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LE CAS MYSTERIEUX DE MADELEINE HAUBOURG

M. Pied, le patron du petit hôtel, à l'enseigne du Matelot Saxon, situé sur le quai Henri-IV, était un petit homme rond et court, de visage amène et de manières serviables. L'hôtel qu'il tenait, avec une courtoisie de bon accueil et une irréprochable propreté, était un petit hôtel, fort bien achalandé, qui avait vue sur les jetées et d'où le regard pouvait embrasser, outre le mouvement du port de Dieppe, le pittoresque quartier du Pollet qui est, dans la ville même, par sa couleur propre et les mœurs de ses habitants, une autre ville, à part.

Le petit homme semblait fait pour le petit hôtel...

Ce jour-là qui était un lundi, 13 octobre, à huit heures et demie du matin,

par un temps froid, vif et clair, M. Pied traversa la chaussée qui séparait son immeuble de la gare maritime, ainsi qu'il en avait la quotidienne habitude, pour aller prendre le mêlé-cassis traditionnel, en compagnie du gérant du buffet... C'était la seule distraction que se permît le petit homme rond et court, et aussi la seule sortie que lui réservât la surveillance assidue de son commerce.

Car, pour un homme veuf et méticuleux, ayant souci de ses affaires et n'ayant pour le seconder que l'aide servile et conséquemment peu zélée d'un garçon et d'une servante, il n'est point trop de donner — sommeil compris — les vingtquatre heures complètes de son existence quotidienne — si l'on ne veut voir

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péricliter son fonds — à la direction irbante d'un petit hôtel, convenablement achalandé, situé sur le quai Henri-IV, à deux pas du débarcadère.

Le mêlé-cassis n'était pas un vice chez M. Pied, mais une distraction. Et, comme il savait joindre l'utile à l'agréable, c'était une distraction rémunératrice — le gérant attaché au buffet de la gare et qui se piquait également d'être un homme amène et serviable, alimentant de voyageurs, autant qu'il était en son pouvoir de le faire, l'hôtellerie irréprochablement propre du Matelot Saxon.

— Hé ! quoi de nouveau, monsieur Pied ? interrogea machinalement le gérant, dès que l'hôtelier eut franchi le seuil de son établissement.

Ce « quoi de nouveau » semblait si naturel ou si invétéré que, par une habitude également et visiblement contractée depuis longtemps, M. Pied répondit, du tac au tac :

— Pas grand'chose, monsieur Pierre !

Et c'étaient là, apparemment, les préliminaires exacts et quotidiens d'une conversation journalière dont l'intérêt se réduisait à des considérations générales sur l'état stationnaire des affaires, lorsqu'il oe s'animait pas jusqu'à des considérations particulières sur le mouvement des voyageurs dans la ville.

M. Pierre servit deux mêlés-cassis, en vida un d'un trait et reprit, négligemment, pour dire quelque i hose :

Vous avez deux voyageurs de moins, i <• matin, monsieur Red ?

( hii, dit M. Red, après une minute de réflexion... mes artistes !

Ali ! l 'était des artist !... Je me diaai i au i .1 Quelles drôles de figures 1... 1 1 ont venu ici prendre quelque 1 hose et m'ont demandé L'heure du rapide pour Parii...

Oui, de drôles de figuri ' vou - avez

N moi, 1, m piei ic. : 1 j . j . 1 1 \ .1 l'hôte

lui ... Mais, s'il fallait vraimenl trop <>, , u

|i«;i des gens qu'on héberge..., vous savez.

Il huma son verre, s'essuya les lèvres d'un revers de sa main poilue et con dut :

— Ceux-là, par exemple, c'était bien un couple à part... Ils sont arrivés samedi..., séparément, m'ont demandé chacun une chambre et...

Deux clients entraient, s'asseyaient..

M. Pierre lâcha M. Pied... M. Pied lâcha son récit et s'esquiva en souhaitant :

— A tout à l'heure, monsieur Pierre... je vous expliquerai...

— ■ A tout à l'heure...

Et le petit homme rond et court retraversa la chaussée de son pas sautillant et réintégra le Matelot Saxon, pour activer les travaux domestiques du garçon et de la servante, tout son personnel. Le garçon, assis sur la dernière marche de l'escalier, s'attertionnait à se fourrer indélicatement les doigts dans le nez, — occupation qui l'absorbait au point qu'il n'entendit pas la rentrée de son patron... La bonne, délibérément installée dans le fauteuil directorial qui était l'ornement encombrant du bureau de l'hôtel, était plongée dans la lecture passionnante des faits divers, relatés à la troisième page du journal local, vieux de quatre jours... Et la rentrée de M. Pied la surprit dans ( et te position de détente et de béati tude.

— Sacrebleu ! pesta M. Pied... Si c'est

ainsi que l'ouvrage se lait...

La virulente admonestation ayant frappé simultanément le joueur de nez et la lectrice de faits divers, l'un et l'autre se levèrenl avec ensemble, penauds el

gênés...

Si vous vouliez monter vivement faire les chambres du second, ordonna M. Pied au domestique..., el vous, ma fille, trotter sur le marché, hein ! ajouta-t il a l'adresse de l'autre moitié de son personnel, qui en était également la plus

belle.

L'employé «lu sexe fort ne se Le lit pas dire deux lois , il s'arma de son plumeau

LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE

et grimpa à l'étage indiqué, cependant que

la domestique se glissait dans la cuisine et y décrochait le panier à provisions. Et M. Pied, par un rétablissement naturel de l'ordre des choses, récupéra son fauteuil directorial et s'abîma, sa bougonnerie déjà dissipée, dans la lecture passionnante des faits divers du journal local.

Mais il en était à peine à la dixième ligne de sa lecture (pi' un épouvantable bruit ébranla la cage de l'escalier. M. Pied ouvrit la bouche, la bonne referma le couvercle de son panier, et ils s'interrogèrent d'un regard rapide où la niaiserie et l'incompréhension tenaient assurément plus de place que l'épouvante !

Ils n'eurent point, d'ailleurs, le temps de compléter la niaiserie de leur regard interrogateur, par des paroles vaines, car le bruit démesurément s'accentua, prit les proportions d'un véritable tremblement de terre. On eût dit également un ouragan qui soufflait au large, ou encore une charge de cavalerie! Et l'ouragan et la charge, vinrent en une seconde s'apaiser à leurs pieds, sous la forme bouleversée du garçon d'hôtel, méconnaissable après sa dégringolade des deux étages, quatre à quatre.

Et dans le regard que s'adressèrent instinctivement le patron du Matelot Saxon et sa petite bonne, en cet instant critique, l'angoisse se mêlait, à doses égales, avec la niaiserie et l'incompréhension.

Le garçon, pâle et défait, s'était abattu sur une chaise, le plumeau frémissant dans sa main crispée. Il ouvrait la bouche et la refermait aus sitôt, à la façon des carpes qui manquent d'eau, mais sans que le moindre son sortît de sa gorge étranglée par quelque émotion violente. Et ce n'était point le mouvement giratoire de ses prunelles pâles qui pouvait suppléer à son man

que de voix et être un indice révélateur de l'ouragan et de la charge de cavalerie.

— Eh bien ! qu'y a-t-il ? s'exclama M. Pied, en se précipitant au secours du plumeau...

Le garçon d'hôtel, après deux ou trois happements de carpe désespérée, finit par articuler :

— Là-haut !... là-haut !

Et ce fut tout le résultat de son effort verbal. Il referma les yeux, comme prêt à trépasser.

— Eh bien ! quoi, là-haut ? accentua la petite bonne, à son tour.

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Le jeune homme pâle cessa d'imiter le poisson d'eau douce sus-énoncé et dit encore, avec un geste persuasif du plumeau, pour bien indiquer l'étage qu'il avait descendu avec tant de hâte... « Làhaut !... » Puis, posément, il s'évanouit, tout à trac.

M. Pied — tout en ne comprenant pas — comprit l'importance de son rôle qui était également un devoir, et c'est avec l'autorité du commandement qu'il enjoignit à la petite bonne :

— Allez voir ce qu'il y a là-haut... Je vais lui taper dans les mains, pendant ce temps-là, pour le faire revenir à lui...

La bonne hésita, une seconde, par une timidité bien excusable ; mais ayant également compris l'importance de son devoir qui découlait de son rôle, elle se résigna à grimper l'escalier de l'hôtel du Matelot Saxon.

M. Pied tripotait les mains du jeune homme pâle, en l'appelant de noms affectueux •

— Voyons, Gustave, voyons, mon ami...

c'est ridicule à votre âge.... Vous n'êtes pas une femmelette, sacrebleu !

Et M. Pied prononçait ces exhortations, en abusant de passes magnétiques qui restaient sans effet ; et sa façon de din; : '< Voyons, Gustave... voyons, mon ami... » prenait un petit air d'incantation... L'incantation ne mordait pas...

Quand, tout à coup, l'ouragan se renouvela, La charge de cavalerie se repéta, avec l'aggravation «l'une voix aiguë qu'on devinait appartenir au genre soprano...

Pi , e lut au tour de ta petite bonne de venu s'abattre, après une dégringolade en i, gie el non moins tumultueuse que la première, dans le bureau de l'hôtel... Elle ,,,. i contenta pa d'une .impie < aai e, à l'instai de Gustave, mais accapara, poui l'ai e de son évanoui emenl . le fauteuil dire< toi ni...

i.i m. Pied, abandonnant les mains de ( ,n tave, v.n la le < ours de ses e ••< ! ■ en tripotant, du même au ahuri, < elles

de la petite bonne, plus douces, mais non moins réfractaires aux passes magnétiques... M. Pied perdait la tête — pour une fois !

— Voyons, Charlotte... Voyons, mon amie... C'est ridicule, à votre âge... Vous n'êtes pas une femmelette, comme Gustave, sacrebleu ! Qu'y a-t-il ?

... Charlotte, plus morte que vive, restait sans mouvement et sans voix.

... Alors, M. Pied, devant le double évanouissement de son personnel, se décida, avec une inconsciente bravoure, à voir de ses yeux, de ses propres yeux, ce qu'il y avait, là-haut ! Il ne réfléchit même pas au danger que courait un homme de son âge et de son poids, — car, quoique petit, il était trapu et très en graisse, — à risquer personnellement, à travers la cage de l'escalier, sur les marches sonores, une troisième charge de cavalerie et à y simuler un troisième ouragan... Abandonnant à leur sort d'inertie le garçon et la petite bonne sans connaissance, sur leurs sièges respectifs, il grimpa à son tour, vers l'étage d'où la domesticité était redescendue avec tant de précipitation et d'effroi.

Il était à peine sur le palier du premier, que le gérant de la buvette entrait dans le bureau de l'hôtel et s'annonçait par un :

— Eh bien 1 monsieur Pied?

M. Pied n'était pas là pour répondre, et le gérant s'arrêta, entre le garçon et la bonne, avec la manifestation la plus évidente de l'ébahissement. N'étant point documenté pour croire à autre chose qu'à un sommeil improvisé, — il y crut;

el il ne trouva i ien de plus facétieux que de promener, sur le visage des dormeurs insolites, le plume. m que le garçon avait laissé clmir sur le parquet... Et, mieux que les passes magnétiques el affolées du patron du Matelot Saxon, la chatouille mit. mie du plumeau &1 revenir à eux, ci presque simultanément, Gustave e1 Charlotte... Et les yeux de Gustave et

VOUS RÉFLÉCHISSEZ., DOCTEUR, INTERROGEA M. MARATHON 4VBC BIENVEILLANCE (P. l6).

LA TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE

les yeux de Charlotte exprimèrent une identique frayeur : et c'est d'une voix unique qu'ils balbutièrent, à nouveau :

— Là-haut !

Le gérant de la buvette, qui n'avait point le sens du tragique, rioeha :

— Hé!... hé!... oui... ce serait, pour faire un bon somme, un endroit plus propice !

.Mais il ne poussa pas plus loin la plaisanterie... M. Pied, plus discret que ses coadjuteurs, quoique non moins effaré, descendait à son tour, et de toute la vitesse de ses courtes jambes, les marches de l'escalier... Et lorsqu'il fut arrivé au point terminus de la descente qui était le fauteuil directorial, il y chut, sans précaution — Charlotte l'avait évacué — avec une lourdeur qu'excusait la théorie mécanique de la vitesse acquise. Son visage décomposé exprimait un nombre incalculable de sentiments, où deux dominaient, se contredisaient : l'effroi et l'ennui... l'effroi de ce qu'il venait de voir et l'ennui de ce qu'il allait advenir.

M. Pied avait de la méthode, même dans une passe aussi tragique. Il le fit voir et il exprima les deux sentiments sus-indiqués — dans leur ordre — par cette phrase, à l'adresse du gérant :

— Un crime, un crime épouvantable vient d'être commis dans ma maison...

Ah ! monsieur Pierre, vous arrivez juste à pic... Quel préjudice, croyez-vous, pour le bon renom du Matelot Saxon !

— Un crime ! répondit M. Pierre qui avait du sang-froid et de l'indifférence pour le bon renom du Matelot Saxon...

Eh ! envoyez chercher les agents, monsieur Pied...

- — C'est ça... c'est ça... bégaya le bonhomme, allez quérir la police, mes enfants !

Et son invite s'adressait aussi bien au garçon qu'à la petite bonne. Le garçon qui n'était pas une femmelette, dit :

« J'y vais ! » d'un ton ferme qui démontrait la conscience de sa responsabilité ...

— Y comprenez-vous quelque chose ?

l'arrêta M. Pied.

— ■ Absolument rien, patron.

— Car, vous les avez vus partir ensemble... tous les deux... il n'y a pas une heure, hein ?

— Evidemment.

— Et vous de même, Charlotte ?

— Evidemment, répéta Charlotte.

— ... Et chez vous, monsieur Pierre, ils sont allés boire un verre... ensemble... il n'y a pas à dire non ?...

-Qui?

— Mes deux artistes, parbleu !

— Evidemment, trissa le gérant du buffet, gagné par la contagion.

— Eh bien ! non moins évidemment, s'écria M. Pied, la femme est là-haut... quoiqu'elle soit partie... LàThaut ! monsieur Pierre, accentua M. Pied, en appréhendant le gérant par les revers de son veston et le secouant comme un prunier... Là-haut, vous dis-je, sur son lit... égorgée... la tête coupée...

Et il se prit à sangloter, la crise d'effroi et la crise d'ennui se confondant :

— Mon Dieu ! mon Dieu ! c'est abominable !... Que va-t-il arriver ? Quelle renommée future pour le Matelot Saxon !

— Calmez-vous, dit M. Pierre, ce n'est pas vous l'assassin, quoi !

— La plaisanterie est déplacée, releva aigrement l'hôtelier.

... Gustave ramenait un agent. En deux ou trois paroles incohérentes, M. Pied mit l'agent au fait. L'agent, « pour voir, » monta à l'étage indiqué, en compagnie du garçon plus rasséréné. Et lorsqu'il redescendit, il prononça, d'une voix soupçonneuse :

— C'est parfait ! mais où est la tête ?

— Quelle tête ? s'effara M. Pied.

— La tête de la victime, tiens !

Alors, M. Pied, chez qui l'ahurissement confinait à la folie, balbutia, éperdu :

— La tète!... la tête!... est-ce que je sais, moi !

LA TRAGIQUE AVENTURE DU M F. ME PROPERCE

L'agent, de plus en plus agressif, expliqua :

— Monsieur Pied, le parquet sera dans dix minutes au Matelot Saxon... Que personne n'entre, que personne ne sorte ! Xe dérangez rien, ne touchez à quoi que ce soit... il y va de votre liberté à tous...

— Pardon, interroinpit le gérant du buffet, mais moi, je ne suis pour rien dans le crime... monsieur l'agent... J'étais venu prendre un mêlé-cassis, comme d'habitude... simplement... et j'ai peutêtre le droit de me retirer...

— Peut-être, répliqua l'agent, haussé à l'importance de son rôle... à la rigueur, vous êtes étranger à la question...

Le gérant remercia, disparut. L'agent tourna les talons, fila chez le procureur. Et M. Pied, anéanti, se couvrit le visage de ses deux mains, — et, entre Gustave et Charlotte, pétrifiés, ahuris et verts de peur, il se lamenta :

— Ah ! ma tête ! ma tête !... c'est moi qui la perds !

Dans une petite ville où la criminalité est rare, pour ne pas dire, tout à son honneur, inconnue, on imaginera aisément qu'au bout de dix minutes, la nouvelle eut fait le tour de la cité, ainsi qu'une flambée de fulmicoton dont le point de départ était la buvette de la gare maritime et l'allumeur indiscret, Le gérant dudil établissement.

En dû minutes, la petite ville fut devant le petit hôtel, compacte, houleuse <■! terrifiée.

l • ipposit ion Les plus déraisonnable ■ s'entre* roi ent dans L'air, personne ne sachant exactement de quoi il retournait. ( 'ii avait dil : I fae femme assassin e au Matelot Saxon... Qui avail 'lit i ela ?... M. Piei re. Mu i M. Piei re avouait n'avoir i un vu... AJoi j D'A. mi une affii mation .m i mal do< umentée, L'imaginât ion populaire, en L'ab ieni e du fait offi< iellemenl < onstaté, >'i a donnait, abusait de droit ..G ne fui bientôt plus une,

mais deux femmes égorgées, disait-on, qui lamentablement déshonoraient la cité entière, d'ordinaire calme et paisible... Les femmes s'apitoyaient naturellement, et les hommes discutaient de l'événement avec autant de chaleur que d'ignorance.

Dans une petite ville où la criminalité est exceptionnelle, la justice est vive, et on imaginera aisément qu'au bout de quinze minutes le procureur de la République, le juge d'instruction et le médecin légiste se trouvassent réunis sur le lieu du crime... La foule s'écarta respectueusement devant le trio qui représentait, aux yeux de tous, la Lumière, la Répression et la Vérité.

Le procureur qui marchait le dernier se retourna sur le seuil du perron de l'hôtel et, comme un orateur de meeting en plein air, pria, avec bonhomie, la masse des curieux de bien vouloir circuler... La masse se contenta de piétiner sur place, chaque individu changeant de position avec son voisin ; ce qui, à la rigueur donnait l'illusion d'un déplacement, mais ne constituait nullement la retraite préconisée par l'autorité... Avec la même bonhomie, le procureur invita l'unique sergent de ville à organiser — à lui seul — un service d'ordre ; et il pénétra, à la suite du juge et du médecin, dans l'hôtel du Matelot Saxon.

La Lumière, la Répression et la Vérité, par une majuscule, sont toujours, vu leur absence de relativité — des fictions. Et c'est encore une autre fiction, le Devoir, toujours par une majuscule, qui faisait, en l'occurrence, agir avec une célérité inaccoutumée, Le trio représentatif du Bon Ordre el de L'Ordre Social qu'il est

utile de toujours confondre. Mais la curiosité v était bien aussi pour quelque Et j'entends pai curiosité, poui des magistrats «le petite ville où les crimes ont rare . L'o< i asion unique d'exercer l( m aga< ité e1 leur autorité...

Le juge d'instruction, qui n'avait pas tous les jours un morceau de cette impor-

TRAGIQUE AVENTURE DU MIME PROPERCE

tance à se mettre sous la dent, montrait quelque fébrilité. C'était un gros homme placide et réjoai, d'ordinaire, dans le tête-à-tête — sérieux et gourmé lorsqu'il occupait. Du moins, faisait-il des efforts pour l'être. Il essaya, dans le cas extraordinaire qui se présentait, d'être à la hauteur du cas et de ne point montrer le bénévole M. Marathon que chacun connaissait.

Le médecin s'efforça, de son côté, à ne plus exercer un métier ingrat, mais à élever momentanément ce métier au niveau d'un sacerdoce. Il s'appelait le docteur Poussin. Et le procureur de la République qu'on dénommait M. Percevent, n'avait plus qu'à leur livrer les clefs de l'enquête...

Mais voilà ! l'enquête était à secret et l'assassin présumé en avait emporté la clef !

La chambre où pénétrèrent, avec d'excessives précautions, le juge, le procureur et le médecin, suivis respectueusement, à distance, de M. Pied et de ses deux coadjuteurs, et bientôt renforcés d'un septième personnage, le greffier du tribunal — était une grande pièce carrée et carrelée qui donnait sur le quai. La porte affichait le numéro 13, ce que ne put s'empêcher de faire remarquer le docteur Poussin qui, en sa qualité d'homme de science, avait le mépris de toutes les superstitions... Et le procureur surenchérit encore, en observant la date du jour... M. Marathon voulut placer son mot, compta les assistants et dit :

— Heureusement que nous ne sommes que sept...

La chambre était sommairement meublée d'un lit à bateau, sans rideaux, d'une table de nuit en bois blanc, où l'astuce d'un peintre inhabile avait tenté de signifier le noyer, d'une table de toilette, avec accessoires réduits — ■ au strict minimum — et d'une chaise paillée. Aux murs, deux chromos et un portemanteau. Au portemanteau, une robe de drap bleu, un bo-

EH BIEtf! MONSIEUR V

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