‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 22 sur 62 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

tou-'an-kou.

Nous voici arrivés chez Kong-sun. Amenez-moi ce vieux scélérat. {A Kong-sun.) Sais-tu quel est ton crime? comment as-tu osé cacher chez toi l'orphelin de la maison de Tchao?

KONG-SUN

Seigneur , quand j'aurais le courage de l'ours et l'audace du léopard., comment aurais-je osé cacher l'orphelin de la maison de Tchao?

tou-'an-kou.

Si on ne le fustige pas, il n'avouera jamais. Soldats ! qu'on choisisse de gros bâtons et qu'on le frappe comme il faut.

( Les soldats le frappent. )

KONG-SUN

( 77 chante sur l'air Tchou-ma-ting. ) g Pensez bien qu'avant d'avoir résigné ma charge

« el pris congé du roi , j'avais formé avec Tchao-

« tun une amitié pour laquelle j'eusse sacrifie

« ma vie.»

(Il parle. )

Qui esl-cc qui m'a vu commettre le crime# dont vous m'accusez ?

tou-'an-kou.

L'homme qui t'accuse ici est Tching-ing'.

kong-sun. (Il chante.)

«Quel est l'imposteur qui vient m'accuser? La « langue de Tching-ing est comme un couteau « qui me diviserait en deux! »

Ah! ah! lu ne veux pas avouer? Soldats, frappez ce scélérat ! N'y a-t-il pas de quoi faire bouillir de colère», en voyant ce vieux ladre s'obstiner à ne point avouer! Tching-ing, puisque c'est toi qui es venu le dénoncer, je t'ordonne de le frapper toi-même.

TCHING-ING

Seigneur, je suis un médecin, qui ne sait autre chose que de cueillir des simples. Mes bras sont faibles et débiles, comment pourrais-je manier le bâton?

tou-'an-kou.

Tu ne veux pas le fustiger? tu crains sans doute

qu'il ne te dénonce à son tour comme son complice?

TGHING-ING.

Eh bien, je vais le frapper.

( II choisit un bâton. )

tou-'an-kou.

J'examine la manière dont tu choisis. Tu prends un bâton, puis tu en prends un autre, et à la fin tu choisis le plus mince. On dirait que tu crains qu'il ne te dénonce à son tour si tu lui fais du mal.

TCH1NG-ING

En ce cas je vais le frapper avec un gros bâton.

tou-'an-kou.

Arrête! D'abord tu as choisi une baguette, et mainlcnnnt tu prends un gros bâton. Tu pourrais l'assommer au bout de deux ou trois coups; et quand tu l'aurais tué, il n'j aurait plus moyen d'obtenir l'aveu de son crime.

TCH1NG-1NG

Si je prends un bâton mince, vous n'êtes pas content; si je prends un gros bâton , vous me blâmez encore. Dites-moi, je vous prie, comment je

dois faire.

tou-'an-kou.

Tching-ing! prends un bâton de moyenne gros-

leur , et frappe Kong--sun-lchou-kieou. \ieux scélérat de Kong'-sun-tchou-kieou, sais-tu que c'est Tcliing-ing- qui te frappe?

tching-ing, frappant Kong-sun.

Dépéche-toi d'avouer.

( II le frappe par trois fois. )

KOXG-SUN.

Hélas ! de tous les coups que j'ai reçus aujourd'hui, ces derniers sont les plus cruels. Qui est-ce qui m'a frappé ?

tou-'an-kou.

C'est Tching-ing- qui t'a frappé.

KONG-SUN

Tching-ing-, il ne manquait plus que d'être frappé par tous!

le soldat.

Général, bonnes nouvelles! En cherchant dans une cave, nous avons trouvé l'orphelin delà maison de Tchao.

tou-'an-kou, riant aux éclats.

Apportez-moi ce petit enfant, pour que je le coupe en trois morceaux, (y/ Kong-sun) Eh bien, vieux coquin! tu disais que tu n'avais pas l'orphelin de la maison de Tchao. Dis-moi, quel est

cet enfant? — Tirons le glaive ! .... un coup , deux coups, trois coups!

( Tcking-ing est rempli d'effroi et de douleur. )

KONG-SUN

Scélérat de Tou-'an-kou , regarde : là-haut il y a une Providence. Gomment pourrait-elle te pardonner tes crimes? Je puis mourir: ma vie n'est plus bonne à rien.

( Il chante sur l'air Yauen-yang-cha. )

« Je meurs après soixante-dix ans. N'est-ce pas

« une belle vieillesse ! Mais il est bien jeune cet

« enfant qui expire avant l'âge d'un an! Nous

« serons morts tous les deux ensemble , et notre

« nom arrivera à la postérité la plus reculée. O

« Tching-ing, je vous recommande , à vous qui

« devez nous survivre, de ne point oublier Tchao-

« so, qui a été immolé d'une manière si barbare.

« Le temps s'échappe avec la rapidité de la flèche.

« Bientôt, tendre orphelin, tu pourras l'armer

« d'un fer vengeur et laver la mort de tes parens.

« Saisis cet infâme brigand, coupe-le en mille

« pièces , et garde-toi de le laisser échapper à son

« châtiment.»

( 77 parle. )

Je vais me donner la mort en me précipitant contre ces degrés de pierre.

( On l'emporte mort de la scène. )

un soldat , parlant à Tou-an-koa.

Kong-sun-lchou-kieou vient de se fracasser la tète contre les degrés de pierre. Il est mort.

tou-'an-kou , riant aux éclats.

Puisque ce vieux coquin est mort; tout est dit. (// rit de nouveau.) Tching-ing, combien je t'ai d'obligations pour toute cette affaire! Sans toi , comment aurais-je pu exterminer l'orphelin de la famille de Tcbao?

TCHING-ING

Gênerai , je n'avais au fond aucune animosité contre la famille de Tcbao. D'un côté j'ai voulu sauver la vie à tous les petits enfans du royaume de Tsin; de l'autre, j'ai songé à mon fils, qui n'avait pas encore un mois accompli. Si l'on n'eût pas découvert l'orphelin de la famille deTchao, ce tendre enfant eut été enveloppé dans le massacre général.

Tching-ing, je te regarderai désormais comme mon meilleur ami. Je veux que tu demeures dans mon palais : tu y seras traité comme un hôte distingué. Tu élèveras ton fils jusqu'à ce qu'il soit un homme fait. 11 étudiera sous tes yeux les belleslettres, et je lui enseignerai la guerre. Je n'ai point d'enfant; j'ai cinquante- ans : j'adopte ton fils; que penses-tu de ce projet?

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