‹ Contes fantastiques d'HoffmannChapitre 1 sur 87 · SUR HOFFMANN · texte numérisé non relu

SUR HOFFMANN

Il y a une dizaine d'années environ qu'un écrivain spirituel, M. Loëve-Weimiir, nous révéla, dons une traduction légère et facile, les œuvres originales d'Hoffmann. Jusque-là, nous ne connaissions guère la littérature moderne de l'Allemagne que par les tableaux un peu trop poétiques et trop enthousiastes de madame de Staël, et pairies reproductions un peu trop francisées des drames de Goethe et de Schiller. Nous n'avions pas encore pénétré dans cette littérature secondaire, qui a sa couleur particulière, et qui, en se tenant pl us près du sol d'où elle est issue, du peuple au sein duquel elle se développe, reflète souvent plus vivement, dans ses mou van tes images, les mœurs réelles, le caractère distinct d'une contrée, que les génies supérieurs, qui élèvent plus haut leur essor et se lancent dans un plus large espace. Hoffmann fut pour nous une de ces apparitions neuves et inattendues d'une terre étrangère, un de ces rayons suhits qui finit entrevoir, a travers un amas de nuages, l'azur et les contours d'un horizon lointain. T)e la l'effet qu'il produisit en France, de là sa vogue et son succès. Ses Contes fantastiques nous présentaient l'Allemagne sous une fnce que les Ballades de Hurler, les Brigands

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de Schiller, les i-omnnsdeLaFoutaiiie, le Werther, le Oolz de Berlichf ngen; le Withem mister, les charmants Mimoirei de Goethe, et les nouvelles les plus caractéristiques de Tieck ne nous avaient point entièrement montrée. Cette fois, c'était l'Allemagne avec sou singulier mélange de rêves exaltés et d'existence bourgeoise, d'idéal et de réel, l'Allemagne avec ses artistes enthousiastes et ses formes compassées, ses poètes et ses jikilistcr, ses chants mélancoliques et sa fumée de tabac.

La vie d'Hoffmann même, racontée d'abord par Walter Scott, puis par M. Loéve-We.imar, et dans de longs ci intéressants détails par M. Hitzig, ajoutait encore à l'effet que devaient produire ses œuvres. Cette vie est une sorte de roman, un triste et aventureux roman, et si Hoffmann eut pris la peine de l'écrire lui-même, il en eût fait facilement, et sans y rien ajouter de sa vive et étrange imagination, un de ses plus beaux contes fantastiques. Essayons de la fixer par quelques dates, qu'il eut peut-être négligées lui-même, et d'en retracer les principales vicissitudes.

Hoffmann est né a Kœnigsbcrg le 24 janvier 1770. Des son enfance, il trouva autour de lui tout ce qu'il fallait pour donner à son imagination les mouvements bizarres, les caprices humoristiques, les contrastes étonnants qui l'ont le charme de ses œuvres. Dans cette vieille ville de hœnigsberg, il trouvait la froide et austère nature du Nord, éclairée à certains jours par les ardentes couleurs d'un été. rapide; dans sa famille, un vieil oncle, roide, guindé, esprit étroit et minutieux, une tante gaie et spirituelle , une aïeule affaiblie au moral et au physique par l'âge ; riantes saillies d'un jeune et aimable caractère, images douloureuses de la décrépitude , triste et glacial aspect d'un homme qui jamais n'a osé se permettre une fantaisie, s'abandonner à l'essor d'une légère pensée, qui, toute sa vie, n'a fait que cheminer pas a pas entre les convenances de la veille et celles du lendemain ; voilà ce qui

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s'offrit d'abord aux regards d'Hoffmann. Sur le premier plan du tableau de son enfance, c'est son père, conseiller criminel, commissaire de justice près le tribunal supérieur de la province, et sa mère, pauvre femme maladive, don! le regard languissant et la voix touchante ne contribuèrent sans doute pas peu à éveiller au fond du cœur d'Hoffmann ces cordes mélancoliques qui vibrent si profondément dans la plupart de ses œuvres.

Pour compléter ce cercle d'émotions si différentes el si vives , Hoffmann eut le bonheur d'y joindre, tout jeune, celle de l'amitié. À onze ans il se lia avec un de ses camarades d'école , nommé Hippel , qui lui resta toujours iidèle et. dévoué. Hélas 1 ces longues amitiés sont rares. Quand on les rencontre quelque part, il ne faut pas oublier de les signaler, pour égayer le cœur de ceux qui les cherchent, el soutenir l'espoir de ceux qui , en avant joui, n'aspirent qu'à les conserver. .

Dès ses premières années d'étude , Hoffmann manifestait pour les lettres, pour l'art, un de ces penchants intuitifs, un de ces désirs innés dont les sages de ce monde recherchent souvent en vain la cause, et qui tiennent à la nature même de l'individu chez lequel ils se produisent comme le parfum à laileur, comme le chant à l'oiseau. D'une main timide et inexpérimentée il maniait le crayon, il faisait résonner les touches d'un piano, il promenait l'archet sur un violon ; puis, à peine avait-il quitte les hanes du gymnase, qu'il se sentit embrasé des étincelles du premier amour, de cet amour qui révèle à l'homme les trésors du cœur et le génie des poètes.

Mais le grave magistrat de Kœnigsberg n'entendait pas que son fils s'abandonnât si facilement à ces rapides et violentes émotions, qu'il traitait comme des fantaisies d'écolier ; il' voulait en faire un homme de justice, cl il le condamna à suivre les cours de droit. I.c pauvre Hoffmann les suivit avec regret, avec ennui, il se soumit avec douleur

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