‹ Contes fantastiques d'HoffmannChapitre 51 sur 87 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

(i Le justicier passa toute la nuit à lire, les papiers contenus dans le carton noir et le paquet. Toutes ces pièces s'accordaient ensemble, et lui indiquaient les mesures qu'il devait prendre. A son arrivée à K..., il se rendit aussitôt chez lu baron Hubert, qui le reçut avec un froid orgueil. Il eut avec lui une' conférence qui dura depuis midi jusque dans la nuit, et le lendemain le baron déclara devant la justice qu'il renonçait à ses prétentions sur le majorât, et reconnaissait, comme légitime possesseur de ce domaine, le baron Rodrigue, lils de Wolfgang etde mademoiselle Julie de Saint-Val. En sortant du tribunal, il monta dans sa voiture, s'éloigna seul, et écrivit à sa mère et à sa sœur une lettre dans laquelle il leur laissait entendre, par certaines expressions équivoques, qu'elles ne le reverraient peutêtre jamais.

ii Uodrigue fut bien surpris d'apprendre cette, solution de son affaire : il pria le justicier de lui expliquer par quel moyen merveilleux il en était venu à un tel résultat. Mais celui-ci ajourna ses confidences au terni» où son jeune maître serait en possession du majorât. Un obstacle s'y opposait encore : la justice, ne se contentant point de la déclaration d'Hubert, demandait à voir l'acte de légitimalion de Rodrigue. En attendant, V... proposa au jeune seigneur de demeurer à Her..., et de donner dans le chllteau un asile à la mère et à la sœur d'Hubert, qui se trouvaient dans un assez grand état de gi>ne. La joie avec laquelle Rodrigue accepta cette proposition montra quelle, vive impression la jeune Sérapbine avait faite sur lui, et il sut si bien profiter de son séjour à Her,.., que

quelques mois après, il avait gagné le cœur de la jeune fille et le consentement de lu baronne. V... trouvait ce projet d'union un peu précipité ; car il était assez douteux qu'on parvint à .se procurer l'acte de légitimation.

« Des lettres de Courlande interrompirent la vie idyllique que l'on passait au château. Hubert n'avait point paru dans ses propriétés ; il s'était engagé au service de la Russie, et venait de partir pour faire une campagne contre la Perse. Cette nouvelle obligeait la baronne à se rendre avec sa lille dans ses terres, pour les administrer ; Rodrigue demanda ii les accompagner, et lorsque V... retourna à K..., le château était désert.

«La maladie de l'intendant empirait de jour en jour, et, comme il ne croyait pas en revenir, ses fonctions furent confiées à François, le fidèle serviteur de Wolfgang. Après de longs délais, le justicier reçut enlin les heureuses nouvelles qu'il attendait de lu Suisse. Le pasteur qui avait marié Rodrigue était mort depuis longtemps ; mais on trouva dans le registre de l'église une note écrite de su main, et où il était dit que le jeune homme uni sous le nom de Rorn avec mademoiselle de Saint-Val, s'était fait Connaître à lui comme le baron Wolfgang de Her..., . fils ainé du baron Rodrigue. On retrouva de plus deux témoins du mariage, un négociant de Genève et un capitaine français, retiré a Lyon. Wolfgang leur avait également déclaré sou vrai nom, et ils confirmèrent par serment le fait que constatait la note du pasteur. Rien ne s'opposait plus à ce que Rodrigue entrât en possession du majorât; Hubert fut tué dans la première bataille à laquelle il assistait ; son jeune frère avait déjà eu le même sort. La baronne Séraphine héritait ainsi des domaines de Courlande, et les apporta pour dot à l'heureux Rodrigue.

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