A SON DÉPUTÉ
MoDsieur le dépulé,
Je m'appelle Jacques Briot ; c'est moi qui tiens à ferme les biens de M. Novion, près de Passavent, et je suis un des vingt-cinq mille six cent quarante-trois électeurs qui vous ont envoyé à Bordeaux, le 8 février 1871, pour arranger notre affaire avec Bismark.
C'était une vilaine affaire, surtout après l'occupation des forts de Paris par les Allemands, car ils pouvaient marcher alors sur toute la France, sans avoir rien à craindre derrière eux.
Nous avons pensé, dans ce temps-là, qu'il nous fallait des gens habiles et principalement d'honnêtes gens, car les coquins finissent toujours mal ; au lieu d'arranger les affaires, ils les embrouillent pour pêcher en eau trouble, et tôt ou tard on se repent de leur avoir accordé sa confiance.
Alors donc plusieurs ont jeté les yeux sur vous, pensant qu'un vieil avoué rempli de bon sens devait s'entendre à ces choses. Vous êtes venu chez nous, vous nous avez dit que vous étiez républicain, « que la République seule pouvait nous sauver. »
Gela ma fait plaisir, ainsi qu'à beaucoup d'auti-es, parce que nous étions las depuis longtemps de sacrifier notre argent et nos fils pour soutenir l'orgueil de trois familles, dont la mauvaise conduite ne nous a jamais attiré que des révolutions, des guerres terribles et de grands malheurs.
Nous voulions tous la paix, le travail, l'inslructlon, la liberté et la justice ; c'est pourquoi nous vous avons donné chacun notre voix, et vous êtes parti pour nous représenter moyennant vingt francs par jour, chose convenable, car lorsqu'on représente les intérêts des autres, qu'on emploie son talent, son savoir et son expérience à leur service, il est juste d'être payé i-aisonnablement : chaque peine mérite son salaire.
Vous avez fait votre possible là-bas pour amener àbien notre affaire ; malheureusement il parait que tout votre talent et vos connais-
sances n'ont pu bonifier les choses, puisque vous avez été forcé de sacrifier deux de nos meilleures provinces et cinq mille millions pour obtenir la paix, en laissant trente-six de nos départements en gage entre les mains de Bismark et de l'empereur Guillaume.
C'était, comme on dit, un procès perdu sur toute la ligue, avec le principal, les intérêts et les frais.
Enfin nous ne vous en voulions pas, vous aviez employé tous vos moyens sans réussir ; c'était triste, malheureux, et malgré nos pertes, si vous étiez revenu tranquillement, personne ne vous aurait fait le moindre reproche.
Mais, au lieu de cela, vous êtes resté en place : vous avez déclaié que cette place vous convenait beaucoup ; que vous vouliez arranger le restant de nos affaires comme le commencement, enfin que vous étiez souverain !
Souverain de quoi, monsieur le député, je vous le demande. Souverain des gens qui vous ont nommé, qui vous payent pour les représenter à la Chambre''... Allons donc i Celui que je paye n'est pas mon souverain, c'est mon commis et rien de plus 1
Je vors avoue que cette manière d'agir m'a paru louche tout de suite ; et depuis, votre conduite à Versailles n'a fait que grandir ma défiance de jour en jour.
Je comprends très-bien que des jeunes gens quis'appellè'nt le comte de Champignon ou le marquis de la Pétaudière, pleins de vanité parce que leur grand grand-père a surveillé les écuries de Louis XIV, ou que leurarrièregrand'mère a dansé la berrichonne avec Henri IV, je comprends ti'ès-bien que ces jeunes gens, auxquels on a dit qu'ils étaient de noble race et que les rejetons de noble race savent tout sans avoir rien appris, pourvu qu'ils s'entendent à dresser un cheval, à lancer un cerf, à faire le joli cœur dans un salon ; je comprends que ces messieurs crient, parlent haut, disent des sottises sur les finances, sur le commerce, sur l'industrie, sur l'administi-ation, sur' la politique et tout ce qui se présente; cela rentre dans les droits de leur
LETTRE D'UN ELECTEUR A SON DEPUTE
naissance ; s'il en était autrement, les gens raisonnables en seraient bien étonnés \...
Mais ce que je ne comprends pas, c'est que vous, le fils de Jean-Pierre, qui dans le temps étiez si convenable dans votre cabinet^ quand on vous apportait une petite afTaire ; qui saluiez la pratique plutôt deux fois qu'une ; qui la reconduisiez jusqu'au bas de l'escalier, en lui serrant la main et répétant : « Monsieur Briot, comptez sur mon zèle ; je n'oublierai ri^'U pour vous satisfaire. J'ai l'honneur de vous saluer, monsieur Briot. y
Ce qu3 je ne peux pas comprendre, c'est qu'un homme grave tel que vous, dans une assemblée que toutes les nations regardent, parce qu'elle représente la France, vous, monsieur le député, vous alliez crier comme dans un cabaret, chaque fois qu'on parle de la République, et que vous tapiez sur votre pupitre avec un couteau à papier, en riant jusqu'aux oreilles, eu faisant la bête, de manière à déshonorer notre pays aux yeux des étrangers qui sont là, dans les tribunes, et qui naturellement se figurent que nous sommes tous aussi dépourvus de sens que vous, puisque nous vous avons choisi pour no\is représenter.
C'est une conduite abominable ! Vous n'avez pas le droit de nous représenter ainsi; c'est un mensonge, cela nous dégoûte, et je proteste d'abord pour ma part. Et puis cela nous est très-nuisible. Si vous montriez seulement toujours le simple bon sens que nous avons, nous autres paysans, nos jeunes seigneurs se respecteraient aussi davantage, j'en suis sûr; ils n'auraient pas si bonne opinion de leur suffisance, ils comprendraient un peu mieux ce que leur disait M. Thiers : « qu'il faut d'abord que la lâche soit à la hauteur de leurs capacités, avant de renverser la République. » Et nous aussi nous aurions plus de confiance dans l'avenir, nous travaillerions avec plus de calme, plus de courage, pour être en état de payer nos milliards aux échéances et de délivrer notre territoire des ennemis.
Mais tenez, parlons franchement, vous le faites exprès; vous voulez nous dégoûter de la République, — vous, que nous avons nommé député, parce que vous nous aviez donné votre parole d'honneur que vous étiez républicain !
Et savez-vons ce que je soupçonne? Je soupçoune que vous faites cela pour plaire aux monarchistes; que vous n'avez jamais été ni républicain ni quoi que ce t-oit; que vous n'avez jamais consullé que vos intérêts, et que vous croyez maintenanl avoir intérêt à soute-
nir Chambord, parce que vous espérez voir ce gros monsieur proclamé roi, par un tour d'escamotage comme celui de 1830, où l'on a vu des députés, nommés pour faire des lois sous Charles X, prendre sous leur bonnet le droit de proclamer Louis-Philippe roi des Français. Vous espérez sans doute attraper une bonne place sous ce gouvernement, en récompense de votre zèle à taper sur votre pupitre?
Mon Dieu, beaucoup d'autres ont deviné ce que signifient vos grimaces; tout le monde dit que vous n'avez pas d'autres moyens de vous distinguer, et que c'est votre intérêt qui vous pousse à ces tristes contorsions.
Eh bien ! monsieur le député, moi je suis franc, et je ne vous cache pas que si vous cherchez vos intérêts, nous cherchons aussi les nôtres.
Et 1" si nous ne voulons pas de Chambord, c'est que Chambord' veut dire pour nous le' gouvernement de la noblesse et des jésuites, le rétablissement des privilèges du moine et du seigneur, la dime, les châteaux, les couvents, les paysans attachés à la glèbe; et puis la guerre contre l'Italie, pour rétablir le pape avec son immaculée Conception, son infaillibilité et son Syllahus. — Voilà ce que signifie pour nous Chambord ou Henri V.
Tout de suite, ces gens-là, s'ils étaient maîtres, crieraient : « Il faut relever le prestige du drapeau... En route pour l'Italie ! n Reste à savoir si les Italiens seraient battus, car ils ont une solide armée maintenant; ils ont des généraux qui valent peut-être bien les nôtres; ils ont un roi qui ne ressemble pas à Bonaparte; ils ont une chambre qui s'entend à conduire les affaires ; ils ont horreur des jésuites, et se défendraient solidement.
Et, d'un autre côté, reste à savoir si les Prussiens laisseraient écraser leur allié de 1866; s'ils ne profiteraient pas de l'occasion pour nous tomber sur le flanc, marcher sur Paris, enlever la Champagne, et nous imposer cette fois 10 milliards, car l'empereur Guillaume, bon protestant, n'a fas l'amour du pape et ne respecte pas le HijUabus, et Bismark, lui, ne pense qu'à la grandeur, à la richesse, à la force de la Piusse.
Ce serait donc une guerre de religion que les jésuites nousmettraient sui' lesbras, pour sauver leur boutique, la plus épouvantable àe> gue Très, la guerre des Cévenues, la guerre de Trente-Ans, sans pitié, sans miséricorde : les villages qui brûlent par ctnla^nes; les femmes et les enfants qui se sauvent en chemise dans la nuit ; les paysans qui pendent en grappes à tous les arbres; et puis, après tout
LETTRE D'UN ELECTEUR A SON DEPUTE
cela, des files de masures noires sur toutes les routes, et quatre ou cinq habitants par hameau, survivant au massacre, pour repeupler le pays ! Et alors il pourrait arriver ce que des Allemands nous prédisent depuis vingt ans : la i-éparation du nord et du midi de la France, une France en quatre ou cinq morceaux : un petit royaume autour de Pari^^, grand comme un jardin, avec un petit roi légitime, pour y cultiver les fleurs de lis ; un royaume d'Aquitaine ; un grand-duché de Bretagne; une capitale à Toulouse; un.e autre à Lyon... Mais M. de Chambord aurait l'ait son salut, comme son grand-père Charles X, elles jésuites lui donneraient l'absolution.
Vous voyez bien, monsieur le député, qu'à moins d'être des brutes, les paysans ne doivent pas adorer Henri V.
Et 2° Bonaparte.
Bonaparte, c'est le gouvernement des aventuriers, des mouchards, des tripoteurs de bourse, des femmes de mauvaise vie, des paniers percés criblés de dettes, poursuivis par cinquante créanciers et condamnés à faire fortune du jour au lendemain par un coup d'audace, ou bien à se pendre. Ceux-là risquent tout, la déportation et les galères ; ils ne reculent devant rien pour réussir. Quand on leur fait grâce à Strasbourg, ils recommencent à Boulogne, et puis à Paris. Une fois en place, ils jouissent grandement, largement. Aux dépens de qui?Naturellementauxdépensdeceux qui travaillent. Les milliards de dettes commencent à s'entasser régulièrement; personne ne s'inquiète de savoir qui les payera plus tard; et, au bout de trois ou quatre ans, ces mêmes individus qu'on a vus dans la crotte, ont chevaux, carrosses, maîtresses, propriétés de toute sorte; ils font tous florès; et quand on leur parle de filouterie, de coquinerie, de violation de serment, de fusillades, ils vous rient au nez.
Mais le quart d'heure de Rabelais arrive : On déclare la guerre entre deux coups de bourse; les armes manquent, les munitions manquent; les soldats meurent de faun, on les rend par cent mille à la fois; la révolution du dégoût éclate; les paysans sont volés, pillés, rançonnés, fusillés par les Prussiens; les bourgeois sont bombardés; Paris se défend longtemps , il est forcé de se rendre par la famine. Les anciens mouchards et les souteneurs de filles, devenus capitaines et colonels dans l'armée de la Commune, mettent le feu aux quatre coins de la ville : tous les édifices où se trouvaient des papiers compromettants pour Bonaparte flambent comme des allu-
mettes!... Il faut céder des provinces; il faut payer 5 milliards aux Allemands pour les frais de guerre, sans parler des millards d'indemnités à l'intérieur. Lé danger passé, les bonapartistes reviennent; ils s'étaient mis hois de la bagarre ; personne ne les arrête ; ils regardent effronlément et disent :
« Vous avez ruiné le pays, vous êtes cause de tous les malheurs. Pendant que nous étions en Angleterre, en Suis<e, en Italie, vous avez cédé l'Alsace et la Lorraine ; vous avez eu tort, il fallait les garder et les milliards aussi. Cet imbécile de peuple n'a de confiance qu'en nous; ôtez-vousde là ; nous sommes élus par le sutfrage universel; nous allons vous resauver comme la première fois ! »
Voilà le gouvernement de la famille Bonaparte ! Il nous a déjà valu trois invasions, trois capitulations de Paris , la perte de la rive gauche du Rhin et de toutes les conquêtes de la première République; celle de nos plus belles colonies; la ruine, l'abâtardissement de nos populations et l'anéantissement de notre marine pour trente ans. Je ne parle pas de l'Alsace et de la Lorraine, de l'honneur perdu, des milliards et de tout le reste. Gela s'est passé hier!...
Et maintenant parlons des d'Orléans.
Qu'est-ce que le gouvernement des d'Orléans? C'est le gouvernement de ceux qui ne reconnaissent' pas aux gens d'autres capacités que celle des écus. Avez-vous des écus, n'importe comment? vous avez la capacité d'être électeur, éhgible, membre du conseil général, du conseil d'arrondissement, du conseil municipal. Vous êtes un savant homme, un homme digne de tous respects, ou d'un grand respect , ou d'un certain respect , selon le nombre de vos écus! N'avez-vous pas d'argent? vous n'êtes bon à rien; vous n'êtes capable de rien ; vous êtes impropre à toutes les places, sauf à celle de manœuvre, d'ouvrier de fabrique ou de journalier dans les champs. Le gros bourgeois qui vous emploie a toujours raison contre vous; la déposition du serviteur contre son maître et de l'ouvrii-r contre son patron n'est pas reçue en justice : le maître est cru sur parole, il a de l'argent ! Gagnez de l'argent , enrichissez-vous et l'on vous croira. Dans ce gouvernement les choses sont tout et l'homme n'est rien! Tel est, en deux mots, le système des d'Orléans, qui nous a précipités par ses injustices dans la révolution de 1848; et pui=, par ses intrigues pour empêcher la République de se fonder, dans les journées de juin; et puis, par la complicité de ses chefs avec Louis Bonaparte , dans les
LETTRE D'UN ÉLECTEUR A SON DEPUTE
Lorsque le seigneur perd au jeu,... (Page 03.
abominations du 2 décembre et dans tous les malheurs que nous voyons aujourd'hui.
Chambord, c'est le gendarme du pape, le bedeau de l'immaculée Conception et du Si/llabtis; Bonaparte, c'est le loup qui rôde autour du troupeau, en guettant l'occasion de faire du carnage ; les d'Orléans sont les renards qui se glissent dans la ferme par la porte de derrière!...
Et voilà, monsieur le député, voilà ce que vos, mauvaises gazettes nous représentent comme notre salat,à nous, vieux paysans de France , qui tenons à conserver nos biens, à vivre honnêtement, à élever et faire instruire nos enfants , sans craindre d'être envahis et ruinés du jour au lendemain , par la faute d'un coquin ou d'un imbécile , qui déclare la
guerre comme on prend une prise de tabac.
Vous nous proposez des êtres de cet acabit, pour gouverner noire pays à la place du papa Thiers , que nous avons choisi dans vingtsept départements , au moment le plus difficile, et qui, seul, a plus travaillé, plus étudié, plus écrit de beaux livres, plus prononcé de discours savants, plus rendu de services à la France, et montré plus de bon sens, d'honnêteté, de talent et de courage, que tous vos royalistes ensemble.
Non! non!... Nous ne sommes plus aussi bêtes que vous croyez ; nous avons profité des dernières leçons, et uos dernières élections pour les conseils municipaux, pour les conseils généraux et pour la Chambre vous le prouvent; sans parler des adresses qui arri-
LETTRE D'UN ÉLECTEUR A SON DÉPUTE
Est-ce que M. Deniei- nous prend pour des fuus? (Page 67.)
vent à Versailles par milliers, de toutes les communes de Frcauce, pour encourager le Président dans sa bonne politique.
Tout cela vous montre que la République marche, qu'elle jette de profondes racines en province, et voilà justement pourquoi vous êtes si pressé de conspirer contre elle et de répandre le bruit que c'est un simple essai de gouvernement, en attendant celui de Chambord, de d'Aumale ou de Bonaparte ; lequel des trois ? vous n'en savez rien vous-même, car si par malheur la République venait à succomber, le lendemain de sa chute, légitimistes, orléanistes et bonapartistes se disputeraient, les armes à la main, l'exploitation de la France, et de Lille à Marseille notre malheureux pays ne serait qu'un champ de ba-
taille ! — Votre ami, M. Batbie, cet ancien démagogue devenu jésuite, a bien raison d'appeler cela « un gouvernement de combat!... »
Et le bruit court aussi que notre armée lient pour Bonaparte, pour d'Aumale, pour Chambord, comme si notre armée n'était pas avant tout française, et comme si ce n'était pas autre chose, pour un vrai soldat, d'être le soutien de la loi, le défenseur de sa patrie, ou le mercenaire d'un roi quelconque.
On dit que les conspirateurs monarchistes comptent sur l'armée pour faire leur coup. Eh bien, écoutez ce que je vous annonce, monsieur le député, c'est une nouvelle qui vous réjouira : Tous ceux de notre village, moi le premier en tête, nous venons d'écrire à nos
LETTRE D'UN ÉLECTEUR A SON DÉPUTE
fils, qui sont, les uns dans l'infanteriej les autres dans la cavalerie, de n'obéir qu'aux ordres du président de la République, et de tirer à bout portant sur tous les conspirateurs qui essayeraient de les entraîner contre la loi ! C'est ainsi que Louis Bonaparte s'est présenté à Strasbourg ; et dans ce temps-là, si quelque brave garçon avait passé sa baïonnette dans le ventre du bandit, il nous aurait conservé l'Alsace et la Lorraine, en nous sauvant de toutes les bontés et de tous les malheurs que nous avons éprouvés depuis.
Ab ! monsieur le député, songez qu'il ne s'agit pas seulement de vos intérêts particuliers, mais qu'il s'agit du salut de la France. Songez que nous avons des ennemis puissants, campés sur notre territoire, et qui n'attendent que l'occasion de nous anéantir; songez que c'est une infamie de se préférer soi-même à la patrie, surtout quand cette patrie s'appelle la France, le pays des grandes idées, des élans généreux, des principes sublimes; songez que celui qui met son petit égo'isme en balance avec la vie de ce grand peuple, mérite d'être exécré de tous les siècles !
Rappelez-vous, monsieur le député, que nos pères représentaient la France sous la figure d'uo Hercule appuyé sur ses enfants, et que, par vos divisions, par vos intrigues, par vos conspirations royalistes, où chacun voit d'avance ce qu'il aura, sans penser au salut du pavf, vous troublez la nation, vous détruisez la confiance, vous arrêtez le commerce, vous pri'i)arez la guerre civile, enfin vous nous déshonorez aux yeux de l'Europe ! . . • Rappelez-vous ces choses, et peut-être alors aurezvous la pudeur de vous retirer, et de venir rendre compte de vos actes aux électeurs qui vous ont envoyé à la Chambre, pour y faire leurs atiaires et non les vôtres.
Mais si cela ne suffit pas, si vous poussez le mépris de la justice et l'abus de votre mandai jusqu'à ^ouloi^ rester en place, malgré la volonté formelle de vos électeurs ; s'il vous faut
d'autres considérations pour vous faire comprendre l'imprudence de voire conduite, eh bien ! figurez-vous seulement une minute que la partie des conspirateurs monarchistes a été jouée i-t jjei'dm-, comme elle le sera certainement s'ils la jouent, — car M. Thiers est un honnête homme ; il fera son devoir contre les révolutionnaires de sacristie, comme il l'a fait contre la Commune, et toute la nation sera là pour le soutenir au besoin ! — Figurez-vous donc qu'au lieu d'être à taper sur leurs pupitres, à remuer leurs pieds, à crier cornme des aveugles, quand le président parle « du gouvernement légal du pays », ces messieurs sont assis devant le 5° ou le 6' conseil de guerre républicain, en train de les juger militairement, tandis que les chefs de file, qui, selou leur habitude, ont eu soin de s'éclipser, les regardent de loiu et disent : k Décidément, le métier de conspirateur devient dangereux... le gouvernement de la République ne plaisante pas ! » Figurez-vous cela.. . Ce sont des réflexions salutaires, pour les ambitieux qui mettent une place de sénateur ou de pair de France au-dessus de l'indépendance et de la grandeur de la patrie. . .
Je vous salue, monsieur, avec le respect du à voti-e patriotisme et à votre manière de remplir le mandat que nous vous avions confié. Vous serez récompensé aux élections prochaines ! On ne nous trompera plus avec des professions de foi hypocrites, croyez-le bien ; nous choisirons, pour nous représenter à Paris, d'honnêtes gens, incapables de manquer à leur parole ; et comme votre conduite nous a rendus défiants, nous aurons soin, avant de leur donner nos voix, de leur faire prendre l'engagement d'organiser, toute alTaire cessante, ce que nous voulons, nous, — le peuple souoerain, — c'est-à-dire une bonne République honnête et progressive, avec un enseignement, des lois, une administration, uue armée et une justice républicaines.
Jacqies Biuot.
LA