‹ Contes et poésiesChapitre 10 sur 30 · DEUX AMES · texte numérisé non relu

DEUX AMES

Un chevalier se fit aider du Diable Pour obtenir la dame de ses vœux.

Elle était belle, il était amoureux; A votre gré fut-il donc si coupable ?

Leur accord fut de la sorte conclu :

Trois ans durant mon héros de sa dame

Devait jouir; ce délai révolu,

Satan mettait la griffe sur notre âme

Et remportait au ténébreux séjour.

L'enfer sans lin, mais trois belles années

De paradis, par les mains de l'Amour

Douze saisons à jamais couronnées

Des fleurs de l'âme, et, pour dernier trésor,

Le souvenir des heures fortunées !

Le pauvre amant crut faire un marché d'or.

• Le voilà donc au comble de l'ivresse, Devant le gouffre où le portaient ses pas Fermant les yeux, et pressant sa maîtresse Contre son cœur pour qu'il n'éclatât pas.

Il s'oubliait dans ce charme suprême De se donner sans regret ni retour, Et d'acheter , au prix de tout soi-même, Son divin rêve et le bonheur d'un jour.

Le sort voulut que la dame eût en elle De quoi goûter un tel enivrement. Son cœur, touché d'une flamme immortelle.

Page 1