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Contes et nouvelles

Autrefois , je veux parier d'une vingtaine d'années , un livre ne paraissait jamais sans être précédé d'une préface. Les libraires l'exigeaient , et les auteurs profitaient de cette exigence pour s'expliquer sur leurs Uiéories littéraires. Quelques-unes de ces préfaces sont restées et resteront célèbres. Elles le méritent k tous égards. Ce sont les plus belles pages d'esthétique que je connaisse.

Aujourd hui vous me demandez ([ueUiucs mots pour mettre en téte de ce volume de ConUs et Nouvelles. Je vous envoie cotte lettre en guise de préface. Elle me permet de rendre publics les remercîments que je vous dois pour les soins que vous avez pris de ce volume. SU paraît dans une tenue convenable, c'est à vous qu'il le devra, à vous, qui avez bien voulu en corriger les preuves et vous occuper de tous les tracas matériels.

Le conte et la nouvelle sont deux formes littéraires

charmantes x^ue j'ai toujours beaucoup aimées. Elles ont

tout l'attrait du roman , et n'ont aucun de ses inconvé- 230 a

Dienls. Pour ma part, je regrette vivement qu'on les cultive moins aiijoui d'luii qu'il y a vingt ans. Je me représente sans cesse le succès inouï qu'obtint, à la fin du dernier siècle , M. de Florian , avec ses Nouvelles nouvelles. Personne ne lit ce livre aujourd'hui, et pour cause. On a tant écrit depuis vingt ans, que tous les littérateurs , nos confrères , ont au moins cinq ou six volumes bien supérieurs à celui de M. de Florian. Je neparle ici que des Nouvelles; si je parlais des romans , jë serais obligé de dire que jamais époque ne fut, autant que la nôtre, féconde en chefsd'œuvre.

Au reste, c'est une justice à rendre à notre temps: au

milieu d'une production sans égale, il s'occupe à produire sans cesse du nouveau; jamais on ne vit littérature plus laborieuse, et, dans quelques années, on s'étonnera, avec juste raison, de cette prodigieuse fécondité. Les généralions qui nous suivent sont déjà tontes surprises de trouver derrière elles taut d'œuvres admirables, dont on ne leur a jamais parlé dans ce qu'on appelle les cours d'éducation*

C'est pour elles que nous travaillons. Si nous voulons

que les luttes soutenues par nous dans notre première jeunesse ne restent p<mit stériles , nous dev<»s sans cesse nous tenir à l'avant-garde des liardis pionniers de l'avenir* Déjà nous avons fait surgir de* nombreuses phalanges de gens pleins de goût et d'espi il, qui portent dans leurs jugements sur les œuvres inteUecUieUes une saine indépendance enlièrement ignorée de nos pères. C'est un premier progrès dont nous devons nous réjouir, mais nous ne

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devons pas en rester là. En multipliant les lecteurs ^, en les formioit , pour ainsi dire , nous avons créé des exigences qui n'existaient pas, et ces exigences nous tiennent sans cesse en haleine.

j'augure bien de l'avenir quand je vois le présent difficile. Plus le lecteur demandera à un auteur, plus cëlui-ci lui donnera. Notre époque en est la preuve iiicoiilesla])]e. Rien n'était aussi facile aux poètes qui surgirent de 1820 à 1830 que de marcher sur la trace de leurs devanciers. Si leurs devanciers venaient aujourd'hui et s'ils n'apportaient pas autre chose que ce qu'ils ont fait de leur temps, ils seraient bientôt réduits au silence, comme tant d'autres.

Noire époque a restauré trois grandes choses: le vers, le récit, le drame. Vous avez jugé convenable de rassembler quelques-ûns de mes récits et de les grouper en volume , je vous en remercie encore une fois.

Votre ami dévoué ,

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