‹ Contes et nouvelles litérairesChapitre 58 sur 62 · IV · texte numérisé non relu

IV

Trovennes et les Dardaniennes que nous avons prises dans le sac des opulentes Ailles de ces étrangers y pleureront les jours et les nuits autour de ton corps, qu'elles arroseront de leurs larmes.

Il dit, et en même-temps il ordonne à ses compagnons de faire chauffer de l'eau pour laver le corps de Patrocle, et pour ôter le sang et la poussière dont il est couvert. Cet ordre est exécuté à l'instant; on met un grand vase d'airain sur le feu; aussitôt les flammes l'environnent, l'eau frémit, on lave le corps, on le parfume d'huiles précieuses, on remplit ses plaies d'un haume ex* quis, et après l'avoir mis sur un lit de parade, on le couvre d'un voile éclatant de blancheur, et toute la nuit les Thessaliens le pleurent avec Achille.

Pendant que pleura Achille, Vulcain lui fabrique des armes à la prière de sa mère; des armes admiration de l'univers. Il représente sur le bouclier la terre, et le ciel, et la mer, et la lune dans son plus grand éclat, et tous les astres du ciel; il y représente deux villes principales : l'une est la ville des fêtes et des festins; les convives sortent de leurs maisons couronnés de fleurs, les jeunes gens dansent au son des trompettes et des flûtes; dans l'autre ville le peuple est assemblé pour écouter deux orateurs, on voit les vieillards assis sur des pierres bien polies et le sceptre à la main : une autre ville encore est entourée d'une armée d'as-

siégeans, et elle se défend les armes à la main; on voit les combattans en venir aux mains, la fureur respire dans tons leurs traits. Non loin de là Vulcain a représenté un grand champ de bonne terre, divisé en trois parties. Plusieurs laboureurs fendent la terre avec le soc de leur charrue* un de leurs amis leur verse à boire dans une coupe d'or. Plus loin ce soûl des moissonneurs armés de leurs faucilles qui font tomber les gerbes d'or, le maître de la terre est assis au milieu des sillons; arrive ensuilc leur sacrifice, puis une scène de vendange, puis un troupeau de bœufs gardés par quatre bergers d'or; deux lions se précipitent au milieu du troupeau, et emportent un bœuf qui pousse des beuglemens épouvantables. Plus loin, dans une agréable vallée, on voit un pâturage rempli d'un nombreux troupeau de moutons, des bergers, des parcs, des cabanes.

Plus loin encore le dieu représente de jeunes filles qui dansent, portant sur leur tète des couronnes d'or; des jeunes gens leur donnent la main, ils ont des épées d'or suspendues à des baudriers d'argent : toute celte jeunesse, se tenant toujours par la main , danse en faisant mille et mille tours et détours; une foule infinie de peuple environne celle danse, et prend un très-grand plaisir à Ja regarder. Au milieu du cercle il v a deux sauteurs très-dispos qui entonnent des airs, et qui font dos

sauts si merveilleux, qu'ils étonnent tonte l'assemblée. A l'extrémité du bouclier, tout autour, il met l'immense Océan , qui renferme tous ces grands et merveilleux ouvrages.

Quand ce bouclier es! fini, il fait la cuirasse, plus éclatante que la splendeur du feu, et le casque, très-fort, très-solide, et très- juste, d'une beauté surprenante et ombragé d'un panache d'or, et les bottines d'étain, admirablement bien travaillées.

Ce dieu, content d'avoir achevé ces belles armes, les porte aussitôt à Thétis, qui, sans perdre un moment, s'élance du haut de l'Olvmpe avec la rapidité d'un épervier, et porte cet admirable pré-, sent à son fils, qui l'attend avec, impatience.

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