‹ Contes et nouvelles en versChapitre 31 sur 63 · CONSTANCE · texte numérisé non relu

CONSTANCE

Délacez-moi, de grâce.

CAMILLE

Je ne faurois; il fait froid; je fuis nu : Délacez-vous. Notre amante, ayant vu Près du chevet un poignard dans fa gaîne Le prend, le tire, & coupe fes habits, Corps piqué d'or, garnitures de prix, Ajuftements de princeffe et de reine :

Ce que les gens en deux mois à grand'peine Avoient brodé, périt en un moment; Sans regretter ni plaindre aucunement Ce que le fexe aime plus que fa vie.

Femmes de France, en feriez-vous autant : Je crois que non; j'en fuis fur; & partant Cela fut beau fans doute en Italie.

La pauvre amante approche en tapinois,

Croyant tout fait, & que pour cette fois

Aucun bizarre & nouveau ftratagème

Ne viendroit plus fon aife reculer.

Camille dit : C'eft trop diffimuler;

Femme qui vient fe produire elle-même

N'aura jamais de place à mes côtés :

Si bon vous femble, allez vous mettre aux pieds.

Ce fut bien là qu'une douleur extrême Saifit la belle; & fi lors, par hafard, Elle avoit eu dans fes mains le poignard, C'en étoit fait, elle eût de part en part Percé fon cœur. Toutefois l'efpérance Ne mourut pas encor dans fon efprit.

Camille étoit trop connu de Confiance : Et que ce fût tout de bon qu'il eût dit Chofe fi dure & pleine d'infolence, Lui qui s'étoit jufque-là comporté En homme doux, civil & fans fierté, Cela fembloit contre toute apparence.

Elle va donc en travers fe placer Aux pieds du fire, & d'abord les lui baife; Mais point trop fort, de peur de le bleffer. On peut juger fi Camille étoit aife.

Quelle victoire! Avoir mis à ce point Une beauté fi fuperbe et fi fière !

Une beauté!.... je ne la décris point, Il me faudroit une femaine entière :

On ne pouvoit reprocher feulement Que la pâleur à cet objet charmant, Pâleur encor dont la caufe étoit telle Qu'elle donnoit du luftre à notre belle.

Camille donc s'étend, & fur un fein

Pour qui l'ivoire auroit eu de l'envie

Pofe les pieds, & fans cérémonie

Il s'accommode & fe fait un couffin ;

Puis feint qu'il cède aux charmes de Morphée.

Par les fanglots notre amante étouffée

Lâche la bonde aux pleurs cette fois-là.

Ce fut la fin. Camille l'appela

D'un ton de voix qui plut fort à la belle.

Je fuis content, dit-il, de votre amour :

Venez, venez, Constance; c'eft mon tour.

Elle fe gliffe. Et lui, s'approchant d'elle :

M'avez-vous cru fi dur & fi brutal,

Que d'avoir fait tout de bon le févère?

Dit-il d'abord ; vous me connoifTez mal :

Je vous voulois donner lieu de me plaire.

Or, bien je fais le fond de votre cœur;

Je fuis content, fatisfait, plein de joie,

Comblé d'amour : & que votre rigueur,

Si bon lui femble, à fon tour fe déploie ;

Elle le peut, ufez-en librement.

Je me déclare aujourd'hui votre amant,

Et votre époux; & ne fais nulle dame,

De quelque rang & beauté que ce foit,

Oui vous valût pour maîtreffe & pour femme;

Car le pafîé rappeler ne fe doit

Entre nous deux. Une chofeai-je à dire:

C'eft qu'en fecret il nous faut marier.

Il n'eft befoin de vous fpécifier

Pour quel fujet : cela vous doit fuffire.

Même il eft mieux de cette façon-là;

Un tel hymen à des amours reffemble :

On eft époux & galant tout enfemble.

L'hiftoire dit que le drôle ajouta :

Voulez-vous pas, en attendant le prêtre,

A votre amant vous fier aujourd'hui ?

Vous le pouvez, je vous réponds de lui;

Son cœur n'eft pas d'un perfide & d'un traître.

A tout cela Confiance ne dit rien :

C'étoit tout dire; il le reconnut bien,

N'étant novice en femblables affaires.

Quant au furplus ce font de tels myflères Qu'il n'effc befoin d'en faire le récit. Voilà comment Confiance réuffit.

Or, faites-en, nymphes, votre profit.

Amour en a dans fon académie, Si Ton vouloit venir à l'examen, Que j'aimerois pour un pareil hymen, Mieux que mainte autre à qui l'on fe marie. Femme qui n'a filé toute fa vie Tâche à paffer bien des chofes fans bruit : Témoin Confiance, & tout ce qui s'enfuit. Noviciat d'épreuves un peu dures :

Elle en reçut abondamment le fruit.

Nonnes je fais qui voudroient, chaque nuit, En faire un tel, à toutes aventures.

Ce que pofïîble on ne croira pas vrai, C'est que Camille, en careffant la belle, Des dons d'amour lui fit goûter l'effai. L'efTai? je faux : Confiance en étoit-elle Aux éléments? Oui, Constance en étoit Aux éléments. Ce que la belle avoit Pris & donné de plaifirs en fa vie Compter pour rien jufqu'alors fe devoit. Pourquoi cela ? Quiconque aime le die.

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