ADIEUX A LA POÉSIE
Mes pleurs sont à moi, nul au monde Ne les a comptés ni reçus ; Pas un œil étranger qui sonde Les désespoirs que j'ai conçus.
L'être qui souffre est un mystère
Parmi ses frères ici-bas; Il faut qu'il aille solitaire S'asseoir aux portes du trépas.
J'irai seule et brisant ma lyre, Soufifrant mes maux sans les chanter ; Car je sentirais à les dire Plus de douleur qu'à les porter.
Paris, 1835.
J'aime à changer de deux, de climat, de lumière. Oiseau d'une saison, je fuis avec Tété, Et mon vol inconstant va du rivage austère Au rivage enchanté.
Mais qu'à jamais le vent bien loin du bord m'emporte
Où j'ai dans d autres temps suivi des pas chéris, Et qu'aujourd'hui déjà ma félicité morte Jonche de ses débris !
Combien ce lieu m'a plu! non pas que j'eusse encore Vu le ciel y briller sous un soleil pâli ; L'amour qui dans mon âme enfin venait d'éclore L'avait seul embelli.
Hélas I avec l'amour ont disparu ses charmes ; Et sous ces grands sapins, au bord des lacs brumeux, Je verrais se lever comme un fantôme en larmes L'ombre des jours heureux.
Oui, pour moi tout est plein sur cette froide plage De la présence chère et du regard aimé.
Plein de la voix connue et de la douce image Dont j'eus le cœur charmé.
Comment pourrais-je encor, déi^olée et pieuse, Par les mêmes sentiers traîner ce cœur meurtri, Seule où nous étions deux, triste où j'étais joyeuse. Pleurante où j'ai souri?
Painswick. Gloceetershire, août 1850.
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Ciel pur dont la douceur et l'éclat sont les charmes, Monts blanchis, golfe calme aux contours gracieux, Votre splendeur m'attriste, et souvent à mes yeux Votre divin sourire a fait monter les larmes. Du compagnon chéri que m'a pris le tombeau Le souvenir lointain me suit sur ce rivage.
Souvent je me reproche, ô soleil sans nuage!
Lorsqu'il ne te voit plus, de t'y trouver si beau.
Nice, mai 1851.
Au pied des monts voici ma colline abritée,
Mes figuiers, ma maison, Le vallon toujours vert et la mer argentée
Qui m'ouvre Thorizon.
Pour la première fois sur cette heureuse plage.
Le cœur tout éperdu, Quand j'abordai, c'était après un grand naufrage, Où j'avais tout perdu.
Déjà, depuis ce temps de deuil et de détresse,
J'ai vu bien des saisons Courir sur ces coteaux que la brise caresse,
Et parer leurs buissons.
Si rien n'a refleuri, ni le présent sans charmes.
Ni l'avenir brisé.
Du moins mon pauvre cœur, fatigué de mes larmes.
Mon cœur s'est apaisé ;
Et je puis, sous ce ciel que l'oranger parfume
Et qui sourit toujours, Rêver aux temps aimés, et voir sans amertume
Naître et mourir les jours.
Nice, mai 1852.