‹ Contes et nouvelles en versChapitre 40 sur 63 · VIENT AUX FILLES · texte numérisé non relu

VIENT AUX FILLES

Je viens vous voir; des perfonnes m'ont dit

Qu'en ce couvent on vendoit de l'efprit;

Votre plaifir feroit-il qu'à crédit

J'en puffe avoir? non pas pour grofTe fomme,

A gros achat mon tréfor ne suffit;

Je reviendrai,, s'il m'en faut davantage :

Et cependant prenez'ceci pour gage.

A ce difeours, je ne fais quel anneau,

Qu'elle tiroit de fon doigt avec peine,

Ne venant point, le père dit : Tout beau!

Nous pourvoirons à ce qui vous amène,

Sans exiger nul falaire de vous :

Il eft marchande & marchande, entre nous;

A Tune on vend ce qu'à l'autre l'on donne.

Entrez ici, fuivez-moi hardiment;

Nul ne nous voit, aucun ne nous entend;

Tous font au chœur; le portier eft perfonne

Entièrement à ma dévotion,

Et ces murs ont de la diferétion.

Elle le fuit; ils vont à fa cellule.

Mon révérend la jette fur un lit, Veut la baifer. La pauvrette recule Un peu la tête; & l'innocente dit :

Quoi! c'eft ainfi qu'on donne de l'efprit! Eh! vraiment oui, repart fa révérence; Puis il lui met la main fur le teton. Encore ainfi? Vraiment oui : comment donc? La belle prend le tout en patience.

Il fuit fa pointe, & d'encor en encor Toujours l'efprit s'infinue et s'avance, Tant & fi bien qu'il arrive à bon port. Life rioit du fuccès de la chofe.

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