DE M. H OOP DRIVER
Vers neuf heures, une crainte horrible l'accabla : son gibier lui aurait-il échappé ? il lui fallait pousser une reconnaissance dans la cour de l'Ange pour savoir à quoi s'en tenir.
Il y trouva l'hôtelier — puissance déchue en ces jours de décadence ! ■ — occupé à astiquer les deux bicyclettes, et il revint chez Mrs Wardor aYec une sensation de soulagement.
Vers dix heures, nos cyclistes parurent, et montèrent tout doucement la rue du Nord.
Il les suivit des yeux jusqu'à ce qu'ils eussent contourné le bureau de poste, et de là, gagné la route, puis partit lui même à une belle allure.
Ainsi commença la grande poursuite.
Ils ne se retournèrent pas pour regarder derrière eux et Hoopdriver se tint à distance favorable pour les voir. Il descendait quand un tournant le rapprochait trop d'eux.
A vrai dire, il ne courait pas grand risque de les perdre de vue, car la route était couverte d'une fine poussière crayeuse. Or elle montait une bicyclette dont le pneu était dentelé comme la tranche d'un shilling, et lui laissait sur la route une trace quadrillée.
Ils passèrent ainsi près du monument de Cobden, traversèrent les plus jolis villages qu'on pût voir et finirent par se trouver devant la pente fort raide des dunes.
Arrivés là, ils stoppèrent à l'unique auberge de l'endroit.
M. Hoopdriver s'établit dans une position qui commandait la porte d'entrée.
Il était en nage. Il avait soif. Il fuma une cigarette « Hareng saur » ne pouvant mieux faire.
Le couple resta assez longtemps à l'auberge.
Une troupe de bambins joufflus revenant de l'école s'arrêta et se formant
en ligne devant Hoopdriver, se mirent à le regarder béatement, mais obstinément pendant une dizaine de minutes.
— Allez-vous-en, leur disait-il, mais ses objurgations n'avaient d'autre résultat que de les rendre plus attentifs.
Alors, il leur demanda leurs noms à tous, et ils lui répondirent par des marmottements indistincts.
A la fin, il se résigna, et se borna à regarder passivement la porte; de leur côté, les enfants
se lassèrent et ,
s'en allèrent.
IL CONTINUA SON CHEMIN A PIED, LAISSANT L'INDIGÈNE CHERCHER AVEC ÉTONNEMENT A QUEL ENDROIT DE LA BICYCLETTE SE TROU- VAIT UNE PISTE (P. 57).
Le couple restait si longtemps que M. Hoopdriver, songeant à l'emploi qu'ils faisaient de leur temps, finit par avoir faim autant qu'il avait soi!.
Ils déjeunaient, c'était évident.
Le ciel était sans un seul nuage, et le soleil, arrivant au méridien, laissait tomber ses rayons à pic sur la tête de M. Hoopdriver, l'inondant ainsi d'une douche de chaleur et l'enveloppant d'une lumière brûlante. Cela lui donnait le vertige.
& L'ÉTRANGE AVENTURE
Enfin ils sortirent et l'homme en marron se retourna et l'aperçut.
Ils allèrent jusqu'au bas de la dune, mirent pied à terre et poussèrent péniblement leurs bicyclettes sur cette pente longue, presque verticale, que forme une route d'une aveuglante blancheur.
M. Hoopdriver hésita. Cette ascension leur prendrait bien vingt minutes. Ensuite ils auraient devant eux des milles de dunes désertes et pendant ce temps ne pourrait-il expédier un repas sur le pouce ?
A l'auberge, on lui donna des biscuits et du fromage accompagnés d'un pot d'étain plein d'une aie traîtresse, extrêmement forte, très agréable à boire, mais qui met du plomb dans les jambes, par une chaude après-midi.
Hoopdriver se sentit un homme de poids, quand il se retrouva sous le soleil éblouissant, au pied de la dune; mais ce soleil lui donnait la bizarre sensation d'avoir un trop petit crâne pour son cerveau.
La côte était devenue plus raide.
La route crayeuse flambait comme une flamme de magnésium, et sa roue de devant commença à émettre des grincements qui paraissaient incurables.
Il se sentait semblable à un habitant de Mars, qui soudain transporté sur notre planète devrait supporter une pesanteur triple de celle à laquelle il est accoutumé.
Bientôt les deux petites silhouettes noires disparurent sur l'autre versant de la côte.
La piste n'en sera pas moins nette, se dit M. Hoopdriver.
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■ au peu de chemin qu'il avait fait sut l;i < ôte, mai en< ore à une paua qu'il s'offi n ■ i! 'allongeant sur l'hei be au bord de la route poui contempler le Weald dan la dire* tion du nord.