LA COUTURIÈRE
Sous le titre & l'habit auffi.
Le tour ayant bien réufïi,
Sans caufer le moindre icrupule, Nos amants eurent foin de fermer la cellule, Et paffèrent le jour affez tranquillement
A coudre, mais Dieu fait comment.
La nuit vint ; c'étoit grand dommage
Quand on a le cœur à l'ouvrage.
Il fallut le quitter. Adieu, ma fœur; bonfoir.
Couturière, jufqu'au revoir.
Et ma fœur fut au réfectoire Un peu tard; & c'eft là le fâcheux de l'hiftoire. L'abbefTe l'aperçut, & lui dit en courroux :
Pourquoi donc venir la dernière?
Madame, dit la fœur, j'avois la couturière.
Vos guimpes ont donc bien des trous, Pour la tenir une journée entière?
Quelle befogne avez-vous tant chez vous, Où jufqu'au foir elle foit néceffaire?
Elle en avoit encor, dit-elle, pour veiller. Au métier qu'elle a fait on a beau travailler,
On y trouve toujours à faire.
Je foupçonne fort une hiftoire, Quand le héros en eft l'auteur.
L'amour-propre & la vaine gloire Rendent fouvent l'homme vanteur :
i88 LE GASCON.
On fait toujours fi bien fon compte.
Qu'on tire de l'honneur de tout ce qu'on raconte,
A ce propos, un Gafcon, l'autre jour, A table au cabaret avec un camarade,
De gafconnade en gafconnade,
Tomba fur fes exploits d'amour.
Dieu fait û là-deifus il en avoit à dire! Une groffe fervante, à quatre pas de là,
Prêtoit l'oreille à tout cela, Et faifoit de fon mieux pour s'empêcher de rire A l'entendre conter, il n'étoit dans Paris De Ghloris
Dont il ne connût la ruelle,
Dont il n'eût eu quelques faveurs.
Son air étoit le trébuchet des cœurs.
Il aimoit celle-là parce qu'elle étoit belle;
Celle-ci payoit fes douceurs, [1 avoit chaque jour des garnitures d'elle.
De plus, s'il étoit fort heureux,
Il n'étoit pas moins vigoureux:
Telle dame en étoit amplement alîurée;
A telle autre, en une foirée, Il avoit fu donner jusqu'à dix fois l'affaut.
Ah! pour le coup notre fervante Ne put pas s'empêcher de s'écrier tout haut :
Malepefte! comme il fe vante!
Par ma foi, je voudrois avoir ce qu'il s'en faut.