‹ Contes et nouvelles en versChapitre 25 sur 63 · LE GASCON PUNI · texte numérisé non relu

LE GASCON PUNI

n Gafcon, pour s'être vanté De polïéder certaine belle,

Fut puni de fa vanité

D'une façon affez nouvelle.

Il fe vantoit à faux, & ne pofiedoit rien. Mais quoi! tout médifant eft prophète en ce monde On croit le mal d'abord; mais à l'égard du bien,

Il faut que la vue en réponde.

La dame cependant du Gafcon fe moquoit; Même au logis pour lui rarement elle étoit;

Et bien louvent qu'il la traitoit

D'incomparable & de divine,

La belle auffitôt s'enfuyoit,

S'allant fauver chez fa voifine.

Elle avoit nom Philis; fon voifin, Eurilas; La voifine, Chloris; le Gafcon, Dorilas; Un fien ami, Damon : c'eft tout, Ci j'ai mémoire. Ce Damon, de Chloris, à ce que dit l'hiftoire, Étoit amant aimé, galant, comme on voudra, Quelque chofe de plus encor que tout cela. Pour Philis, fon humeur libre, gaie, & fincère,

Montroit qu'elle étoit fans affaire,

Sans fecret & fans palïion.

i32 LE GASCON PUNI.

On ignoroit le prix de fa pofieffion : Seulement à Fufer chacun la croyoit bonne. Elle approchent vingt ans, & venoit d'enterrer Un mari, de ceux-là que l'on perd fans pleurer, Vieux barbon qui laifïbit d'écus plein une tonne.

En mille endroits de fa perfonne La belle avoit de quoi mettre un Gafcon aux cieux,

Des attraits par-defîus les yeux,

Je ne fais quel air de pucelle,

Mais le cœur tant foit peu rebelle, Rebelle toutefois de la bonne façon :

Voilà Philis. Quant au Gafcon,

Il étoit Gaicon, c'efl tout dire.

Je laifTe à penfer fi le fire Importuna la veuve, & s'il fit des ferments.

Ceux des Gafcons & des Normands

Paffent peu pour mots d'Évangile.

Cétoit pourtant chofe facile De croire Dorilas de Philis amoureux ; Mais il vouloit aufïî que l'on le crût heureux. Philis, diffimulant, dit un jour à cet homme.

Je veux un fervice de vous:

Ce n'eft pas d'aller jufqu'à Rome; C'efl que vous nous aidiez à tromper un jaloux La chofe eft fans péril, & même fort aifée.

Nous voulons que cette nuit-ci

Vous couchiez avec le mari

De Chloris qui m'en a priée.

Avec Damon s'étant brouillée, Il leur faut une nuit entière & par delà, Pour démêler entre eux tout ce différend-là.

Notre but eft qu'Eurilas penfe, Vous fentant près de lui, que ce foit fa moitié.

LE GASCON PUNI. i33

Il ne lui touche point, vit dedans l'abftinence, Et, foit par jaloufie ou bien par impuiflance, A retranché d'hymen certains droits d'amitié; Ronfle toujours, fait la nuit d'une traite : C'eft aflez qu'en fon lit il trouve une cornette. Nous vous ajufterons : enfin ne craignez rien ; Je vous récompenlerai bien.

Pour fe rendre Philis un peu plus favorable,

Le Gafcon eût couché, dit-il, avec le diable.

La nuit vient : on le coiffe; on le met au grand lit;

On éteint les flambeaux; Eurilas prend fa place.

Du Gafcon la peur fe faifit;

Il devient aufïi froid que glace;

N'oferoit toufler ni cracher,

Beaucoup moins encor s'approcher ; Se fait petit, fe ferre, au bord fe va nicher, Et ne tient que moitié de la rive occupée; Je crois qu'on l'auroit mis dans un fourreau d'épée. Son coucheur cette nuit fe retourna cent fois; Et jufque fur le nez lui porta certains doigts

Que la peur lui fit trouver rudes.

Le pis de fes inquiétudes, C'eft qu'il craignoit qu'enfin un caprice amoureux Ne prit à ce mari : tels cas font dangereux, Lorfque l'un des conjoints fe fent privé du fomme. Toujours nouveaux fujets alarmoient le pauvre

[homme :

L'on approchoit un pied, l'on étendoit un bras, Il crut même fentir la barbe d'Eurilas.

Mais voici quelque chofe à mon fens de terrible : Une fonnetle étoit près du chevet du lit;

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