‹ Contes et romans alsaciensChapitre 42 sur 42 · FÉODAL · texte numérisé non relu

FÉODAL

Quand je songe aux premiers temps de mou eDtauce, dit le colonel Siegfried, je me vois tout petit, sur le bras du vieux baron Oito Von Meindorf, seigneur de Vindland, mon respectable aïeul.

C'était un grand vieillard sec et nerveux, les moustaches blanches, le nez fièrement arqué,*les yeux gris-clair, aussi droit ;i soixante ans qu'un jeuue homme.

Il avait fait la campagne de France contre les républicains eu 1792, sous Brunswick, celle de 1806 sous Louis-Ferdinand, tué a Sàalfeld, celles de 1813, 1814 et 1815, sous Blticher, sans pouvoir dépasser le grade de rittnieisler (I), malgré ses blessures et ses actions d'éclat.

Le digne vieillard en conservait un fond d'amertume ; il se plaignait de l'ingratitude des Hohe-nzollern, et vivait seul dans son antique castel de Vindland, près du Gurisch- Kaff, au bord de la Baltique. Ayant perdu mon père, qui servait sous ses ordres, à la bataille de Liguy, en Belgique, ma mère étant morte à la suite de ce malheur, et lui-même, après la campagne, ayant été mis à la retraite, il n'aimait plus que cette solitude, qui lui rappelait la splendeur des Von Meindorf dans des temps plus heureux.

C'est là, dans le vieux nid en rumes, baigné par les vagues, ((ue nous vivions avec un vétéran, Jacob lieiss, ancien ordonnance du grand-père, et sa femme, la vieille Christina, qui nous servaient de domestiques.

Nous étions vraimentpauvres, caries biens nobles du grand-père étaient criblés d'hypothèques ; il devait à tous les juifs de l'Allemagne et de la Pologne; il leur en voulait à mort, disant que les misérables s'étaient fait

(1) Commandant.

nn plaisir de laisser s'accumuler les intérêts, dans l'espérance de happer un jour l'héritage, dont les revenus se trouvaient saisis pour liien des années.

Ce bon grand-père avaitaimé le jeu, comme tout brave soldat insouciant de la vie pendant la guerre, et maintenant il fallait payer les dettes !

En rêvant à cela, ses lèvres se serraient, son nez se recourbait, ses poings se crispaient d'indignation ; il maudissait toute la Judée de de père en fils, depuis Abraham jusqu'au dernier marchand d'ècus de Francfort.

Moi seul je pouvais le faire sourire, quand il me portait en haut, dans les antiques galeries et sur la plaie-forme de Vindland, en vue de la mer, regardant par les arcades les flots se dérouler sur la grève toute blanche d'écume, les barques des pêcheurs au loin retirer leurs filets ou regjgner le rivage à l'approche du soir. Alors, les deux coudes au bord d'une embrasure, m'entourant de ses bras, il me disait :

« Regarde, Siegfried, regarde!... Toute cette terre et cette grande eau étaient à nous autrefois. Ces vaisseaux qui passent là-bas, leurs voiles grises déployées, nous payaient tribut pour entrer dans la baie ; ces barques nous devaient une partie de leur pêche; les pêcheries, où l'on sale, oii Ton marine le poisson, n*i^ devaient tant pour le sel, tant pour le bois, tant pour leur place sur le sable. Ces paysans qui labourent, qui sèment et récoltent, nous devaient du seigle, de l'orge, duhoublon, du chanvre; ils nous devaient de la viande, des œufs, des légumes; nous avions paît à tout, nous étions maîtres de tout! Nous seuls avions droit de chasse; nos chevaux et nos chiens couraient seuls le daim, le renard et le loup dans les bois; nos barques seules

in?

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pénétraient au fond des lagunes du Curisch- Half, faisant lever des nuages d'eiders et de canards sauvages, que nous abattions par milliers. Nous avions seuls tous les droits, parce que nous sommes de la race noble des Vandales, les premiers maîtres du sol, la noble race des conquérants. Comprends-tu ça, Siegfried, mon enfant? )>

Et je comprenais; mes yeux s'accoutumaient à regarder tout comme étant à moi; je voulais avoir les oiseaux, les poissons, les barques, les pêcheries, les villages; je répondais au grand-père :

•• Tout est à Siegfried! >3

Ce qui lui réjouissait le cœur.

« C'est bien, disait-il avec attendrissement; les renards nous ont tout pris, il faudra tout reprendre : il faut que le paysan travaille, que le pêcheur pêche et que le marchand trafique pour les nobles descendants du vieux Meindorf à la dent de fer. »

Il m'embrassait, tout fier de mon intelligence précoce, et me remportait, mon petit bras sur son épaule, ma joue contre la sienne, en disant :

« Tire-moi les moustaches, Siegfried, je suis content de toi ; tu es un brave garçon ! »

C'était un esprit clair, positif. L'antique château menaçait ruine sur plusieurs points; il en avait abandonné la plus grande partie, pour se loger dans une aile encore solide, abritée par le donjon contre les vents du nord. Une vaste salle, haute et voûtée, cinq chambres encore en bon état, dont les fenêtres donnaient sur la baie, et l'antique cuisine, pourvue d'une immense cheminée à large manteau chargé de sculptures, formaient toute notre liabilation.

Au-dessous, les écuries s'ouvraient sur une cour profonde, où nous descendions par un escalier à balustrade de granit.

Les hautes tours couvraient tout cela de leur ombre; c'était un coup d'œil sévère; de pareils souvenirs sont ineffaçables.

Je vois encore la grande salle, avec son vieux tapis usé, sa table de chêne, les armes du grand- père suspendues aux murs des deux côtés de la porte, les fenêtres en ogive, vitrées de plomb, et la mer au loin qui se déchaîne sur les récifs; la cuisine et sa flamme sur l'àtre qui tourbillonne autour de la crémaillère; la vieille Christina, assise auprès, sous la cheminée, en train d'éplucher quelques légumes, de plumer des oiseaux ou de racler un poisson avec le vieux couteau ébréché. Elle élait toute vieille, jaune et ridée comme une bohéraienue de cent ans, les che-

veux couleur de lin, ses larges poches carrées sur les hanches, le trousseau de clefs à la ceinture, la petite toque de crin sur la nuque, grave, méditative et pourtant causeuse, aimant à raconter les vieilles histoires du château, les apparitions de feux follets, de lapins blancs, les pressentiments à la mort d'un tel pendant la grande tempête d'automne ou durant les longs silences de l'hiver.

Oui, je la vois, et Jacob Reiss aussi, debout près d'elle, avec sa longue échine maigre, les jambes arquées, le vieux bonnet d'uniforme sur l'oreille, les bottes éculées garnies de longs éperons de fer, la pipe dans ses grosses moustaches grises. Dehors, la mer chante son hymne éternel et semble accompagner de ses plaintes les histoires étranges de Christina.

« Hé! dit Jacob, tout ça c'est bien possible... J'avais toujours des pressentiments la veille d'une grande bataille, et Je lendemain beaucoup de gens mouraient. »

Il parlait d'un air convaincu; mais quand l'histoire était trop extraordinaire, il clignait de l'œil de mon côté, comme pour dire :

a Ne crois pas ça, Siegfried, la vieille radote!... Le lapin blanc était un chat dans la gouttière ou bien une martre zibeline dans le bûcher, sous les fagots. »

J'aurais écouté Christina raconter ses histoires durant des heures. Mais ce qui m'amusait encore bien plus, c'était de descendre avec le vieux hussard donner le fourrage à nos chevaux et les conduire à l'abreuvoir. Il ne manquait jamais de m'asseoir sur l'un d'eux, car nous en avions trois fort beaux; c'était le seul luxe que le grand-père se permît encore.

« Tiens-toi bien, Siegfried, me disait le vétéran; prends la bride de ta main gauche; voilà comme tu seras plus tard, à la tête de ton régiment; tu lèveras le sabre et les trompettes sonneront la marche : hop!.. . hop!..hop !.. »

Quel bonheur d'être à cheval et de se promener au petit trot dans la cour sombre!

Les autres parties du château restaient désertes, les portes fermées, et, il faut bien le dire, ses fenêtres n'avaient plus de vitres; les corneilles, les orfraies habitaient ses corniches; elles tourbillonnaient à tous les étages, jacassant et piaillant; leurs ordures blanchissaient toutes les saillies, leurs nids remplissaient toutes les salles abandonnées, personne ne venait les troubler; et le vent d'hiver, se démenant parmi ces ruines, produisait une harmonie sauvage, surtout quand la mer y mêlait ses clameurs plaintives.

Combien de fois, dans ma petite chambre, la

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nuit, ne me suis-je point éveillé, prêtant l'oreille aux sifflements de la bise par les fissures innombrables du vieux castel, me rappelant soudain les histoires de Ghrislina et croyant entendre les âmes des morts glisser au loin dans les immenses corridors.

J'avais bien peur!

Heureusement la chambre du grand-père touchait à la mienne, la porte en restait toujours ouverte, et la respiration forte, cadencée du vieillard, me rassurait. Il dormait d'un sommeil paisible, et je me disais :

« Si les esprits arrivent, je crierai... le grand-père décrochera son sabre! »

Le sabre du grand-père et ses pistolets m'inspiraient confiance ; avec le grand-père, j'aurais bravé tous les esprits du monde.

Pourtant, il advint, un soir, quelque chose d'étrange à propos des esprits, je ne l'oublierai jamais.

C'était aux premières neiges de 1 822, j'avais dix ans. Le grand-père et moi, ce soir-là, nous soupions ensemble comme d'habitude, la table entre nous, la lampe au-dessus, sur un trépied de bronze. Jacob nous servait, entrant et sortant, pour chercher les plats à la cuisine. Et comme il arrjve aux changements de saison, la mer était grosse, les premières neiges fouettaient les vitres par rafales.

Nous finissions de souper, quand tout à coup, poussée par lèvent, la porte s'ouvrit, et moi, tout pâle, je criai :

« C'est Meindorf à la dent de fer! »

Le grand-père alors, tout étonné, déposa son verre sur la table, et regardant le vieux hussard d'un œil sévère, lui demanda :

« Qu'est-ce que cela veut dire'? D'oîi vient que cet enfant s'efîraye?

— C'est Christina qui lui raconte des bêtises, balbutia le vieux soldat, se dépêchant d'allei- refermer la porte.

— Christina! s'écria le grand-jjèie avec indignation; si la vieille folle était ici, je lui tordrais le cou... Que cela n'arrive plus!... »

Puis, se calmant et s'adressant à moi : « Ecoute, Siegfried, dit-il, reliens bien mes paroles : Meindorf à la. dent de fer est mort depuis six cents ans, et les morts ne reviennent pas; ce que lu entends, c'est le vent qui souffle sur la mer... Et ça, fit-il en montrant les hautes fenêtres tour à tour blanches e! noires, c'est la neige que le vent chasse contre les vitres; il n'y a rien d'autre... il n'y a pas d'esprit sans un corps. Ceux qui parlent de l'esprit des morts et qui y croient sont des ânes. Tu comprends?

— Oui, grand-père, lui répondis-je.

— Eh bien, tu vas prendre ce fallot, je vais t'ouvrir le grand corridor, et tu iras seul jusqu'au bout, dans la vieille tour en face. Moi, je reste ici, je verrai la lumière par cette fenêtre, et quand tu seras dans la tour, tu crieras : « Meindorf... Meindorf à la dent de fer, arrive! » Tu m'entends! Si tu ne fais pas cela, tu n'es pas de la vieille race des conquérants, tu as peur... un homme noble n'a pas peur! »

Aussitôt je me levai et je pris le fallot sans répondre. Le grand-père prit un grosse clef pendue sous ses armes et sortit m'ouvrir luimême l'antique galerie des chevaliers. La tempête s'engoull'rait dans cet édifice délabré, la lumière tourbillonnait au milieu des ténèbres. J'aurais voulu courir, mais le grand-père me dit:

a Marche lentement... Ceux qui courent ont peur... ils tombent... Prends garde aux décombres!... »

Alors je partis seul. Les arceaux se suivaient à la file; les larges dalles, couvertes d'herbes marines et d'arêtes de poisson, apportées par les oiseaux qui avaient élu domicile dans l'antique masure, ne rendaient aucun son ; je marchais sur ce fumier, rega rdanl tourner l'ombre des colonnes sur la voûte, et .parfois une orfraie, surprise dans son sommeil, déployer ses ailes et plonger dans l'abîme noir de la tempête.

Ainsi je vis défiler l'un après l'autre les fenêtres, les balustrades, les tas de varech et d'autres débris en décomposition, répandant une odeur infecte, malgré la hauteur des assises et le vent qui les balayait en les couvrant de neige, et dans la grande tour, levant mon fallot, après avoir repris haleine, je criai, non sans émotion, car les histoires de Christina me revenaient :

« Memdorf à la dent de fer... Meindorf à la dent de fer... arrive! »

Mais, sauf les mille sifllements de la tempête et les clameurs des vagues au pied de la falaise, rien ne répondit, rien ne bougea.

Je tenais ma petite main devant le fallot, pour l'empêcher de s'éteindre; puis, ayant encore répété le même cri, je revins lentement, m'empêchaut toujours de courir; les arcades défilèrent sous mes yeux une seconde fois, et je rentrai dans la chambre du grandpère, qui ne me fit aucun compliment et parut trouver la chose toute naturelle.

« Assieds-toi, Siegfried, me dit-il; le vent souffle fort, n'est-ce pas... il fait bien froid dehors?

1 — Oui. grand-père, l — Tiens, bois un bon coup. »

L'EDUCATION D'UX l'EODAr..

Il remplit à moitié mon verre et je le vidai (Vu 11 trait.

« Tu as appelé MeinJorf? lit-il en souriant.

— Oui.

— 11 n'est pns venu!. . C'était pourtant un brave dans son temps, et qu'on n'appelait jamaissansle voir arriveraussitot, avec son ca?- (jueet sa hache; mais il est mort, et le plus lâche coquin. le plus misérable juif, pourrait le (léfîersans émouvoir sa poussière. "\'oilà ce que c'est que la mort, Siegfried . Depuis le commencement du monde, des milliers de milliards d'hommes sont morls, et pas un seul n'est revenu, pas un! Cela prouve, clair comme le jour, que la mort est la fin de toul et qu'il n'y a rien après. Mets-toi cette idée dans la têle, c'est la clef de tout le reste. »

Ayant dit cela d'un air grave, le grand-père Se leva; il rentra dans le corridor refermer la grande porte et revint ensuite se remettre à lable; puis, le souper fini, il me souhaita le bonsoir comme d'habitude et nous allâmes nous coucher.

Le grand-père m'avait appris à lire de bonne heure, il m'avait enseigné les premiers éléments du calcul, mais à partir de ce jour il s'occupa de mon instruction réelle. Chaque

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C'est la piemière étape... (p. H'U .

matin, api-ès le déjeuner, nous descendions à l'écurie et lui-même me donnait une leçon d'éi^nitalion, m'apprenant d'abord à bouclionner le cheval, à le seller, à le brider. Comme j'élais encore trop petit pour mettre ia selle et passer le mors, il m'aidait, il serrait les boucles, le tout avec méthode, m'e.xpliqaant la destination de chaque courroie, son utilité. Puis il me parlait du caractère propre à chaque race chevaUne, et m'en faisait remarquer avec soin les qualités et les défauts.

Après ces explications, nous montions en selle et nous faisions un tour aux environs, tantôt sur le rivage, tantôt au bois.

Quelquefois nous poussions notre pointe jusqu'au bourg de Vindland, ancienne dépendance du château, dont la population s'éten-

dait de plus en plus et prenait de l'importance par son commerce.

Quelques gros marchands étaient venus s'y fixer; M. Slrœmderfer, le plus riche armateur de la côte, venait d'y faire construire une lialle superbe pour fumer et mariner le poisson ; il avait des barques à lui, une grande maison, la plus belle du bourg, une tonnellerie, des employés. La pèche de l'esturgeon et l'e.xpédition du caviar dans toutes les parties de l'Allemagne lui procuraient de grands bénéfices.

C'était un homme vêtu d'une façon simple mais cossue, le large feutre carrément planté sur les sourcils, les favoris bruns i-bouriffés autour de ses joues musculeuses, saluant toujours le lier oOerst Von Meindorf dès qu'il l'a-

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[ie!-cevait,inais d'un air calme, sans empressemeut et presque comme d'égal à égal.

Le grand-père aMiorrait cet homme: il répondait à son salut, en levant brusquement sa casqiiette à la hauteur d'un pouce et serrant les é[erons. Il faisait de même pour tous les autres commerçants et boutiquiers du bourg: et lout en continuant de galoper, il me disait :

« Tiens, Siegfried, tous ces gens-là, avant l'anivée des Français eu 1806, étaient nos serfs; ils étaient attachés à notre terre; nou;

passant de beaucoup mon intelligence; mais elles me sont revenues depuis, et j'ai souvent admiré la pénétration, le rare bon sens de cet honnête vieillard.

Une fois revenus au château, vers une ou deux heures, les chevaux débridés, étrillés, épongés par Jacob sous no-s yeux, le grandpère et moi nous montions à la bibliothèque, qui se trouvait dans son caliinet de travail, à côté de la grande salL-, et nous commencions d'autres études.

Alors le temps était venu d'apprendre les

pouvions les imposer et même les vendre, \ langues, l'histoire, la géographie, les mathésans qu'ils eussent à réclamer. Dans ce temps- maliques, pour êtfe admis à l'école des cadets

là, leur costume se composait d'une chemisf en grosse toile bise, sans col, et d'une espèce de caleçon bouffant en été; et l'hiver d'un casaquin en peau de mouton ; ils avaient les cheveux pendants sur les sourcils, marque de leur servage. Aujourd'hui, cela s'habille d'un bon gros drap bleu, cela se tire le gilet sur le large ventre, cela se pose carrément sur les talons : « Hiium!... Houm!... » en vous regardant en face, sans baisser les yeux, comme pour dire : « Voici M. Strœmderfer, le riche armateur, qui vous fait l'honneur de vous saluer le premiei', monsieur le baron; il croit remplir en cela un devoir de convenance; mais il pourrait à la rigueur s'en dispenser, car sa caisse

royaux, où j'avais droit d'entrer avec bourse entière. Mais il fallait passer un examen sérieux, et le grand-père voulait que ce fût avec distinction, comme il l'avait subi lui-même quarante-cinq ans avant.

« Poilr faire la guerre, disait-il , et surtout dans la cavalerie légère, oii je puis encore te recommander près de vieux camarades, la première chose à connaître, ce sont les langues. Il faut savoir les parler autant que possible sans accent, car il s'agit souvent, en campagne, d'interroger adroitement les gens du pays sans éveiller leur méfiance, de s'informer des chemins, des sentiers, de la position des corps ennemis, et, naturellement, c'est ..ou-

est mieux garnie que la vôtre; son nom est l jours comme amis qu'on se présente. 11 faut

connu dans plus d'un comptoir à Hambourg, à Brème, à Lûbeck, même à Liverpool et Manchester, en Angleterre; sa signature vaut tant, et ses produits sont cotés sur la place de Londres. Je vous salue pourtant le premier, parce que c'est un vieil usage; et puis mes

aussi savoir les lire rapidement, pour éplucher les correspondances que Ton a surprises à la poste, les dépèches des courriers que l'on a arrêtés, et pour eu transmettre un lésumé clair, succinct et complet à l'état-raajor. Tu comprends cela, Siegfried? Et la première lan-

fils seront forcés de servir, et votre jeune i gue que nous devons étudier, nous autres

homme sera peut-être leur officier; on fait toujours bien de ménageries amours- propres, quand cela ne coûte rien . »

Ainsi parlait le grand-père; puis il poussait un éclat de rire sec et criait :

a Allons, un tempsde galop... Tiens-toi bien, Siegfried! Tout cela pourra changer... il faut que cela change... Ah! nous avons perdu de la marge... ces Hohenzollern nous ont coûté clierl ... Mais pourvu qu'ils tiennent leurs promesses par la suite, qu'ils nous rendent au centuple ce qu'il a fallu leur céder dans un temps de malheur... qu'ils rétablissent notre autorité sur de plus larges bases... on oubliera les vieilles déceptions... Seulement, il faut que le grand coup réussisse... il faut que le filet prussien englobe toute l'Allemagne... c'est la première étape... après cela nous verrous pour L i-tslei... 1)

J'écoulais ces hautes pensées politiques, dé-

Prussiens, c'est la langue française, celle de nos ennemis naturels. Frédéric II n'a jamais écrit que dans cette langue; il était entouré de Français, et les imbéciles croyaient que c'était par admiration de leur génie; il recevait des livres comme ÏAiili-Mai-/iiart'l, pour leur faire croire que lui, Frédéric, était complètement incapable de suivre les idées de ce finaud Italien, et qu'il les condamnait absolument. Gela ne l'a pas empêché de les suivre toute sa vie, et, parce simple moyen, de s'arrondir dans tous les sens aux dépens des voisins , en s'assurant encore la réputation d'être un philosophe, un souverain moral et le plus délicat du monde. Je te dis cela, mon enfant, pour temontrer que la première chose c'est de tromper ses ennemis, et que, pour mieux les tromper, il faut connaître leur langue à fond. »

Après m'avoir donné ce précepte judicieux,

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qull me répétait souvent, nous commencions à lire \'H/jij)archie, ou le Maître de la cavalerie, de Xénophon , dans l'excellente traduction française de Gail, le texte grec et la version latine en regard. Le grand-père connaissait aussi ces deux langues, et surtout le latin, qu'il éci-ivait couramment, comme tous les hommes instruits de son époque. C'est en latin que se rédigeaient alors tous les livres scientifiques; il me l'enseignait en passant, el se plaisait à le parler avec moi. Pour me faciliter la conversation, il me faisait apprendre par cœur les Colloques à:Èrtism&; ainsi toutes les études marchaient ensemble.

Les choses allaient ainsi depuis deux ans, le grand-père était content de mes progrès, lorsqu'un jour il me dit :

« Tout va bien, Siegfried, nos études avancent ; mais il ne faut rien négliger des choses de la vie. C'est un usage dans le monde d'avoir une religion, de se déclarer protestant, catholique et même juif, si l'on veut. Tout cela revient à peu près au même; seulement, il est bon de choisir la religion qui vous est la plus avantageuse. Cliez nous, en Prusse, c'est la religion réformée, celle du roi, de la noblesse; en France, en Autriche, c'est la religien catholique. Suivons donc la coutume, car les imbéciles disent qu'on ne peut être honnête homme sans religion . Je vais faire venir le pasteur de Vindland ; il t'enseignera la religion du pays, il te fera remplir les cérémonies accoutumées en pareil cas ; je le payerai raisonnablement, et tu seras luthérien réformé. A l'école des cadets, tu suivras les exercices religieux, car le roi y tient beaucoup, pour le bon exemple; pourvu qu'on aille au temple de temps en temps, qu'on chante un cantique, cela suffit. Quant au reste, nous avons liberté de conscience; qu'on chante en allemand , qu'on chante en latin , l'Éternel entend toutes les langues. »

Après ni'avoir tenu ce petit discours, qui servi! à me faire comprendre toute l'importance de l'instruction religieuse, le grandpère envoya Jacob Reiss chercher M. le pasteur Brandhorst en char à bancs.

M. Brandhorst était un honmie de trente-cinq à quarante ans , grand , mince, les cheveux blond filasse et les paupières rouges. Il passait, à Vindland, pour être, très-sévère sur les pratiques religieuses; c'est ce que j'ai su depuis. Il arriva donc vêtu de noir, un petit manteau sur les épaules, un grand chapeau de soie sur sa grosse tête, l'air satisfait, heureux d'avoir été choisi par M. le baron Otto Von Meindorf, pour l'instruction religieuse de

son petit-fils; ce qui ne pouvait qu'ajouter au relief de M. le pasteur parmi ses confrères et ses ouailles.

Au moment où rentrait le char à bancs, le grand-père et moi, nous étions dans la cour; je venais de prendre une leçon d'équitation, et c'est là que nous reçûmes M. le pasteur, avec force salutations de sa part et cajoleries à mon sujet.

Il parlait fort bien ; le grand-père lui répondait avec un sourire de bii'nveillance. C'est ainsi que nous montâmes le grand escalier etque nous entrâmes dans la bibliothèque, où M. Brandhorst, s'ôtant débarrassé de son petit manteau, s'assit auprès de moi, devant la cheminée, et commença tout de suite son instruction religieuse, me parlant de Dieu, de la création du monde en sept jours, d'Adam et d'Eve, etc., etc.'

Le grand-père, pendant la leçon, se promenait derrière nous de long eu large, la tête penchée, les mains croisées sur le dos, écoutant d'un air rêveur, sans desserrer les lèvres.

A la fin du premier chapitre, M. Brandhorst me fit répéter ses explications, pour voir si j'avais bien compris; il parut charmé de ma bonne mémoire; puis en me félicitant, ainsi que M. le baron, il se leva, remit son manteau et nous' salua très-profondément. Le grand-père l'accompagna jusque sur la porte; il descendit seul l'escalier; et, du haut de la rampe, je le regardai monter en voiture.

Gela se renouvela de la sorte durara quinze jours ou trois semaines. Le grand-père écoutait toujours sans rien dire. Nous en étions arrivés, après la lecture de l'ancienne loi, de l'histoire des juges, des rois, de la chronique et des prophètes, à la mission du Christ, enseignant l'égalité des hommes devant Dieu, les déclarant tous frères, leur prescrivant le paidon des injures, leur ordonnant de tendre la joue gauche, quand on leur avait frappé la droite — et M. Brandhorst s'animait sur cette haute morale, s'exprimant d'une façon fort éloquente, lorsque le grand-père, jusqu'alors simple auditeur, s'arrêta tout à coup de marcher et prit la parole :

« Tout cela, monsieur le pasteur, dit-il d'un ton net, est fort bien pour les bourgeois, les ouvriers et les paysans que vous rencontrez au village.... Oui, vous faites très-bien de leur prêcher cette morale, de leur dire de se soumettre à la volonté des supérieurs, de recevoir les coups sans les rendre, et de compter sur la vie éternelle, en récompense de leur résignation ; c'est fort juste et fort utile. Mais autre chose est de parler à des gueux, descen-

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fiants de serfs, destinés de pore en fils à l'obéissance, et de parler à des nobles, descendants de nobles, destinés au commandement. Voilà ce que vous devriez bien expliquer et l'aire ressorîir au jeune baron Siegfried Von Meindorf, afin de l'initier à ses devoirs. Car chaque instruction, pour être bonne, utile et vraie, doit s'adapter à l'état des personnes; les pointsde vue changent quandl'étatchange; un aigle, en train de planer, ne voit pas l'herbe des champs du même œil qu'un une qui broule ! »

M. Brandhorst, tout surpris, ne répondit rien, et le grand-père continua :

« Remarquez bien, monsieur le pasteur, que l'Église n'a jamais pratiqué le pardon des injures; au contraire, elle s'est toujours montrée impitoyable envers ses ennemis; elle les a proscrits, torturés, brûlés, détruits dans ce monde et damnés dans l'autre chaque fois qu'elle en a eu le pouvoir. Son exemple doit nous servir de règle 1 — Et maintenant, pour en revenir à l'histoire sainte proprement dite, je vous ferai observer que tous vos patriarches et vos juges en Israël, que vous admirez tant, étaient des fainéants qui voulaient commander au peuple, percevoir la dîme et dicter des lois sans porter les armes. Pendant que les autres allaient se faire tuer à la guerre, eux ils restaient à la maison, ils veillaient sur l'arche sainte, et l'abandonnaient bravement pour sauver leur peau, quand les Philistins avaient le dessus. Le peuple finit par s'apercevoir qu'il était conduit par des lâches, il faliut, bon gré mal gré, que Samuel consentît à lui donner un roi ; mais il choisit, dans l'intérêt de sa caste, un véritable imbécile, ce Saiil, qui, la veille de la dernière bataille, alla consulter la pythonisse, une espèce de bohémienne cachée dans un trou, loin du camp, laquelle lui prédit insolemment sa défaite; de sorte que pendant l'action, ce crétin perdit tout courage et se perça lui-même de son épée. Ces choses sont claires, il faut être aveupie pour ne pas les voir ! Et quant à David, c'était un bédouin courageux, rusé, il avait du sang, comme le coursier arabe; il était toujours à cheval, rôdant à droite, à gauche, pillant celui-ci, détroussant celui-là. Ce brave garçon finit par éprouver le besoin d'assurer sa retraite, il jeta les yeux sur Yabous Kadischta, la ville sainte, depuis Jérusalem; il s'entendit avec les prêtres, qui gardèrent leurs privilèges et lui soumirent le peuple. Ce David est le plus bel exemple de ce que peut faire la pureté du sang dans les races primitives; il fonda sa dynastie ; il fit traîner ses ennemis

sous des herses, il laboura leurs os; il vécut jusqu'à l'extième vieillesse; il eut toutes les gloires de la sainteté, de la poésie, avec les satisfactions réelles, positives de l'existence.,.. Voilà, monsieur le pasteur, les exemples qu'il faut choisir pour l'instruction d'un jeune noble, et non pas les exemples de Jonas, d'Elias et d'autres pareils démagogues. Parlez aux paysans de Job, de Ruth et de Boos, de Tobie, à la bonne heure; mais parlez de David, de Mathathias, de Judas Machabée à des gens de guerre ; et surtout ne venez pas leur donner des préceptes contraires à leur profession, capables de les faire manquer à l'honneur, comme de recevoirdes coups sans les rendre. »

Le pasteur était confondu.

a Mais, monsieur le baron, dit-il à la fin, mais ce précepte est écrit en toutes lettres dans les Evangiles....

— Dans les Evangiles, répliqua le grandpère avec impatience, on trouve de tout, seulement il faut savoir choisir. Le Christ n'était pas ce que vous croyez, c'était un homme de race noble; il descendait de David, il voulait être roi d'Israël. Il essaya de soulever le peuple et de se faire proclamer. Malheureusement les Romains dominaient le pays, ils en avaient déjà fait nommer les rois, de race étrangère, cela va sans dire : Hérode, un Idumien, percevait les impôts et partageait le pouvoir avec le procurateur Ponce-Pilate. Les prêtres juifs, sous ce régime, conservaient en partie leurs privilèges; ils comprirent très-bien que si le peuple se soulevait, trois ou quatre légions romaines viendraient le mettre à l'ordre, que Jérusalem serait saccagée et qu'eu.x-mêmes pourraient être massacrés ou vendus comme esclaves; ils eurent peur, et le grand-prêtre Caïphe, dans un conseil secret, prononça ces paroles mémorables : «Il faut qu'un seul périsse pour le salut de tous ! » Les prêtres dénoncèrent la révolte sur le point d'éclater; le Christ fut arrêté, ses ])artisans se dispersèrent; ils abandonnèrent lâchement le roi national, qui fut crucifié avec celte inscription ironique attachée au haut de la croix : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs !....)) qui seule explique toute l'histoire. Ces faits sont clairs, palpables. Le Christ, pour s'attirer le peuple, avait déclaré, contre toutes les règles du bon sens et de la nature, que les hommes sont égaux, comme ces fameux jacobins de 93, qui l'appcliient dans leur nouveau calendrier aie preinior des sans-culottes» et prétendaient appliquer ses doctrines. — Mon Dieu, monsieur le pasteur, vous savez cfs choses aussi bien que moi, pourquoi donc

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embrouiller les queslions? Enseignez la soumission, la résignation, l'obéissance, aux bourgeois, aux ouvrier.-, aux campagnards, c'est bien, Irès-bien.... ces gens sont faits pour obéir!.... Mais présentez les choses à la race uoble sous leur vrai point de vue. Sachez que la religion est une institution politique, une sorte de discipline morale, qui prépare les gens à la discipline réelle. Et puisque nous en sommes sur ce chapitre, je vous déclare que la religion catholique, apostolique et romaine, remplit cetto destination bien mieux que la nôtre; en défendant au peuple de lire les Évangiles, où l'on trouve les maximes les plus révolutionnaires; en lui donnant l'ordre de croire tout ce que décide l'Église, sans raisonner, sous peine d'aller en enfer; en défendant aux prêtres de se marier, pour les attacher exclusivement à leur état, pour en faire des soldats sans autre famille, sans autre patrie que le drapeau; en exigeant des fidèles la confession de leurs péchés, pour prévenir de loin toute révolte; en maintenant la langue latine dans toutes les cérémonies, pour en dérober le sens aux ignorants, et conserver au culte un caractère mystérieux qi:i frappe toujours les esprits faibles, cette religion est une institution politique admirable, la plus grande e( la plus profonde que le monde ait vue. Tant qu'elle a régné chez nous, la race noble et le clergé se sont parfaitement entendus, le peuple n'a pas bougé. Le pape et l'Empereur se faisaient souvent la guerre, mais le couvent et le château, sauf les petites querelles de voisinage, s'accordaient très-bien ensemble; ils avaient un intérêt commun : celui de ne pas éveiller les convoitises de la brute, en l'instruisant sur ses prétendus droits naturels, et de la tenir toujours courbée sur la glèbe. Quand je pense à cette glorieuse époque féodale, où chaque chose était à sa place d'après l'ordre naturel, je ne puis m'empécher de reconnaître que Luther, premier violateur de la discipline ecclésiastique qu'il avait juré d'observer, nous a fait un mal irréparable; ses principes de libre discussion, de libre conscience, de droit pour chacun d'interpréter les livres saints à sa manière, sont le renversement du sens commun; il est le père légitime des droits de l'homme, cet évangile monstrueux de la canaille. Le gueux avait eu l'adresse d'intéresser les puissants à sa cause, en llattant leurs passions, en leur accordant toutes les permissions que le pape leur refusait, en approuvant leui-s divorces, en bénissant leur troisième et quatrième mariage, en excitant leurs convoitises, et sanctifiant le dé-

bordement de toutes leurs passions. C'était un rusé compère. Mais depuis lors la discipline est brisée. Alors la discipline morale avait tout soumis, aujourd'hui la forceest redevenue nécessaire; on l'emploiera et le peuple rentrera dans l'obéissance, il reconnaîtra de nouveau ses maîtres : la distance prodigieuse existant entre sa propre nature infime et bornée et celle du seigneur destiné de tout temps à la tenir en bride. Seulement, pour atteindre à ce but, le premier devoir du clergé sera de nous seconder en tout; il faudra que chacun reçoive l'instruction religieuse convenable à son rang. — J'ai ditce queje pensais; maintenant, monsieur le pasteur, continuez votre leçon et tâchez de vous conformer à mes intentions. »

M. Brandhorst entra tout de suite dans les vues du grand-père; il s'étendit sur la carrière de David, sur les exploits des Machabées ; il fut récompensé de ses soins convenablement, et quelque temps après, un dimanche, pendant roflice divin, le grand-père et moi nous nous rendîmes achevai au temple de Vindland. Je reçus la confirmation seul, en présence des fidèles. M. le pasteur, à celte occasion, crut devoir prononcer une allocution touchante; les bonnes femmes en pleurèrent d'attendrissement. Après quoi, le service divin étant terminé, je mis un double frédéric d'or dans l'assiette du sacristain, qui recevait les aumônes à la porte. Nous sortîmes sur la petite place, où Jacob Reiss tenait nos chevaux en main, et nous étant remis en selle, nous rspartimes au galop pour notre résidence.

Ainsi je devins chrétien réformé, selon le désir du grand-père, et les vieilles traditions de la Prusse.

Cela fait, il n'en fut plus question, et le grand-père s'occupa de pousser vigoureusement mes études mathématiques, point essentiel pour être admis à l'école des cadets royaux. Nous avions déjà revu l'arithmétique plusieurs fois, je la possédais suffisamment; la géométrie et l'algèbre entrèrent en ligne. C'étaient ses études favorites; on aime toujours ce que l'on connaît bien; il me tenait •des heures entières au tableau, puis, me voyant fatigué, tout à coup il s'écriait en l'iant :

« -liions, Siegfried, c'est assez pour aujour-

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d'htii;lfiissoDS la craie et l'éponge; eu route! »

Je respirais.

Nous descendions seller nos chevaux, nous partions comme des bienheureux.

L'e.vcellent homme semblait rajiMini ; il voulait tout m'apprendre : la natation, l'équitation , les armes, et tout eu galopant sur le rivage, Jacob derrière nous, à distance, il s'écriait :

« Siegfried, je tiens à ce que tu sois le premier cadet royal à l'École; je tiens à ce que tes professeurs n'aient plus rien à l'enseigner. Je veux que lu sois fort, vigoureux, adroit et rusé, comme je l'étais à trente ans, et que le jour où l'on tirera le sabre contre ces gueux de Velches, qui nous avaient réduits à zéro en 1806, et qui nous ont valu la perte des trois quarts de nos privilèges, avec leurs principes de ^9, je veux que tu puisses les hacher comme de la chair à pâté. Je serai déjà mort sans doute, mais tu te souviendras de moi, lu croiras m'en tendre crier : « Courage, Sieg- « fried, courage!... Tape ferme.... hache... « massacre... pas de quartier.... la pitié est « une bêtise française.... Brûle tout ce que tu M ne peux pas emporter.... happe!... .happe —

Cl mon garçon.... c'est ie droit delà guerre

« ce qui est conquis par le glaive est bien ac- II quis!...» Canailles!... nous ont-ils fait du mal avec leurs droits de l'homme et leur égalité!... Sans eux, jamais le baron de Stein n'aurait obtenu de Frédéric-Guillaume l'abolition du servage, ni l'admissibilité des brutes aux emplois civils et militaires; ni la déclaralion que les anciens serfs pourraient acquérir des terres nobles; ni le droit pour les communes d'élire leurs magistrats municipaux; ni cinquante autres ordures pareilles, qui montrent bien l'abominaiion de la désolation oïl nous étions alors.... Jamais les Hardenberg n'auraient osé porter la main sur notre vieille conslitulion.... Mais il fallut promettre au peuple des libertés ; il fallut lui accorder des droits; il fallut imiter la constitution des jacobins, pour entraîner toute la nation à nous soutenir, à combattre avec nous les envahisseurs. Ah ! oui, les gueux nous ont coulé cher.... mais gare.... gare.... nous sommes en train de dressernos boules-dogues à la chasse, de leur apprendre à mordre, de leur inculquer dès l'école la haine impitoyable du Velche. Une fois la première partie gagnée, l'Allemagne sous notre griffe et toutes ces grosses brutes allemandes disciplinées à coups de trique, nous iions là -bas régler le compte définitif de ces baudils : nous serons cinq ou six contre un, car ils sont trop bêtes pour

s'attendre à une chose pareille.... nous le.s écraserons sous le nombre.... nous les écraserons !... Nous brûlerons leur Paris.... nous prendrons l'Alsace, la Lorraine , la Sbampagne, la Bourgogne, tous le pays jusqu'aux deux mers; ils travailleront pour nous, comme leurs ancêtres ont travaillé pendant quatorze siècles pour les Francs; et Tordre naturel régnera encore une fois ; la noble race des conquérants, qui a bousculé l'empire romain et fondé toutes les dynasties et toutes les aristocraties de l'Europe, sera encore une fois maîtresse de l'Occident! »

En parlant ainsi, le digne homme serrait avec fureur ses vieilles mâchoires édenlées, ses moustaches grises se hérissaient, et, brusquement, reprenant haleine, il criait :

«En avant!... Hourra!... hourra!... »

Nous filions comme des flèches sur la grève; Jacob avait peine à nous suivre.

Quelquefois aussi, pendant les grandes chaleurs du mois d'août, le bonheur du grandpère était de me conduire surla plage, au fond d'une petite anse, derrière les remparts du château, et de m'apprendre à nager. Jacob Reiss, sur la rive, nous regardai t eu fumant sa pipe ; et, tout en fendant les vagues, en faisant la coupe, en se retournant et me lançant joyeusement une poignée d'eau à la figure, pour rire, ce vigoureux vieillard, quand nous étions un peu loin du bord et qu'il me voyait fatigué, disait ;

CI Allons! mou enfant, passe-moi le bras sur l'épaule; tu es las, n'est-ce pas?

— Oui, grand- père.

— Eh bien! regagnons la rive, mais lentement, sans nous presser... Tu sais que rien n'est plus mauvais que de se dépêcher; on n'avance plus ; on perd ses forces : plus on va lentement, mieux cela vaut. »

Et, tout en me parlant, en me répétant : « Doucement!... doucement!... » nous arrivions sur ie sable comme deux poissons frétiUrnt au soleil.

Jacob déroulait nos couvertures; on s'asseyait; on se séchait? regardant la haute mer, écoutant les flots chanter le long du rivage ou bouillonner en écuinant le long des récifs.

C était un moment de calme solennel, de' repos et de rêverie, dont le souvenir me procure encore, après tant d'années, un plaisir inexprimable .

Poison rentrait au château; la vieHleChristina avait préparé le déjeuner: on buvait un bon verre de vin. Quelle éducation aurait pu me rendre plus fort, plus sain de corps et d'esprit, plus apte aux fatigues de la noble vie

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militaire, et me donner des idées pins nettes sur l'ordre véritable en ce monde, sur la subordination des classes, sur les droits et les devoirs de la noblesse, et mieux me préserver de toutes ces théoi'ies absurdes dont les professeurs de méthaphysique ont toujours la bouche pleine dans nos universités, et qui réduisent bientôt leurs élèves au crétinisme le plus absolu? Aucune! Aussi je ne puis songer, encore maintenant, aux soins du grandpère, sans éprouver une douce émotion, et je suis forcé de reconnaître qu'à lui seul se rapporte le mérite de mes convictions, que j'espère bien faire partager, bon gré, mal gré, à tous les gueux d'opinion contraire.

En ce temps-là, dans le courant de l'été 1 828, parut pour la première fois la fermeté de mon caractère et le succès des bonnes leçons du grand-père, ce qui lui fit un plaisir extraordinaire.

Il souffrait depuis quelque temps d'une ancienne blessure qui le forçait de garder la chambre, étendu dans son fauteuil, la jambe en l'air, et de fort mauvaise humeur. Mais cela ne m'empêchait pas de faire chaquematin une promenade à cheval, avec Jacob, car il le voulait absol umen t, pour entre tenir les bonnes habitudes.

Ce jour-là, donc, nous galopions, le vieux liussard et moi, sur la route de Vindland ; le temps était superbe, on fauchait les seigles, la fumée des pêcheries se déroulait dans les airs, quelques voiles grises couraient au loin sur la mer bleue, unie comme un miroir.

Naturellement, tout cela nous avait égayés, quand, arrivant près de la Mulsen, au moment de passer le petit pont de bois, nous vîmes arriver derrière nous un jeune homme à cheval, un grand garçon à peu près de mon âge, en petit frac vert, bottes molles garnies d'éperons et casquette de chasse; il montait, à la mode anglaise, appuyé sur les étriers, un magnifique bai-brun, et nous devança sur le pont sans nous regarder, d'un air d'indifférence ; il se permit même d'écarter mon cheval d'un petit coup de sa cravache, ce qui me rendit d'abord tout pâle d'indignation.

« C'est le fds aîné de M. Strœmderfer, le bourgmestre, dit Jacob ; il vient de visiter leurs récoltes , ces grandes voitures de gerbes qui s'avancent là-bas sont à eux. »

Je l'avais bien reconnu ; depuis longtemps cette figure me déplaisait; aussi, sans répondre, je partis ventre à terre sur ses traces, en criaul :

«Halte!... halte!... Attends!... Halte!...»

Mais lai, se retournant à demi et m'obser-

vant du coin de l'œil d'un air moqueur, redoublait de vitesse ; son cheval, plus grand et meilleur coureur que le mien, m'eut bientôt distancé d'un quart de lieue, et je le vis entrer au bourg.

Alors, tout frémissant de colère, j'attendis Jacob.

a Vn méc/iel {[), un flls de marchand de poisson, oser se rire d'un Von Meindorf !... »

Jamais je n'avais éprouvé d'indignation pareille.

a C'est im gueux! me dit le vieux hussard, il faudra se plaindre.

— Se plaindre!... A qui?... Devant le juge Kartoffel, qui lui ferait des remontrances honnêtes, dont il rirait avec tout le village!... Non!... Suis-moi... lu vas voir!...»

Et, sans dire un mot de plus, nous arrivâmes à "Vindland.

La troisième maison à droite de la grande rue, était celle de M. le bourgmestre Strœmderfer. Un domestique bouchonnait encore le grand bai-brun à la porte de l'écurie. C'est ce que je vis d'abord; puis, regardant par les fenêtres du rez-de chaussée ouvertes au beau soleil, j'aperçus toute la famille à table, le père, la mère, les garçons et les tilles, en train de diner; il était midi. Les bons plats et les bouteilles ne manquaient pas, ni la belle nappe blanche non plus.

Alors je mis pied à terre, et, jetant la bride à Jacob, j'entrai carrément, le chapeau sur la tête.

Tout le monde me regardait, étonné; le père fit mine de se lever en me saluant ; mais, sans lui répondre, et m'adressant à son fils aîné d'un ton de maître, je lui dis :

« Dis donc... toi., sais-tu bien que le cheval ne fait pas l'homme? Sais-tu bien qu'il en coûte de prendre le pas sur un Von Meindorf, de le braver, de lui rire au nez et de courir quand il vous ordonne d'attendre! »

Tous ces gens étaient stupéfaits. Le vieux voulut parler, demander des explications, mais je lui dis :

« Taisez-vous!... Ce drôle m'a insulté... il a osé frapper mon cheval; je vais lui donner une leçon dont il se souviendra. »

En même temps, me tournant vers le flls, je lui cinglai la figure de deux coups de cravache épouvantables, qui le firent hurler comme un chien.

a Que ceci t'apprenne, lui dis-je alors en m'en allant lentement, la différence qu'il y a entre

(1) Expression de mépris, pour désigner les hommes du peuple.

L EnUCATIOX n^L'N FEODAL.

Ce drôle m"a insulté... (p. 111).

l'héiitier d'un marchand de poisson et le descendant d'une race illustre. »

Je sortis au milieu de la consternation générale.

Jacob, à cheval devant la fenêtre, avait tout vu, tout entendu. Personne ne bougeait à la maison; on criait, ou se désolait.

Je me remis en selle, et dis au vétéran :

« Allons!... en route!... »

Il voulait galoper; mais je le retins en lui répétant :

« Au pas!... On croirait que nous avons peur! »

Et c'est ainsi que nous sortîmes de Vindland; à la dernière baraque seulement, nous reprimes le trot.

Jacob était muet d'admiration; il se tenait

à distance derrière moi, comme avec le grandpère; il avait compris que j'étais un Von Meindorf, que l'âge de raison m'était venu, et qu'il me devait le respect.

Vers une heure, élant arrivés au château, et voyant mon cheval baigné de sueur, je l'essuyai avec soin avant de monter. Jacob était parti. Je sortais de la cour après avoir fini ma besogne, lorsque j'aperçus le grandpère, au haut de l'escalier, appuyé sur la rampe, le vieu.x liussaM derrière lui. 11 m'attendait, et, d'une voi.\ pleine d'attendrissement, il me cria :

(I Siegfried... mon enfant... arrive... que je t'embrasse... A cette heure, je vois que lu m'as compris, que tu es un digne représentant des anciens. »

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Je l'ai gagne lI la pointe de mou sabre (p. lli).

Je montai ; le brave homme m'embrassa ; puis, s'appuyant sur mon épaule, nous entrâmes ensemble dans sa chambre, et, d'un accent que je n'oublierai jamais, s'asseyant dans son fauteuil près de la table, il me dit :

« Ceci, cher Siegfried, est le plus beau jour de ma vie... Jacobm'atoutraconté... Maintenant je puis partir... le vieux sang des Meindorf me survivra!... C'est beau... d'autant plus que cela te semble tout naturel, n'est-ce pas?

— Sans doute ! lui répondis-je; ne m'as-tu pas répété cent fois que les rustres doivent être mis à Tordre ? »

Alors son enthousiasme éclata d'une façon étrange -, il riait, il tapait du poing sur la table et criait :

« Oui !... oui!. . oui!... C'est bien ca !...

Quelle mine le gros marchand de poisson devait faire !... Hé 1 hé ! hé ! j'aurais bien voulu voir cette mine.... Et il n'a pas bougé?,., il n'a rien dit ?...

— Rien... pas un mot... il en aurait reçu tout autant ! »

Alors le grand-père, se calmant tout à coup et me serrant la main, devint grave.

« Tu m'as fait le plus grand plaisir qu'un homme puisse éprouver en ce monde, dit-il; je veux t'en faire un aussi, je veux te marquer mou estime. »

Puis, remettant une petite clef à Jacob, ii lui donna l'ordre d'ouvrir un placard derrière la cheminée et d'apporter le coffre qu'il trouverait au fond. Et cette chose faite, lui-même ouvrit le coffre sur la table ; c'était un petit

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meuble en chêne, contenant divers objets : des bijoux, des papiers, des décorations et quelques vieux frédérics d'or; une poire pour la soif.

Il remuait tous ces objets d'un air sérieux ; nous le regardions. A la fin, il choisit, parmi toutes ces vieilleries, une montre en or, et s'adressant à moi :

. « Tiens, Siegfried, me dit-il, cette montre... je te la donne... c'est une montre de prix, à double répétition; mais c'est encore sa moindre valeur; cette montre est un souvenir de ma vie militaire, je l'ai gagnée à la pointe de mon sabre... c'est autre chose que de l'avoir achetée à quelque juif, avec une poignée d'or. .. Tu comprends cela, mon enfant ?

— Oui, grand-père, lui répondis-je attendri.

— Eh bieu, fit-il, elle est à toi ! »

Les yeux du vieillard étaient troubles, et durant un instant nous restâmes silencieux ; puis il continua :

« C'est le 9 mars 1814, la veille de la bataille de Laon et le lendemain du combat de Craonne, que j'ai gagné celle montre. J'étais en reconnaissance avec mes hussards aux environs de la ville, qui se trouve sur une hauteur. Jacob était là. Nous allions dans la nuit, pour tâter les avant-postes ennemis ; et le jour commençait à paraître, quand, au détour d'un chemin, nous aperçûmes quelques dragons d'Espagne, qui, sans doute, faisaient le même service de leur côté. Ils avaient leurs grands manteaux blancs et portaient la barbe entière ; nous avions nos dolmans rouges. Aussitôt qu'on so reconnut, les sabres furent en l'air: ils rejetèrent le coin de leurs manteaux sur l'épaule, nous notre pelisse, et je me trouvai dans la mêlée, face à face avec le chef de la reconnaissance ; il essaya de prendre à ma gauche, heureusement je l'avais prévenu, et malgré sa parade, les chevaux étant lancés, je le perçai d'un coup de pointe au cœur. Les dragons avaient attaqué bêlement, ils n'étaient pas en force, mais ces genslà ne doutent jamais de rien et c'est pour cela que nous les battrons toujours. Sept ou huit des leurs restèrent sur place, je perdis deux hussards et j'eus un blessé. L'affaire s'était passée dans un clin d'œil. Les dragons, repoussés, allèrent se reformer plus loin ; mais comme le canon se mettait à tonner, annonçant la bataille, et que mes ordres étaient remplis, je ne voulus pas les poursuivre. Seulement, en repassant sur la route, et voyantmon homme on travers du fossé, je dis à Jacob de mettre pied à terre pour le visiter. Tu l'en souviens, Jacob ?

— Oui, mon commandant.

— Il avait cette montre, reprit le grandpère, et cinquante n?poléons dans une ceinture. Je distribuai l'argent à mes hussards, et je gardai pour moi la montre. Je l'ai portée jusqu'à mon départ du régiment. Elle a marqué l'heure la plus sublime de ma vie, l'heure où, chargeant à la tête de mes hussai'ds, dans la plaine de Waterloo, j'ai vu fuir devant nous, comme une armée de Ijarbares en déroute, les dernières légions de Bonaparte !... La voici.... porte-la toujours... Et puisse-t-elle marquer pour toi des heures encore plus glorieuses, si c'est possible... Puisse-t-elle marquer la dernière heure de la puissance velche, en même temps que le triomphe de la vieille race féodale ! »

A partir de ce jour, Otto Von Meindorf me traita en homme.

Quelques mois plus tard, j'entrais à l'école des cadets avec le numéro deux. Ce fut un nouveau jour de bonheur pour le bon grandpère. Il se réjouissait de me voir bientôt , le sabre au poing, à la tête d'un peloton de hussards ; mais cette satisfaction ne lui était pas réservée. En apprenant la révolution de juillet 1830 et la fuite de Charles X, il fut pris d'un tel accès de rage , qu'il en tomba comme foudroyé.

Vous pensez bien que cette fin tragique ne diminua pas la haine que le digne vieillard m'avait inspirée contre la race velche. Cette haine , je l'ai portée dans mon cœur, toujours grandissante, jusqu'en 1870, mais alors je l'ai assouvie. Partout où le colonel Siegfried a passé avec ses hussards, il n'a laissé derrièrelui que desruines! Ah ! la montre du vieux baron a marqué des heures glorieuses dans cette campagne, des heures sublimes, telles que la race féodale n'en avait plus connues, depuis des siècles; pourquoi faut-il qu'elle ait aussi marqué l'heure à jamais maudite de l'évacuation? Certes, si le vieux baron de Meindorf pouvait revenir en ce monde, s'il revoyait son antique manoir, autrefois en ruines, niagnitiqnement restauré et rempli de dépouilles velches, il reconnaîtrait avec plaisir que j'ai suivi son précepte : a Emporte ce que tu ne peux brûler I » Il en pleurerait d'attendrissement, le digne homme. Mais, ensuite, si on lui disait qu'après avoir conquis la France, nous sommes revenus chez uous le sabre au fourreau, laissant à l'Erbfeind (I) le temps de se relever, de reprendre des forces, de préparer une levanche, il crierait à la trahison et

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demanderait à rentrer dans la tombe. Ah! quelle faute nous avons commise!., quelle faute !... Et l'homme qui a négocié et signé ce traité funeste passe pour un grand politique !. . . C'était pourtant bien facile de faire de la France ce'que nous avons fait de la Pologne : de la partager, d'en donner un morceau à l'Italie, un à la Suisse, un à la Belgique, un autre à l'Espagne, de nous créer des alliés fidèles, c'est-à-dire des complices, et de garder pour nous la plus grande part... Oui pouvait nous en empêcher? Nous avions écrasé toutes les armées ennemies, nous étions les

maîtres du pays ; l'Europe, terrifiée par nos victoires, aurait fermé les yeux!... Mais on s'est laissé tromper par un vieux bourgeois velche; on a perdu la tète comme un parvenu devant la tentation des milliards... on n'a pas eu le cœur à la hauteur de sa fortune... on a mis de côté l'intérêt do la vieille race féodale pour s'allier avec les nationaux libéraux, descendants des anciens serfs... et d'un trait de plume, en une minute, on a perdu ce qu'une politique prévoyante avait mis un demi-siècle à préparer et ce que le glaive avait glorieusement accompli.

FIN DE l'éducation d'un FÉODAL.

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