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7o LE PSAUTIER.
Nonnes, foufTrez pour la dernière fois Qu'en ce recueil, malgré moi, je vous place. De vos bons tours les contes ne font froids; Leur aventure a ne fais quelle grâce Qui n'eft ailleurs; ils emportent les voix. Encore un donc, & puis c'en feront trois. Trois ! jefaux d'un; c'en feront au moins quatre. Comptons-les bien: Mazet le compagnon; L'abbefTe ayant befoin d'un bon garçon Pour la guérir d'un mal opiniâtre; Ce conte-ci, qui n'eft le moins fripon ; Quant à fœur Jeanne ayant fait un poupon. Je ne tiens pas qu'il la faille rabattre. Les voilà tous : quatre, c'eft compte rond. Vous me direz : C'efl une étrange affaire Que nous ayons tant de part en ceci ! Que voulez-vous? je n'y faurois que faire; Ce n'eft pas moi qui le fouhaite ainfi. Si vous teniez toujours votre bréviaire, Vous n'auriez rien à démêler ici; Mais ce n'eft pas votre plus grand fouci. PafTons donc vite à la préfente hiftoire.
Dans un couvent de nonnes fréquentait
Un jouvenceau, friand, comme on peut croire,
De ces oifeaux. Telle pourtant prenoit
Goût à le voir, & des yeux le couvoit,
Lui fourioit, faifoit la complaifante,
Et fe dîfoit fa très-humble fervante,
Qui pour cela d'un feul point n'avançoit.
Le conte dit que léans il n'étoit
Vieille ni jeune à qui le perfonnage
Ne fît fonger quelque chofe à part foi ;
Soupirs trottoient : bien voyoit le pourquoi
Sans qu'il s'en mît en peine davantage.
Sœur Ifabeau feule pour fon ufage
Eut le galant: elle le méritoit
Douce d'humeur, gentille de corfage,
Et n'en étant qu'à fon apprentiffage,
Belle de plus. Ainfi l'on l'envioit
Pour deux raifons : fon amant, & fes charmes.
Dans fes amours chacune l'épioit :
Nul bien fans mal, nul plaifir fans alarmes.
Tant & fi bien l'épièrent les fœurs,
Qu'une nuit fombre & propre à ces douceurs
Dont on confie aux ombres le myftère,
En fa cellule on ouït certains mots,
Certaine voix, enfin certains propos
Qui n'étoient pas fans doute en fon bréviaire.
C'eft le galant, ce dit-on; il efl pris.
Et de courir; l'alarme efl: aux efprits,
L'efiaim frémit, fentinelle fe pofe.
On va conter en «triomphe la chofe
A mère abbelfe; & heurtant à grands coups
On lui cria: Madame, levez-vous;
Sœur Ifabelle a dans fa chambre un homme.
Vous noterez que madame n'étoit En oraifon, ni ne prenoit fon fomme; Trop bien alors dans fon lit elle avoit Mefïire Jean, curé du voifinage.
Pour ne donner aux fœurs aucun ombrage, Elle fe lève en hâte, étourdiment, Cherche fon voile ; & malheureufement DefTous fa main tombe du perfonnage Le haut-de-chauffe, aflez bien refTemblant, Pendant la nuit, quand on n'eft éclairée, A certain voile aux nonnes familier, Nommé pour lors entre elles leur pfautier. La voilà donc de grègues affublée.
Ayant fur foi ce nouveau couvre-chef, Et s'étant fait raconter derechef Tout le catus, elle dit irritée :
Voyez un peu la petite effrontée, Fille du diable, & qui nous gâtera Notre couvent ! Si Dieu plaît, ne fera ; S'il plaît à Dieu, bon ordre s'y mettra Vous la verrez tantôt bien chapitrée.