CHAPITRE XXV
A 1 \ Pli RM M GUILLAI mi 1 E Ri il \
Il se croisa les bras quand Dangle el Phipps revinrent vers lui. Phipp aba ourdj de son inhabileté à mener Le
tandem qu'il conduisait à la main mais
Dangle était d'humeur à chercher noise.
Miss Milton ? dit il «l'un ton brel.
M 1 [00] <li i\ ei 1 encha la tête, les bras
croisés.
Mi Milton est la dedans ' demanda
Dangl<
E 1 il ne faut pas la dérangei . dit M. Hoopdriver.
Vou ête m" 1 anaille, monsieur, dit Dangle.
DE M. HOOPDRIVER <g
— A votre service, monsieur. Elle
attend sa belle-mère, monsieur.
M. Dangle hésita.
— Elle va venir immédiatement, monsieur. Voici son amie, miss Mergle.
M. Hoopdriver rouvrit les bras lentement, et, avec un air infiniment calme, fourra ses mains dans ses poches. Puis, avec une de ces hésitations qui lui étaient fatales, il eut l'idée que cette attitude était celle d'un défi vulgaire. Il en retira une et de l'autre tira son semblant de moustache.
Miss Mergle le surprit en pleine confusion.
— Est-ce là l'homme ? dit-elle à Dangle.
Puis, aussitôt :
— Comment avez-vous l'audace de paraître devant moi ? Cette pauvre enfant...
■ — Vous me permettrez de vous faire remarquer... dit M. Hoopdriver, traînant avec une fierté superbe sur la fin des mots, car il se voyait pour la première fois dans toute cette affaire, jouant le rôle d'un traître de roman.
— Heu ! fit miss Mergle en lui lançant un coup dans la région de la rate avec le plat de la main, le faisant ainsi chanceler jusque dans le vestibule de l'hôtel.
— Laissez-moi passer, dit miss Mergle dans une imposante indignation. Comment osez-vous vous opposer à mon entrée ?
Et alors, elle passa près de lui et pénétra dans la salle à manger où Jessie s'était réfugiée.
Pendant que M. Hoopdriver cherchait à reprendre son équilibre, en s'accrochant au porte-parapluies, Dangle et Phipps, tirés de leur inertie par l'impétuosité de miss Mergle, arrivèrent sur ses talons, Phipps en tête.
— Comment osez- vous empêcher cette dame de passer ? dit Phipps.
M. Hoopdriver prit un air entêté et même dangereux, à ce qu'il parut à Dangle, mais il ne répondit pas.
Un garçon tout épanoui se montra au bout du vestibule, en sentinelle.
— Ce sont des gens de votre acabit, dit Phipps, qui déshonorent l'espèce humaine.
M. Hoopdriver fourra ses mains dans ses poches:
— Oui diable êtes-vous ? s'écria-t-il d'un air farouche.
- Et vous, qui êtes-vous ? riposta Phipps, qui êtes-vous? Voilà la question, et que faites-vous en voyage avec une jeune personne mineure ?
— Ne lui parlez pas, dit Dangle.
— Je n'entends pas raconter mes secrets au premier individu qui m'accoste, riposta M. Hoopdriver.
Et il ajouta d'un ton fier :
— Non, ça n'est pas à faire.
Et après, d'un ton également supérieur :
— Voilà ce que j'ai à vous dire.
Lui et Phipps se tenaient debout,
les jambes écartées, échangeant des regards farouches, et seul le ciel sait ce qui aurait pu arriver, si le long clergyman ne s'était pas montré sur le seuil, suant sang et eau, mais toujours placide.
— Anachronisme enjuponné ! dit le long clergyman, en aparté sur le seuil.
Il souffrait apparemment encore du préjugé vieillot qui imposait à un cycliste dans les ordres une troisième roue et un habit noir. Il regarda un instant Phipps et Hoopdriver, puis il étendit la main vers celui-ci, et la fit monter et descendre trois fois, en disant d'un air très calme :
— Tât ! tàt ! tàt !
Et pour conclure, il jeta un « Heu ! » avec un geste de répugnance ; il passa dans la salle à manger, d'où l'on entendait distinctement sortir la voix de miss Mergle, qui affirmait qu'elle n'arrivait pas à comprendre ces sortes de choses.
Cette expression de désapprobation extrême, produisit un effet des plus décourageants chez M. Hoopdriver, découragement qui atteignit aussitôt son maximum à l'arrivée du gros Widgery.
— Est-ce là l'homme ? dit Widgery d'un ton rébarbatif et en tirant du fond de son gosier une voix toute spéciale pour la circonstance.
— Ne lui faites pas de mal, dit Mrs Milton en joignant les mains, si grand que soit le tort qu'il lui ait fait... Pas de violence !
— Combien êtes-vous ? dit Hoopdriver aux abois devant le porte-parapluies.
— Où est-elle ? Qu'a-t-il fait d'elle ? dit Mrs Milton.
^ L'ÉTRANGE AVENTURE
— Je n'entends pas rester ici pour recevoir les insultes d'un tas d'inconnus, du M. Hoopdriver. On dirait que j'ai voulu manger la jeune personne.
- Me voici, maman, dit Jessie en se montrant soudain à la porte de la salle à manger.
Elle avait la figure très pâle.
Mrs Milton dit quelque chose comme a Mon enfant» et, tout émue, s'élança sur Jessie.
L'étreinte s'acheva dans la salle à manger.
Widgery fit un mouvement comme pour les suivre, mais il n'alla pas jusqu'au bout.
— Vous feriez mieux de vous éclipser, dit-il à M. Hoopdriver, à moins que vous ne soyez disposé à répondre à quelques questions des plus déplaisantes.
— Je ne ferai rien de pareil, dit M. Hoopdriver avec un haut-le-corps. Je suis ici pour protéger cette jeune dame.
— Vous avez fait assez de mal comme ça, je eroi-.. .lit M. Widgery.
t clair, fit Phipps d'un air menaçant.
— Je m'en vais jusqu'au jardin, dit M Hoopdriver avec dignité. Et j'y resterai à votre disposition.
Le clergyman sortit de la salle à manger et ferma la porte sans bruit.
M. Hoopdriver lança à tout le groupe ird de défi pendant un instant, puis il partit vers le jardin.
5ou i ces dehors résolus, se cachait une horde d'appréhensions.
Pour qui le prenail on ? Assurément , il n'avait rien fail de mal. Etail elle une
pupille de la ( liant ellei ic ? Lui qui
dail a de la reconnaissance, du moins de la | .ut de la mère.
Ain i donc toul le monde esl de nouveau réuni et notre exi m ion entimen talé esl t inée.
[maginez vous devanl l'hôtel de la Pierre de Guillaume le Roux, une remai quable < olle< tion d'in iti ument â roui qm m vi illi ni ave< une joie grave «-t maje tu< u i . Dangli i i Phipp et le ( on
ducteur d'un dogeart de belle apparence, venu de Ringword.
Widgery et le clergyman sont dans le vestibule. Ils ont l'air d'écouter des bruits étouffés venant de la maison.
Au jardin, derrière la maison, M. Hoopdriver est assis sur un banc rustique, dans une attitude de prostration.
A travers la fenêtre ouverte d'un salon particulier, passe un murmure de voix qui montent, descendent comme si des femmes étaient en visite.
De temps à autre, un bruit que l'on pouvait prendre pour un sanglot de jeune fille.
— Je ne peux comprendre où diable elle est allée ramasser cet individu, protestait Phipps s'adressant à Dangle.
— Oui est l'homme en marron5 dit le clergyman s'adressant à Widgery.
Je ne saisis pas très bien.
A l'intérieur, on se posait la même question.
La dame en vert, je dois le rappeler, était l'institutrice de Jessie, miss Mergle, qui par l'emploi simultané, foudroyant.
de télégrammes à six pence avait précipité la poursuite.
Grâce au plus favorable des hasards, le clergyman était connu de miss Mergle qui le rencontra juste au sortir de la gare • le Ringwood.
Il esl à peine nécessaire d'expliquer que l'on s'empressa d'a< i epter l'offre du garage de bicyclettes; l'honneur en revienl à l'intuition napoléonienne de Dangle. Mis Milton avait d'abord opté pour un crescendo d'émotion, mais Jessie avait esquivé ses étreintes avec une douce lei meté, et ouvei t la controverse. Pourquoi m'a t on lait la chasse de < et t'- façon i Idicule ? dit elle dès nue li clergj m. m eut franchi la porte.
I i | "'in quoi vous être conduite vous mi me de cette façon ridicule ? dit miss Mergle.
fe ne, dit Mi ■ Milton, dites moi...
\ quoi en viennent l< jeune • tilles !
< 1 1 1 mi Mergl< C'< t ce que je ne puis
« om evoii Et où prennent elles ces i « L. es
exti aordinaire ' < >n peut « prendre
« .1.1 dan le livres ...
Mai enfin quel est cet homme ?
DE M. HOOPDRIVER <§
dit Mrs Milton. Où l'avez-vous rencontré ? Pourquoi vous êtes-vous sauvée avec lui de cette façon ?
— Jamais je n'entendis raconter dans ma carrière d'enseignement une équipée plus fantastique, plus absurde, dit miss Mergle. Je ne peux concevoir comment vous prétendez vous justifier.
— Il a l'air absolument insignifiant, absolument vulgaire, ce jeune homme!
— Ce voyage en tout sens, à travers le pays...
— N'avez- vous rien à dire pour votre défense ?
— Si vous vouliez me laisser parler, dit Jessie.
— Parlez, dit Mrs Milton.
— C'est trop affreux, dit miss Mergle.
— Ce jeune homme, dit Jessie, est un des hommes les plus braves, les plus désintéressés, les plus délicats...
■ — Oui, oui, dit Mrs Milton. Mais comment êtes-vous venue à rencontrer cette personne-là ?
— Ce parangon ? dit miss Mergle.
— Il m'a sauvée...
— Bah!...
— De votre ami M. Béchamel.
L'émotion de Jessie fut la plus forte et les larmes vinrent.
— M. Béchamel, s'écria avec effroi Mrs Milton, qui à ce nom entrevit les pires choses. Oh !
— Oui est-il celui-là ? dit miss Mergle. Quelque terrible personnage...
— M. Béchamel a découvert que j'étais mécontente à la maison. Il m'a poussée à cette stupide équipée.
Jessie [s'arrêta.
— Eh bien ? demanda Mrs Milton.
— Des femmes écrivent dans des livres qu'elles doivent être libres, que nous devons vivre notre propre vie et cent autres choses de ce genre. Et je vois maintenant que personne n'est libre, personne n'a même la liberté de travailler pour vivre. Je n'avais jamais songé à cela, je voulais faire quelque chose dans le monde, quelque chose de noble, de désintéressé, de digne.
- Vous appuyez de la façon la plus égoïste sur vos propres sentiments, dit miss Mergle.
- M. Béchamel ? dit Mrs Milton, pelant ce nom.
- Il m'a prêté des livres. Il m'a inspiré
l'horreur de la vie oisive que je menais, il m 'a persuadée de partir avec lui, il m'a persuadée qu'il m'aiderait à me faire une situation.
Elle s'interrompit.
— Et après ?
— Il voulait me forcer à l'épouser.
— Mais... Dieu me
rap-