‹ ContesChapitre 26 sur 32 · DEUXIÈME SCÉLÉRAT, TROISIÈME SCÉLÉRAT, QUATRIÈME SCÉLÉRAT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SCÉLÉRAT, TROISIÈME SCÉLÉRAT, QUATRIÈME SCÉLÉRAT

AnNUNZIATA, se débattant contre les quatre scélérats qui cherchent à Tentrainer. — LâchcZ-moi, VOUS êtCS dcS mi -

«érables !

Premier scélérat. — Quand nous serions des misérables ce ne serait pas une raison pour vous lâcher.

Deuxième scélérat. — Au contraire.

Troisième scélérat, moins intelligent que les deux autres.

— Il a raison.

Quatrième scélérat, durement et d'une voix pâteuse.

— Allons, camarades, dépêchons.

Arthur, intervenant. — Qu'cst-cc quc c'est? Annunziata. — Au secours I

Premier scélérat. — Nel'écoutez pas : elle va vous dire du mal de nous.

Annunziata. — Monsieur, ils veulent me mettre dans un sac de cuir...

Deuxième scélérat. — C'est pas vrai !

Anxunziata. — et me jeter dans le canal!

Arthur, aux scélérats. — Pourquoi voulez-vous la jeter dans le canal ?

Les quatre scélérats, grossièrement. Ça UC

vous reaarde pas !

Arthur. — Ça ne me regarde pas I Eh bien, je vous déclare que si vous mettez seulement madame dans un sac de cuir et que vous la jetiez dans le canal, j irai vous dénoncer au ministre des affaires étrangères dès que je serai de retour à Paris I

Les quatre scélérats, poussant des cris do terreur.

— Vite, vite, camarades, sauvons-nous ou nous

sommes perdus ! (Les quatre scélérats s'enfuient et vont retenir leurs^fjlaces sur un bateau en partance pour la Nouvelle-Zé:; lande.)

Arthur, modestement. — Madame, je suis bien heureux d'avoir trouvé l'occasion de vous présenter mes très humbles hommages.

Annunziata. — Vos hommages? Monsieur, vous êtes modeste comme tous les héros. Vous m'avez sauvé la vie. Sans vous, sans votre valeur, je serais dans un sac de cuir, à l'heure qu'il est, au fond du canal.

Arthur. — Madame, j'aime à croire qu'ils n'auraient pas poussé jusqu'au bout leur infâme projet. Votre grâce, votre faiblesse, vos larmes, les auraient attendris...

Annunziata. — Ah ben, oui ! Vous ne les connaissez pas, ces oiseaux-là! N'y mettez donc pas tant de façons : je vous dois tout!

Arthur, ùpart. — Elle est charmante! Comme cette langue italienne est mélodieuse pour l'amour et énergique pour la colère ! (Haut.) Du reste, je voudrais qu'ils eussent été cinquante, je les aurais tout aussi bien mis en déroute. Quand je menace, j'ai un air si terrible ! Mais quand j'aime, oh! quand j'aime! si vous saviez... Comment vous appelez-vous?

Annunziata. — Annunziata.

Arthur. — Alonziotta !

Annunziata. — Annunziata.

Arthur. — Ah! Annunziata! Si vous saviez, Alonziotia, comme mes regards deviennent tendres!

x^NNUNziATA. — Prenez garde, on nous observe.

Arthur. — Comment, on nous observe? Il n'y a plus personne que nous sur la place !

Annunziata. — Ne vous y fiez pas : à Venise les murs ont des oreilles et les pavés ont des yeux !

Arthur. — C'est bien gênant pour les femmes.

Annunziata, lul tapant la joue de son éventail. Po-

lissoné!

Arthur. — Je suis si heureux de vous avoir sauvé la vie!

Annunziata, sévèrement. — Cen'estpas une raison pour dire des inconvenances.

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