COMMENT L'ESPRIT
Qu'importe-t-il? Sans s'arrêter au nom,
Ni badiner là-deflus davantage,
Je vais encor vous en dire un ufage :
Il fait venir l'efprit & la raifon ;
Nous le voyons en mainte befliole.
Avant que Life allât en cette école,
Life n'étoit qu'un miférable oifon;
Coudre & filer, c'étoit fon exercice,
Non pas le fien, mais celui de fes doigts
Car que l'efprit eût part à cet office,
Ne le croyez : il n'étoit nuls emplois
Où Life pût avoir l'âme occupée;
Life fongeoit autant que fa poupée.
Cent fois le jour fa mère lui difoit :
Va-t'en chercher de l'efprit, malheureufe!
La pauvre fille aufïitôt s'en alloit
Chez les voifins, affligée & honte'ufe,
Leur demandant où fe vendoit l'efprit.
On en rioit; à la fin on lui dit :
Allez trouver père Bonaventure,
Car il en a bonne provifion.
Incontinent la jeune créature
S'en va le voir, non fans confufion
Elle craignoit que ce ne fût dommage ,
De détourner ainfi tel perfonnage.
Me voudroit-il faire de tels préfents,
A moi qui n'ai que quatorze ou quinze ans i
Vaux-je cela? difoit en foi la belle.
Son innocence augmentoit fes appas.
Amour n'avoit à fon croc de pucelle
Dont il crût faire un aufïi bon repas.
Mon révérend, dit-elle au béat homme,