MA 1TB B ET SES 0UVKIEUS
— 'Je coi mais bieu votre charmante fille, reprit Conrad, et je vous dis que c'est la plus ravissante demoiselle qu'il y ait au monde ; et Dieu veuille qu'elle permette au plus noble gentilhomme de lui montrer son tidéle amour, et d'être son paladin. »
Maître Martin se tenait les cotes. 11 était sur le point d'etouffer. Enfin, après un long éclat de rire, il dit: h Bien', trèsbien, mon cher compagnon; regarde, si tu le veux,maRosu comme une noble demoiselle ; mais retourne à ton établi'. «
Conrnd resta comme fixé à sa place ; puis, se frottant le front, il murmura : a C'est vrai ! » et il obéir. Rosa s'assit, comme elle avait coutume de le faire , sur un petit tonneau que Rciuhold essuya avec soin , et que Frédéric apporta près d'elle. Tous deux recommencèrent ^ sur la demande de maître Martin, lu mélodieuse chanson interrompue par Conrad, qui se mit, pendant ce temps, à travailler en silence à son établi.
Lorsque la chanson fut , finie , maitre Martin leur dit : « Le ciel vous a fait, mes chers compagnons, un don précieux. Vous ne sauriez croire combien j'estime l'art de chanter. J'ai voulu aussi devenir maître chanteur; mais cela n'a pas réussi, maigre tous mes efforts, et je n'ai recueilli de mes tentatives que des moqueries et du dégoût. Dans les concerts , je faisais tantôt de faux accords, tantôt d'inutiles enjolivements , puis de vains essais de mélodie. ' Vous réussirez mieux que moi, et on dira : « Ce qucle maitre n'a pu faire, seseompagnons l'ont fait. ^Dimanche prochain, après le sermon de midi, il y aura une séance de chant dans l'église de Sainte-Catherine. Vous pourrez y acquérir beaucoup d'honneur par votre talent; chacun est libre de. s'associer à cette partie. Et vous, Conrad , ajouta-t-il en se tournant vers le nouveau venu, vous pourriez monter au lutrin, et entonner votre chanson de chasse. ' '
— Ne raillez pas, cher maitre, répondit Conrad ; Chacun li sa place. Tandis que vous vous réjouirez en écoutant les .
2«2 CONTES PAHTA8U0.GES.
maîtres chanteurs, moi je me distrairai dans la prairie commune, » ' . - . -
Tout se passa comme maître Martin l'avait prévu. Reinhold chanta des iiirs sur différents modes qui charmèrent tous les maitres chanteurs, bien qu'ils exprimassent l'opinion qu'il y avait dans le chant du, jeune homme un certain ton étranger qu'où ne pouvait approuver. Frédéric monta ensuite au lutrin, et, après avoir jeté un regard autour de lui, un regard qui pénétra dans le cceur île Itosa et la lit soupirer, il entonna un superbe chaut dans le ton mélodieux de Frauenlob. Tous les maitres déclarèrent d'une voix unanime que nul chanteur ne surpassait le jeune compagnon.
Vers le soir, maitre Martin, pour terminer gaiement la journée, se rendit avec Rosa dans la prairie commune. Les deux compagnons Reinholdet Frédéric eurent ta permission de le suivre; Rosa marchait entre eux. Frédéric, enhardi par l'éloge des maitres, osa lui adresser quelques paroles, que la jeune fille semblait ne pas vouloir entendre. Elle se retour-
. nait plus volontiers vers Reinhold, qui jasait joyeusement, selon sa coutume, et ne craignait pas de lui prendre le liras. De loin on entendait les cris éclatants qui retentissaient dans la prairie. Arrivés à l'endroit où les jeuues f^ens de la ville se livraient à toutes sortes d'exercices, ils distinguèrent l'accent des voix de la foule , qui s'écriait : « Gagné! gagné! c'est encore lui qui est le plus fort ; per T sonne ne peut lui résister. » En s' avançant au milieu de l'assemblée, maître Martin reconnut que tous les éloges s'adressaient à son" compagnon Conrad, qui avait vaincu tous ses rivaux -à la course, à la lutte et au jeu de palet. Au moment où maitre Martin parut, Conrad demandait si personne ne voudrait s'essayer contre lui au jeudesépées
■ émoussées. Plusieurs jeunes patriciens, habitués à ce combat chevaleresque , descendirent dans la lice. Mais quelques instants après, Conrad lesavait tous facilement \iiin-
eus, et on ne se lassait pas de louer sa force et son adresse.
Le soleil se penchait à l'horizon ; les vapeurs du soir .montaient à lu surface du ciel; maître Martin, Bosaet les deux compagnons s'étaient assis au bord d'une source murmurante. Reinhold faisait de magnifiques récits de son voyage en Italie, taudis que Frédéric regai fiait en silence la jeune fille. Conrad s'approcha d'un pas incertain . comme s'il hésitait use joindre à eux. « Approche, Conrad, lui cria maître Martin, tu t'es bravement conduit dans la prairie, et tu mérites que je t'associe à mes compagnons. "N'aie pas peur, asseois-toi près de nous, je te le permets. » Conrad jeta an regard perçant sur le maître qui lui adressait un salut bienveillant, et dit d'une voix sourde : «Ce n'est pas vous qui m'intimidez, et je n'ai pas besoin de votre permission pour ni'asseoir ici ; je ne viens point me joindre à vous. J'ai vaincu tous mes concurrents, et je viens demander à cette charmante demoiselle si, pour prix de ma victoire, elle voudra m'aeeorder le beau bouquet qu'elle porte sur son sein. »
En parlant ainsi, Conrad fléchit le genou devant Rosft, la regarda avec ses grands yeux noirs, et lui dit : » Chère Rosa, vous ne pouvez me refuser cette grâce; accordez-moi ce beau bouquet, comme prix de ma victoire. » "
Rosa détacha en souriant le bouquet de sa poitrine et le lui remit en disant : « Je sais qu'un brave chevalier comme vous a le droit de requérir ce don d'une dame. Recevez donc mes fleurs fanées. »
Conrad baisa le bouquet et l'attacha à sa barrette , tandis que Martin se levait et s'écriait : « Encore mie nouvelle folie! AHonsl mettons-nous en route , voilà la nuit qui approche. » Il marcha en avant; Conrad prit, avec respect le bras de Rosa, et les deux autres compagnons le suivi rp.nl d'un air mécontent.
Les bourgeois qu'ils rencontraient s'arrêtaient pour les regarder passer et disaient ; « Regardez ! voilà ie riche
2fi4 CONTKS FANTASTIQUES.
Tobie Martin avec sa charmante lille et ses compagnons. <!e sont de braves gens. »
COMMENT MARTHE S'ENTRETINT AVEC ROSA DES TROIS COMPAGNONS. ET COMMENT CONRAD SE QUERELLA AVKC MAITRE MARTIN.
Le matin, les jeunes lilles ont coutume de songera toutes les joies d'une fête de ta veille, et cette réminiscence est pour elles souvent aussi agréable que la fête même. La belle Rosa était assise dans sa chambre, les mains jointes sur sa poitrine, la tète baissée, laissant reposer son rouet et son aiguille. Peut-être entendait-elle les chants de Reinhold et de Frédéric; peut-être voyait-elle Conrad remportant la victoire sur ses concurrents ; tantôt elle murmurait le refrain d'une petite chanson , tantôt elle disait a voix basse : « Voulez-vous mon bouquet? » et une rougeur subite colorait son visage; ses yeuxétineelaient sous ses cils, et un soupir fugitif s'échappait de sa poitrine. Marthe entra, et Rosa se réjouit de pouvoir raconter tout ce qui s'était passé dans l'église Sainte-Catherine et dans la prairie commune.
Lorsqu'elle eut fini, Marthe lut dit en souriant : « Eli bien I chère Rosa, vous aurez bientôt à choisir entre trois beaux amoureux.
— Au nom du ciel I s'écria Rosa effrayée et le visage rouge, que dites-vous, Marthe!... moi... trois amoureux !
— Ma chère enfant, reprit Marthe, n'ayez doue pas l'air de ne rien savoir et de ne rien soupçonner. Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que Reinhold, Frédéric et Conrad sont très-amoureux de vous.
— Quelle idée! murmura Rosa en se cachant le visage avec ses mains.
— Allons, ma timide enfant, continua Marthe en s'asscyant près d'elle . regarde-moi , et avoue que tu as remarqué depuis longtemps combien les compagnons sontoccu-
11 AlTllt UAJITIS KT SES OUVltlIiBS. 2(iô
pés de toi. Avoue-le. Tu vols bien que tu ne peux le nier, et il serait bien étrange qu'une jeune fille ne remarquai point cela tout de suite. IN'ns-tu pas vu comme les regards se tournent vers toi, comme tout s'anime dans l'atelier, dès que tu parais, comme lleinhold et Frédéric entonnent leur plus belle chanson, et comme le fougueux Conrad s'adoucit à ton approche? N'as-tu pas vu comme chacun d'eux s'efforce d'arriver à toi , et quelle ardeur anime le visage de celui auquel tu adresses une douce parole et un doux regard'. 1 Ah ! ma fille, n'est-ce pas un bonheur que de tels jeunes gens s'empressent ainsi autour de toi ? Choisiras-tu un des trois, et lequel? c'est ce que je n'ose dire, car tu les traites bien tous trois, quoique je Mais silence làdessus. Si tu venais à moi, et que tu me disses : « Donnezmoi un conseil, Marthe : auquel de ces jeunes gens dois-je accorder mon cœur et ma main? n je te répondrais : « Si ton cœur ne parle pas clairement, renvoie-les tous trois. » Du reste, Heinhold me plait beaucoup, ainsi que Frédéric et Conrad , et j'ai pourtant bien quelque chose à objecter contre chacun d'eux. Oui, chère Rosa, quand je vois travailler si ardemment ces jeunes compagnons, je pense toujours à mon pauvre Valentin, et je me dis qu'il n'aurait pu Taire un meilleur ouvrage ; mais il avait un tout autre élan et une autre manière de se mettre a l'œuvre. On voyait qu'il y allait de cœur et d'âme, tandis que ces jeunes gens semblent avoir en tête toute autre chose que. leur travail ; car l'on dirait qu'ils se sont imposé un fardeau qu'ils portent avec courage. C'est Frédéric qui me convient le mieux; c'est une douce et honnête nature. Il me parait qu'il nous appartient de plus près que les autres. Je comprends tout ce qu'il dit ; et ce qui me plait, c'est de voir qu'il ose à peine te regarder, qu'il rougit quand tu lui adresses la parole, qu'il a conservé une pieuse timidité d'enfant. »
Tandis que Marthe pariait ainsi, une larme brillait dans les veux de Rosa ; elle se leva, et, se tournant vers la fe-
ÎS
nétre, elle dit : « Oui, j'aime aussi Frédéric, mais ii ne faut pas mépriser Reinhold.
— Comment pourrnis-je le mépriser'? s'écria Marthe; Reinhold est évidemment le plus beau de tous. Quels yeu* ! Non, quand il vous jette un de ses regards perçants, on ne petit le supporter. Mais il y a en lui je ne sais quoi de singulier qui me déconcerte. Il me parait ([ne mailre Martin doit éprouver en le voyant dans son atelier, ce que j'éprouverais si quelqu'un déposait dans ma cuisine un ustensile d'or et de diamant pour (pie je m'en servisse, comme d'un meuble ordinaire; je n'oserais y toucher. Il parle, il raconte, toutes ses paroles résonnent comme une douce musique et vous entraînent; mais, lorsque ensuite je songe à ce qu'il a dit, il se trouve que je n'ai pas compris le moindre mot. Et lorsqu'il plaisante à notre manière et qu'il veut être comme nous tout à coup , il a un air distingué qui m'effraie. .Te ne puis dire cependant qu'il ait les laçons de nos gentilshommes et de nos patriciens; non, c'est quelque chose d'autre, lin un mot, ii me parait, Dieu sait pourquoi, comme s'il était en relation avec les esprits supérieurs, et comme s'il appartenait à un autre monde. Conrad est un gaillard rude , impétueux , et a dans toute sa nature une , distinction qui ne s'aecordepas avec le tablier. Deplus.il agit comme s'il devait être le seul maître ici , et comme si tous les autres devaient lui obéir. Depuis lé. peu de temps qu'il est arrivé, il a déjà, réussi à subjuguer maitre Martin. Cependant c'est un caractère si hou et si honnête, qu'on ne peut lui garder rancune. J'ajouterai même que, malgré ses façons impérieuses, il me plaît mieux que Reinhold; car tout ce qu'il dit avec violence, on le comprend, .le parierais qu'il h été soldat; il s'entend à manier les armes, et il a des expressions de guerre qui ne lui vont pas mal. Maintenant, ma chère Rosa, dis-moi sans détour lequel des trois compagnons te plait le plus.
— Ne me faites pas de ces values questions, chère Marthe. .
UAITHK MAKI I A HT SES OU VU [EUS. 2fi7
r*pondtl Rosa. Ce -qu'il y a de sùv, c'est que Reinhold ne m'effraie pas comme vous. Il est vrai qu'il est (Tune tout autre nature que ses camarades; niais son entretien est pdur moi comme un beau jardin rempli de fleurs riantes, de fruits inconnus que j'aime à contempler. Depuis que Keinhokl est ici, maintes choses, qui me semblaient tristes et décolorées, ont pris à mes yeux une l'orme éclatante cl un attrait puissant. »
Marthe se leva, et, menaçant du doigt Rosa en s'en allant, lui dit : « Oh ! Rosa, c'est donc Rcinhold que tu choisis ? Je ne l'aurais pas cru.
—Je vous en prie, Marthe, répondit llosa, ne croyez, rien , ne soupçonne/ rien. Laissons les volontés du ciei s'accomplir, et acceptons-les en toute humilité, u
Pendant ce temps, l'atelier de maitre Martin était fort animé, Pour satisfaire à toutes ses commandes, il avait pris de nouveaux ouvriers, et le bruit du marteau, de la hache, retentissait au loin. Reinhold venait de prendre les mesures de la grande tonne destinée à l'évoque de Bamberg, et y avait si bien réussi, à l'aide de Frédéric et de Conrad, que le cœur de maitre Martin eu tressaillait de joie : « Voilà, s'éeria-t-il, ce qoe j'appelle un beau travail. Ce sera une tonne comme on n'en a encore point vu, excepté mon eh ei-d' œuvre, n
Les trois compagnons enfonçaient a ^rand bruit les cercles sur les douves. Le vieux Valentin cahotait avec ardeur, et Marthe était assise derrière Conrad avec ses petils enfants, qui couraient de côté et d'autre en criant. C'était un joyeux spectacle , et l'on aperçut à peine le vieux Holzschuer, qui entrait dans l'atelier. Maitre Martin, en le voyant enlin venir, alla au-devant de lui, et s'informa poliment du but de sa visite.
« J.e voulais voir encore une Ibis, dit Holzsehuer, mon cher Frédéric, qui travaille là avec tant de zèle. Puis j'ai besoin pour ma cave d'une bonne tonne, et je viens vous la
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demander. Mais celle que vos compagnons achèvent là est précisément ce qu'il me faudrait. Voulez-vous me la céder et m'en dire le prix? »
Reiuhold, qui se reposait en ce moment de sou travail, lui dit t « Ali ! mon cher maître, renoncez à cette tonne , car elle est destinée au vénérable évéque de Bamberg. »
Maitre Martin, les bras croisés sur le dos, le pied gauche eu avant, et la tête renversée en arriére, jeta un regard radieux sur la tonne, et dit avec fierté : « Mon cher maitre, à voir ce bois choisi et cette délicatesse de travail, vous auriez, du comprendre qu'une telle tonne ne pouvait Être réservée qu'à une cave princière. lîeinhold a bien parlé: ne demandez pas un tel ouvrage. Mais lorsque les vendanges seront finies, je vous ferai une bonne tonne, bien solide, comme- il en faut une pour voire cave. »
Le vieux Holz.schuer, irrité de l'orgueil de maitre Martin, prétendit que ses pièces d'or étaient d'un aussi bon poids que celles de l'évoque de lïamberg, et que, pour sou argeni, il trouverait dans quelque autre atelier une tonne tout aussi belle.
MaitreMarti» eut peine à contenir sa colère; il n'osait offenser le digne Holzsehucr, estimé du conseil et de tous les bourgeois. Au même instant, Conrad frappa sur les douves avec tant de force, que tout l'atelier en retentit. Lu colère de maitre Martin éclata contre lui ; il s'écria avec violence : « Conrad, malheureux, enragé, pourquoi frapper ainsi? Veux-tu donc briser ma tonne?
— Pourquoi pas? répondit Conrad en le regardant avec audace; pourquoi pas, mon petit maître? » En disant ees mots il redoubla ses coups de telle sorte, que les cercles éclatèrent, et que les douves renversèrent Reiuhold de l'échafaudage où il était assis.
lùnporlé par sa fureur, maitre Martin arracha un bâton des mains de Valenlin, et frappa sur le dos de Conrad en lui disant : h Tiens, maudit chien ! »
M A l'Ois MARTIN M SUS OtVKIEHS. 2(5!)
Des que Courue! se sentit frappé, il se retourna vivement, et resta un instant comme pétrifié, puis, ses yeux llamhoyêrent, il grinça des dents, et s'écria:
« Me frapper, moi! » Il s'élança d'un bond, et, ramassant une hache sur le sol, il en porta un coup si vigoureux à Martin , qu'il lui eût fendu la Jéte si Frédéric n'eût poussé le vieux tonnelier de cote, en sorte que ta hache lui rasa seulement le bras et en lit jaillir le sang; Martin perdit l'équilibre et tomba par terre. Tout le monde se jeta au-devant du furieux Conrad, qui, agitant sa hache ensanglantée dans l'air, s'écriait d'une voix terrible : h II faut que je l'envoie au diable ! jj Et, repoussant avec une force de géant tous ceux qui l'entouraient, il allait porter à .Martin, couché sur le sol, un second eoup qui l'eût, achevé, lorsque soudain Rosa apparut a la porte de l'atelier, le visage pale et épouvanté.
Dès que Conrad aperçut n'osa, il resta, la hache à la main, immobile comme une statue ; puis, rejetant son arme loin de lui, il joignit les deux mains sur sa poitrine et s'écria d'une voix qui émut tout le monde : « 0 Dieu du cïell qu'ai- je fait?» et il quitta l'atelier. Personne ne songea à le poursuivre. On releva le pauvre maître Martin. La hache n'avait pénétré que dans l'enveloppe de graisse qui couvrait son bras, et sa blessure ne pouvait être dangereuse. On retira du milieu des cercles et des douves le vieux Holzsehuer, que Martin avait entraîné dans sa chute, et l'on apaisa aussi bien que possible les enfants de Marthe, qui criaient et pleuraient. Martin était fort abattu, et disait cependant qu'il se consolerait de sa blessure si ee diabolique compagnon n'avait pas détruit su belle tonne.
On apporta une litière pour les vieux maîtres; car Holzschuer s'était blessé en tombant. II maudit un métier où l'on se servait d'instruments si meurtriers, et conjura Frédéric de reprendre sa noble profession d|artiste.
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■n() ■ CONTES FAftT ASTIQUES* ; ., '-"
Frédéric cl Krinhold , que cet événement avail épouvantés, reprirent tristement vers le soir le chemin de la ville. En marchant, ils entendirent derrière eux des sanglots et des soupirs; ils s'arrêtèrent, et virent Conrad qui s'approchait d'eux.
<< Ah 1 mes chers compagnons, leur dit-il d'une voix gémissante, ne vous effrayez pas de me voir. "Vous me regardez comme un misérable assassin ; mais non , non , je ne le suis pas. Je ne pouvais agir autrement. Je devais tuer ce vieux maître, et je devrais à présent aller avec vous et lui fendre la tète, s'il était possible. Mais non ! c'en est fait, vous ne me reverrez plus. Saluez la douce Rosa, que j'aime par-dessus tout ; dites-lui que je conserverai toute ma vie son bouquet sur mon cœur, que je m'en parerai, si... ; enfin, un jour peut-être, elle entendra parler de moi. Adieu, mes chers compagnons ! » Et il s'enfuit à travers la campagne.
« Il y a, dit Reinhold, quelque chose de singulier dans ce jeune homme. Nous ne pouvons juger son action selon la mesure ordinaire. L'avenir nous révélera peut-être le mystère qu'il nous cache. »