‹ Contes fantastiques (volume 2)Chapitre 15 sur 21 · APOLOGUE PRIMITIF · texte numérisé non relu

APOLOGUE PRIMITIF

Quand l'homme arriva sur la terre, les animaux y vivoient depuis des siècles sans nombre, chacun selon ses mœurs, et ne reconnoissoient point de maîtres.

L'année n'avoit alors qu'une saison qui surpassoit en douceur les plus beaux printemps. Toute la terre étoit chargée d'arbres qui prodiguoient quatre fois par an leurs fleurs aux papillons, leurs fruits aux oiseaux du ciel, et sous lesquels s'étendoit un ample et gras pâturage, infini par son étendue, perpétuellement vivace dans sa riche verdure, dont les quadrupèdes, grands et petits, avoient peine à émonder la luxuriante abondance.

Le sol étoit parfaitement égal et uni, comme s'il eût été poli à la roue du tourneur, parce qu'il n'avoit encore été ni remué par les tremblements de terre, ni bouleversé par les volcans, ni ravagé par les déluges. Il n'y avoit point de ces sites après qui font naître de tristes pensées, comme il n'y avoit point de ces besoins dévorants qui développent des passions farouches. Il n'y avoit point de bêtes féroces ni malfaisantes d'aucune espèce. Pour quiconque se seroit trouvé une âme, c'étoit alors plaisir de vivre. Le monde étoit si beau avant que l'homme fût venu!

Quand l'homme arriva sur la terre, nu, inquiet, peureux, mais déjà ambitieux, convoiteur, impatient d'agitation et de puissance, les animaux le

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