VIENT AUX FILLES
Je viens vous voir; des perfonnes m'ont dit
Qu'en ce couvent on vendoit de l'efprit;
Votre plaifir feroit-il qu'à crédit
J'en puffe avoir? non pas pour grofTe fomme,
A gros achat mon tréfor ne suffit;
Je reviendrai,, s'il m'en faut davantage :
Et cependant prenez'ceci pour gage.
A ce difeours, je ne fais quel anneau,
Qu'elle tiroit de fon doigt avec peine,
Ne venant point, le père dit : Tout beau!
Nous pourvoirons à ce qui vous amène,
Sans exiger nul falaire de vous :
Il eft marchande & marchande, entre nous;
A Tune on vend ce qu'à l'autre l'on donne.
Entrez ici, fuivez-moi hardiment;
Nul ne nous voit, aucun ne nous entend;
Tous font au chœur; le portier eft perfonne
Entièrement à ma dévotion,
Et ces murs ont de la diferétion.
Elle le fuit; ils vont à fa cellule.
Mon révérend la jette fur un lit, Veut la baifer. La pauvrette recule Un peu la tête; & l'innocente dit :
Quoi! c'eft ainfi qu'on donne de l'efprit! Eh! vraiment oui, repart fa révérence; Puis il lui met la main fur le teton. Encore ainfi? Vraiment oui : comment donc? La belle prend le tout en patience.
Il fuit fa pointe, & d'encor en encor Toujours l'efprit s'infinue et s'avance, Tant & fi bien qu'il arrive à bon port. Life rioit du fuccès de la chofe.