‹ Contes et romans alsaciensChapitre 41 sur 42 · GASPARD FIX · texte numérisé non relu

GASPARD FIX

SÉNATEUR DE l'eMPIRE,

COMMANDEUR DE l'ORDRE IMPÉRI.IL

DE LA LÉGION d'hONNEUR

C'est un endroit solitaire.

Trois vieilles tombes de grès rouge, à moitié ruinées et toutes moussues, mais fort armoriées, tiennent compagnie au monument de maître Gaspard; l'une de ces tombes porte un vase ; le cippe de l'autre est surmonté d'un casque ; la troisième n'a rien de particulier.

Les inscriptions, presque effacées, remontent tien avant la Révolution.

Personne ne va là. Mais en automne, quand les premiers soufQes de l'hiver balayent les feuilles des arbres, avec un bruissement aigre, c'est fort mélancolique et même imposant.

MATïnr, GASPARD FIX,

Au reste, tout ce que maître Gaspard avait | prévu est arrivé. i

Sa veuve, la pauvre mère Simone , est la | providence de tous les curés du diocèse ; elle | donne, elle donne!... malgré Sabouriau, mal- j gré Péters, malgré Adrian. Sa chambre est ta- j pissée, du haut en bas, d'images de saints et ! de saintes, de reliques et de médailles; on Un ' dit la messe tous les matins dans la chapelle du château, et le reste du temps elle reçoit tous les mendiants qui se présentent. Il en arrive de toutes sortes, des gras, des maigres, des rasés et des barbus, les uns en bas de soie, les autres pieds nus, avec une corde autour du ventre; c'est une procession perpétuelle, surtout depuis que les Allemands nous envoient leurs moines, leurs ermites, leurs capucins, leurs religieuses, tous leurs célibataires ! — pour nous consoler de la perte de l'Alsace-Lorraine,commeils disent dans leurs gazettes I

Tous ces gens viennent tendre les mains, de larges mains. Pas un n'apporte un liard, cela va sans dire, mais tous emportent un morceau des cent soixante-quinze mille livres de renie'... Quel malheur que cette bonne mèi-e Simone n'ait pas le capi'al; on lui ferait

faire des miracles, on la canoniserait!...

Michel s'est marié avec une demoiselle de noblesse aussi ancienne que râpée, sur la recommandation d'un archevêque.

Le père et la mère de la jeune personne sont venus habiter avec leur gendre; ces nobles personnages lui font l'honneur de manger son pain et lui rappellent de temps en temps que son père était un garçon brasseur.

C'est pour remplir ce magnifique rôle, que les jésuites élèvent les fils de notre haute bourgeoisie.

Le pauvre garçon est très-malheureux. Il n'est bien que hors de chez lui, avec ses chiens et ses gardes, dans les auberges foi entières de la montagne.

Frionnet s'est retiré des affaires; il est devenu philosophe et se réunit trois fois par semaine au cabaret de la Carpe, avec cinq ou six épicuriens de sou espèce; qui font venir de Paris des huîtres dans tous les mois où se trouvent des r, et se donnent entre eux des bosses de rire.

Les fils de Lar.rent continuent la vie de leur père.

Sabouriau est une des fortes lèles du paiti bonapartiste.

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