‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 19 sur 62 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

KONG-SUN

Tching-ing, quelle affaire vous amène ici?

TCHING-ING

Votre serviteur, sachant que votre Excellence habitait cette ferme de Taï-ping, est venu exprès pour lui rendre visite.

KONG-SUN

Comment se portent les ministres, mes anciens collègues, depuis que j'ai quitté ma charge?

TCHING-ING

Hélas! ce n'est plus comme lorsque vous étiez ministre. Tou-'an-kou lient en main l'autorité. Tout a bien changé depuis !

KONG-SUN

Il faudrait que les aulres minisires fissent des représentations au roi. Mais avez-vous entendu parler de l'orphelin de Tchao?

TCHING-ING

Puisque yous montrez cette bonté compatissante , comment pourrais-je, Seigneur, vous cacher la vérité? Comme je ne savais où cacher l'orphelin, je suis venu chercher un asyle dans la maison de votre Excellence. Autrefois, Seigneur, vous étiez le collègue de Tchao-tun ; vous devez avoir été son ami. Je vous en prie, avez pitié de ce petit orphelin, et sauvez-lui la vie.

KONG-SUN

Où est maintenant l'orphelin?

TCHING-ING

Je l'ai déposé à l'ombre des bananiers.

KONG-SUN

Allez promptement chercher ce tendre enfant, et prenez garde de ne point l'effrayer.

TCHING-ING

( 17 apporte le coffre , V ouvre et regarde. ) Grâces soient rendues au Ciel et à la Terre ! mon jeune maître est encore endormi. Mais vous ne savez pas, Seigneur, le nouveau danger qui Je

menace; vous ne savez pas, Seigneur, que lorsque Tnu-'an-kou a appris l'enlèvement de l'orphelin > il a ordonné qu'on lui apportât tous les petits enfans du royaume de Tsin , pour les massacrer. Je désire, Seigneur, cacher chez vous l'orphelin. D'un côté, je témoignerai ma reconnaissance à Tchao-so, le gendre du roi, pour les bontés dont il m'a comblé pendant sa vie; d'un autre coté, j'arracberai au trépas tous les petits enfans du rojaume de Tsin. J'ai bientôt quarante-cinq ans, et je possède un fils qui n'a pas encore un mois accompli : je le ferai passer pour Vorphclin de la maison de Tchao. Votre Excellence ira me dénoncer à Toû-'an-kou; elle lui dira que j'ai caché l'orphelin , et il me fera mourir avec mon fils. Alors, Seigneur, vous élèverez avec soin l'orphelin, afin que, quand il sera devenu grand cl fort, il venge la mort de son père et de sa mère. N'est-ce pas là un excellent dessein?

KONG-SUN

Tching-ing, quel âge avez-AOïis maintenant?

TCHING-ING

Votre serviteur a quarante-cinq ans.

KONG-SUN

Il faut bien vingt ans encore pour que cet enfant puisse venger ses parens. Avec vingt ans de plus.

tous en aurez soixante-cinq; et moi, avec vingt ans de plus, j'en aurais quatre-vingt-dix. A cette époque, je serai mort depuis long-temps : comment pourrais-je lui apprendre à venger la famille de Tchao? Tching-ing, puisque vous consentez à sacrifier votre fils, donnez-le moi, étaliez me dénoncer à Tou-'an-kou. Dites-lui que Kong-suntcliou-kieou a caché l'orphelin dans la ferme de Taï-ping. Tou-'an-kou viendra à la tête de ses soldats; il me prendra et me fera mourir avec votre fils. Vous élèverez en secret le petit orphelin de la maison de Tchao, jusqu'à ce qu'il soit devenu grand, afin qu'il venge son père et sa mère. N'estce pas là un excellent projet?

TCHING-ING

Je suis de votre avis; mais comment oserais-je causer votre perle? Seigneur, prenez mon fils: couvrez-le des vêtemens du petit orphelin, et allez me dénoncer à Tou-'an-kou, et vous serez délivré de tout malheur.

KONG-SUN

J'ai donné ma parole; gardez-vous de douter de ma résolution!

( Il chante. )

«En vérité, ma vie est si frêle et si chance- « lante qu'à peine je pourrai la prolonger jusqu'à

^ entendre le tambour du soir ou la cloche du

r matin.*

TCHING-ING

Il n'y a pas de temps à perdre. Je vais emporter chez moi le petit orphelin, et j'irai ensuite remettre mon propre fils dans la ferme de Taï-ping.

( 77 récite des vers. )

« Je suis heureux d'échanger mon propre fils « contre un enfant étranger, contre l'orphelin de «< la famille de Tchao. C'est un sacrifice que la « justice et l'honneur imposent à Tching-ing. « Mais qu'il m'est douloureux d'entraîner à la « mort le seigneur Kong-sunî »

Actf E III.

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