LETTRE PREMIÈRE
te puis enfin-, tria chère amie , tenir la promesse que jé< vous ai • feite , il y a si longtemps, de vous envoyer l'hiétoire dé mon mfortttnée M#r iai***e , à Regard dé laquelle mon récit verbal avait arraché déjà tant de larmes à Vott»e Ccfcur -compatissant. Vous n'avez rien 'perdu* à- ce- retard>; Ja mort de plusieurs personnages principaux de ce drame effroyable me permet aujourd'hui dé vous foire connaître ctette: pauvre martyre, sans l'exposer a de nouvelles persécutions.
Je ne vous dirai rien de sa naissance ni de ses parents que je ne puisse garantir. J'ai re*
I g* MARIANNE.
cueilli quelques fragments qui sont, ou trop, contradictoires, ou trop peu authentiques pour en charger mon récit. Marianne est le fruit d'une union à laquelle l'amour avait seul, présidé. Sa mère était fille d'un comte allemand, issu d'une famille étrangère , dont les ancêtres se mêlent, par un chef commun, à ceux d'une maison aujourd'hui régnante. Celui qui avait donné le jour à Marianne était un Français au service d'une cour oh le père de la jeune comtesse occupait une des charges les plus éminentes. Je ne pourrais vous en dire davantage sur le père. On m'avait d'abord assuré que , peu avant ou après la naissance de Marianne, il était mort, victime: de la vengeance du comte; des avis posté-» rieurs me firent connaître qu'il avait péri , plusieurs années après , de mort naturelle. Je n'ai jamais connu ni lui, ni la mère, ni les illustres parents de Marianne , et je n'ai jamais correspondu avec eux; car, quoique j'aie été pendant quelque temps en relation avec la. vieille comtesse, elle n'a cependant jamais répondu directement à mes lettre; mais par une personne tierce à laquelle je devais les lui adresser. Cette grand'mère était, au reste,
MARIANNE. jg3
la seule personne de toute la famille qui s'intéressât véritablement à cette pauvre fille. Pendant qu'elle me resta confiée, elle dut lui écrire plusieurs fois ; mais seulement à titre de protectrice qui accordait ses bienfaits à une orpheline abandonnée. La mère de Marianne n'avait qu'un seul frère , dont la jeunesse orageuse causait bien des chagrins à son père. Militaire à l'étranger, il obtint enfin un régiment au service de son souverain. Si je ne me trompe, il est mort depuis à peu près deux ans.
„ La fureur du comte contre sa fille n'eut d'abord point de bornes. Il l'exila, loin de lui , dans une de ses terres , et son enfant fut remis à une nourrice , qui demeurait dans un canton isolé, voisin de la résidence. Soit que la mère de Marianne envisageât l'innocent témoin de sa faiblesse comme l'auteur de son bannissement, ou que son caractère léger, son tempérament volupteux, eussent détruit en elle toute affection maternelle, il est constant qu'elle ne se souciait que fort peu de son enfant, dont la vieille comtesse payait l'entretien , et qu'elle pourvoyait de tout le nécessaire.
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Marianne ne sut rien me dire ni de sa mère , mJteM graroTmère. Elle ne les avait jamais connues. Jamais elle n'avait prononcé Le doux nom 4e mère : et comment Tanrait- .elle pu , elle qui , dès sa naissance , avait été marquée du sceau de l'abandon et de l'obscurité ?
Mais cette obscurité eut peut-être fait son bonheur , si on ne l'en eut pas retirée. Si une pauvre paysanne avait été sa mère, Marianne l'eût aimée comme on aime une mène , suivant la remarque du prince dans la pièce du Page y lorsqu'il dit : Comme cela Jaune ^ parce que cela est pauvre ; on ravit, au contraire, à la réaraiHe naturelle d'une comtesse les droits die sa naissance »et de ia nature.