‹ Contes et nouvellesChapitre 69 sur 80 · LETTRE IL · texte numérisé non relu

LETTRE IL

À l'âge tde quatre ans , Marianne fut mise dans un couvent, 'situé sur les frontières àe Ja France. On stipula une certaine somme annuelle qui devait lai assurer lia nourrit are, Tiiabtttefment et l'instruction. A la fin de cha- «jwe quartier, un négociant paraissait aa par* loir : on lui représentait Teiïfimt derrière 1a

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grille ; il payait le teiwe échu sans s'inquiéter de la jeune créature 4ont l'origine Aui était totalement inconnue» Marianne vécut douze année» 4aro ce couvrent., etf ne se souvenait d'avoir (quitté sa prison que quelques heures et deux fois seulement. La prewièce ilans sa plus tendre enfonce , et elle ne pouvait pins se rappeler à quatte /occasion ; la secwde «tait pour accompagner en ville une de.ses jewms ooawpagnes qui allait visiter ses parents. Elle avait alors huit à neuf ans. Plus tard, il eût été contraire au plan des religieuses de la délivrer de ses .chaîoes , ne fàt-ce que jpour un seul jour. La prieure comptait gagner sa pensiounaire pour son couvent , et tout fut mis en twmre pour Télexer *lans «ne ignorance parfaite, et pour lui fabe envisager sa captivité (Oonioie jle plus liant degré de félicité à laquelle une femme puisse atteindre. A peine lui (enseigna- W>» à Une et à écrire ; «en revanohe <eilte .apprit 4<*ns toute leur perfection les partittxmwnes du jcufce , <$t les prières latines dont retentissaient jour et nuit les voûtes du chœur. On l'incorpora * toutes les congrégations possibles , et on l'astreignit à l'observance rigoureuse de leurs règles. On ne lui

içfi MARIANNE.

épargna ni les pénitences, ni les châtiments, et même à l'âge de seize ans, elle passait aux verges pour chaque faute qui paraissait un peu grave aux religieuses; Lorsqu'elle prit le voile , cérémonie à laquelle avaient assisté plusieurs étrangers, et qui fut suivie d'un repas , on lui avait échangé sa mantille de soie noire ; pour cette méprise elle fut condamnée à entendre, pendant huit jours, la messe à genoux sur les marches du chœur pendant un hiver très rigoureux.

La punition qu'on lui infligeait le plus ordinairement, était le jeûne , qui doit avoir le plus contribué au délabrement de sa santé.

Les religieuses ne s'entendaient pas seulement à punir , elles savaient encore mettre à contribution. Dans sa pieuse simplicité , Marianne me raconta qu'elle possédait , en entrant au couvent, une petite robe de drap d'argent, et que sur l'invitation de la prieure il lui avait fallu en faire don à l'image de la Vierge , qu'on en parait de temps à autre. Ne soyez p^s surprise , mon amie , de voir figurer une robe d'une étoffe d'argent dans la garderobe d'un enfant abandonné; car, pendant son séjour dans notre ville, Marianne reçut un jour de

sa grand'mère , et à mon adresse , entre autres effets une vieille robe de cour , brodée en bouquets d'or et d'argent. Ceci prouve seulement que , par économie , on faisait quelquefois partager à la petite fille ses droits avec la femme de chambre. Mais rien n'égala sur ce point l'économie des religieuses. A l'âge de sept à huit ans elles lui firent faire un jupon de dessous pour l'hiver , et à mesure qu'elle grandissait, on y ajoutait une bande de la largeur de la main et d'une étoffe différente. Lorsque Marianne quitta le couvent, cette robe présentait quatre bandes ainsi bariolées, dont chacune annonçait une demi-olympiade , ou une olympiade entière de son existence.

Au surplus , sa prison avait aussi son côté agréable. Plusieurs de ses compagnes lui témoignaient beaucoup d'amitié , et particulièrement une jeune comtesse de T*% qui partageait souvent avec elle les friandises que sa bourse , toujours bien garnie , la mettait à même de se procurer. Ce n'était jamais que les larmes aux yeux qu'elle parlait de cette amie , ainsi que d'une religieuse qu'elle nommait sœur Rosalie , qui lui avait épargné bien des punitions. La comtesse étant plus âgée

que Marianne , qttitta te cloître avant elle. Tout son amour alors se porta sur Rosalie, J?ai pu reconnaître par tes lettre» qu'elle efft reçut dams la suite , que c'était un être 601* et sensible , mais qui tenait de toute son.anfce aux devoirs puérils de ta vie religieuse. EHe ne coârattssdit absolument que lu religion d« rosaire } elle envoya un jour à sa jeune amie plusieurs reliques , qu'elle lui recommandait soigneusement de pendre au ehevet de son lit , probablement parce qu'elle savait que ce lit se trouvait alors placé sous le toit d'un hérétique.

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