‹ Contes et nouvellesChapitre 14 sur 80 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

Le sergent stourm, au prévôt reinhard*

L'oiseau est pris, M. le prévôt, et il faudrait qu'il fût un diable incarné pour nous échapper. Je ne m'étonne pas qu'il ait donné dans l'oeil à votre fille. C'est, Dieu me damne! un gaillard moulé qui mesure ses sept pouces complets.

Mon caporal m attendait déguisé en exempt de police , et accompagné de deux drôles bien robustes , au cabaret en avant de Wildheim , où il était convenu avec le postillon qu'il s'arrêterait pour boire la goutte. Heureusement que notre pédagogue ne s'était point muni d'un passe-port, et qu'il prit la mouche au mot de vagabond que prononça le caporal. Le drôle voulut même tirer son couteau de chasse; mais on y mit ordre. Quant à moi, il ne me soupçonnait nullement, parce que je portais un habit vert , et me faisais passer

pour un chasseur. Ce n'était pas mentir; car une telle recrue est un gibier qui vaut toujours au moins un chevreuil , ou un sanglier. J'ai présenté hier mon prince enchanté à mon capitaine, qui se trouve justement ici en congé. Il en est si émerveillé, qu'il a manqué de m'embrasser. Il eut aussi la précaution de le débarrasser de sa bourse 9 qui contenait environ deux cents florins en carolins, et six ducats de Hollande. Ces ducats me rappellent, M. le prévôt, les trente autres que vous avez promis de me compter , si le coup réussissait. Je les ai , sur mon ame , bien gagnés ; car si cette affaire se découvrait, je n'échapperais pas aux travaux forcés, et vous n'en seriez pas quitte pour trois cents ducats.

Envoyez-moi le petit rouleau à l'adresse de l'aubergiste du F** à Anspach , où je Tirai prendre] car je ne retournerai pas à Mayenthal avant six semaines, peut-être encore plus tard, étant chargé d'escorter, le mois prochain , un transport de recrues à H**.

Adieu ^ M. le prévôt, je suis votre dévoué serviteur ,

WOLFGAWG STOURM, Sergent-major.

46 ADOLPHE ET AOSETtF.

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