‹ Contes fantastiquesChapitre 10 sur 27 · TT · texte numérisé non relu

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du pays, si Pompée, à la bataille de Pharsale, au lieu de disposer en échelons sa cavalerie, qui manqua par là l’occasion d’envelopper l’aile gauche de l'ennemi, l’avoit établie en potence sur une verticale immédiatement appuyée à la première horizontale de son front de guerre ?

— Je pense, monsieur, que je m’occuperois davantage et plus utilement, avec le poète Villon, de ce que deviennent les neiges d’antan et les vieilles lunes, et que, si telles sont les occupations et les disputes de votre académie des lunatici, elle a indécemment usurpé le nom des hommes les plus intéressants, et, selon toute apparence, les plus raisonnables de la terre !

Je m’inquiétai peu de sa réponse, car, du temps que je lui parlois, mon oreille avoit été délicieusement avertie par ce cri qui a toujours éveillé en moi une vive sympathie :

— Voilà,- voilà, messieurs, la véritable bibliothèque merveilleuse, tout ce qu’il y a de plus extraordinaire et de plus nouveau : la Malice des femmes , la Patience de Grisélidis , les Amours de la FéeParibanou et du génie Eblis , l’ Histoire pitoyable du prince Erastus , les Prouesses des deux Tristan ; les voilà, messieurs, les voilà, pour la bagatelle d’une demi-lire.

Et, pendant que je courois, je voyois flotter au vent les banderoles multicolores du erieur enroué, qui continuoit à brandir fièrement, devant la foule, ses petits livrets bigarrés de jaune et de bleu, et qui reprenoitsa litanie de plus belle à l’arrivée de chaque acheteur :

— Voilà, voilà, messieurs, les superbes aventuresde la Fée aux Miettes , et comment Michel le charpentier a été enlevé de sa prison par la princesse Mandragore ; comment il a épousé la Reine de Saba, etcommentilest devenu empereur des sept planètes ; les voici avec la figure!

— Donne, donne ! m’écriai-je en lançant fièrement

une lire au travers de son échoppe ambulante, et en saisissant la brochure au vol.

Quànd je m’arrêtai pour y jeter un regard, je trouvai mon académicien à mes côtés. Ses traits portoient l’empreinte d’un mélange de consternation et de colère.

— Que vous proposez-vous de faire de cela? me dit-il rudement.

— La dernière et la plus douce de mes études, lui répondis-je en passant, carie livre que vous voyez renferme plus de choses affectueuses, raisonnables et d’un profitable usage pour le genre humain, qu’il n’en entreroit en mille ans dans les Mémoires de l’académie des lunatiques de Sienne.

Et je le tiens pour plus moral et même pour plus sensé, continuai-je en marchant toujours, que tout ce que les savants ont écrit depuis que l’art d’écrire est un vil métier, et la science une sèche, rebutante et sacrilège anatomie des divins mystères de la nature.

Et j’avance hautement que de pareils livres iiiflueroient d’une manière bien plus essentielle sur le perfectionnement moral de l’éducation d'un peuple intelligent et sensible que toutes les babioles pédantesques de quelques méchants philosophastres brevetés, patentés et appointés, pour instruire les nations!

J’aurois mieux fait que de l’avouer. Jel’aurois prouvé par raison démonstrative, si le volume ne m’avoit été pris avec tout mon bagage par une bande de Zingari, pendant que je dormois comme un enfant, plongé dans un doux rêve au fond de ma calèche, sur les bords du lac de Côme.

— Heureusement, Daniel, dis-je en me réveillant, que ces pauvres Zingari s’en trouveront bien.

— Je le crois comme vous, répondit Daniel 1 s’ils

le lisent.

LA FÉE AUX MIETTES

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