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SCENE PREMIERE

ARTHUR, seul.

Veston de velours bleu, culotte de daim gris, bottes fauves, chapeau tyrolien vert à plumes de coq noires.

Il tient une mandoline à la main. Il essaie quelques accords sans réussir à les obtenir justes.

Je crains que ces accords ne laissent quelque chose à désirer, car^ entre nous, je ne saurais dire s'iJs sont justes ou s'ils sont faux... Mais quoi! n'est-ce pas le sort de toute aspiration vers l'idéal ? Chercher sur la mandoline un accord qui vous échappe, ou chercher sur un tableau de bois peint en noir la quadrature du

cercle, c'est, la même chose... (Il rêve un moment.)

Non, ce n'eftpas la même chose. Au surplus n'importe, et moins je possède la mandoline,

plus je dois l'étudier. (Il tourne leschevUles avec sollicitude et précaution, comme s'il accordait réellement l'instrument, va s'asseoir sur une borne, et chante, en grattant doucement les cordes.)

Ah ! ah ! ah !

Venezia mia bella, Venezia mio amore, etc.

Voilà huit jours que je suis à Yenise, et je n'ai pas vu une jolie femme. Je ne suis pas venu ici pour voir des monuments et des cathédrales, moi : je suis venu pour voir des femmes. Oh! la Vénitienne aux cheveux d'or moulu, au teint pâle, aux yeux verts, à l'air dramatique et perfide, serpent pour attirer, colombe pour aimer,

tigreSSe pour jalouser! Oh! (Il racle sur sa mandoUne une barcarolle incohérente.)

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