PÂTÉ DE LAPIN
Un matin du mois d'août dernier, mon ami Desjardin», médecin à Saverne, feuilletait son registre d'ordonnances, lorsqu'un grand gaillard à longues moustachas rousses parut sur le seuil et s'arrêta tout embarrassé. Comme Desjardins lui demandait ce qu'il voulait, l'autre, poussant des soupirs, lui montra sa bouche ouverte, en écarquillant ses yeux gris. Il fiait par sortir de sa poche un billet conçu en ces termes :
a Moucher monsieur Desjardins, « Je TOUS adresse un Prussien, le nommé Menschenfresser, garde forestier à la scierie, lequel a dans le gosier un os triangulaire qu'il s'est ingurgité lui-même en mangeant du pâté. J'ai déjà fait mon possible pour le débarrasser de cet obstacle à l'introduction des aliments, soit en le poussant en bas, soit eu le
tirant en haut; mais, attendu que j'ai senti qu'en le tirant trop fort, l'estomac montait avec l'os, j'ai dû suspendre mes tentatives. Dans l'espérance que vous serez plus heureux, j'ai l'honneur d'être votre tout dévoué
a Antoine Ruddo,
c Vétérinaire. >
Cette lettre éclaircissait la queslion.
Desjardiuâ fit asseoir le Prussien dans un fauteuil, en face do la fenêtre; il examina soigneusement la position de l'os, qu'il reconnut êire un os vertébral de lapin, dont les pointes se hérissaient en quelque sorte au fond du gosier. Les tractions exercées par le vétérinaire avaient fait enfler les parties voisines; Desjardins essaya pourtant aussi de tirer l'os avec une pince à long bec; mais, ayant remarqué