L'EXILE
Tout est resté Français de cœur et d'espérance ! Croyez-moi bien, Laurent, à part quelques bandits Dont les noms parmi nous seront toujours maudits, Tout se redresserait à l'appel de la France. Mais quand entendrons-nous le cri de délivrance?...
Quand, du fond des vallons remontant jusqu'à nous. Le tonnerre lointain dira-t-il : «Levez-vous!... «LaFrance arrive!... .\llons, courez à sa rencontre.. ' Voici vos exilés... Debout!... Levez-vous tous... 1 Que tout cœur patriote à cet instant se montre... »
Oui, quand ?... En attendant, l'ennemi sous sa main Nous courbe jusqu'à terre et quelquefois nous brise, Et sa plus grande force est ce qui vous divise ! Vos luttes de partis font rire le Germain; U compte en proGter pour prendre le chemin
De la Champagne, ou bien de la riche Bourgogne, Et vous les arracher peut-être en quelques jours ! A quoi vous serviront alors tous les discours
De votre ordre moral et sa triste besogne"?... La France ne sera qu'une grande Pologne.
Ah ! que vous seriez forts, si vous étiez unis Dans l'amour de la France et de la République; Si vous ne pensiez tous qu'à la chose publique, .\ vos frères captifs, à vos drapeaux ternis... Les rêves du Teuton seraient bientôt finis.
Mais avant la patrie, on met ses privilèges.
Son roi, son prétendant, ou son ambition...
On pousse le pays à la division,
Quand les gens de Bismarck, embusqués dans leurs
Le fusil à la main, guettent l'occasion ! » [pièges.
Ainsi parla le juif. Et puis dans le silence Nous retombâmes tous, rêvant à nos malheurs, A l'Alsace-Lorraine... à notre décadence... A la grandeur passée !... et criant dans nos cœurs : «Français, unissons-nous!... Français, sauvons la
[France!...»