GASPARD FIX
SÉNATEUR DE l'eMPIRE,
COMMANDEUR DE l'OHDIIE IMFÉIUAU
DE LA LÉGIO.N d'hONNEUR
C'est un endroit solitaire.
Trois vieilles tombes de grès rouge, à moitié luinées et toutes moussues, mais fort armoriées, tiennent compagnie au moiiument de niaitre Gaspard ; l'une de ces tombes porte un vase; le cippe de l'autre est surmonté d'un casque ; la troisième n'a rien de particulier.
Les inscriptions, presque efl'acées, remontent tien avant la Révolution.
Personne ne va là. Mais en automne, qua;id les premiers souilles de l'hiver balayent les feuilles des arbres, avec un bruissement aigre, c'est fort mélancolique et même imposant.
MAITRE GASPARD FIX
Au reste, tout ce que maître Gaspard avait I piévu est arrivé. i
Sa veuve, la pauvre mère Simone , est la ; providence de tons les curés du diocèse ; elle donne, elle donne!... malgré Sabouriau, malgré Péters, malgré Adrian. Sachambreest tapissée, du haut en bas,' d'images de saints et de saintes, de reliques et de médailles; on lui dit la messe tous les matins dans la chapelle du château, et le reste du temps elle reçoil tous les mendiants qui se présentent. II en arrive de toutes sortes, des gras, des maigres, des rasés et des barbus, les uns en bas de soie, les autres pieds nus, avec une corde autour du ventre; c'est une procession perpétuelle, surtout depuis que les Allemands nous envoient leurs moines, leurs ermites, leur? capucins, leurs religieuses, tous leurs célibataires ! — pour nous consoler de la perle de l'Alsace-Lorraine, comme ils disent dans leurs gazettes 1
Tous ces gens viennent tendre les mains, de larges mains. Pas un n'apporte un liard, cela va sans dire, mais tous emportent un morceau des cent soixante-quinze mille livres de renie!... Quel malheur que cette bonne mère Simone n'ait pas le capi'al; on lui ferait
faire des miracles, on la canoniserait!...
Michel s'est marié avec une demoiselle de noblesse aussi ancienne que râpée, sur la recommandation d'un archevêque.
Le père et la mère de la jeune personne sont venus habiter avec leur gendre; ces nobles personnages lui font l'honneur de manger son pain et lui rappellent de temps en temps que son père était un garçon brasseur.
C'est pour remplir ce magnifique rôle, que les jésuites élèvent les fils de notre haute bourgeoisie.
Le pauvre garçon est très-malheureux. Il n'est bien que hors de chez lui, avec ses chiens et ses gardes, dans les auberges foiestières de la montagne.
Frionnet s'est retiré des affaires; il est devenu philosophe et se réunit trois fois par semaine au cabaret de la Carpe, avec cinq ou six épicuriens de son espèce, qui font venir de Paris des hnitres dans tous les mois où se trouvent des )-, et se donnent entre eux des bosses de rire.
Les fils de Laurent continuent la vie de leur père.
Sabouriau est une des fortes lêles du parti bonapartiste.
FIN T)E MAITRE GASPARD FIX