TOME II. i
î CONTES ET ROMANS D'EGYPTE
Claude, le grand émir. Que sa bénédic* tion soit avec nous : Amen.
L'auteur dit : Soit béni le Seigneur, le Père, maître de toutes choses ; soit béni son Fils, Jésus le Messie, notre Dieu, ainsi que le Saint-Esprit vivificateur qui nous a rendus dignes d'assister à ce jour de fête sacrée que nous célébrons en l'honneur de celui qui a été honoré par Dieu entre tous les martyrs, joyau précieux, bourgeon qui pour nous a poussé de la bonne tige et de la race bénie.
Antioche, la belle ville a produit, au mois de Barmouda ', comme un rosier odorifé* rant, un élu vénérable. Dieu décida aussi à son sujet que lorsque la ville d'Antioche et ses dépendances auraient été illuminées par sa personne, l'Egypte et en particulier notre ville obscure recevraient leur part de cette illumination. En ce temps-là les habitants de notre ville adoraient les dieux impurs ; Dieu nous envoya ce brave cavalier avec un carquois de vigueur. De ses flèches guerrières il tua les loups méchants. C'est grâce à la belle réponse qu'il fit devant Diodlétien et
t. Ce mois va du 27 mars au 26 avril.
Histoire du martyr clause 3
Arien que nous avons appris à adorer le Messie. Parlons maintenant des grandes peines souffertes par les saints, expliquons comment ils ont fait pour acquérir la couronne du martyr pendant le mois de Baramhat ' .
Pendant que Ton se préparait à fêter la Pâque et la Résurrection de notre Sauveur, les lettres du roi furent répandues partout jusqu'en Abyssinie. Dans ces lettres, le roi ordonnait de brûler les livres des chrétiens et de leur enlever de vive force leurs esclaves. Quelque temps après, d'autres lettres furent envoyées dont voici la copie : « Tous les prêtres et ceux qui font le service des églises doivent être jetés en prison et obligés de sacrifier aufc dieux (misérables) a . » Un grand nombre de prêtres, d'évêques, d'anagnostes 3 , de laïques, de vierges, de veuves, d'orphelins, de moines, de religieuses, de soldats et enfin de gens du peuple furent tués; les uns furent lapidés, les autres brûlés par le feu ou par le fer. Ainsi ils avaient été
i. Ce mois va du 26 février au 27 mars. Il doit y avoir erreur de copiste en l'un des deux cas.
2. Le copiste ou l'auteur prête ici sa haine contre les 1 dieux à Dioctétien lui-même.
3» C'est-à dire les lecteurs.
4 CONTES ET ROMANS d'ÉOYPTE
victimes de la foi orthodoxe, car en mourant-, ils criaient et disaient : « Nous sommes chrétiens en toute vérité. • La paix avait été continuelle pour nous depuis le règne du roi Carès qui succéda au roi Decios.
Après Carès, le roi Carnios monta sur le trône. Le règne de ces deux rois fut de trois ans. Le second de ces rois avait une sœur nommée la dame Euphémie qui eut pour fils Ptolémée; ce fut un impur. Ptoléméefut élu roi pour la ville d'Antioche et eut pour fils le cher seigneur Claude. Un mois après le roi Ptolémée mourut.' Omarianios ' lui suc* céda. Celui-ci fut victime d'une ruse de guerre. C'est à lui que Dioclétien succéda.
Satan souleva contre lui une guerre terrible de la part de barbares de diverses races et demeurant dans les pays d'Occident. Ces barbares nommés Begah * assiégèrent le ro i
t. Cette suite de rois est assez fantastique, c'est l'hîs* toire populaire des Coptes. Omarianios doit être le nom d'Aurélien corrompu.
2. Malgré la différence d'ortographe (Begah au lieu Àe Bega), il doit s'agir ici de cette terrible peuplade quj ravagea si souvent l'Egypte avec les Blemmyes Les Parthes auraient mieux convenn pour assiéger Antioche , mais les Bega étaient plus connus des Egyptiens.
pendant des années sans qu'il pût leur faire la guerre. Les Grecs émus en eurent peur, C'est alors que le cher seigneur Claude reçut, grâce à ses parents, l'instruction nécessaire tie la sagesse, comme Moyse le prophète de l'ancien temps. Dès lors, en homme bien instruit, le saint Claude se mit à étudier la philosophie des anciens Grecs et les sciences \
logiques. Il parvint au plus haut point de la philosophie des mathématiques, des calculs astronomiques : enfin, il était tellement bloquent qu'il devint capitaine dans le château royal. Comme il montra une grande bravoure et une grande fermeté contre les barbares, il fut aimé de tous les habitants d'Antioche.
Lorsque la guerre était dans tout son feu, raconte le narrateur, un grand nombre de soldats moururent pendant le siège ; mais le seigneur Claude était le plus brave des deux armées, car le Seigneur le gardait. Sa renommée se répandit partout et les soldats la firent parvenir jusqu'à la ville de Rome. On y admira beaucoup son éloquence, la douceur de sa parole et sa belle taille. Lorsque les gens du peuple l'eurent vu, ils firent son portrait, l'envoyèrent au roi de Rome qui
lui écrivit en ces termes : « Viens vers moi, ô brave héros, que je te voie. » Quand il fut arrivé à Rome, les habitants de la ville désirèrent le voir. Afin de satisfaire à leur désir, le roi lui dit que les habitants de Rome désiraient ardemment le voir. Il le fit alors revêtir d'un riche vêtement, lui donna une couronne incrustée de pierreries, une ceinture d'or également ornée de pierres précieuses et le fit monter dans une litière. Ce cortège, escorté de soldats, fut conduit sur la grande place où une foule immense était rassemblée pour le voir. Aussitôt que l'œil de la foule tomba sur lui, elle s'écria :
« Ayasasghala ' » ce qui veut dire : « Que nous sommes heureux de voir ce grand chef! » Sa belle figure plut beaucoup à tous ceux qui étaient présents, à cause de la grande grâce qui brillait en elle, et les grands personnages de la ville lui firent de riches présents.
Comme le cortège était en marche pour retourner au palais du roi, un homme possédé du diable se mit à courir devant le seigneur Claude, en criant ; « Que fais-tu
i . Je ne sais à quelle langue attribuer ce iript.
dans cette ville, Claude? pourquoi es-tu venu ici? Retourne vite en ta ville, je ne peux te souffrir. Les barbares ont attaqué ta ville, et tu viens ici faire parade de ta beauté et de ta jeunesse ! Les habitants de Rome font assez vu : sors vite d'ici, sinon les Begas brûleront Antioche. » Aussitôt le roi ordonna de couper la tête à ce possédé; mais le saint Claude intercéda prés du roi en sa faveur. Dès que le saint Claude fut descendu de sa litière, il s'approcha de cet homme insensé, le frappa au cou et lui dit :
a Tais-toi, ne bavarde pas. » Satan sortit aussitôt de lui, comme une flamme de feu, et le roi fut très étonné de ce qui avait eu lieu. Lorsqu'ils furent entrés dans Tintérieur du palais, le roi dit au saint Claude : « Écoute-moi et reste ici : tu seras mon successeur dans le royaume. »
Pendant que le roi parlait ainsi, un général se présenta tout à coup devant eux et apprit au roi l'arrivée des troupes arméniennes, qui attaquaient le pays comme le feu attaque le bois. A cette nouvelle, le roi fut fort troublé; mais le saint Claude, voyant son trouble, sourit au roi et lui dit : « Pourquoi t'inquiéter ? n'est-ce pas Dieu qui dé-
fait les armées ?» — Le roi lui répondit :
« Du reste, je ne ferai nulle attention aux Arméniens, tant que tu seras avec moi. »
Dix jours après un combat terrible eut lieu contre les Arméniens et leurs alliés qui adoraient les uns et les autres une idole appelée Bag. Le roi étant prêt à combattre, les deux armées se donnèrent rendez-vous près d'une, montagne nommée Arigharas. Elles n'étaient séparées [que par le fleuve Araadion. Le saint Claude qui était avec les soldats du roi, voyant la multitude des troupes arméniennes, traversa le fleuve d'un seul bond et entra au milieu des ennemis :
il en fit un si grand massacre que le sang coula comme l'eau. Les Arméniens subirent une défaite complète et se retirèrent dans une grande confusion. Le roi et ses soldats rentrèrent dans leur ville, victorieux et couronnés de gloire : on avait fait monter le saint Claude dans un litière incrustée d'or devant laquelle des hérauts criaient: « Qu'il vive longtemps! » Les hérauts le devançaient avec des cris de joie, d'autres applaudissaient et d'autres encore dansaient ou jouaient de la flûte. En un mot, la joie du roi et de son peuple était indescriptible. A
peine entré dans la ville, le saint Claude pria le roi de. lu; permettre de partir.
Celui-ci refusa et le garda près de lui pendant quarante jours , après lesquels il ordonna de faire la portion du saint Claude et le laissa retourner en paix dans sa ville.
En apprenant son arrivée, le roi Dioctétien alla au-devant de lui et se réjouit beau* coup de le voir escorté d'un grand nombre de soldats. Comme les barbares continuaient 'd'inquiéter les Grecs, Dioclétien eut l'idée de leur faire la guerre. Il ordonna à ses généraux de tenir leurs soldats tout prêts et marcha avec eux à la rencontre des barbares, qui étaient nombreux comme des sauterelles et qui avaient dévoré toutes les récoltes du pays. La crainte des Grecs fut grande en voyant leur petit nombre en face de la multitude des barbares. Le septième jour, les barbares attaquèrent les Grecs avec une grande fureur. Les barbares se faisaient précéder d'une idole d'or, sous la forme d'une femme, ayant sur la tête une couronne aussi belle qu'un joyau précieux. Par l'entremise de cette femme parlait une puissance
diabolique sur laquelle comptaient tous les TOME II. r
soldats barbares. Dès que la bataille fut en son feu, les barbares se mirent à la recherche de Dioclétien et reconnurent sa tente. Un soldat doué d'une force immense, courageux et audacieux, bondit, enleva le roi Dioclé-* tien de dessus son cheval et le porta au milieu des barbares. A leur vue, le roi Dioclétien s'évanouit de frayeur, car leurs figu-. res étaient celles de bêtes sauvages. L'homme qui avait enlevé Dioclétien était très grand et tenait en sa main droite une lance de sept coudées ; il était coiffé d'un casque et ses cheveux ressemblaient à la crinière d'un lion. Cet homme de haute taille porta donc Dioclétien devant ses chefs et lui adressa ainsi la parole : « C'est toi, Dioclétien, qui es venu pour nous faire la guerre ! nous allons te brûler au milieu de ton royaume ! « Il continua de l'insulter ainsi jusqu'à ce que le roi se fût prosterné devant l'idole. On amena ensuite une vache noire et on la lui fit immoler en sacrifice devant l'idole. La puissance diabolique qui était en cette idole parla ainsi à Dioclétien :
« Si tu veux m'obéir, je ne les laisserai pas te tuer, » Cette idole s'appelait Ta* fouki.
Les Perses ■ se préparèrent alors à aller attaquer la ville de Dioctétien pour s'en emparer ou y mettre le feu . Le brave cavalier, le seigneur Claude s'avança avec audace, et se jeta sur les barbares sans crainte, parce qu'il voyait que l'ange du Seigneur l'accompagnait. Aussitôt les soldats barbares tombèrent les uns sur les autres par suite de la crainte et de l'effroi qui s'étaient emparés d'eux. Les flammes en consumèrent un si grand nombre que le saint Claude trouva facilement le moyen de parvenir jusqu'à l'endroit où le roi était attaché. Il l'enleva en toute hâte, le fit monter avec lui sur le même cheval qui, avant de partir au galop, donna un coup de pied à l'idole d'or, et aussitôt la statue tomba en pièces. Les ennemis furent saisis d'effroi, ils ne purent bouger et se dirent : « En vérité, c'est un esprit et un dieu ! » Le saint Claude, après avoir conduit le roi sain et sauf, au milieu de ses troupes, se jeta de nouveau sur les ennemis et en tua un grand nombre jusqu'au soir.
i. Les Perses ici nommés se comprennent mieux que 1 es Begas : cependant cette mention n'infirme en rien ma note précédente comme la description en fait foi.
la CONTES ET ROMANS D'EGYPTE
Dés que le combat fut terminé, ils rentrèrent à Antioche joyeux et contents. Ils passèrent sept jours à faire des festins et des banquets, parce qu'ils avaient revu leur roi sain et sauf. Le roi fit de riches présents au saint Claude, le traita avec un grand respect. Les courtisans lui firent aussi de nombreux cadeaux. Les grands personnages du royaume le chérirent, surtout à cause de sa modestie et de son humanité. Le saint Claude, de son côté, distribua tout ce qu'il avait amassé entre les pauvres et les malheureux. Dès lors le roi ne mangeait plus qu'avec lui et lui demandait conseil pour tout ce qui regardait son royaume. Le saint Claude pria un jour le roi de faire élargir tous les prisonniers, ce que le roi fit bientôt en disant : a Je te permets, Claude, d'entreprendre tout ce que tu désires ; mon royaume est entre tes mains, mes serviteurs et mes gardes sont à ta disposition. »
Le roi Dioclétien était alors chrétien.
Satan porta envie à l'Eglise, changea sa foi f lui fit adorer les idoles et détruire les églU ses. Quelque temps après, le saint Claude lui dit : « O roi, fais pénitence, renonce à ta folie et à ta désobéissançej sinon Dieu t'en-
HISTOIRE DU MARTYR CLAUDE l3
lèvera la royauté pour la donner à quelqu'un de ses élus. » En un mot, le saint Claude le réprimanda maintes fois et lui dit : « Si tu m'écoutes, tu sauveras ton âme. » Alors Satan, l'ennemi du bien, réfléchit en lui-»
même et dit : « Si je laisse cet homme rester en cette ville, il m'enlèvera tout mon bien et m'arrachera tous ceux qui sont sous mon autorité. » Il lança ainsi ses flèches pernicieuses et ses pensées trompeuses dans le cœur du roi qui fit venir le saint et lui ordonna de se prosterner devant les idoles impures. A cet ordre, le saint Claude se mit à rire ; d'une voix semblable à celle des prophètes, il dit : « Ne te mets pas en peine, ô roi, je ne me prosternerai jamais devant elles. »
Les caresses du roi et ses belles promesses furent vaines; le saint résista obstinément.
Romanos, le vizir ', avait un fils employé à la cour. Ce fils, nommé Victor, était toujours avec le saint et tous deux lisaient les livres divins. Claude dit un jour à Victor :
« Vois-tu, cher frère, la grande erreur où ce
i. Ce Romanos joue un grand rôle dans toute l'histoire de la persécution de Dioctétien en Egypte. C'est le conseiller inique de Dioctétien, lia été inventé de toutes pièces.
roi se plonge ? » Ils en éprouvèrent tous
deux un grand chagrin. « Sais-tu, cher frère,
ajouta le saint, que cet hypocrite a envoyé hier un général en Egypte pour mettre à mort le père saint, l'évêque vénérable Ibsada* qui m'est apparu et m'a parlé tout dernièrement. » — Le saint Victor lui répondit : « En vérité, tu viens de m'apprendre une triste chose au sujet de ce saint ; mais que la volonté de Dieu soit faite ! » Lé saint Claude dit ensuite au bienheureux Victor : o Cher ami, j'ai vu la nuit dernière comme si j'étais debout avec toi sur le bord de la mer : je voyais des barques chargées d'hommes faire naufrage et une grande barque chargée d'un grand nombre d'hommes lumineux, vêtus dç splendides vêtements, vint aborder où nous étions. De cette barque sortit un grand évêque vêtu de gloire ; il m'adressa la parole en ces termes : a Me reconnais- tu, Claude ? » — « Non, monseigneur, » lui répondis-je. — Il me dit : a Je suis Ibsada, évêque de la ville de Psoi a ; je suis venu pour t'inviter avec
i. D'après les récits coptes, Dioctétien avait gardé les t ro upeaux chez le père d'I bsada .
2. C'est la ville connue sous le nom grec de Ptolémais aujourd'hui Girgeh.
HISTOIRE DU MARTYR CLAUDE l5
ton ami à te rendre en Egypte. On me tuera, moi, continua-t-il* dans la ville de Qaou * ; Avais toi, on t'exilera et tu seras tué dans la ville nommée Siout, et enfin ton ami Victor sera exilé dans le même pays et sera tué dans la tour de Barqon, dans le nome de la ville d'Antinoë. Toi et moi, nous serons mis à liiortà là hâte et sans tourments; mais Vie-» tôr,. notre ami chéri, souffrira et endurera des tortures très douloureuses. J'ai fait aussi la même invitation à tous vos amis; mais vos noms à vous deux seront à jamais connus partout, Victor sera tué dans la montagne orientale : mais toi, Claude, tu seras tué dans la montagne occidentale et ton corps y restera caché pendant longtemps. Un grand évêque^ un pasteur fidèle s'y rendra, découvrira ton corps et bâtira une église en ton nom. Quant à Victor, on lui bâtira des églifies innombrables. » Après avoir ainsi parlé, il prit congé de nous deux et partit. Je m'éveillai aussitôt.» — Le saint Victor dit alors : «En. vérité, tu as joui d'une grande faveur.
.Combien je serais heureux de voir ce saint ihommç le dernier des prophètes !» Sur le
** i.G'^st-à-dire Antœopolis, un peu au-dessus d'Assiour,
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champ il récita ce psaume : « Je me suis ré-t joui de cette parole qu'on m'a dite ; Nous, irons à la maison du Seigneur. » Tous les deux se mirent ensuite à glorifier Dieu 'jusqu'au soir
De là, ils se levèrent pour se rendre dans un monastère situé très haut dans la monta* gne et y faire l'offrande, car c'était la nuit du dimanche. Chemin faisant, ils rencontré* rent Satan, le maudit, qui avait pris la forma d'un homme de la ville fort intelligent et dq beaucoup de science. Il leur dit : « Où allezvous, mes grands seigneurs? » Ils lui répondirent d'une seule voix : « Nous reviendrons bientôt. » Il commença ensuite des ruses et leur dit : « J'ai entendu hier, mes seigneurs > un méchant homme se plaindre de vous ai) roi et lui dire sur votre compte des paroles mensongères : certes, cela ne convient pas h votre grandeur, car il a dit que vous adoriez le Dieu galiléen, pendant que les habitants de la ville, ceux de l'Afrique, de la Gappadoce, ceux des pays d'Asie et de l'Egypte. et enfin ceux de l'Iraq se sont soumis au rot, ont obéi à ses ordres et se sont prosternés devant les idoles. Maintenant, ajouta Satan, faites en sorte que votre adversaire soit cqn-
fondu et n'obtienne aucun succès près du roi, lorsque celui-ci vous aura vus tout prêts et tout désireux d'offrir un sacrifice à ses dieux. Je dois vous apprendre aussi que notre seigneur le roi ne vous obligera pas à faire plusieurs sacrifices; il se contentera d'un seul,, après quoi vous retournerez à votre précédente croyance. Ne croyez pas qu'il soit indigne de vous de vous soumettre à quelqu'un sur lequel vous avez tant de pouvoir. Toi, monseigneur Claude, tu es le fils des rois ; quant à Victor, il est aussi le fils du. grand vizir, le familier du roi. Qui peut espérer d'avoir autant de grandeurs que vous? Quel cortège peut plaire aux gens du royaume autant que le vôtre ? Tous les grands personnages de la ville l'envient, surtout à cause de ta beauté et de ta bravoure à toi, monseigneur Claude. Je te dis, ô héros, que le roi de Rome sera fâché de voir cette désobéissance de ta part, à toi qui as enrichi les pauvres de la ville et qui as pris soin des orphelins. Si par hasard quelque mal vous arrive, tous les pauvres gens de la ville d'Antioche mourront de faim. Croyez-moi, mes seigneurs ; je n'ai jamais donné un mauvais conseil à qui que ce. soit et je cherche le bien
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de tout le monde. Écoutez-moi donc main* tenant, car je suis plus âgé que vous qui n'êtes que des enfants. Vous ne connaissez pas les fâcheuses conséquences qui peuvent provenir de la désobéissance aux ordres du roi.
N'avez-vous pas lu ce qui est écrit : « L'ordre du roi est un feu brûlant? » Du reste, moi, je suis chrétien et fils de chrétiens ; je ne me suis prosterné devant les idoles du roi qu'une seule fois et tous les jours je continue mes adorations d'autrefois. Sachez, mes seigneurs, que je vous ai aimés de tout mon cœur et que, comme serviteur de vos pères, je vous ai portés entre mes mains, alors que vous étiez tout petits. » — Ils lui dirent ; «• Qui es-tu, pour nous donner de pareils .
conseils ?» — Il répondit : « Je suis Dionysios, que le roi a envoyé porter les lettres de paix au roi des Arméniens. Comme je suis un homme qui ne recherche que la paix et la tranquillité, je lui ai rapporté une réponse favorable. » Le saint Claude mû par le Saint-Esprit dit au saint Victor : « Je pense que cet homme est l'ennemi maudit, que le Seigneur le confonde ! » Satan disparut aussitôt comme une étincelle de feu.
Après s'être éloigné un peu, il prit la forme
d'un esclave de haute taille, aux yeux brillants comme le feu, aux cheveux semblables aux soies d'un sanglier, tenant à la main une hache enflammée. Tout à coup un jet de fumée sortit de la bouche de Satan, après quoi il cria de sa plus haute voix : a Je dois mourir aujourd'hui, car Claude me presse et Victor aussi m'opprime l'esprit et l'âme ; je dois mourir aujourd'hui, car ils m'ont enfermé de toutes parts : si je me rends en Perse, j'y trouverai Mercorios ■ qui me gênera ; si je vais à Rome, j'y trouverai ton portrait, à toi, Claude, et il m'effraiera ; de même à Antioche, j'avais voulu me construire un temple et je ne peux le faire. Enfin, je me suis rendu en Egypte où je me suis choisi un fils que j'ai nommé roi à Antioche, et lorsque je me suis construit un temple, voilà que Claude et Victor veulent me chasser de leur ville. Mais je sais ce que j'ai à faire. Par ta vie, ô toi Claude, je ferai tout mon possible pour qu'on t'exile dans un pays éloigné, où tu mourras dans des tortures infinies. Je sais, Claude, qu'on ne peut
1. C'est l'un des grands martyrs en l'honneur duquel les Buteurs coptes ont fait toute une série de récits.
pas s'approcher de toi ; mais je commande-»
rai qu'on te perce d'une lance au flanc, comme on fit à ton Seigneur Dieu le victorieux. J'ordonnerai aux prêtres qui seront dans mon temple d'amonceler sur ton corps un grand tertre de terre, comme j'avais ordonné de le faire pour le tombeau de ton maître. Quant à toi, Victor, je le jure par mon immense force, je multiplierai tes tortures devant les gouverneurs. Je sais que si j'ordonnais au roi de vous faire mettre à mort ici, vos cadavres me chasseraient :
c'est pourquoi je ferai disparaître vos noms de cette ville. Je me suis bien fatigué à com-
battre vainement l'Eglise. Dès le commencement, j'ai fait que Lot connût ses deux filles sans considérer cette action comme un péché; que Moyse le législateur tuât l'Égyptien sans considérer ce meurtre comme un péché; qu'Aaron fît un veau d'or que les Israélites adorèrent comme si cette adoration n'eût pas été un péché; que Nabu?
chodonosor pillât le peuple d'Israël et les emmenât à Babylone avant qu'ils n'eussen; reconnu le Dieu du ciel ; qu'il jetât les trois jeunes hommes dans la fournaise. Ainsi il fut amené à prier et à reconnaître Dieu.
Daniel aussi détruisit le grand temple que j'avais dans la ville de Babylone, il tua le grand serpent qui me servait de demeure :
pour cette raison, il fut l'ami intime des rois. J'ai excité les Juifs contre le Messie qui, malgré son crucifiement, a rendu mes forces vaines. J'ai fait que le chef des Apôtres le reniât trois fois sans considérer son reniement comme un péché; que Paul persécutât les Apôtres, sans regarder cette persécution comme un péché. Depuis que tous ces pères ont été enterrés, je me sens un peu à mon aise ; mais voici Claude d'Antioche et Victor, fils de Romanos, qui me veulent persécuter en donnant la sépulture à tous les hommes que j'ai fait tuer par les rois. En vérité, je me sens très gêné de leur voir pratiquer la charité et la miséricorde.
Anba Pierre, patriarche d'Alexandrie ', me gêne aussi dans sa ville. Ibsada, évêque de la ville de Psoi, a détruit mes temples jusqu'à la ville d'Assouan ?. Éloigne-toi de moi, ô Claude, sinon*je ferai que tes enne-
i. Ce Pierre d'Alexandrie fut le dernier martyr de la persécution de Dioctétien.
ï. C'est une exagération : les temples ont été détruits surtout après la persécution.
» :*irfla
i 2 COîffES ET ROMANS d'ÉGYPTË
mis se réjouiront en voyant tes maisons habitées par d'autres gens que les tiens, tes serviteurs s'emparer de tous tes biens et de toutes tes richesses. Gomme je sais que tu te vanterais du martyre, je ne laisserai pas les bourreaux te couper la tête. Par la vie de, ta tête, je détruirai l'église qu'on bâtira en ton nom dans le pays d'Egypte, et je ferai en sorte qu'elle reste longtemps déserte.
Quant à toi, Victor, continua-t-il, éloignetoi de moi, car tu es petit de taille ; sinon je. te conduirai à la torture et te ferai souffrir* de la faim. »
. A ces mots de l'esprit malin, le saint Claude prit une pierre, la lui jeta et dit :. « Va-»t-en d'ici, ô ennemi des saints pursy que le Seigneur te confonde ! » Satan s'enfuit dans la montagne criant comme un sanglier et si fort qu'il en étouffait presque. Les\ deux saints purs chantèrent alors ce psaume : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut* qui pourrais-je craindre? » Ils se rendirent ensuite au monastère où ils firent leur of«* frande; après quoi ils rentrèrent à la ville$ escortés de deux nègres;
Le lendemain, le roi envoya chercher le saint Claude, le reçut avec honneur et lui
MlSTdlRÈ DÛ MAftTYR CLAUDE 2 J
dit : « Salut, ô toi, Claude, mon cher ami ; je t'ai envoyé chercher pour faire ensemble un festin, car c'est aujourd'hui le jour anniversaire de la naissance de la reine. »
Le saint lui répondit : « Si tu m'écoutes et renonces à l'adoration des idoles, nous célébrerons ensemble cette fête dans la Jérusalem céleste. » Ils passèrent ce jour à manger et à boire avec les grands personnages de la cour. Cependant le roi assis à côté du saint, se mit à lui dire secrètement : « Je t'en prie Claude, obéis-moi demain, lorsque je te le demanderai au mi* lieu de ma cour. Je t'aime beaucoup et ne te demanderai de sacrifier qu'une seule fois. Toute la cour attend que tu sacrifies. Je le jure par ta vie, Claude, si tu m'écoutes et m'obéis, je te donnerai le pouvoir absolu dans mon royaume. » — Le saint répondit :
• Ecoute-moi, ô roi, et sauve ton âme par tes œuvres de miséricorde, fais-toi pardonner tes péchés par la pitié que tu prendras des pauvres, des indigents et des infirmes, comme le prophète Daniel le dit autrefois au roi Nabuchodonosor. Sache-le, ô roi, je te le jure et te* le dis : vive le Seigneur Jésus le Messie, quand; même tu me donnerais la
royauté du monde entier et ses honneurs, je ne laisserais jamais mon pied faire un pas en avant vers* la vile victime. Si toi-même, tu renonces à cela, continua le saint, Dieu t'accordera le pardon. »
Lorsque le- festin fut fini, chacun rentra chez soi. Le saint, voyant son nègre qui le suivait, lui dit : « Va voir si Ton a emprisonné quelqu'un et sauve-le. » Le nègre s'en alla et exécuta Tordre du saint. Le saint Claude se rendit à la maison du bienheureux Victor et raconta à son ami tout ce que lui avait dit le roi. Le saint Victor s'attrista beaucoup et s'écria : a Quelle grande persécution on prépare aux chrétiens ! « Ils chantèrent ensuite le cantique des trois jeunes hommes : « Sois béni, ô Seigneur, Dieu de nos pères, que ta bénédiction abonde, que ton nom soit glorifié à jamais; car tu es, juste, ô mon Dieu, en toutes tes actions, tes jugements sont droits en tout ce que tu as fait, en tout ce que tu as décidé de nous et * de Jérusalem, la ville de nos pères; car c'est avec justice que tu nous a traités ainsi à cause de nos péchés, de notre éloignement de toi, de notre désobéissance à tes ordres, parce qu'enfin nous n'avons pas observé lés
commandements que tu nous avais imposés dans notre intérêt. C'est encore avec justice que tu nous a livrés aux mains de nos hypocrites ennemis, d'un roi injuste, le père de tous ceux qui sont injustes sur la terre. Maintenant, nous ne pouvons pas ouvrir la bouche à cause de la confusion et de la honte qui pèsent sur la tête des serviteurs de ton nom, car il n'y a de notre temps ni chef, ni pro* phète, ni guide, ni offrande, ni flambeau, ni lumière par lesquels nous puissions espérer en ta miséricorde. Malgré cela, nous nous sommes présentés devant toi comme des victimes, béliers, veaux, moutons chargés de graisse," pour être égorgés entre tes mains . car ceux qui espèrent en toi ne seront jamais confondus. Désormais nous te suivrons de bon coeur, nous te craindrons et te chercherons, ô notre Dieu. Ne nous humilie pas, traite-nous selon ta bonté et sauve-nous par ta miséricorde, glorifie ton nom comme tes merveilles. Confonds et humilie ceux qui cherchent le mal. Que par ta volonté leur force soit défaite , leur grandeur avilie ; qu'ils sachent et soient assurés que tu es le seul Dieu qui domine sur la terre.
Glorifiez Dieu, ô vous qui êtes ses su*