‹ Contes et nouvelles en versChapitre 39 sur 63 · COMMENT L'ESPRIT · texte numérisé non relu

COMMENT L'ESPRIT

Qu'importe-t-il? Sans s'arrêter au nom,

Ni badiner là-deflus davantage,

Je vais encor vous en dire un ufage :

Il fait venir l'efprit & la raifon ;

Nous le voyons en mainte befliole.

Avant que Life allât en cette école,

Life n'étoit qu'un miférable oifon;

Coudre & filer, c'étoit fon exercice,

Non pas le fien, mais celui de fes doigts

Car que l'efprit eût part à cet office,

Ne le croyez : il n'étoit nuls emplois

Où Life pût avoir l'âme occupée;

Life fongeoit autant que fa poupée.

Cent fois le jour fa mère lui difoit :

Va-t'en chercher de l'efprit, malheureufe!

La pauvre fille aufïitôt s'en alloit

Chez les voifins, affligée & honte'ufe,

Leur demandant où fe vendoit l'efprit.

On en rioit; à la fin on lui dit :

Allez trouver père Bonaventure,

Car il en a bonne provifion.

Incontinent la jeune créature

S'en va le voir, non fans confufion

Elle craignoit que ce ne fût dommage ,

De détourner ainfi tel perfonnage.

Me voudroit-il faire de tels préfents,

A moi qui n'ai que quatorze ou quinze ans i

Vaux-je cela? difoit en foi la belle.

Son innocence augmentoit fes appas.

Amour n'avoit à fon croc de pucelle

Dont il crût faire un aufïi bon repas.

Mon révérend, dit-elle au béat homme,

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