‹ Contes et romans alsaciensChapitre 3 sur 42 · METZ · texte numérisé non relu

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Bazaiue venait de rendre Jlclz soks Conditions. (Page 90),

IIISTUIUK DU IM.EBISCITE.

âo nous, de notre commerce, de noire industrie, autrement que pour en tirer le plus clair de nos bénéfices, pour eux, leurs amis, leurs connaissances et tous les défenseurs de la dynastie du parjure?

'• Ces nouveaux préfets, ces kreits-dircclor, ces bourgmestres, nommés pour défendre chez nous la dynastie prussienne, ne nous gèneiont gaére plus que les autres. Dans les premiers temps, ils essayeront la douceur; et puisque nous avons pu vivre et rester Français avec les préfets de Bonaparte, nous pourrons vivre et rester Français avec ceux de Frédéric-Guillaume.

« Pourvu que le plus grand nombre opte comme moi, voilà le principal ! Pourvu que les Placiard et autres maires de l'Empire, maintenus en place par les Prussiens, ne puissent pas détourner les gens d'opter, en leur faisant peur d'èlre mal vus, ou même d'être expulsés; pourvu que ces gueux ne retardent pas de jour en jour ceux qui n'osent se décider ; car une fois le délai passé, ceux qui n'auront pas opté pour la France seront Prussiens ; leurs enfants, qu'ils le veuillent ou non, appartiendront à Guillaume; leurs fils serviront et recevrontdessoufilelsà l'âgede vingt ans, au profit de la vieille Allemagne; etceux quisesont déjà sauvés en France seront forcés de revenir, ou de renoncer pour toujours à leurshéritages.

-« Tout ce que je souhaite .maintenant, c'est que les journaux français, qui disent tant de choses inutiles, ne manquent pas de prévenir les Alsaciens et les Lorrams de ce qui les menace, et de leur dire que s'ils optent pour la Frauce, leurs personnes et leurs biens seront garantis par le traité; et que s'ils négligent de le faire, leurs biens et leurs personnes tomberont sous la loi prussienne. Ils feraient même très-bien d'indiquer où et comment on opte, et de donner un modèle très-simple et trèsclair de cette déclaration. Ainsi tous les intéressés seraient prévenus, et ces journaux auraient rendu le plus grand service à la France.

» Quant à mo'i, je reste! Je .suis ici sur ma terre, je l'ai achetée; je l'ai payée du fruit de mou travail. Je payerai mes contributions; je ne dirai rien, pour qu'on ne puisse pas me vexer, ni me chasser; je vendrai le plus cher que je pourrai mes récoltes aux Allemands; je ne donnerai d'ouvrage qu'à des Français; et si la République s'affermit, comme je l'espère, car maintenant le peuple voit ce que les monarchies nous ont valu; si la nation fait ses affaires elle-même, sagement, avec bon sens, ■ modération, ordre et réflexion, elle se relèvera vite, elle redeviendra puissante. En dix ans, tout serp- 'réparé : nous aurons des électeurs

iutruits, des armées nationales, des administrations honnêtes, des intendances et dès états-majors tout autres que ceux qui nous ont perdus...

« .Alors, que les Français reviennent; ils nous trouveront, comme avant, heureux de les embrasser et de marcher ensemble.

« Mais s'ils continuent leurs vieilles histoires de coups d'Etat et de révolutions; si les aventuriers, les jésuites et les égoïstes se coalisent encore une fuis contre la justice, s'ils recommencent leurs abominables farces de plébiscite et de constitution par oui et par non, la baïonnette sur la gorge des gens, avec des électeurs dont la moitié ne savent pas lii'e; s'ils veulent que toutes les places soient données par protection et recommandation, au lieu d'être honnêtement gagnées au concours; s'ils repoussent l'instruction primaire et le service militaire obligatoire; s'il leur faut, comme par le passé, un peuple ignorant et des armées remplies de mercenaires, afin que les fils des nobles et des bourgeois puissent rester tranquillement chez eux, pendant que les pauvres diables travaillent comme des bêtes de somme, ou vont se faire tuer sur les champs de bataille, pour des choses qui ne les regardent pas; enQn, s'ils renvei'sent la République et rétablissent la monarchie, alors, malheur à nous! La pauvre France, déchirée par ses propres enfants, finira comme la Pologne; ce sera la pei'te de toutes les conquêtes de 89; la Suisse, l'Italie, la Belgique, la Hollande, tous les peuples libres du continent suivront notre sort; les larges pieds plats des Allemands couvriront l'Europe; et nous autres, malheureux Alsaciens et Lorrains, nous serons forcés de courber la tête sous le joug, ou de partir pour l'Amérique ! »

Ce discours de Georges me fit réfléchir, et je résolus d'attendre !

Beaucoup d'Alsa-ienset de Lorrains ont fait les mêmes réllexions ; et voilà pourquoi M. Thiers a eu raison de dire que la république est la forme de gouvernement qui nous divise le moins ; c'esl aussi la seule qui puisse nous sauver. Toute autre forme de gouvernement, sur laquelle légitimistes, orléanistes et bonapartistes ne pourraient jamais s'entendre, achèverait de nous détruire. Si par hasard l'un de ces partis parvenait à mettre son prince sur le trône, le lendemain tous les autres se réuniraient pour le renverser, et les .allemands, profitant de nos divisions, s'empareraient de la Franche-Comté et de la Champagne.

MM. les députés delà droite devraient bieu y penser! 16

C'est pour relever les atFaiies de la iialion, et- non celles d'un parti, qu'ils sont à Versailles; c'est pour rétablir la concorde dans notre malheureuse pairie, et non pour y semer des divisions. Je m'adresse à leur patriotisme, et si cela ne suffit pas, à leur prudence. De nouveaux coups d'Élat nous précipiteraient dans de nouvelles révolutions, de plus en plus terribles. La nation, qui veut la paix, le travail, l'ordre, la liberté, l'instruction et la justice pour tous, est lasse de se voir toujours déchirer par des empereurs et des rois, elle pourraits'exa-pérer contrecespêclieursdetrôuesen eau trouble, et cela deviendra épouvantable! Qu'ils y pensent; c'est leur devoir.

Et tous ces princes aussi, tous ces prétendants honteux, qui ne crai^'nent pas de venir nous diviser, au moment où l'union peut seule nous sauver; quand l'Allemand occupe toutes les places foi tes de la frontière, et qu'il guette l'occasion d'arracher un nouveau morceau de notre patrie ! Ces hommes qui se glissent dans l'armée par la faveur; dont les mauvaises gazettes empêchent la reprise du commerce, dans l'espoir de dégoûter le peuple de la République! Ces princes qui donnent, un JOUI-, des paroles d'honneur, qu'ils retirent le lendemain, et qui n'ont pas honte de réclamer des millions, au milieu de la ruine générale. Oui, tous ces gens-là doivent se conduire autrement, s'ils ne veuient pas qu'on se rappelle leur pôie Louis-Philippe, intriguant avec les bonapartistes, pour détrôner son bienfaiteur Charles X; et leur grand-père Philippe-Égalité, intriguant avec les jacobins et volant la mort de Louis XYI pour sauver sa fortune, pendant queson rilsiiitriguaitàl'armée du Nord avec le traître Dumouriez, pour marcher sur Paris et renverser les lois p'ali-ies. Le temps des intrigues est passé !

Mon Dieu, Bonaparte en a dépouillé bien d autres que ces princes d'Orléans; il a fusillé, déporté, ruiné de fond en comble des pères de famille par milliers; leurs [emm.'s et leurs enfants ont tout perdu! Eh bien, pas un d'entre ces malheureux ne réclame un liard; ils seraient honteux de demander quelque chose à la patrie dans un moment pareil ; les princes d'Orléans, seuls, réclament leurs millions. Franchement, ce n'est pas beau!

Moi, je ne suis qu'un simple meunier; j'ai gagné par mon travail la moitié de ce que je possède ; mais si ma petite fortune et ma vie pouvaient rendre l'Alsace et la Lorraine à la France, je les donnerais tout de suite; et si ma personne était une cause de trouble, de

division, enfin un danger pour mon pays, je quitterais le moulin bâti par mes anciens, les terres qu'ils ont défiicliées, celles que j'ai acquises à force d'économie et de travail, et je m'en irais!... L'idée que je sers mon pays, que je l'aide à se relever, me suffirait... Oui, je m'en irais, le cœur gros, mais sans tourner la tête!...

Et maintenant, finissons celte histoire d i Plc'biscile :

Jacob est revenu se remettre au moulin; Jean- Baptiste Werner est aussi revenu me demander Grédel en mariage. Grédel y consenlait de bon cœur;ma femme et moi nousleur avons doni.é notre consentement des deux mains.

Mais la dof... Yoilàce qui touchait Grédel... Ah ! c'est qu'elle ne voulait pas entrer eu ménage sans avoir ses cent lou'S !... 11 me fallut donc vider de nouveau la vanne jusqu'au fond, rentrer dans la vase et me remettre à piocher la terre.

Grédel regardait l'ouvrage; et quand le vieux cofl're reparut, avec ses cercles de fer; quand je l'eus posé sur le bord, et qu'ayant ouvert le cadenas rouillé , les écus en bon ordre brillèrent à ses yeux, alors elle s'attendrit : tout était bien ! Elle voulut même m'embrasser et se pendit au cou de sa mère.

Les noces de Grédel et de Jean-Baptiste ont eu lieu le l"' juillet dernier; malgré les misères du temps, elles furent joyeuses.

Comme la fêle allait finir, et qu'on débouchait encore àe\i\ ou trois vieilles bouleilles, en l'honneur de M. Thiers et de tous les braves gens qui veulent aider ce-grand patriote à fonder la République en France , le cousin Georges nous déclara que Jean-Baptiste "\Veiner était son associé pour le commerce des pierres de taille. Il en faudra; les bombardements et les incendiesen Alsace donneront longtemps de l'ouvrage aux architectes, aux carriers et aux maçons; c'est un grand commerce.

Le cousin déclara de plus que lui, Georges ■\Veber, fournirait l'argent nécessaire; que Jean- Baptiste ferait les grandes courses, soit pour la vente, soit pour l'exploitation des carrières, et qu'ils partageraient les bénéfices par moitié.

M. Fingado, notaire, assis au bout de la table, tira l'acte de sa poche et nous en donna lecture, à la satisfaction générale.

Maintenant donc tout est en ordre, et nous tâcherons de regagner par le travail, 1 économie et la bonne conduite, ce que Bonaparte nous a fait perdre avec son plébiscite !

Mon histoire est finie; que chacun en tire les réflexions et les enseignements qu'il pourra.

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