LA CLOCHETTE
h! combien l'homme efl inconflant,
[divers,
Foible, léger, tenant mal fa parole!
-£^23 yj/ j'avois juré, même en affez beaux De renoncer à tout conte frivole: [vers,
Et quand juré ? c'eft ce qui me confond ; Depuis deux jours j'ai fait cette promette. Puis fiez-vous à rimeur qui répond D'un feul moment. Dieu ne fit la fagefTe Pour les cerveaux qui hantent les neuf fœuis: Trop bien ont-ils quelque art qui vous peut plaire,
i36 LA CLOCHETTE
Quelque jargon plein d'affez de douceurs; Mais d'être fûrs, ce n'eft là leur affaire.
Si me faut-il trouver, n'en fût-il point, Tempérament pour accorder ce point; Et, fuppofé que quant à la matière J'eufïe failli, du moins pourrois-je pas Le réparer par la forme, en tout cas?
Voyons ceci. Vous faurez que naguère Dans la Touraine un jeune bachelier...
Interprétez ce mot à votre guife :
L'ufage en fut autrefois familier Pour dire ceux qui n'ont la barbe grife; Ores ce font fuppôts de fainte Eglife.) Le nôtre foit fans plus un jouvenceau Qui dans les prés, fur le bord d'un ruiffeau, Vous cajoloit la jeune bachelette Aux blanches dents, aux pieds nus, au corps gent, Pendant qu'Io portant une clochette Aux environs alloit l'herbe mangeant.
Notre galant vous lorgne une fillette De celles-là que je viens d'exprimer.
Le malheur fut qu'elle étoit trop jeunette, Et d'âge encore incapable d'aimer. Non qu'à treize ans on y foit inhabile; Même les lois ont avancé ce temps :
Les lois fongeoient aux perfonnes de ville, Bien que l'amour femble né pour les champs. Le bachelier déploya fa fcience.
Ce fut en vain : le peu d'expérience, L'humeur farouche, ou bien Paverfion, Ou tous les trois, firent que la bergère, Pour qui l'amour étoit langue étrangère,