LE MÊME, UN SOU, UNE MAIN
Le sou, tombant aux pieds d'Arthur. Paf !
Arthur machinalement. — Dieu vous le rende.
(Se remettant de sa surprise.) Je VeUX dire : le diable VOUS
emporte ! (ii regarde de tous côtés.) Quel est le mauvais plaisant qui se permet de ridiculiser de la sorte mes premiers essais dans le plus doux des arts?
(Il lève les yeux et aperçoit une main sortant de dessous le store
dune fenêtre.) Ail! ce coup vieut do la maiu d'une femme ! Je n'ai qu'un moyen de me veng-er, c'est de la mordre au cœur d'une passion folle. Posons ! (Il incline le bord de son chapeau sur son nez, saisit fiévreusement le manche de sa mandoline, tend une jambe, serre un poing sur sa poitrine et regarde la fenêtre de l'air d'Ajax menaçant le ciel.) La main, parlant par gestes. CalmeZ-VOUS. Ne
VOUS pressez pas de juger. Approchez-vous.
Encore. Encore. Bien. (La main laisse tomber aux pieds d'Arthur un œillet rouge. Il le ramasse et le baise.)
Arthur, le nez en lair. — Je monte?
La main, exécutant le geste duu soufflet. — Impertinent !
Arthur. — Ce sera pour plus tard, alors?
La main. — Oui, mais de la prudence!
Arthur. — C'est la plus belle de mes qualités. Je ne crains rien, parce que je ne me risque ja-
mais que quand je ne peux pas faire autrement.
La main, faisant les petites jambes qui courent. Vite,
sauvez-vous.
Arthur, lui envoyant une volée de baisers. A reVOlT,
mon ange !
La main, rendant les baisers coup pour coup. — A reVOlT,
mon doux seigneur !
Arthur, courant à toutes jambes et se fourrant l'œillet dans
la narine. — Je reconnaîtrai cette main entre mille : elle porte au petit doigt un riche bézoard.