‹ Contes et nouvelles en versChapitre 59 sur 63 · LA COUTURIÈRE · texte numérisé non relu

LA COUTURIÈRE

Sous le titre & l'habit auffi.

Le tour ayant bien réufïi,

Sans caufer le moindre icrupule, Nos amants eurent foin de fermer la cellule, Et paffèrent le jour affez tranquillement

A coudre, mais Dieu fait comment.

La nuit vint ; c'étoit grand dommage

Quand on a le cœur à l'ouvrage.

Il fallut le quitter. Adieu, ma fœur; bonfoir.

Couturière, jufqu'au revoir.

Et ma fœur fut au réfectoire Un peu tard; & c'eft là le fâcheux de l'hiftoire. L'abbefTe l'aperçut, & lui dit en courroux :

Pourquoi donc venir la dernière?

Madame, dit la fœur, j'avois la couturière.

Vos guimpes ont donc bien des trous, Pour la tenir une journée entière?

Quelle befogne avez-vous tant chez vous, Où jufqu'au foir elle foit néceffaire?

Elle en avoit encor, dit-elle, pour veiller. Au métier qu'elle a fait on a beau travailler,

On y trouve toujours à faire.

Je foupçonne fort une hiftoire, Quand le héros en eft l'auteur.

L'amour-propre & la vaine gloire Rendent fouvent l'homme vanteur :

i88 LE GASCON.

On fait toujours fi bien fon compte.

Qu'on tire de l'honneur de tout ce qu'on raconte,

A ce propos, un Gafcon, l'autre jour, A table au cabaret avec un camarade,

De gafconnade en gafconnade,

Tomba fur fes exploits d'amour.

Dieu fait û là-deifus il en avoit à dire! Une groffe fervante, à quatre pas de là,

Prêtoit l'oreille à tout cela, Et faifoit de fon mieux pour s'empêcher de rire A l'entendre conter, il n'étoit dans Paris De Ghloris

Dont il ne connût la ruelle,

Dont il n'eût eu quelques faveurs.

Son air étoit le trébuchet des cœurs.

Il aimoit celle-là parce qu'elle étoit belle;

Celle-ci payoit fes douceurs, [1 avoit chaque jour des garnitures d'elle.

De plus, s'il étoit fort heureux,

Il n'étoit pas moins vigoureux:

Telle dame en étoit amplement alîurée;

A telle autre, en une foirée, Il avoit fu donner jusqu'à dix fois l'affaut.

Ah! pour le coup notre fervante Ne put pas s'empêcher de s'écrier tout haut :

Malepefte! comme il fe vante!

Par ma foi, je voudrois avoir ce qu'il s'en faut.

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