‹ Contes étrangesChapitre 51 sur 94 · SA POITRINE (P. II · texte numérisé non relu

SA POITRINE (P. II

route montait. Tout son organisme se mit à protester.

Un suprême et terrible effort lui rit tourner un nouveau coude, et lui montra un nouveau ruban de route ombragée, où ne se voyait qu'une voiture de boulanger.

Sa roue de devant jeta un cri aigu.

— Oh ! Seigneur ! dit Hoopdriver en ralentissant.

En tout cas, Elle n'était plus en vue.

Il descendit avec difficulté et il lui sembla un moment que ses jambes étaient en tortillons de coton.

Il cala sa machine sur le bord gazonné du chemin, et s'assit, en nage.

Ses mains étaient toutes déformées par les veines gonflées et agitées de secousses visibles.

Son haleine passait avec un son visqueux.

— J'en suis aux premiers débuts de l'entraînement, remarqua-t-il.

Ses jambes étaient devenues de plomb.

— ■ Je ne me trouve pas aussi en forme que si j'avais mangé une bouchée.

Aussitôt, il fourra la main dans sa poche de côté et en tira un porte-cigarettes nouveau/înodèle et un paquet de cigarettes marque Vansittard, « au Hareng rouge. »

Il garnit le porte-cigarettes.

Puis ses yeux se portèrent sur le dessin quadrillé qui faisait l'ornement de ses bas neufs ; il lui sourit avec satisf action , jusqu'à ce que son visage prit une expression, vague indice d'une profonde méditation.

— C'était une jeune fille superbe, dit-il, je me demande si je la reverrai jamais... Et avec ça, elle montait à la perfection. Que peut-elle bien penser de moi ?

Les mots de duc, de duc tout reluisant flottaient dans son esprit et lui donnaient une certaine sensation de soulagement.

Il alluma une cigarette, tout en réfléchissant.

Il ne levait pas même les yeux quand passaient des véhicules.

A quoi ça sert-il de penser à tout ça ? Je ne suis qu'un méchant commis de nouveautés.

Pour dire la vérité, ce ne fut pas le mot de méchant qu'il employa.

L'affabilité sans bornes des employés de magasin n'est qu'un vernis superficiel qui dès le soir est terni par les conversations triviales du dortoir en commun.

Il se leva et se mit à conduire sa machine dans la direction d'Esher.

La journée continuait splendide ; les haies, les arbres et la vaste campagne enchantaient son regard, lassé par les spectacles de la ville. Mais il éprouvait une sensation assez différente de son enthousiasme du départ.

— Regardez le gentleman à la belle bicyclette, dit une garde-malade à un personnage placé dans un fauteuil roulant.

Cela lui causa un agréable soulagement.

— Duc, duc tout reluisant, gentleman à la belle bicyclette ! je n'ai donc pas l'air si panne, se dit-il.

— Je me demande... je serais bien aise de savoir !...

Il se rassurait en suivant la trace laissée par son pneu à elle, trace allant droit devant lui. Aucun autre pneu n'avait parcouru la route ce matin-là.

Certes, il pourrait très bien se faire qu'il la revît encore, — lorsqu'elle reviendrait. Devrait-il essayer de lui dire quelque chose de bien tourné ?

Il se mit à bâtir des hypothèses sur la situation de la jeune fille d'après son aspect.

Probablement c'était une dame de ce cnouveau genre» que l'on critiquait sans doute à tort, lui tout cas, c'était une dame I Et de la classe riche, encore!

Sa machine avait dû coûter au moins

Vingt livres.

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g> L'ÉTRANGE AVENTURE

Toutefois il rejeta avec dédain l'idée de devenir un coureur de fortunes.

Puis ses pensées s'échappèrent par une tangente, et il songea à déjeuner à la prochaine auberge.

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