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CHAPITRE IV

Uic ancien proverbe dit : « Rien n'est plus difficile à supporter que la prospérité. » La vie délicieuse et oisive que je menais depuis deux mois , chez mon illustre seigneur , fit naître en moi la maligne idée de faire le joli cœur auprès d'une de ses chiennes d'arrêt, et ,

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qui pis est , de me laisser surprendre au clair de la lune, par le châtelain, lui-même, dans un de mes rendez-vous galants.

Il serait ijnpossible de. décrire la fureur du gentilhomme à cette prétendue contravention. « Ah ! canaille , s'écria-t-il , en me donnant des coups de pieds , tu veux attenter, à l'honneur de ma Diane ! nous verrions naître une belle race; si je n'y mettais ordre. Holà! Nemrod , c'est ainsi que s'appelait le chasseur du château , enferme cette charogne dans un coin , ,au pain et à l'eau, jusqu'à ce que sa velléité soit passée. » Nemrod exécuta cet ordre avec une telle ponctualité , qu'après une abstinence de) huit jours, j'avais l'air d'un squelette. Alors les jeunes seigneurs se précipitèrent aux genoux de leur père, pour pbtenir .ma grâce.

Je dois avouer que, ma funeste envie était alors passée. Il me fallût cependant plus d'un mois pour recouvrer.mon ancienne vivacité ; mai^ je ne pus jamais regagner les, bonnes grâce? 4e son excellence ; je les avais perdues à jamais, et je ne m'aperçus que trop bien qu'il ne me gardait que pour l'amour de ses enfants. J-eurs caresses me dédommageaient

de la froideur du père, et je commençais à supporter ses caprices avec une indifférence stoique, lorsque je devins, pour la seconde fois, le martyr de ma sensibilité.

Une belle matinée d'automne, j'accompagnais mes jeunes maîtres à une promenade dans une petite forêt non loin du château. Un instinct secret me conduisit vers un buis* son dans lequel je découvris un être vivant Cette vue captiva toutes mes facultés, et je ne cessai de gémir et d'aboyer , jusqu'à ce qu'enfin les petits seigneurs , qui m'avaient sifflé inutilement, accourent avec impatience et curiosité* Us trouvèrent dans le buis* son un enfant nouveau-né, couché sur un misérable paillasson , et qui poussait des cris lamentables. Le cœur des jeunes gens , quoique sauvage, n'était pas insensible. L'aîné prit Penfent dans ses bras, et, accompagné de son frère, il se hâta de retourner au château.

Les bons parents étaient à déjeuner lorsqu'on entra au salon. Les deux jeunes gens racontèrent , avec un transport joyeux , ce qui leur était arrivé, et le cadet ne manqua pas de faire de moi une mention honorable,

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comme de Fauteur de cette précieuse trouvaille. Il n'eut pas plutôt achevé son discours , que le gracieux papa jeta sa longue pipe dans un coin , et s'écria en fureur : « Petite race du diable, qu'avez- vous fait! croyezvous donc que je veux nourrir tous les bâtards du canton? n'en ai-je pas déjà deux à ma charge qui ont été trouvés dans ma juridiction ? Vous deviez laisser là cet avorton. Et toi, maudite bête, continua- t-il , en me lançant un regard de Cerbère, attends, je vais te récompenser pour ton service de Sa* marhatn. » Alors il se jeta comme un éclair sur sa carabine, et c'eût été le dernier mo~ ment de ma vie , si , an moment où il me couchait en joue, Nemrod n'eût ouvert la porte pour apporter on lièvre* Je saisis cet heureux instant, et m'enfuis avec la vitesse d'un trait.

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