‹ Contes et nouvelles en versChapitre 60 sur 63 · LA CRUCHE · texte numérisé non relu

LA CRUCHE

n de ces jours, dame Germaine, Pour certain befoin qu'elle avoit,

Envoya Jeanne à la fontaine.

Elle y courut, cela preffoit :

Mais en courant, la pauvre créature

Eut une fâcheufe aventure; Un malheureux caillou, qu'elle n'aperçut pas,

Vint fe rencontrer fous fes pas.

A ce caillou Jeanne trébuche,

Tombe enfin, & caffe fa cruche.

Mieux eût valu cent fois s'être caffé le cou.

Caffer une cruche fi belle !

Que faire? que deviendra-t-elle?

Pour en avoir une autre elle n'a pas un fou.

Quel bruit va faire fa maîtrefle,

De fa nature très-diableffe !

Comment éviter fon courroux?

Quel emportement! que de coups!

Oferai-je jamais me r'offrir à fa vue ? Non, non, dit-elle; enfin il faut que je me tue : Tuons-nous. Par bonheur, un voifin près de là

Accourut, entendant cela;

Et, pour confoler l'affligée, Lui chercha les raifons les meilleures qu'il put.

Mais, pour bon orateur qu'il fût,

Elle n'en fut point foulagée;

igo

PROMETTRE EST UN

Et la belle, toujours s'arra chant les cheveux,

Faifoit couler deux ruiffeaux de fes yeux ;

Enfin vouloit mourir : la chofe étoit conclue.

Eh bien! veux-tu que je te tue?

Lui dit-il. Volontiers. Lui, fans autre façon,

Vous la jette fur le gazon,

Obéit à ce qu'elle ordonne; A la tuer des mieux apprête fes efforts,

Lève fa cotte, & puis lui donne

D'un poignard à travers le corps.

On a grande raifon de dire Que pour les malheureux la mort a fes plaifirs. Jeanne roule les yeux, fe pâme, enfin expire ;

Mais, après les derniers foupirs.

Elle remercia le fire.

Oh ! le brave homme que voilà!

Grand merci, Jean : je fuis la plus humble des vôtres.

Les tuez-vous comme cela?

Vraiment, j'en cafferai bien d'autres.

PROMETTRE EST UN

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