‹ Contes et nouvelles (volume 2)Chapitre 4 sur 4 · LA S£MIRA^1D · texte numérisé non relu

LA S£MIRA^1D

comme si sa mère l'Église lui eut envoyé un reproche et un con- Beil par toutes les saintes voix de Tair. Quelques larmes de remords tombèroil de ses yeux , mais allée furent bienièt-dévorées par la flamme de passion qui brûlait son visage et changées en un sourire per les sons d'un cor qui jouait un aîr de la Dim du lac.

Attiré par le geste d'une femme comme le fei* par l'aimant, Patrick se trouva, sans y songer, dans une salle diannante, peinte à fresque el toute remise d'images païîennes comme un

triclinium de Pompeïa.

Patrick s'inclina devant un étranger d'un iige déjà mùr, qu'il supposa être le père de Maria , ro ( {ui donna soudainement à sa poeîtkm un caractère moral dont il s'estima heureux de s'applaudir.

Il n'y avait que trois couverts. On se mit à table. Patrick, feignant de se retourner pour regarder une Danaé sous sa pluie d'or, peinte à fresque, dissimula un Benedicite et deux rapides ngnes de onoix...» « Lâche déserteur que-je suis l » se dit-il dans une réflexion mentale. Et, sous les plis de sa serviette, qu'il dé* roulait , il frappa sa poitrine trois fois.

Au premier service, il eut l air d'excuser son silence par son appétit. La conversation d ailleurs n'était pas effrayante pour lui. On pariait des recettes de San-Cario, ébi procbnn gaia, d'un bon mot du prince de Syracuse, de la ftnte d'une choriste qui s'était enlevée avec une contre-basse, de l'arrivée d'un jeune peintre décorateur qui devait effacer San-(Juirico ; enfin d'une foule de ces riens qui défrayent les conversaticMos des artistes et des i^recteurs.

ittsensi^leraeiit PMriek reprenait sa tranquillité. Mais, au mi«>

Heu de tous ces petits propos sans consistance et sans but, Maria laissii tomber une phrase qui replongea Tlrlandais dans un trouble alarmant. Cette phrase ûit prononeée lentement et d'un-ton si aflbeté, que Balrick ne pût- s'empêcher d'f aùadwr me intention.

« Mo) , avait dit la jeune actrice ^ ma liberté m'est doiice, et^

%U LA SEMIRAMIDK

si je la perds, ce ne sera qu'en épousant un grand artiste. J'ai refusé des princes, c'est connu. »

Patrick fut surtout bouleversé par le regard qui acoraipagiiait cesparoleB.

Au dessert, Vimpreumo, qui était plus que jamais pour Patrick le père de Maria, prit un air solennel, et, regardant flxement le jeune Irlandais, il lui dit :

« Sir Patricia f .vous allez connaître maintenant quelle a été notre intention en vous priant de vous rendre seul à ce déjeuner, a

Voilà la proposition de mariage qui arrive, pensa Tlrlandaîs. lu il passa vingt fois dans une minute do l'enfer au paradis. Vimpresario continua :

« J'espère que vous me répondrez franchement , sir Patrick. (Patrick fit un signe affirmatif.) Hier soir, madame notre divkie prima donna est revenue de la villa Sorrentina tout enchantée de votre mérite, et le maestro Rossini lui-même exécutait avec madame, à votre sujet, un véritable duo d'éloges; à tel point que vous avez ibrcé Rossini à se prendre au sérieux. Un miracle! on a dit que vous aviez parlé de Fart en artiste, mais en artiste hors de ligne, et qu'il nV avait en Iriande qu'un seul homme de cette puissance musicale , le célèbre ténor Patrick , qui a débuté à Roy al-Theatre,k Dublin , en 1 83..., ainsi (^ue ma correspondance me l'annonça dans le temps. J'ai su depuis que le célèbre ténor est venu se perfectionner incognito à Milan et à Bok)gne, et qu'il a chanté, à la loggia, chez Mme de Valabrè* gue, avec Mme Duvivier, soprano et contralto, un duo d'Ar^ mida de manière à enlever les applaudissements. Le chevalier Sampierri, qui est le premier accompagnateur de la Toscane, m'a confirmé tout cela. Str Patrick, il nous manque un ténor à San-€ar1o pour feire notre saison. Nous en avons un qui , par malheur, est un ténor sfogato. Ce n'est pas mon atl'aire. Dans la Semiramide, nous pouvons à la rigueur nous passer d'un premier ténor; dans cet opéra, Rossini n'a .sérieusement écrit que la banê, le conirallo et le soprano. Le ténor y est accès* soire. Mais^ si bous voakm monter OteUo, par exemple , qui

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fait toujours fanatisma, nous sommes sans ténor. Comprenezvous ma position, sir Patrick? »

L'Irlandais écoutait ce discours si étrange pour lui plutôt avec ses yeux qu'avec ses oreilles; il regardait Y imprésario d'un air ellaré, qui pouvait passer pour l exprcssion du vif intérêt que lui inspirait ce préambule. V imprésario y augurant bien de l'attention muette de son convive , continua ainsi :

« La saison s'annonce bien à San-Carlo. Nous avons cent quarante familles anglaises à Naples , onze princes russes avec leur suite» et nombre de riches Espagnols. Te n'est f)as le bon public qui manque, c'est un ténor. Aussi je suis prêt à faire tous les sacrifices possibles pour avoir un ténor assoluto comme vous, monsieur (Patrick bondit), oui, comme vous, monsieur; l'incognito est désormais impossible, et je vous oll're mille li\ res et une représentation à bénéfice qui vous vaudra bien autant. »

Il n'y a pas une tète, dans tous les tableaux des musées d'Ualie, qui puisse donner idée du sentiment indéfinissable qui contractait le visage de Patrick. Ses traits semblaient avoir changé de place: il regardait Yimpresario de l'air d'un homme qui, réveillé en sursaut d'un profond sommeil, serait obligé de faire une réponse à une question inconnue.

V imprésario, habitué à avoir autour de lui les visages les plus exlravagimts de la terre, crut voir, au silence de Patrick, que ses propositions n'avaient point paru assez avantageuses, et il ofirit deux cents livres en sus des mille.

a C'est juste ce que je gagne! dit la prima donna. M. Patrick ne peut plus hésiter.

— Vous ne pouvez plus hésiter, dit V imprésario,

— Cet Eritin! cet Erinn! ce maudit vaisseau qui a été obligé de rentrer dans le port! » s'écria Patrick.

Et il cacha son visage avec ses mains....

Après une pause, il ajouta :

« Fatiililéî fatalité! la damnation d'un homme est attachée à un coup de vent ! »

Cette fois, ce fut X imprésario qui ouvrit des yeux démesurés.

LA S£MIRAM1D£.

La prima donna, les deux coudes sur la tablo. les mains jointes , avait repris sa position de la veille, et regardait Patrick a\ec me inquiétude mêlée d'effrois

Pitrick saisît an vol un momeiit lucide de bonne ia^lralioD , eC dit à Vfmfnré9ario :

« Monsieur, vous m'avez pris au dépourvu ; je ne suis pas prêt à vous répoudre. Donnez-moi un jour de réflexion.

«~ EscuseEy mo&tteur Patricia, l'indiscrétion que nous avons oomniise en tndiissanl votre incognito. N'attribuez ce procédé , peu convenable , j'en conviens, qu*au désir de mettre en relief votre talent sur le premier théâtre du monde, et aux nécessités urgentes de service h rique où je mo trouve en ce moment. Vous excQserez un véritable mpresario in angu»ti$*

— Maintenant, parlons d'autre choee, e*il vous platt, dit Patrick.

— Soit, » dit \ imprésario.

El jusqu'à la fm du repas il se lit uu échange de mots insigni&ants , comme il arrive après une conversation ardente qin a mis tous les interiocuteurs dans rembarras. Chacun avait hÂte de finir le déjeuner.

En se levant de table, Y imprésario dit à Patrick : r a Mous avons quelques petites affaires au théâtre pour la représentation de ce soir; vous nous permettrez de vous accompagner à la ville, dans une beure. Moi , j*ai quelques ordres à donner ici. Mais je vous laisse en bornie compagnie.

— Je suis a vos ordres, » dit Patrick.

Lorsque Maria et Tirlandais se trouvèrent seuls sur la terrasse , la conversation ne tarda pas de s'établir. La prima donna regarda fixement Patrick et lui dit :

« Douze cents livres et un bénéfice! 11 n'y a pas de quoi demander vingt-quatre heures de l énoxion î ^

» Madame, dit vivement Patrick, je suis de race montagnarde et je ne su» pas garder mes sentiments. Si vous m^offriez les trois plus belles choses de ce monde , votre main , votre for? tme, voira amour, je vous dem^uaderals un jour de réflexion.

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— Ah! dit Tactrice avec un sourire charmant, î! paraH que vous êtes habitué au bonheur 1 Vous le marchandez quand on vous le donne gratis.

^ Qhl ne me raillez pas, madame; ptaigneMnoi 1 Vous Toyez devant voua un bomme qui, depuis trois jours, doute de aoa existence , un homme qui fait un rêve pénible et qui ronge ses poings sans pouvoir se réveiller.

— Expliquez-vous, monsieur, dit Tactrice avec émotion, et si rîDiérèt que vous m'avee ins{ttré....

— Madame , n'achevez pas! n'achevez pas! Il m'est anasi ioipossible de connaître mon bonheur que mon malheur. Entre vous et moi il y a un abîme I Je devrais vous fuir, et ma \ io s'éteint loin de vous. Je voudrais rester là sur cette place, et la plus impéiieuse des voix me dit de m'éloigner. L'air qm je respire id me tue et ne ressuscite ; j> sens sous mes pieds le feu de l'enfer et dans mon cœur les extases du paradis. Il y a deux êtres en moi : l'un blasphème, l'autre prie; et, si cette lutte se prolonge, je sens que ma raison y périrai

— ikrvenezà vous, nioiisieiaff,<Ut Maria d'une voix laékxU^^ et pleÎM d*affBction. ie pourrais m'aisurer de vos paroles, mais vous êtes si sincère dans^ l'expression de vos sentiments, que je vous accorde, avant tout, mon estime et mon amitié.

— £h ! madame, quand vous m'otiririez votre amour, je vous répèle qu'il me serait impossible de racoeptor.

— Alors , quel est YOtre but, moasiear, 4iu'exigtt-votts?

— Rien ! je me pliiins , je ne puis faire autre chose. Me reftiserez-vous la plainte? la plainte, seule consolation que Dieu.ait donnée à rhommel

— fin vérité, monsieur, je ne sais si je dois plus kuigtoiaps entendre....

— C'est bien , madame, je me tairai.

— Surtout reiléciussez , monsieur, à ma ix)silion : elle est fort délicalie. ie ne suis nullement préparée à une confidence qui me parait inopportune aujourd'hui, mai&qui plus tard...* »

La subite arrivée de Vimpreiario coupa sur ce mot la phrase

LA S£M1RAM1D£

la ping inténsssmite de TentratiMi. Patrick s'éloigna de quelques

pas pour dissimuler à Vimprefiario l'horrible trouble qui l'agitait. Celui-ci i)roiila de Tinslant pour dire à Maria :

« Eh bienl l'avez-vous décidé? accepte-tril? débutera-t^U dans (HêUo?

C'est possible, » répondit au hasard Tactrice , trop préoG^ cupée de la situation pour écouter Vimpresario.

La voiture attendait au bas de la rampe. Patrick refusa d'y monter, pour se ménager le plaisir, disait-il, d'aller à Naples en se promenant.

« A ce soir donc, à San -Carlo! dit Vimpmtnrio.

— A ce soir! » dit Maria.

Vimpresario était déjà dans la voiture. L'actrice tendit la main à Patrick.

« A ce smrl lui dit l'Irttindais; et quand vous serez dâivrée à San-Carlo, je vous donne rendes-voos au fned des autels. »

Patrick avait cru so réconcilier avec lui-même en légitimant son amour pour cette promesse sainte. Mais, bien qu'il n'eût pas été encore consacré pour le sacerdoce, il avait fait d'irrévocables vœux, et chacune de ses pensées était déjà un sacrilège et un parjure devant Dieu.

S'entretenant avec ses réflexions, il se promène sur le bord de la mer, en attendant l'heure du spectacle. On jouait l'ouverture k>rs<|u'il entra dans la loge de San-Carlo. Plusieurs convives de la villa Sorroitina y avaient déjà pris place, et Lorenzo était du nombre.

Patrick sei ra la main de son ami et ne remaripia pas l'horrible pâleur qui couvrait le visage livide du jeune Italien.

Lorenzo fit un sourire forcé, et, se penchant à Foreille do Patrick, il lui dit:

t Que de choses tu dois avoir à me conter, heureux Patrick I ♦ — Silence! répondit l'Irlandais, je veux écouler l'ouverture.

— Encore un mot , mon cher Patrick ; où diable as-tu vu jouer la Semramidê dans ta vie*

— Id.

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— Patrick , tu es damné ! »

Le jeune diacre tressaillit; mais le rideau se leva, emporlarit avec lui dans ses plis les terreurs religieuses de Patrick.

La salle entière attendait SemiraEiîde. Quand elle parut , les * cinq rai^ de k)ges éclatèrmt, comme un vaisseau à cinq ponts qui ferait feu de tous ses sabords. Deux hommes seuls n'applau* dirent pas, Lorenzo et Patrick.

' Au moment où le grand prèlre entonnait le Fra tanti régi e popoU, la cantatrice lança vers la loge de Patridc un de ces regards rapkles et lumineux que les actrices savent si bien adres» ser à un seul visage et dissimuler à toute une multitude. Patrick

vit le ciel s'entr ouvrir, et toutes les joies de la vie entrèrent dans son cœur.

Ak>rs une voû dit au fond de la \ogb.

« On demande M. Pi^k 0*...

Qui m'appelle? dit le jeune Irlandais.

— Vous êtes prié de descendre au péristyle, dit la voix.

— Je garde ta place, » dit Lorenzo; et un sourire infernal contracta sa figure.

Patrick descendit.

Un domestique lui remit une lettre scellée des armes épisco-

pales.

11 ouvrit et lut.

Le prélat napolitain menaçait Patrick deç foudres de l'excom* Bumication, s*il n'allmt à Theure même s'enfermer an couvent des Camaklules pour y feire une retraite d'un an.

En ce moment, une porte s'ouvrit dans les corridors, et le mot spaverUo tomba , comme un coup de foudre, sur la tète de Patrick.

Patrick releva fièrement le front vers le del comme pour invoquer Dieu , et il dit :

- u Aux Camaldulcs! »

£t il sortit du tbéàtre d un pas ierme et résolu.

LA S£MiRAMID£L

Quiaoe aum environ après cette Boèiie, ptr un beau soir d'été, un jeune prêtre ee promenait en récitmt son bréviaire sur lea

rives du lac de Killarney, dans le comté de Kerry, en Irlande. Il eût été diflicile de reconnaître dans cet ecciésiasiique le fougueux Patrick de la villa Sorrentina, tant il avait été miné par les jeûnea, les veilles ardentes de la prière, les auatériiés du cénobite, la méditation et leTepentûr!

Ordonné prêtre , depuis un mois , dans l'église de Saint-Patrick, à Dublin, il avait été envoyé à la petite ville de Killarney pour y remplir les fonctions de vicaire, et il s'était enseveli avec joie dans ce recoin de Tlrlande cemné dans un tonbeau*

Après la scène de San-Gario, il avait embmsé aux Gamaldules la vie muette et contemplative des trappistes, il n avait parlé qu'à son âme, il n'avait écoulé d'autre parole que l'incessante voix de la prière, qui roule nuit et jour dans l'église, le doitre, le dortoir d'un couvent. Mais après son ordination, Imqu'il eut élevé entre le monde et lui une barrière insnrmon* table, il crut devoir écrire à son iiini de séminaire, Lorenzo, une lettre dans laquelle il se révélait à lui dans la pensée de sa nouvelle {losition, afin que d'mciens scandales fussent etlacés de la mé/Êom de tout le monde. Voici oette lettre, qui fit mn vive impression sur Imbêœo :

« Mon cheb Lorenzo ,

« Si je suis mort au monde, je veux au moins être vivant aujourd'hui pour mon unique ami. Ce soir, je rentrerai dans mon tombeau.

« J*ai foit trois jours la ^e du monde, et ces trois jours ont

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été brâhtnts et longs comme trois sièeles de l'enfer. Voilà donc

ce que le monde peut donner à ses élus ! Ceux qui peuvent v vivre sont plus forts que ceux qui renoncent à lui : j'ai iait une chose très -facile en le quittant.

c Ifo Toilà relégiié ém un psy» bien fiiyorable aux méditaitiotis , c'est le coin du globe qu'il me faut. Dieu Ta créé pour moi. L'Océan n'est pas loin . et je me plais à m'entretenir avec lui des mystères sublimes de la création ;« ma pensée l'interroge , et son namBfâl^Mé^Qiad 4 i'atioiiie.

c yM m*ma/Ê^^iciÊÊiéÊmw^ yoimnage, le beau lac de Ril* larney ; c'est le portrait en miniature de l'infini dans un cadre de montaiines. Les nuages passent et l)(»ivenl dans le lac comme dans une coupe taillée dans le roc. C'est là que Je viens m'asseoir . pour pensèr et prier. U n'y a pas, sol» le ciel , un oratoire phis religieux. Là, si je pousse un seul jcri vers Dieu, ce cri est répété mille fois par l'écho inextinsuible des roches circulaires qui couronnent le lac. Le [)rètre entonne le verset, et toute la nature répond et prie avec» lui*. r.<^

. ^j fette tm&^-iaim^iot k^^ étemelle avec le del; ln^pliit bautes mentagnes s'y ëèmâ^ comme d'impérissables

pensées , qui parlent de près à Dieu par la voix de la foudre et (lu vent. (jucKjuerois je me fii^ure que je suis dans une église immense, dont la voûte est le iirmament, et qui a pour piliers o iHj î Wuaub temcs de Maagerton et de Banlry, les montagnes de ^ahy eNI» Nafâes^ Seus le péristyle de ce temple infini , le lac • 'de Kîllamey n'a que les proportions d'un bénitier ordinaire. Saint-Pierre de Rome n'est (lu iin î^rain de marbre devant cette basilique bâtie parla main de Dieu.

7/7^4^1 IpE^ le monde du haut de cette création,

le monde est im «tome q«t ne yaut pas la peine qu'on se damne peur lui. Un jour, Lorenzo, tu reconnaîtras la vanité des plaisirs de la terre, et tu te souviendras que dans un coin de l'Irlande il ie.resie uj^^^^^ m mL -^^r ^ ^

LA SEMIRÂMIDE

hè finm psélre, WfwAtmtamé êom olfioe soir, s'aant et dépesa son brériaisri èi U». Le émkft rayon dhi soleil

avait disparu.

U avait ûni la prière écrite , il commençait la prière mentale , qai n'a pas besoin d'être formulée poor être comprise de CMw qu^NiprieajivclecttmrbittBieaxqa'am -

Un gfand broil de Tobc Mate sondainement dam les eoTi-

iodes, toujours silencieuses. Au milîen de ces voix, on distinguait les sons d'un cor qui jouait un air de la Dame du lac. Patrick se leva, et treawillit coaane si «n yok^o eàt édsté son» 806 pieds»

Il prit sonbF^YÎiMfO el le serra serse* poitrine , comme soldat fait de son bouclier en entendant le clairon de l'ennemi.

Ce fut un terrible moment d'apparition surnaturelle, un mirage d*ètree yivanta. Six hommee a* vne jeune femme se révélé* rent soedainement sur un piateav de rodiors eoimne us groupe sur on piédestal. Patridc reeonmit disinietement deux de ce& personnes, Lorenzo et Maria : les autres, il ne les vil pasT

Maria se détachait sur un fond de ciel d'une transparence si kunaeiiae, qu'elle lui servait d'auréole. L'œil le moin» eaercé Taurait , du preoûer eaap , reeonmie dans cette fitvorable position d'optique. Il fot donc impossible à Patrick de croire que son œil * l'avait tromi)é aux approches de la nuit.

Trois fois il regarda l'apparition , et trois fois sa tète rétomba sur son épaule,, il s'appuya de faiblesse sur un rocher et resta immobile comme lui. Pms un long gémissement sortit de la poitr'me du prêtre, et ce bruit, qui, dans tout autre endroit, eût passé inentendu , circula dï'clios en échos le lonu du lac , comme la dernière plainte d'un homme au désespoir, qui se noie et meurt avec le dernier rayon du jour.

Tout k coup le cor poussa une note, aiguë comme Tinvisible

LA SEMlRAMiDE.

lame d*aeîer qui jaîlKt da tam-tam , et le fbnnîdeble ftmtle de

Semirainide , qualmësto gehito 1 cclala sur les eaux endormies, de Killarney.

Le choeur était chanté à sept toîx, et le cor raccomp^naîl avec des noies stridentes qui nrolaâe&t sor répiderme comme une lime d'ader. Dans cette so^tude pleine d'échos et retentissante comme l'orgue de Dieu , cet incroyable septuor, entonné par d'habiles voix , semblait être chanté par un monde de cho* ristes et accompagné par un orchestre puissant.

Une Yoix, une vrà bien connue, un 9oprano mervèilleiix, planant sur le lac et les montagnes , les fit tressaillir avec ces paroles sinistres qui semblaient évoquer T enfer :

Quai mesto gemito da quella tomba l Qaal grido funèbre cupo ribomba 1

Obi le grand Rossim avait travaillé pour cette nature et pour

cette nuit ! Elle était arrivée , cotte luiit sombre et mystérieuse; une seule constellation luisait au ciel, la gratide Ourse, magnifique iauteuil d'étoiles renversé à demi, comme si le Dieu du ciel venait d'être détrôné par Satan. Les montagnes ouvrirent leurs oreilles caverneuses , et le souffle de l'air anima le clavier de leurs échos infinis. Les sapins parlèrent aux mousses des pics, les collines aux herbe;^ de la plaine , les ruisseaux d eau vive aux cailloux polis, les grillons aux chênes, les bruyères aux lacs, les vagues de TOcéan aux tristes écueils, et tous ces murmures, • toutes ces plaintes , toutes ces voix de la nuit, emportaient au ciel rinfeniale harmonie du maître.

• Le lamentable cri de Ninus sortit de la montagne comme des flancs de Babel. Toutes les impressions de terreur ressenties depuis le meurtre d'Àbel coururent dans Tair. C'était une véritable nuit de Babyîone. Les roches saillantes, les pics gigantesques, les montagnes iimoncelées, les immenses arceaux granitiques, tout ce paysage grandiose, éclairé fantastiquement aux étoiles, ressemUait à cette architecture infinie, créée par Martyn, leByron de la péntuie; et aux massifs de sapins élevés aux nues par les

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montagnes insurgées, on aurait cru voir les jardins suspendus

de Sémiramis. Alors il y eut encore une sorte de prodige qui ne pouvait éclater qu'à cette heure et dans ce lieu ; car il y a des mom^ts et des sites où la grande énigme de la musique dit son mot secret, où nous comprenons, claire et sans waàey cette lan* gue insaisissable de notes fugitives , cette langue qui ne dit rwa . et dit tout, et dont les villes évaporées ne connaissent que l'alphabet. Le chœur babylonien était termiué, et les vallées le chantaient encore. Les mille échos, pris au d4>ourvu par la rapidité du chant final, avaient des flots de notes en réserve à * rendre aux sept musiciens. La montagne, les bois, les pics , les cavernes, les arceaux granitiques, ces puissants choristes, continuaient l'hymne que les faibles voix humaines avaient achevé. Jamais Rossini n*eut de& interprètes plus grands, plus dignes de luil Et ces voix surnaturelles, cet orchestre inouï des échos, semblaient sortir et s^élever du lac circulaire comme d'un soupirail de l'enfer, regorgeant dos larmes dos damnés.

Le silence qui retomba quelques instants après fut encore plus terrible que le fracas du chant et des échos. Patrick regarda de tous côtés, prêta l'oreille; il ne vit plus rien, il n'entendit plus rien.

« C'est une vision que le démon m'a envoyée, se dit-il ; ce lieu n'est pas bon pour moi. Ceignons mes reins et partons. Dieu peut-être a permis que je fusse ainsi troublé dans ma retraite, afin de me rappeler mes premières études et mes premiers vœux. J'ai voué ma vie à la propagation de la foi : j'appartiens à la milice glorieuse de ces martyrs et contossours qui partent de Rome pour aller chez les Gentils. Levons-nous et allons 1 »

11 s'achemina lentement vers la ville de Killamey, et s'efi'orça d'oublier l'apparition du lac en méditant sur de saints projets de pèlerinage et sur la mission qui lui avait été autrefois imposée au séminaire de la Propagande.

L'insomnie dévora sa nuit ; il eut recours à la prière , et .il s'aperçut avec effroi que sa vieille blessure du coeur n'était pas cicatrisée et se rouvrait avec des douleurs poignantes qui lui

LA SEMIRÂMIIVË. . Uo

rappelaient d'autres temps, d'autres cîeux, d'autres rivages, et des combats suivis de la défaile et du désespoir.

Aux premiers rayons du jour, il ouvrit l'Évangile, el un hasard qu'il regarda comme providentiel fit tomber ses yeux sur ces paroles : Surgam et iho ; « je me lèverai et j'irai. »

Il crut entendre la voix de Dieu même , et ir arrêta irrévocablement son départ.

« Tout ce qui m'arrive , dit-il , est un avertissement non équivoque du cieL Le but de mon pèlerinage apostolique m'est indiqué. J'irai prêcher la foi aux peuples nomades qui campent sur les rives de l'Euphrate et dans les solitudes de Balbek. a

Et, plein de ces pieuses idées, Patrick s'achemina quelques jours après vers Dublin , pour se jeter aux pieds du chef apostolique de cette capitale de llrlande et recevoir sa bénédiction et ses conseils.

Ses derniers préparatifs de voyage furent bientôt terminés; comme le premier apdtre, il partit à pied et le bâton à la main, sans regarder derrière lui , les yeux fixés sur l'étoile de l'Orient.

Gomme il traversut Phomiœ-Park deice pas résolu que prend le piéton partant pour un long voyage , il s'arrêta suintement pour entendre une dernière fois le chant mélancolique d'un pauvre Irlandais qui avait attiré quelques curieux autour de lui : c'était un chant bien connu, et qui avait souvent réjoui et atteml^i son enfance : Grande ghrieux éi libre Dublin^ première fleur ae la terre , première perle de la mer * !

Il lira de sa bourse une pièce d'or, et la mit furtivement dans la main du pauvre chanteur. En même temps une autre main laisait une largesse si magnifique au mendiant irlandais, que Patrick tourna involontairement la tète pour voir quel charitable catholique enrichissait d'un coup son indigent compatriote. Deux cris de surprise, suivis d'un éncrgi(jue serrement de mains, attestèrent aux témoins de cette scène que deux amis se retrouvaient après une longue absence :

1. Grcat, gloriou» and frce; first Uower of the earlh; first gem of thc sta.

LA S£MIRAM1D£.

« Patrick I

— Lorenzol

^le t*aiyu, dit Patridc, j'ai serré ta main , Lorenzo : dubiitenant, je n'ai pltie rien à demander à œ moade. Adieu, ml

revoir dans le ciel !

— Oh! je De te quitte pas, dit Lorenzo en retenant avec vigueur la main de Patrick. 11 faut au moins que tu répondes à ma question. Où vas-tu?

— • Je vais où Dieu m*appelle.

— Eh bien î je te suis.

— Toi , me suivre 1 Tu n'y penses pas ! toi , enlacé par le m<mde , toi , plein de passions incurables 1 Non , Lerenso , laissemiH partir.

Laisse-moi te suivre , te dis-je ; notre rencontre est trop miraculeuse, vraiment. L'autre jour, j'ai fait une promenade avec quehiues artistes et elle du côté de Killarney ; c'est moi qui avais entraîné tout ce monde dans le comté de Kerry, dans Tes- , poir de t*y rencontrer. Aujourd'hui j*ai quitté Dublin , seul et sans faire mes adieux à personne, après avoir usé quatre ans de ma \ ie a poursuivre une chimère. £nhn le dénoùment est arrivé : je suis libre depuis ce matin. »

Patrick regarda Lorenzo avec des yeux qui semUaifint provo-. qaer de nouvelles explications que sa boucbe, pudiquement muette, n'osait demander. ' ■ •

« Veux-tu en savoir davantage? » dit Lorenzo.

Le prêtre ne répondit pas , mais il appuya ses deux mains sur son bâton.

« Écoute et plains-moi.... Elle se marie!... elle se mariel...

Ce matin, nous avons ap[)ris cette nouvelle de sa bouche, à son petit lever.... Tous ses adorateurs sont consternés.... Mais nous n'avons aucun reproche à lui faire : elle n'a trompé personne, elle n'a écouté personne. Elle s'est laissé adorer : c'est permis à une femme; nous sommes des imbédles, voilà tout.... Je vo» que cette nouvelle te fait du bien, à toi; ton visage est rayonnant. On dirait que cela te met à ton aise. Dieu soit béni I ;

LA S£x\liHAMID£i

— Voilà trois derniers mots bien placés , Loronzo.

— - Je ne l'ai pas dit, je crois, le nom du bienheureux épOUK !»«•

— Obi cela m'est indifférent, Lorenzol

— Cest juste. Qu^importe le noml c*e8t un époux. La eéré<> monie du mariage se fera dans un mois, bien loin d'ici, à la ville de***. Demain elle finit ses représentations à Dublin par la Dame du lac. Il faut te dire qu'elle a la passion des iac&. L'autre soir, il y a huit jours, nous avons dianté le finale..^

— Assez, assez, Lorenzo; regarde mon habit et respecte-lev Plus de langage mondain entre n'ious.... Maintenant, je ne voudrais la voir qu'une fois, prier pour elle et la bénir!

C'est fort aisé; elle loge à Greams-UoUl :SackmilleStreetf vis-èrvis la...

— Lorenzol Lorenzol je pars, adieu...

— Au nom du ciel 1 Patrick , ne m'abandonne pas : il m*est impossible de te suivre en ce moment, mais prumets-moi de m'attend re deux heures à Kingstown.

— Je t'attendrai*., mais tu viendras seul...

— Seul !... et nous ne parlerons plus d*elle.

— Plus! plus ! dit Patrick, (ju'une fois.

— Sans adieu.... Reliens-moi une place au paquebot de Liverpool.... Patrick, prie Dieu pour ipoi.... Je te dis tranquillement que je suis au désespoir ! »

Dans la sacristie de Téglise métropolitaine de Patrick exhibait ses lettres de prêtrise au curé, en répondant par intervalles aux questions qui lui étaient adressées. Le curé témoignait par ses gestes, ses paroles, son sourire, qu'il était satisfait de iOtttes les explicatioos données, et qu'ii admettait le prêtre étraur ger au service temporaire de son église* D^aiUeurs Pati?ic)£ étaft muni d'une lettre épiscopale qui le recommandait spécialement à tous les chefs ecclésiastiques de la chrélienté,; c'était, a>mw

LA SËMIRAMIDË

le passc-port évangélique délivré à ses missionnaires par le prélat de Dublin.

Installé depuis quelques jours dans Texercice de ses fonctions, Patrick demanda , comme une insigne iSivéur, qu'il lui fût per« .

mis de célébrer la cérémonie d'un mariaij;e dont les derniers bans venaient d'être publiés, ce qui lui fut aiiément accordé.

A minuit, l'église alluma les flambeaux du roaitre*aulel. Le sanctuaire rayonnait de clarté, mais les nefe restaient dans les ténèbres. Les deux époux entrèrent, suivis de leurs fomilles et de leurs amis, et tout ce monde s'agenouilla.

Un jeune homme, qui ne paraissait pas appartenir à cette société, se glissa dans une des nefs latérales, et, seul, resta debout, appuyé contre un pilier, dans une de ces poses qui affectent rindifférence , mais qui , aux yeux des observateurs dair»

voyants, trahissent une terrible agitation.

Un prêtre, revêtu de ses habits sacerdotaux, monta lentement les degrés de l'autel , et pria quelque temps avec ferveur.

Puis il descendit les marches de l'autel et imposa les mains sur les deux époux ; ces mains tremblaient comme celles d'un cente^ naire agonisant qui invoque Dieu pour la première fois.

Tous les yeux étaient fixés sur la jeune épouse ; elle ressemblait au chérubin prosterné devant l'arche et qui a refdié ses ailes dans un frisson de sainte terreur.

Lorsqu'elle entendit la voix du prêtre qui lui demandait si elle acceptait pour époux... sa tête courbée se releva vivement, et jamais ce visage , qui a tout exprimé dans les jeux de la scène , ne fut contracté par une semblable émotion. La jeune épouse r^arda le prêtre, et elle crut voir le fantôme pàle de Patrick, -sorti du sépulcre pour la voir une dernière fois.

En même temps, un cri effrayant retentit dans la nef ténébreuse. Lorenzo avait reconnu Patrick, qu'il avait quitté depuis quinze jours, et il ne put retenir une vive exclamation de surprise, malgré la snntelé du lieu.

Le om de l'épouse passa dans ce cri ; les assistants se reto«ir« nèrent et ne \ ireut plus que des nefd désertes.

LA SËMIRÀMIDB

11 y a\ ait dans cette cérémonie quelque chose de mystérieux et de fatal, qui faisait présager un triste avenir.

Quelques minutes après , Patrick était resté seul en prière devant Tautel, et, malgré lui , il prétait Toreille au bruit sourd des voitures qui emportadent à la féte mondaine les époux et leurs amis.

Une main frappa Tépaule du prêtre, qui se retourna et vit Lorenzo derrière lui.

a Celte fois, nous ne nous quittons plus, » dit le jeune Jtalien à Patrick.

Le prêtre ne répondit pas ; il se leva péniblement et marcha vers la sacristie. Lorenzo le suivit.

Lorsque Patrick eut déposé ses habits, il dit à Lorenzo, en lui montrant une étoile à travers un vitrail :

« Voilà rétoîle des mages qui se lève à TOrient*

— Parlons 1 » dit Lorenzo.

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