III
tant votre plac^ est là... maître Sëbialâus vous a gardé votî-e place , ■ .'^
A ces mots, le capiiciu s'aî*Wtatout court, et, regardant là vieille d*Un ceît perçant :
« Comment ï maître Sébaldnë m'a gardé ma place ? dît-il ; alors il ne m'en veut donc plue? il reconnaît ses torts ? il veut entrer en accomicodëment avec moi? Il a toujours eu du l)on, je dois le reconnaître ; c'est son maudit orgueil qui le perd; mais» sauf cela, c'est un excellent cœur; Ah I il m'a résené ma place I Tu penses bien, Trievel, que je ne peux pas retourner â la taverne après TafiFront que j'ai reçu, non, non! mais je Tavoue, en songeant que j'avais perdu raffection de tous mes vieux camarades i de Toubat, de Htins Aden, de Paulus Borbès, la tienne , celle de la mère Grédel , — une excellente femme, une femme estimable, la meillôui'e cuisinière du Rhingau, et qui ne se vante pas, qui ne se glorifie pas à tort et à travers,*—en songeant que j'avais perdu son affec^ tion, celle de Christian , et surtout celle de la petite Fridolirie, de cette chère enfant que j'ai portée dans mes bras, que j ai bercée sur mon sein... pauvre petite I... Oui, je l'avoue, de ne plus revoir tout ce monde, ça m'était pénible, c'était dur, bien dur, j'en souffrais plus, mille fois plus que de tout le reste. Enfin , c'est un grand soulagement pour moi de savoir qu'il n'y a pas de rancune entre nous; mais, de retourner au Jambon de Mayence^ de m'incliner devant maître Sébaldus, jamais I jamais ! »
Trievel Rasimns, pendant ce beau di»»cours, semblait fort attentive. •
• Jamais I répéta le capucin, plutôt périr de misère. Ahî si maître Sébaldus faisait le premier pas, s'il reconnaissait qu'il a eu tort, s'il envoyait quelqu'un pour m'inviter formellement... »
n s'arrêta, regardant la vieille, et penëaiit qu'elle allait lui dire : « Mais Je suis ici pour celîi, père Johannes. 5) Aussi sa déception fut grande, lorsque Trievel s'écria :
a Reconnaître ses torts, lui ! allons donc ! Ah ! vous ne k connaissez guère. ,
—Mais puisqu'il me garde ma place.
—Sans doute, il vous garde votre place, par défi,
—Comment, par défi?
*-Oui, par défi. Vous n'avez donc rien appris de ses publications?
—De quelles publications, Trievel? voyons, explique-toi • ^
— Mais de celles que le watchmann Purrhus A fait dans toute la ville, annonçant, par l'ordre de maître Sébaldus, que votre place serait là, et que vous n^osericz pas venir la prendre pour soutenir le; Dieu de Jacob; qu'il vous en
défiait à la face de l'univers-, et que ' s| vbtï» ne veniez piâs,'Comine c'était prùbaîbïe,' alors tout le monde devrait rieconriaitre (J\iè votts étiez terrassé, foulé âùx'piedè, et qtke vous demandiez grâce. Eh raison dé qHibi/lUî,Séî?aïdus, se chargerait alors dé fâii^e^ prôcîlâmer à son de trompe, la victoire défitiitiVe^ du iîep Soleil et vôtre défaite ^^claidnlbl 'Çônmiéntli vous ne savez rien de ces choses'? hiàis ôh ne parle que de ça daiis tout lé^myâ : ïés uns disent que vous viendrez^ lés àutreS tiuè tous n'oserez jamais. »
Le capucin était devenu toùVpàfe^ ses joues tremblotaient de colère:
• Commenta comment! se prît-il â W^ayer, ce gros âne, ce matérialiste, cet ignorant, cette outre gonflée d'orgueil bse me défier^ moi... moi... de venir I Ahl cfest trop fort. Tout ce que j'avançais tout 'à l'heure, Trievel, touchant son bon coeur et son bon sens, je fe retire. Il est clair que la vanité le suffoque, qu'il perd la tête. Oui, je vois de plus en plus, et malgré mon indulgence, que c'est un être borné, stupîde, ai-riéré de vi\igt siècles. Son dieu Soleil! son dieu Soleil! ha t ha 1 ha! quelle découverte : la religion des premiers sauvages!... Mais... maiç vraiment c'est jn« croyable... c'est...
— Vous viendrez donc? demanda Trievel eô baissant la tête pour cacher un sourire.
—Si je viendrai défendre mon Dieu, le.Dieu de nos pères! Certainement, certainement. Mais qu'on ne s'imagine pas que j'arrive pour manger et boire, non, voilà ina nourriture. 1
Il montrait ses pommes de terre.
• Je préparais cela pour aller en quête aujourd'hui, mais dans des circonstances a^isîsl graves, je renonce à ma quête, je pars, je marche à la rencontre des hérétiques ; je vais, comme le saint roi David, au-devant du géànJ Goliath, armé de ma houlette, de ma fronde et de mes trois cailloux. Ah I il me défie I *
Il y eut un instant de silence, ^t Trievel Bàsinius, se levant, murmura :
« Aussi je m'étonnais, père Johannes, ié votre grande tranquillité; je ne pouvais comprendre qu'au moment de la bataille, vous restiez ainsi les bras croisés, comme ai vous vous sentiez battu d'avance,
—Battu d'avance! fit le capucin. Écoule, Trievel, C'est aujourd'hui qu'on verra le triomphe de Jéhovah, du Dieu fort, du Dieu jaloux. Tu peux aller dire de ma part à Bergzabern...
—Soyez tranquille, soyez xranquille, ht la vieille en prenant son bâton, je vais annoncer partout \a grande nouvelle. Le banquet corn-
LA TAVERNE DU JAMBON DE MAYENCE
inence à onze heures, arrivez un peu d'avance ; tous Içs aw8| serwt îù.
-^Oui, Taçv^I» je,comp^ sur toi, et je te i:emercie d'être YÇiUuq pie prévenir. Ûieu du ciel, qi?and je, pense que sans toi,. le Dieu. des armées recevait .une défaite esn ce jour I . •
Ils sw:tirputépseipye,iet le, capucin ranimé, les yeux étinC|Qlan|.p,:,^ywit. Reconduit Trievel Basimus 4 cinquante pas daa?,.le8 bj;uyères, Jui serra la maii;.^n répétant :, , ,,: , • Tu.peux.diri^. c[,ue je :yiendi:aij . quand toutes,.. les légions des ténèbre. ser^feint^ là, maître Sébaldus en tête, je viendrai] » .
Trievel Rasismus s éloigna, riantdans les franges de son grand bonnet en capuche-^ U était alors près de six. heures 4u motjn, Je jour dorait la côte. Au moment où la vieille atteignit le. sentier <ie Bergzabern, Johauqes sonnait matines à tour de bras, et les .tintements de la, petite cloche," de ;Sainl-Ieaa se prolon*
geaient d'échop e^ échos jusq]tt*a,^vPifi4!fl9(A* mont«^ne. :
Cette nult-là, maître Sébaldus dormit grassement de neuf heures du soir à huit heures du matin ; le jour étincelait sur ses vitres lorsr qu'il s*éveil(la,.pepuis)[ongtemps WraèreGrédel, Hâfenkbuker et ses marmitons, Schweyor et ses garçons tonneliers, Christian et Frido^ Une, tous les domestiques et toutes les servantes du Jambon de Maymce étaient en l'air , allant et venant, causant, se dépêchant de prendre les dernières dispositions du banquet. La brise d'automne balançait les guirlanded dans la cour ; la taverne était pleine de cette bonne odeur de feuillage qu'on respire autour des reposoirs h la Fête-Dieu, et. sous la voûte des Trabans se pressaient une fouje de curieipc, qui se renouvelaient sans cesse, pour contempler ces merveilles.
Maître Sébaldus, en tournant la tête, vit son grand tricorne à banderoles roses et bleues et ses habits de gala sur la commode; .Grédel avait tout prévu d'avance; c'était une îon^me de grande exactitude et qui n'oubliait jamais rien. Le brave homme se leva donc, il mit ses bas de laine noire, ses souliers à boucles dargent et sa culotte de velours, qu'il commençait à remplir de nouveau de son heureux embonpoint.
Puis, ayant revêtu son magnifique gilet écarlate, il ouvrit une fenêtre, et voyant que là cour sombrOf avec ses hauts pignons cou-
ronnés de chêne, sous la voûte immense du jciel, re6semî)lait à la cathédrale Saint Sylvestre et qu'elle avait même plus de grandeur imposante, il exi fut saisi d'aidmiratio^; mais au lieu de pousser comme autrefois des éclats ^ rire ret|entissants, et de s'écrier :« C'est ^moi... moif^.Franti Christian Sébaldus Dick, par la grâce de Dieu^ qui suis l'auteur de ces choses, p il devint tout grave et g^rda le silence. . . ,
, Bur^jit; pJu^ d'une demi-heure , Ip digne tavernier, .en ^pjiches de chemise , sa grosse tête firisçmnante ébourilTéc, resta plongé dans une douce extase, regardant les longues tables couvei'tes de leurs nappes blanches à filets rouges, les couverts innomhi*ables iniroitant tout autour, las trépieds d'argent, que Hâfenkoi^ker avait placés lui-môme de distance en distance, pour servir 1q poisson ; le^ garçons tonneliera remontant de la , cave profonde» le dos couché,, iine .^june sur l'épaule, qu'ils pJUbçaieAt le long de l'estrade et mettaient tout de ^uite e^ perce, pour n'avoir plus qu'à tourner le robinet, lorsque le moment de la presse serait venu. Tout cet ensemble lui plaisait : a Sébaldus!. se disait- il , c'est bien, c'est trèsbien ; toirmême , tu n'aurais pu mieux arranger tout cela. »
. Mais ce qui l'attendrissait le plus, c'était de voir Christian et Fridoline élever ensemble des pyranUdfis de fruits^ de fleurs et de mousse pour orner le festin ; Christian, en polonaise de velours violet, sa toque noire surmontée d'une ,8uperbe plijme de coq, vert changeant et or , les petites moustaches retroussées , les Jôvres pourpres, ses grands yeux étincelants d'amour; et Fridoline en robe blanche, une rose sur sou sein gracieusement arrondi , les cheveux soigneusement nattés et tressés sur son cou de cygne, les joues d'un rose transparent, et ses longues paupières abaissées, humides de tendresse.. Ces deux jolis enfants se regardaient, ils rougissaient, ils soupiraient, ils roucoulaient tout bas; leurs mains se touchaient, et alors une sorte de frisson les faisait pâhr, surtout Christian, dont la plume de coq en faucille tremblotait d'enthousiasme.
Maître Sébaldus, regardant ainsi, croyait renaître au beau temps de sa jeunesse :
• Comme ils s'aiment I comme ils s'aiment I mm*murait-il, les yeux pleins delai*mes; Dieu du ciel, peut-on s'aimer de la sorte I »
Alors, songeant aux temps écoulés, ii revoyait Grédel telle qu'il l'avait vjie la première fois, fraîche, accorte et souriante, et il se rappelait tous les bons moments qu'ils avaient eus ensemble : la naissance de Fridoline, leur bonheur, la joie de sa femme, l'extase de la
LA TAVERNE DU JAMBON DE MAÏENCE
Hilirc Sébddu!, u ÏKpt (Jle griMnninle dAxiuTerte, et tenant t la main Fridolin». I Paie RB.t
Christian, et tout le monde? Oui, le capucin devtait élre là. S'il ne revient pas, tout sera manqué ; qui pourra chanter comme lui : I Buvons I buvons I buvons I ■ U n'y en a pas im dans tout Bergzabem... dans tout BergzaberaT allons donc, il n'y en a pas un dans tout le paya, dans tout l'univere:... Ab! s'il revenait... tout serait en ordre. •
Et ses yeux se tournaient involontairemeat vers la porte des Trabans ; il exhalait de longs soupirs.
Cependant le moment de la fête approchait; de grandes rumeurs s'élevaient par toute la ville; la foule, hommes, femmes, enfants, pâle-méle, riant, chantant, sifflant, remontait en tumulte delà place des Halles et des Vieilles- Boucheries, et se précipitait vers la voûte de
l'anliqua synagogue; et le tambour du vatchmann Purrhus, se rapprochant de seconde en seconde, marquait la mesure de cette marche colossale. Il y avait des cris, des grognements, des hurlements , des murmures, des éclats de rire et des clameurs éti'anges , inouïes, mais toujours le pan, pan, pan du tambour dominait le bruit, comme à la danse des curs.
Toutes les tables alors étaient prêtes; la mère Grédel, Hdfenkouker, Christian et Frido- Une rentrèrent à la taverne, où se trouvaient déjà réunis bon nombre des amis du Jambon de ilayence : Toubac, Hans Aden, TrievelRasimus, Paulus Borbès, Bével Henné, sans parler du bourgmestre Omacht, du conseiller Baltzer et d'une quantité d'autres personnages de la ville.
LA ÏAVMNB WîiAHBON Dfi MAYENCB.
^a foule commençait h b^ répandtë 'dan» ta cour; à l'arrivé de PuiThus, 11 fie^^flt coname un roulement d^orage, c^étall la côhu& qnl grimpait aux estrades. Maîtm Sébàlduâ , en ce moment, revêtit son gi^nd habit martonJôtBô coiffti de son magniflqïie tricorne; puis, exha^ lant un soupir , il ouvrit \ai porte âe» vieilles g^aleries et se mit é descendre gravement Teâ^ oalier extérieur de la taverne , m milieu dea acckmations universelles; Le digne homme s'efforçait de paraître joyeux, oranlie il convient en pareille circonstance; mais il avait bediu faire, il avait beau se redresser , rejeter sa grosse tête entre «es épaules^ souffler dans ses jiH^ies rouges, se croiser les mains sur le dos, ce n'était plus levaingueur des vain^eurs aux combats de coqs^ à la course des ânes, et ton sourire mémo, son bon gtos sourire, avait quelque dao8& d'amer.
Toutefois l'enthousiasme = de ses amis et cannaissaoaces né- laissa pas de rattendrir encorev et torttout la vue de Christian et de f^i^ doline^ qîul vinrent Fembra^ser. H sourit à Trievel RaelmuSy parée de ses plus beaux atours, et que Toubac couvait des yeux, cosnme im éparvier mélancolique en arrêt devant une vieille poule jaune et HAal^re qu'il voudrait agripper et qnit se moqué d$ lui dans sacage. : •
^uid, levant son tricorne, il salua pavement à la ronde M. le conseiller Baltcer, M. le bourgmestre Omacht, et les autres dignitaires de Bergxabern, en possession d'asedster à toutes les fêtes et de boire du vieux FofrsUmmer qui ne leur coûtait rien.
Mais, oela fait, mattre Sôbaldus se crut suffisamment acquitté de ses oUigations^ et, pre-* nant les deux mains de Trievel Rasimus, il lui dit avec sentiment ; " r' .
a Trievel, Tri«vel! ta vue me irôjoqit le cœur!
— Jo vous crois, monsieur Dick, réfpoûdit la vieille en se donnant des grâces et lorgnant Toubac du coin de Tcoil, dams l'espoir de le rendre jaloux, je vous crois, hét hél hél ça ne m'étonne pas, on sait soumettre, Dieu merci, on sait se nipper; on n'est pas embarrassée de trouver des marîs à la douzaine. Si vous n'étiez pas marié par- devant notre sainte Eglise, inaitre Sébaldus^ je ^ vous choisirais tout de suite. >
— Oui, poursuivit le gros homme avec at* tendrissement , j'ai du plaish* à te voir; tu es encore une ancienne, une de celles que j'ai toujours rencontrées depuis trente ans; tu n'oublierais pas, toi, les vieux amis, par orgueil, par vanité.
---Oh ! pour ça, non, interrompit Trievpl, je
suis à la vie, à la mort; pour le Jafiféùn de Mayence,
-^'ést bien ; &mi bien , fit Sébàldus , js le sais, j ''en suis w&r. » ^^ : ^ ■
Et d'un ton d*indignatt0ïi profonde; les mains étendues vers la voûte des TVabans, 3 s'écria : '
« On na dira pas maîiitenant que j'ai manqué de patience ; si ceux qui devraient être ici n'y sont- pas, est-ce par ma faute ? Ouëlqu'tm osera-t-il liire que c'est par la faute de Â'anlt Christian Sébaldus Dick ? Si quelqu^un ledisait, ce ne pourrait être qu'un gueux, caria vérité est la vérité, j'ai toujours eu en horreur le mensonge et Tartâfice. Ou'(m ne dise pas que Sébaldus Dick a manqué de patience et quHl n'a pas attendu jusqu'à la fin ; mais Forgueil est la ruine, de la vieille amitié, oui, Torgueil nous montre ces choses abominablesl»
Alors, il fi^ trois ou quatre fois le tour de la salle , mm^muranjb des paroles confuses; et tous les assistants, comprenant qu*il parlait du père Johannes , s'indignaient contre Is capiïcin, disant entre eux : ^ '
«L C'est un homme rempli â'orgu0il I «
Dehors, les fumeurs, les cris, les sifflemsDls, les roulements de pas sur les estrades redoublaient; on aurait dit que la vieille synagogue allait s'écrouler.
Maître Sébaldus , s'arrêtant de nouveau d&* vaut la porte, s'écria :
« Il ne viendra pas, c'est sûr, je vous le prédis hardiment, et voilà que la fêta commence ; les gens s'impatientent, il faut se mettre à table sans lui ! »
Et s'indignant de plus en |dus :
«Quelle honte 1 quelle honte I ttfutlepays va savoir que sa place était là, et qu'Ole est restée vide t N'est-ce pas la plus grande hoote qui se puisse concevoir, 'non-séulemoBSI pour lui, mais encore pour toute ma maison? Et c'est un ancien ami , mon plus vieU ami q» ^me fait de ces choses, à moi, à moi, Séboldnst —Encore, reprit-il au bout d'un instant, pour moi, je ne veux rien dire, puisque nous sommes censés fâchés ensemble ; mais ces enfants, ces chers enfants qu'il a baptisés et portés dans ses bras , qu'est-ce qu'il peut leur reprocher, Toubac? Qu'est-ce qu'il peut dire î
— Moi, je n'en sais rien, dit Toubac; que voulez-vous , c'est un gueux, un va-nu^pieds, un vrai pendard.
— Je ne dis pas ça, s'écria Sébaldus, pompce d'indignation ; tout le monde ne peut pas avoir toutes les qualités réunies; celui qui soutiendrait que le père Johannes n'est pas lemeilleui capucin, le plusdigne homme du pays, c'est
LA TAVERN^E DD JAMBON DE MAYENOE
à EvQXKiz GbrisUaa Stii)a)du6 Dick qu'il aurait à faire, entendez -vous I »
Et,, se retoimiant van la porte après un instant de silence, d*une Toix sourde il dit :
« Daa^s ^ temps, je me rappelle que la grand'mèrp Orche], répétait sans cesse ^ue l'orgueil nous a tous perdus, au moyen d'un serpeat| et c'est la pure vérité : le serpent de l'orgueil avait une pomme de la science^ et cette pomme était comme qui dirait la science du biem et du mal. J'ai toujours pensé cela, et je vois bien axg ourd'hui que j'avais raison, car; le père Johannes, à cause de son Dieu de Jacob, se croit plus savant que tous les autres, et... » En ce moment, le digne homme p&lit, puis rougii et s'écria :
« G'^t lui I le voilà I Hé I je savais bien qu'il viendrait, j'en étais sûr; ça ne pouvait pas être autr^-j&^;>. •
Tout le monda s'était précipité aux fenêtres. En effet, le péra 7ahannes, du fond de la voûte sombre, eu ii'^^ ^tjndait la presse lentement. Maître Sébaldus, de son côté, les bras étendus, semblait vouloir se jeter à la nage, pour aller repêcher son vieux camarade. Mais plus le capucin avançait, plus sa tête de bouc, sèche et osseuse, exprimait la douleur et l'indignation. Johannes, depuis son entrevue avec Trievel Rasimus, avait roulé dans son âme de terribles arguments contre le dieu Soleil. Il voulait terrasser Sébaldus et le forcer de crier grâce; mais, à la vue de cette antique taverne, témoin de tant d'heureux instants passés le verre en main et le sourire aux lèvres ; à la vue de son vieux compagnon, les bras étendus, la face épanouie; à la vue de Grédel, de Frido- Une, de Christian et de tant d'autres vieux amis attentifs et souriants dans Tombre, son coourXut saisi d'une tristesse inexprimable; il aurait voulu s'écrier : « Ecartez, écartez ce calice de mes lèvres I • Mais l'obstination de son Qsprit, aussi bien que son orgueil, l'emportait, n marchait donc, l'oreille droite en avant, la tête basse comme pour lancer un coup de corne, tandis que dans son œil gauche scintillait une larme tremblotante. Ces signes n'annonçaient rien de bon, les bras de maître Sébaldus lui tombèrent, et il se prit à bégayer : « Qu'est-ce que le capucin me veut encore ? Il a l'air fâché. •
Johannes, arrivé devant la taverne^ à quinze pas, s'arrêta brusquement^ ferma les yeux à demi, pour en voiler les larmes, et le nez en Tair, la barbe en avant et la main étendue, il s'écria :
< Quand les tribus de Lévi et de Roboam f urenf reçues dans la tente du vénérable pa- | txiarche Sichem, et qu'ayant accordé leur sœur I
Dina au fils aîné de ce monarque, elles abusèrent de -son hospitalité, au point d'exterminer ses fils drconcis, le troisième jour de la fièvre, ce fut un crime à la face de Jacob, et le Seigneur blâma leur conduite. Or, moi, je ne viens pas de. la sorte ; je ne viens pas avec des intentions perfides. Je me rappelle votre hos^ pitalité, respectable Sébaldus Dick; je me rappelle aussi que voti-e chère enfant et votre digne épouse m ont accordé cent fois le pain^ le sel et la place au foyer de votre estimable taverne. C'est donc avec des sentiments de paix que j'arrive en votre présence. Mais autre chose, respectable Sébaldus, autre chose est la reconnaissance de la chair, et l'accomplissement des devoirs de l'âme I Poirrquôi faut^il que vous m'ayez défié? Pourquoi faufrjl qu'au son de la trompe, vous ayez provoqué le père Johannes? Pourquoi l'avez^vous appelé solennellement à la défense du Dieu doses pères, de son propre Dieu, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob? Pourquoi, je vous le demande, l'orgueil vous-t-il porté à de telles extrémités? Me voilà dono^ avec des sentiments de paix, les reins ceints pour la guerre ; car tel est mon devoir, telle est ma foi, tel est Tordre de notre sainte religion. •
Ayant parlé de la sorte au milieu du plus grand silence, car toute la cour prêtait l'oreille, le père Johannes se tut, et maître Sébaldus resta quelques instants stupéfait, la bouche béante. ,
Puis, se retournant vers sa femme, non moins étonnée :
c Grédel, lui dit-il, est-ce que tn as entendu parler de ces choses? Bst*ce que j'ai défié quelqu'im sans le savcfir? Je, ne me rappelle rien, moi ! C'est terrible... terrible... la grande bataille va recommencer. »
Le père Johannes aussi regardait, attendant une réponse ; la stupéfaction se peignait sur toutes les figures; on prévoyait des événements graves. Et comme tout le monde restait ainsi dans l'attente, Trievel Rasimus, clignant de l'œil, s'avança, sortit sa grande tabatière de carton noir du fond de sa poche et prit une bonne prise. Api'ès quoi elle alla simplement se placer enti^e maître Sébaldus et Johannes, et leur dit: ^
• Écoutez, et ne vous fâchez pas contre Trievel Rasimus. car elle a fait ces choses pour la joie universelle. Vous êtes deux êtres remplis d'orgueil et d'obstination ; plutôt que de faire le premier pas, vous aimeriez mieux vous consmner d'ennui l'un et l'autre; c'est abomi* nable d'avoir des caractères pareils! Comment I deux vieux camarades, deux hommes du bon Dieu vont se tenir rancune à porpé«
LA TAVERNE DD JAMBON DE MAYEif^CE.
tuité, parce l'un a bu du vin rouge et Tautre du vin blanc? Ça n'a pas le sens commun. Donc, moi, royant cela, je suis allée dire ce matin au père Johannes que maître Sébaldus le défiait de venir soutenir son Dieu de Jacob; ça Ta remué de fond en comble, et il est venu, hél hôl hél... Maintenant, monsieur Dick,. vous savez que vous m'avez promis de m*accorder ce que je vous demanderais. Eh bien , embrassez votre vieux compagnon, et que la paix soit avec voixs :— c'est le souhait de Trievel Rasimus I »
A mesure que parlait la vieille ravaudeuse, la bonne grosse figure de Sébaldus s'épanouissait de bohneur, et le front du capucin se déridait aussi. Ils se regardaient Y\m l'autre avec attendrissement ; et, quand elle eut fini, le gros maître de taverne, étendant les bras avec expression, se prit à bégayer tendrement :
c Père Johannes... père Johannes... est-ce que vous m'en voulez encore à cette heure? »
Alors le capucin, les bras étendus, la tête basse, pour cacher ses larmes, monta les trois marches de la taverne, et jeta ses grandes manches autour du cou de Sébaldus, la joue contre la joue, en sanglotant. Et tous les deux sanglotaient ensemble comme de véritables enfants, bégayant :
« Hél hé! hél Hi I hi I hil Étions-nous bétes... étions-nous bétes! •
Tous les assistants, autour d'eux, pleuraient aussi et s'embrassaient l'un l'autre sans savoir pourquoi. Grédel embrassait Trievel, Toubac embrassait Hans Aden , et ceux qui ne pou^ valent pas pleurer disaient :'
« Je ne peux pas pleurer... mais ça me fait plus de mal qu'à* ceux qui pleurent. »
D'autres se mouchaient; enfin on n'avait jamais rien vu de pareil.
Borbès était tout honteux de ne pouvoir pleurer; il alla se cacher dans la cuisine, et Bével Henné le traita de brigand en lui disant :
« Je n'aurais jamais cru ça de toi ; tu as un cœur de roche I »
Et lui ne savait que répondre.
Dans la cour on poussait des acclamations universelles, et dans la taverne on ne pouvait plus se calmer. Enfin, maître Sébaldus, levant la tête, se prit le ventre à deux mains, et poussa de tels éclats de rire^ que les vitres de la taverne en grelottèrent. 11 ne se possédait plus d'enthousiasme, et le père Johannes, à côté de lui, riait aussi, comme un vieux bouc qu'on ramène au bois après l'hiver, et qui respire i'odeur du chèvrefeuille; de douces larmes coulaient jusque dans sa barbe.
Les embrassades avaient cessé, Grédel s'es-
suyait les yeux avec le coin de son tablier, Christian et Fridoline s'étaient mis à danser, et toute la salle, du haut en bas, répétait en riant :
« Haî.hal ha! le bon temps est revenu; les chopes , les canettes, les andouilles, les saucisses vont reprendre leur train j usqu'à la consommation des siècles.
—Trievel! Trievel! s'écria Sébaldus, tu m'as déjà sauvé d'Eselskopf, et maintenant tu me rends mon vieux compagnon Johannes, tu es la première femme du monde. »
Et prenant Johannes par le bras, il lui raconta comment Trievel l'avait sauvé; puis, tout à coup s'interrompant, il dit :
« Mais ce n'est pas tout, non, ce n'est pas tout, mon pacuvre vieux capucin ; tu arrives toujours au bon moment. Hé!. Christian! Fridoline ! approchez un peu. » ,
Il finissait à peine de parler, que l'orchestre du Hareng Saur^ celui des trois Boudins et celui du Bœuf gras arrivaient dans la cour; on entendit Rosselkasteri crier dehors :
« Faites place ! faites place I v
Puis la grosse caisse frappa trois coups, les cymbales frémirent, les clarinettes nasilleront pour se mettre d'accord, et de grandes rumeurs annoncèrent que la multitude avait fini par monter sur les toits de la synagogue.
c Christian ! Fridoline ! répéta le digne maître de taverne, arrivez ici. »
Alors les deux enfants, tout émus, s'approchèrent, et maître Sébaldus, d'un ton grave, s'exprima en ces termes :
« Grédel, Johannes, Trievel Rasimus, et vous tous, écoutez-moi. Voici le plus beau jour de ma vie, car, grâce à Dieu, je commence à ravoir mon bon appétit, et puis j'ai retrouvé mon vieux compagnon Johannes.
C'est pourquoi je suis content, et je veux que d'autres le soient aussi; je veux que la joie règne dans ma maison, et que nous soyons tous entre nous comme les oiseaux du ciel : les ramiers, les bouvreuils, les merles, les grives et les mésanges, qui nichent ensemWe dans le même arbre, les ims en haut, lœ autres un peu plus bas, les autres tout à fait dans l'herbe au-dessous, comme les fauvettes, les perdrix et les cailles, mais tous en paix, tous sifflant, se réjouissant et célébrant la gloire du Seigneur. Il faut aussi que les jeunes s'accouplent et qu'ils produisent de nouvelles générations d'êtres bien portants, heureux, chantant et sifflant, afin que les bonnes espèces se multiplient à la face du ciel, selon la parole du Seigneur, n'est-ce pas, capucin ? •
Johannes inclina la tête, «ttr Christian et Fridoline devinrent rouges comme des pivoines.
LA TAVERNE DU JAMBON DE MAYENCE
la mère Grédel se remit à pleurer d'attendrissement, et la vieille Trievel se bourra le nez de tabac avec enthousiasme.
« Or donc, reprit Sébaldus, voici deux jeunes êtres qui m'ont Tair de s'aimer, et de s'accorder pour travailler ensemble à* la vigne du Seigneur. Ma fille Gretchen Fridolina Dick entre dans sa dix-huitième année depuis hier, et Kasper Christian Diemer aura vingt et un ans à la Noël prochaine. Qu'en pensez- vous*. • si nous les mariions? v
Alors il se fit une grande émotion dans la salle, et Christian s'écria :
c Oh I maître Sébaldus ! oh I maître Sébaldus I •
Mais il n'en put dire davantage, tant la joie le suffoquait.
« Si nous les mariions « répéta le gros homme, voudriez-vous les bénir, père JohannesT
—Ce sont de braves enfants, et que j'aime bien, murmura le capucin attendri , je les bénirais du fond de mon cœur.
—Eh bien donc I dit maître Sébaldus^ Christian, embrasse Fridoline, ta fiancée. Dans quinze jours, elle sera ta femme, v ^A ces mots, Christian, levant sa toque, fit entendre un cri de triomphe tel qu'on n'en avait jamais entendu de pareil^ et d'un bond il embrassa Fridoline et la serra sur son cœur.
La pauvre enfant, toute confuse, n'osant lever les yeux sur lui, cachait sa jolie figure dans son sein; on aurait dit qu'ils allaient s'envoler au ciel.
^ Et, chose étrange, aussitôt les trois orchestres commencèrent à jouer la Flûte enchantée^ de Mozart : « 0 mon âme, mon âme adorée I v soit que maître Sébaldus l'eût ordonné de la sorte, soit que le Seigneur lui-même eût prévu ces choses depuis l'origine des temps.
Tout se taisait donc pour entendre cette noble harmonie, et cependant le digne maître de la taverne,, d'un accent ému, poursuivit :
« Je te la donne pour l'aimer, pour l'honorer et la rendre heureuse. Mais écoute bien ceci, Christian^ tu n'abandonneras pas le grand art de la peinture; tu vivras avec nous, loin de tout souci, de toute inquiétude, de tout chagrin, mais tu seras peintre. Il faut toujours que les hommes fassent quelque chose , et qu'est-il de plus beau que de représenter les œuvres de Dieu par de vives couleurs? Durant mon voyage en Hollande", j'ai vu partout que les grands peintres représentaient leurs tavernes; c'est là qu'ils buvaient l'aie et le porter, c'estlà qu'ils consommaient glorieusement le hareng et la morue frite dans l'huile douce. Toi, tu boiras du vin du Rhin, tu con-
sommeras des andouilles, et tu seras le peintre du Jambon dô Mayence , de la cour des Trabans et de l'antique synagogue.
—Ne vous inquiétez de rien, papa Sébaldus, interrompit Christian, comme illuminé d'un rayon du ciel, ne vous inquiétez de rien, je serai peintre; et là... là... — fit-il en montrant la haute muraille enfumée au fond de' la taverne, — là, tout Bergzabem viendra contempler mon premier chef-d'œuvre : la côte verdoyante du Braumberg couverte de vignes jusqu'aux nuages, les ceps noueux écrasés sous les raisins vermeils, le père Johannes couronné de pampres, en dieu Bacchus; et vous, papa Sébaldus, tout rond, tout riant, tout barbouillé de lie de vin, assis sur l'âne Eselskopf, qui tirera la langue d'une aune, vous irez à la conquête des nobles coteaux du Johannisberg avec votre nourrisson. Vous aurez le ventre en forme de cornemuse; vous serez le bon, le digne, le vénérable Silénus, et tout le long de la route, on verra des auberges, des hôtelleries, des tavernes et des bouchons ouverts tout au large pour vous recevoir, à perte de vue.
—Ha! ha! haï fit le gros homme, dont les yeux s'étaient arrondis d'admiration, c'est un beau dessin , Christian ; fasse le Seigneur que tu puisses l'exécuter comme je me le représente. Mais il est temps de se mettre à table, nous recauserons* de ces choses plus tard. *
En effet, l'église Saint -Sylvestre sonnait alors midi.
Après l'ouverture de la Flûte enchantée^ on n'entendait jplus qu'un immense murmure dans la cour. Tous les cris avaient cessé, tout le monde était à sa place : les convives autour des tables, les musiciens sur les estrades; les garçons tonneliers, le tablier de cuir aux genoux, auprès de leurs tonnes ; les servantes en petite jupe rouge et en manches de chemise, les marmitons et les sommeliers à leur poste; la foule partout , le long des rampes, aux lucarnes des greniers, sur les toits, sous la voûte sombre des Trabans , et jusqu'à la cime du clocher de Saint-Sylvestre, car le sonneur Pétrousse avait loué des places.
Tout le monde attendait le signal du festin.
Alors Frantz Christian Sébaldus Dick ouvrit la porte de la taverne à deux battants, et cet immense coup d'œil frappa les regards. La cour, comme une immense corbeille de feuillage, contenait la foule innombrable et frémissante; les estrades pliaient sous le poids de la multitude ; partout on ne voyait que des têtes attentives, jeunes ou vieilles. Sur la grande estrade , appuyés contre l'antique synagogue, se trouvaient les trois orchestres; la
LA TAVERNK DU JAMBON DE MAyENCE.
grosse caisse, au-dessus de la foule, arrondissait son ventre dans les airs , et, tout autour, les trombones, les chapeaux chinois, les cors d^ chasse, les cymbales resplendissaient au soleil.
Mais , plus haut encore , sur le dernier gradin^ se tenaient debout guati)^ trompettes, vétus^mi-partie de rouge , de jaune , d'aziur et de violet , à l'ancienne mode des Trabans, et tels qu'on les voit encore sur les jeux de cartes; ils tenaient à leurs lèvres les longues trompes recourbées, à fanon de velours brodé d'argent et d'or, la toque sur l'oreille et le poing sur la hanche ; on les eût pris de loin pour les quatre pitons en cariatides de la toiture sombre.
Or, à peine maître Sébaldus eut-il apparu sur le seuil de la taverne, que ces quatre musù kanten.se mirent à sonner l'antique fanfare du duc Rodolphe, entrant à Bergzabern en Tan 1575. Ces sons éclatants, renvoyés par les échos, firent passer sur toutes les figures une pâleur étrange ; les vieilles générations éteintes de Bergzabern semblaient venir assister à la grande fête du Jambon de Mayence.
Mais ce que le père Johannes admira plus que tout le reste, ce fut la magnifique ordonnance du festin : les trois sangliers dans de larges bassins d'argent , une touffe de fenouil au grouin; les chevreuils, les coqs de bruyère, les paons ornés de leur queue en éventail, les gelinottes, les faisans, les ^ses de fleurs, les i pyramides de fruits, les immenses soupières au large ventre fleuronné, envoyant au ciel leur fumée odorante, comme un pur encens, lesbuissons d'écrevisses, les hautes croquantes; tout cela, confusément d*abord, — avec les mille éclairs de la vaisselle d'argent, que le riche Sébaldus avait tirée pour la première fois de ses armoires , — tout cela frappa , éblouit^ transporta le capucin, qui se prit à renifler, à écarquiller les. yeux et à se lever sur la pointe des pieds pour voir de plus loin.
Les grands banaps ciselés et les hautes aiguières à cou de cygne, pleines d'un vin rouge
écumeuXf n'étaient pas ce qui flattait le moins ses regards, et tout nous porte à croire que le digne capucin dut se féliciter d'avoir quitté son ermitage le matin, et pris K/)ngé définitif de ses pommes de terre cuites sous la cendre.
Maître Sébaldus, sa large tête grisonnante découverte, et tenant à la main Fridoline, traversait alors gravement la cour; puis, venaient à sa suite, et deux à deux, Christian et la mère Grédel, le père Johannes et Trievel Rasimus, Toubac et Bével Henné, enfin tous les vieux et solides amis de la maison. Lorsqu'ils furent arrivés* à leurs places, tous les autres convives, debout derrière leurs chaises, s'assirent, et maître Sébaldus resta seul debout à l'extrémité de la table du BiiEeu.
Alors, d'une voix grave, onctueuse, il dit :
• Chers amis et compagnons, et vous tous quels que vous soyez, habitants de cette bonne ville, ou même étrangers au pays, nous celé* brons en ce jour du Seigneur notre heureux rétablissemelit, dont nous rendons grâce au ciel, et non pas au docteur Eselskopf , qui est un âne, c'est moi qui vous le dis, afin que chacun le sache et qu'on se le répète. — Nous célébrons aussi notre réconciliation avec k brave, le digne, le vénérable père Johannp:;, notre ami selon le cœur, et notre frère en Dieu. — Enfin, nous célébrons les fiançailles de notre chère fille Gretchen Fridolina, avec le jeune peintre Christian Diemer, et nous vous prévenons que, d'aujourd'hui en quinze, vous êtes tous invités à revenir ici célébrer les noces, qui seront dignes de la fille bien- aimée de Frantz Christian Sébaldus Dick. Sur ce , chers amis et compagnons , buvons, mangeons, réjouissons-nous , et jouissons dq toutes les bonnes choses que le Seigneur a faites pour ses enfants I v
Mille cris d'enthousiasme s'élevèrent jusqu'aux nuages.
Et maître Sébaldus , s'étant assis en face du capucin, on plongea les grandes cuillers dan» les bonnes soupes aux écrevisses. .
PIN DE LA ÎAVEUNË du lAMBO^ DE MAYFNCB