trop utile à favoir; La Fille s’apelloit Catherine; & pour plaire Elle avoit amplement tout ce qu’il faut avoir ; Age de quatorze ags, teint de lis & de rofes; Beaux yeux, belle gorge, & beaux bras, Grands préjugés pour les fecrets appas.

# Lei

Le Leéteur penfe bien qu’avec toutes ces chofes, Fillette manque rarement D'un Amant.

Auffi n’en manqua la Pucelle; Richard la vit, l’aima, fit tant en peu de jours 2 Par fes regards, par fes difcours, : Qu’il alluma pour lui dans le cœur de la Belle La même ardeur qu’il reffentoit pour elle.

L’un de l’autre déja faifoit tous les plaifirs; Déja mêmes langueurs, déja mêmes defirs, Defirs de quoi? befoïin n'ai de le dire, Sans trop d’habileté l’on peut le deviner; Quand un cœur amoureux à cet âge foûpire, On fait aflez ce qu’il peut defirer.

Un point de nos Amans retardoit le bonheur, La Mére aimoit fa Fille avecque tant d’ardeur , Qu’elle n’auroit fà vivre un feul moment fans elle ; Le jour l’avoit toûjours penduë à fon côté, Et la nuit la faifoit coucher dans fa ruelle. Un peu moins de tendreffe, & plus de liberté, Eût mieux accommodé la Belle.

Cet excès d’amour maternelle Eft bon pour les petits Enfans: - Mais Fillette de quatorze ans :

Bientôt s’en lafle & s’en ennuye.

Catherine en jour de fa vie N’avoit pû profiter d’un feul petit moment, Pour entretenir fon Amant. C’étoit pour tous les deux une peine infinie. Quelquefois par hazard il lui ferroit la main, … Tome II. S Quand

Quand il la trouvoit en chemin ; 2 Quelquefois un baifer pris à la dérobée! + Et puis c’eft tout: mais qu’eft-ce que cela? , C'eft proprement manger fon pain à la fumée.

Tous deux étoient trop fins pour en demeurer là; Or voici comme il en alla.

Un jour par un bonheur extrême Ils fe trouverent feuls fans Mére & fans jaloux; Que me fert, dit Richard, helas! que je vous aime? Que me fert d’être aimé de vous?

Cela ne fait qu’augmenter mon martyre; Je vous voi, fans vous voir; je ne puis vous parler; = Sije me plains; fi je foûpire; Il me faut tout diffimuler.

Ne fauroit-on enfin vous voir fans vôtre Mére? Ne fauriez-vous trouver quelque moyen ?

Helas! vous le pouvez, fi vous le voulez bien: Mais vous ne m’aimez pas. Si j’étois moins fincére, Dit Catherine à fon Amant, ‘Je vous parlcrois autrement:

Mais letemps nous eft cher ; voyons ce qu’il faut faire. Il faudroit donc, lui dit Richard, Si vous avez deflein de me fauver la vie, Vous faire mettre un lit dans quelque chambre à part Par exemple, à la galerie; On pourroit vous y aller voir, Sur le foir; Alors que chacun fe retire:

Autrement on ne peut vous parler qu’à demi;

Et

Et j’ai cent chofes à vous dire, Que je ne puis vous dire ici.

Ce mot fit la Belle foûrire;

Elle fe douta bien.de ce qu’on ee diroit ; Elle promit pourtant au Sire De faire ce qu’elle pourroit.

La chofe n’étoit pas facile :

Mais l’Amour donne de l’efprit ; Et fait faire une Agnés habile; Voici comment elle s’y prit,

Elle ne dormit point durant toute la nuit, Ne fit que s’agiter, & mena tant de bruit, . Que ni fon Pére ni fa Mére Ne purent fermer la paupiére Un feul moment.

Ce n’étoit pas grande merveille.

Fille qui penfe à à fon Amant abfent, Toute la nuit, dit-on, a la puce à l'oreille, Et ne dort que fort rarement.

Dès le matin Cataut fe plaignit à fa Mére Des puces.de la nuit, du grand chaud qu’il faifoit; On ne peut point dormir, Maman, s’il vous plaifoit Me faire tendre un lit dans cette galérie :

Il y fait bien plus. frais; & puis dès le matin, Du Rofignol, qui vient chanter fous, ce feuillage, J'entendrois le ramage, re La bonne Mére y. confentit, Va trouver fon Homme, & lui dit,

Cataut voudroit changer de lit; RUE: SERRES Afn

Afin d’être au frais, & d’entendre Le Roflignol. Ah! qu’eft ceci?

Dit le bon homme, &t quelle raillerie?

Allez, vous êtes folle, & vôtre Fille auffi, Avec fon Roffignol; qu’elle fe tienne ici;

Il fera cette nuit-ci Plus frais que la nuit pañtée ; Et puis elle n’eft päs, je croi, Plus delicate que moi; J'y couche bien. Cataut fe tint fort offenfée

De ce refus; & la feconde nuit

Fit cinquante fois plus de bruit, Qu’elle n’avoit fait la premiére, Pleura, gemit, fe dépita,

Et dans fon lit fe tourmenta, D'une fi terrible maniére,

Que la Mére s’en afigea,

Et dit à fon Mari, vous êtes bien mauffade, Et n’aimez guére vôtre Enfant; Vous vous joùez affärément À la faire tomber malade:

je la trouve déja tout je ne fai comment;

©: Répondez-moïi, quelle bizarrérie

De ne la pas coucher dans cette galérie?

Elle eft tout auffi près de nous.

- À la bonne heure, dit l’Epoux,

Je ne faurois tenir contre Femme qui crie; Vous me feriez devenir fou ; Paflez-en vôtre fantaifie;

Et qu’elle entende tout fon foû

LE ROSSIGNOL 26 * Le Roffignol & la Fauvette.

© Sans delai la chofe fut faite, Catherine à fon Pére obéit promtement, Se fait drefler un lit, fait figne à fon Amant Pour le foir. Qui voudra favoir prefentement Combien dura pour eux toute cette journée, Chaque moment une heure, & chaque heure une année, C’eft tout le moins: maïs la nuit vint; Et Richard fit fi bien à l’aide d’une échele, © Qu'un fripon de valet lui tint, Qu'il parvint au lit de la Belle.

De dire ce qui s’y pañla, Combien de fois on s’embrafla, En combien de façons l’Amant & la Maîtrefle Se témoignerent léur tetidreffe, Ce feroit temps perdu; les plus doétes difcours Ne fauroient jamais faire entendre ” Le plaïfir des tendres Amours; Il faut l’avoir goûté pour le pouvoir comprendre.

Le Roffignol chanta pendant toute la nuit; Et quoi qu’il ne fît pas grand bruit, Catherine en fut fort contente.

Celui, qui chañte aux Bois fon amoureux fouci, . Ne lui parut qu’un Âne auprès de celui-ci:

Mais le malheur voulut que l’Amant & l’Amante Trop foibles de moitié pour leurs ardens defirs, Et laflez par leurs doux plaifirs,

S 3 S’en-

S’endormirent tous deux fur le point que l'Aurore Commençoit à s’apercevoir.

Le Pére, en fe levant, fut curieux de voir »

Si fa Fille pris encore, Voyons un peu, dit-il, quel éfet ont produit Le chant du.Roffignol, le changement delit, li entre dans la galérie, - | Et s’étant aproché fans bruit, Il trouva fa Fille endormie.

A caufe du grand chaud nos deux Amans dormans Etoient fans drap ni couverture, En état de pure nature; Juftement comme on peint nos deux premiers Parens ÿ Excepté qu’au lieu de ja pomme, Catherine avoit dans fa main Ce qui fervit au premier Homme À conferver le Genre humain.

Ce que vous ne fauriez prononcer fans ferupule, Belles, qui vous piquez de fentimens fi fiers; Et dont vous vous fervez pourtant très-volontiers, Si l’on en croit le bon Catulle.

Le bon Homme à fes yeux à-peine ajoûte foi; Mais enfin renfermant le chagrin dans fon ame; Il rentre dans fa chambre & réveille fa Femme; Levez-vous, lui dit-il, & venez avec moi:

Je ne m’étonne plus pourquoi Cataut vous témoignoit fi grand defit d’entendre Le

Le Roffignol; vraiment ce n’étoit pas en vain:

Elle avoit deffein de le prendre, Et l’a fi bien guêté qu’elle l’a dans fa main. La Mére fe leva pleurant prefque de joye, Un Roflgnol, vraiment il faut que je le voye. Eft-il grand? chante-t-il? faira-t-il des petits? Helas! Ja pauvre Enfant comment l’a-t-elle pris?

Vous allez voir, reprit le Pére;

Mais fur-tout fongez à vous taire;

Si l'Oifeau vous entend, c’eft autant de perdu;

Vous gâterez tout le miftére.

Qui fut furpris? ce fut la Mére,

Aufli-tôt qu’elle eut aperçû

Le Roffignol, que tenoit Catherine,

Elle voulut crier, & l’apeller mâtine, Chienne, efrontée ; enfin tout ce qu’il vous plaira: Peut-tre faire pis; mais l’Epoux l’empêcha.

Ce n’eft pas de vos cris que nous avons à faire: Le mal ef fait, dit-il; & quand on peftera,

Ni plus ni moins il en fera:

Mais favez-vous ce qu’il-faut faire?

Il faut le reparer le mieux que l’on pourra.

Qu'on maille querir le Notaire,

Et le Prêtre, & le Commiflaire,

Avec leur bon fecours tout s’accommoderàa.

Pendant tous ces difcours nôtre Amant s’éveilla;

Et voyant le foleil, helas! dit-il, ma Chére,

Le jour nous a furpris, je ne fai comment faire Pour m’en aller. Tout ira bien,

Lui

Lui répondit alors le Pére; Or ça, Sire Richard, il ne fert plus de rien De me plaindre de vous, de me mettre en colére, Vous m'avez fait outrage ; il n’eft qu’un feul moyen Pour m’apaifer, & pour me fatisfaire; C’eft qu’il vous faut ici, fans delai ni refus, Sinon dites vôtre In manus, Epoufer Catherine; elle eft bien Demoifelle.

Si Dieu ne l’a pas faite aufli riche que vous, Pour le moinselleeft jeune, &vouslatrouvez belle. S’expofer à foufrir une mort très-cruelle, Et cela feulement pour avoir refufé De prendre à femme une Fille qu’on aime, Ce feroit à mon fens être mal-avifé.

Auffi dans ce peril extrème, Richard fut habile homme, & ne balança pas Entre la Fille & le trepas.

Sa Maîtreffe avait des appas ; J1 venoit de goûter la nuït entre fes bras Le plus doux plaifir de la vie; I1 n’avoit pas apparemment envie D'’en partir fi brufquement.

Or pendant que nôtre Amant Songe à fe faire Epoux pour fe tirer d’afaire, Cataut fe reveillant à la voix de fon Pére, Lächa le Rofignol deflus fa bonne foi; Et tirant doucement le bout du drap fur foi, Cacha les trois quarts de fes charmes.

Le Notaire arrivé mit fin à leurs alarmes,

On écrivit, & l’on figna.

Ainf

Ainfi fe fit le mariage; Et puis jufqu’à midi chacun les laïffa là, Le Pére, en les quittant, leur dit, prenez courage, Enfans, le Roffignol eft maintenant en cage,

Il peut chanter tant qu’il voudra.

te

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