‹ Contes fantastiques d'HoffmannChapitre 87 sur 87 · LB VŒU · texte numérisé non relu

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inviolable fidélité ; mais, a travers ses discours, il hissait entrevoir lui-même son ardeur, de telle sorte que la jeune comtesse, égarée par cette conversation, ne savait comment séparer Stanislas de Xaxier.

Bientôt la société du jeune oflicier devint un besoin pour Hermenegild, et on les trouvait presque toujours eu semble, , engages dans un entretien d'amour: L'habitude fit disparaître peu à peu la reserve d'HermeDegild , et Xavier s'affranchit aussi du cérémonial qu'il avait voulu sagement conserver. La jeune fille lui donnait le bras , et s'en allait ainsi se promener avec lui dans le parc ; elle laissait sans inquiétude sa main reposer dans la sienne, lorsque, assise dans sa chambre, elle l'entendait parler de Stanislas. Lorsqu'il n'était pas question d'affaires d'État et de la cause de la patrie , le comte Népomucéne ne pénétrait point la pensée des autres : il ne voyait le reste qu'à la surface: son cœur, mort à toute autre préoccupation, ne reflétai! les images ordinaines de la vie que eomine un miroir où tout passait sans laisser de traces. Il ne devina point les sentiments d' Hermenegild, et fut satisfait de la voir échanger le jeu enfantin de sa poupée pour lui beau jeune homme, et 11 remarqua avec plaisir que Xavier, dont il ferait volontiers son gendre, prendrait bientôt la place de Stanislas.

Xavier avait aussi la même pensée. Quelques mois s'écoulèrent , et la jeune comtesse semblait de pins en plus se complaire aux assiduités empressées du jeune officiel Un matin , on annonça qu'Hermenegild s'était enfermée dans son appartement avec sa femme de ehamhre, et ne voulait voir personne. Le comte crut que c'était un nouveau paroxysme de maladie qui n'avait pas de durée, cl pria Xavier d'user de son influence sur Hermenegild pour la ramener a son état naturel ; mais quelle, fut sa surprise lorsque le jeune officier refusa de chercher à se rapprocher de. sa bien-aimée, et se montra complètement changé. Au lieu d'être hardi, selon sa coutume, il paraissait tout trem-

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I)lant, comme s'il eût vu des spectres ; sa voix était mai assurée, son langage timide et incohérent. Il affirma qu'il devait retourner à Varsovie ; que jamais ii ne reverrait Hermenegild , dont la nature jetait le trouble dans son âme ; que la lidélité passionnée d'Hermenegild lui rappelait celle qu'il devait à son ami, et qu'une fuite instantanée était son unique moyen de salut. Le comte ne comprenait pas ces paroles ; il lui sembla seulement que la folie de sa tille avait atteint le jeune homme. Il essaya de le faire revenir à d'autres idées , mais tout fut inutile ; plus ii insistait , plus Xavier se montrait décidé a partir. Enfin , le jeune officier, poussé comme par une force irrésistible, se jeta dans sa voiture, et disparut.

Le. comte Népomucèue-, affligé et irrité de la conduite d'Hermenegild , ne s'oeeupa plus d'elle, et elle passa plusieurs jours enfermée dans ses appartements, ne voyant d'autre personne que sa femme de chambre.

Un matin, il était assis, pensif, dans sa chambre, tout occupé des actions héroïques de l'homme que les Polonais vénéraient comme une idole; la porte s'ouvrit, et Hermenegild apparut eu habit de deuil. Elle s'avança d'un pas majestueux vers son père, se mit à genoux devant lui , et lui dit : « 0 mon père ! le comte Stanislas . mon époux chéri, n'est plus ; il est mort en combattant comme un héros. Sa veuve malheureuse est à «enoux devant toi. »

La veille même, le comte avait reçu des nouvelles de Stanislas, en sorte qu'il ne considéra toute cette scène que comme un nouvel accès de la maladie morale de sa fille.

a Calme-toi, chèreenfant, lui dit-il, Stanislas vit et bientôt il sera dans tes bras. »

A ces mots, Hermenegild poussa un profond soupir, ci tomba à demi inanimée sur les coussins du canapé; puis, revenant à elle, elle dit d'une voix calme et ferme : « Permets, mon père, que je te raconte comment tout s'est passé, et tu verras que je suis la vein e de Stanislas. Il y a six

jours, j'étais le soir dans le pavillon construite l'une des extrémités du parc ; toutes mes pensées étaient concentrées sur celui que j'aime. Involontairement je sentis mes yeux se fermer, je ne dormais pas, je veillais et rêvais. Bientôt j'entendis une rumeur confuse et des coups de feu répétés" qui retentissaient dans le voisinage; je me levai, et ne fus pas peu surprise de me trouver sous une tente. Devant moi était agenouillé mon Stanislas. Je l'enlaçai dans mes bras, je le serrai sur mou cœur. « Dieu soit loucl s'écrlat-il, tu vis, tu es à moi! » Il médit que j'étais tombée évanouie après nos fiançailles, et je me rappelai alors que le pcrc Cyprien, que je voyuis eu ce moment dans la tente , uous avait unis dans la chapelle voisine, en face des canons, au moment de la bataille. L'anneau de mariage brillait à mon doigt. J'éprouvai une joie inexprimable à enlacer mou époux, dans mes bras. L'ivresse d'une femme heureuse dominait toute mon âme. Je . perdis connaissance, puis tout a coup j'éprouvai uu froid glacial, j'ouvris lés yeujt...'..... • (Juel horrible spectacle ! j'étais au milieu de la bataille , la tente où je venais d'entrer était livrée aux flammes, et . en face de moi je voyais Stanislas cerné par une troupe ennemie; ses compagnons accoururent pourle sauver, mais trop tard. Un cavalier le jeta d'un coup de sabre à bas de son cheval. » •■ y > '

Hermenegild, vaincue par sa douleur, s'évanouit de nou T veau. Le comte parvint à la ranimer, et elle dit d'un ton solennel : u Que la volonté de Dieu soit faite ! Il ne me convient pas de me plaindre, mais je resterai jusqu'à !a mort fidèle à mon époux . Nul lien terrestre ne me séparera de lui, je prierai pour son salut, pour le nôtre ; voilà ma destinée.»

Le comte Népomucène pensa avec raison que le trouble moral d' Hermenegild avait seul enfanté ces scènes de terreur, et comme elle vivait d'une vie retirés et paisible , il ne s'affligea point d'une situation à laquelle il espérait d'ailleurs que le retour prochain de Stanislas mettrait fin.

Que si quelquefois il lui arrivait de faire une plaisanterie sur les rêves et. les visions, Hermeneiïild souriait douloureusement, portait son anneau à ses lèvres et l'arrosait de ses larmes. Le comte remarqua avec surprise qu'il n'avait jamais vu cet anneau au doigt de sa Tille ; mais comme elle avait eu mille moyens de se le procurer, il n'y songea pas davantage. Cependant il apprit que le comte Stanislas avait été fait, prisonnier, et cette nouvelle l'affecta vivement. A cette époque , Hermenegiid commença à se plaindre d'un malaise singulier, qu'elle ne savait comment définir, et qui troublait tout son être.

Le prince, Z... arriva au château avec sa femme. La mèred.'Hermenegild étant morte d'une morte prématurée, la princesse Z... avait pris la place de la jeune comtesse, et celle-ci lui était profondément attachée. Elle lui confia ses douleurs et se plaignit amèrement de voir qu'on la traitât comme une visionnaire lorsqu'elle pouvait donner les preuves les plus convaincantes de sou union avec Stfhiislas. La princesse, connaissant la maladie, morale de la jeune tille, évita de la contredire; elle lui affirma que le temps éclaircirait toutes ces circonstances mystérieuses, et ajouta qu'en tous cas il fallait se soumettre à la volonté du ciel. Mais elle devint plus attentive lorsque Hermeneglld lui parla de son état physique et des symptômes qui l'inquiétaient. On vit alors la princesse observer Mernienegild avec «ne vive sollicitude qui semblait s'accroître à mesure que l'esprit de la jeune comtesse recouvrait plus de calme- Les joues pâles, les lèvres ternes d'Hermenegild se colorèrent de nouveau, ses yeux recouvrèrent leur éclat naturel, son corps amaigri prit un nouveau développement; elle reparut dans tout l'éclat de la jeunesse et delà beauté. Cependant la princesse semblait la regarder comme plus malade que jamais, et dès qu'elle la voyait soupirer, elle ne cessait de lui dire : « Comment te trouves-tu , qu'éprouves-fu donc, mon enfant - ? o , ,

Le comte, le prince et la princesse délibèrent ensemble sur les moyens à employer pour arracher Hermeneglld à son idée lixe, à l'idée qu'elle était veuve de Stanislas.

« Je crois malheureusement, dit le prince, que su folie est incurable, car son état physique est excellent et ne fait qu'entretenir le désordre de son àme. Oui, continua-t-il en regardant la princesse, qui avait une expression dedouleur, elle se porte très-bien, quoique, à son grand préjudice, on s'obstine à la traiter comme si elle était malade. »

La princesse regarda lixement le comte, et lui dit d'un ton de voix décidé : «Non, Hermencgild n'est pas malade: mais s'il était possible de supposer qu'elle se fût oubliée, je serais convaincue qu'elle est enceinte, » •

A ces mots, elle se leva et quitta la chambre.

Le comte et le prince se regardèrent stupéfaits. Celui-ci dit que sa femme avait quelquefois aussi de singulières visions.

Le comte répondit : « La princesse a parfaitement raison de regarder le fait dont elle a parlé comme une chose impossible; mais que direz -vous quand je vous avouerai qu'hier, en regardant Hermeuegild, la même idée a tra-» versé mou esprit ?

— II faut alors, dit le prince, consulter le médecin et la s;ige-femme, afin que leur décision anéantisse le jugement précipité de la princesse ou confirme notre honte. »

Plusieurs jours se passèrent à prendre et à rejeter diverses résolutions. La princesse ne voulait pas qu'on eût recours à un médecin, peut-être indiscret; elle ajoutait que dans quelques mois il serait temps de l'appeler,

a Que voulez-vous dire? s'écria le comte effrayé. - — Oui, répondit la princesse, il n'y a plus de doute ; ou Hermeuegild est la plus profonde hypocrite qui ait jamais existé, ou elle aélé indignemenl trompée, car elle est enceinte.

Le comte, hors de lin-même, resta quelques Instants

muet; puis, reprenant ses forces, conjura la princesse de chercher à savoir, coûte que coûte, quel était le malheureux qui avait couvert sa maison d'une honte, ineffaçable.

« Hermenegild, répondit la princesse, ne sait pas encore que je connais son état, .l'attends tout du moment où je lui dirai ce qu'il en est. Dans sa surprise, elle laissera tomber le masque de l'hypocrisie ou révélera son innocence d'une façon merveilleuse, et dont je n'ai aucune idée. »

Le soir même, la princesse se trouva seule avec la jeune comtesse. Elle la prit par la main, la regarda en face, et lui dit d'une voix décidée r « Mon enfant, tu es enceinte. »

A ces mots, Hermenegild leva vers le ciel un regard où se peignait une félicité inexprimable, et s'écria avec ravissement : « Oui, ma mère, je le sais ; il y a longtemps que j'ai senti que si mon époux avait succombé au milieu des raugs ennemis, je pouvais encore avoir un bonheur infini. Oui, le moment de la plus grande joie que j'aie éprouvée se continue pour moi. .le reverrai mou époux dans le gage qu'il m'a laissé de notre douce union. «

La princesse se sentit si étonnée, qu'elle crut qu'elle en perdrait aussi la raison. L'accent de vérité A' Hermenegild, ses transports, son aveu, éloignaient toute idée de fourberie, et la folie seule pouvait expliquer sa situation.

Saisie de cette pensée, la princesse repoussa Hermenegild, et lui avec violence : a Insensée ! est-ce un rêve qui t'a mise dans cette situation honteuse pour nous tous? Penses-tu pouvoir m' échapper par des contes pareils? Réfléchis, rappelle-toi toutes les circonstances dupasse; une confession sincère, repentante, peut seule nous réconcilier avec toi. a

Le visage baigné de larmes et le cœur navré, Hermenegild tomba à genoux devant la princesse, et lui dit : « Quoi ! ma mère, toi aussi tu me traites comme une visionnaire ! tu ne crois pas que j'aie été unie par l'Église à Stanislas, que je suis sa femme? Mais vois donc cet anneau que je

liî voeu. . * ■ , „ i:,r> porte au doigt. Que ilis-jeï tu connais mon état, que fan Ml de plus pour te convaincre que je n'ai pas réviSîn

La princesse s'aperçut, a sa grande surprise, que la jeune comtesse n'avait pas même l'idée qu'elle eût commis une faute, et qu'elle ne comprenait pas les reproches de sa mère adoptive. Prenant les deux mains de la princesse, et les serrant sur son coeur, elle la conjurait de croire à tout ce qu'elle lui avait raconté de son époux, et celle-ci, toute troublée, hors d'elle-même, ne savait que répondre à la pauvre fille; et quel moyen employer pour découvrir tout ce mystère. Quelques jours après, elle dit au comte et au prince que la jeune fille persistait à se déclarer enceinte de son époux, et qu'elle-même croyait à la réalité du fait.

Les deux seigneurs traitèrent Hermenegild eomme une hypocrite, et le comte Népomucène jura que si par la douceur on ne pouvait, la faire revenir de ses extravagantes pensées, il emploierait avec elle les moyens rigoureux. La princesse prétendait, au contraire, que toute rigueur serait une cruauté inutile. Elle était persuadée, comme elle l'avait déjà dit, que la jeune comtesse exprimait franchement sa pensée. « Il y a, ajouta-t-elle , bien des secrets dans le monde, que nous ne sommes pas encore en état de comprendre. Ne serait-il pas possible que l'union même- des cœurs produisit une influence physique, et que cette, union eût mis Hermenegild dans l'état où elle se trouve? »

Malgré toute leur colère et toute la gravité des circonstances, le prince et le comte ne purent s'empêcher de rire en entendant énoncer cette pensée, qu'ils proclamèrent la pensée, la plus éthérée qui fût jamais sortie d'une tête humaine. La princesse déclara en rougissant que la sensualité des hommes les empêchait de comprendre de telles choses, qu'elle était persuadée de l'Innocence de la jeune fille, et. qu'elle ferait un voyage avec elle pour la soustraire aux soupçons et aux sumismes de ceux qui l'entouraient. Le comte approuva ee projet; car, comme Hermenegild ne

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dissimulait pas son état, il était nécessaire de la dérober aux regards de toutes les personnes de sa connaissance.

Cette résolution calma les esprits. Le comte se tranquillisa en entrevoyant un moyen de cacher aux railleries du monde ce pénible, événement, et le prince jugea que ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était d'attendre du temps l'explication de cette étrange énigme. Les trois personnages allaient se séparer après cette décision, quand l'arrivée subite du comte Xavier de R... les jeta dans un nouvel embarras et de nouvelles perplexités. Échauffé par une course a cheval, et couvert de. poussière, il entra dans l'appartement, hors de lui-même, et, sans saluer personne, sans observer une seule forme de politesse, il s'écria : « Le comte Stanislas est mort! il n'est pas captif... non ! il a été massacré par les ennemis; en voici la preuve. «Aces mots, il remit à Népomucène plusieurs lettres, que celui-ci se hâta de -lire. La princesse y jeta un coup d'oeil, et, levant les yeu\ vers le ciel et joignant les mains, dit avec douleur : " llcrmcnegild !... pauvre enfant !... quel secret impénétrable! » Elle venait de voir que Stanislas était mort le jour même où Hermenegild croyait l'avoir vu, et que tout s'était passé comme la jeune fille l'avait raconté. « Il est mort! reprit Xavier impétueusement; Hermencgild esl libre; il n'y a plus d'obstacle pour moi, qui l'aime plus que ma vie. Je demande sa main. »

Népomucène ne pouvait répondre. Le prince prit la parole, et déclara que certaines circonstances ne permettaient pas de satisfaire à sa demande ; que Xavier ne pouvait voir Hermenegild en ce moment, et que ce qu'il avait de mieux à faire, c'était de s'en retourner comme il était venu. Xavier répondit qu'il connaissait le (rouble moral d'Hernienegild, dont ou voulait sans doute parler, que ce n'était pas là un obstacle, car il espérait que son mariage mettrait lin à cetle maladie. La princesse assura que la jeune coin -

lu mil. 4- r >7 tesse resterait jusqu'à la mort lldèle à son (lancé, el que d'ailleurs elle ne se trouvait plus au château.

Xavier, éclatant de rire à ees paroles, déclara qu'il sollicitait seulement l' assentiment du comte, et qu'il arrangerait le reste.

Irrité de ces instances importunes, Néponmcène dit qu'il était inutile d'attendre son consentement, et que le jeune homme devait quitter à l'instant même le château. Ponttoute réponse, Xavier ouvrit, la porte de l'antichambre, ordonna à son valet d'apporter sa valise, de desseller les chevaux, et de les conduire dans l'écurie ; puis il se jeta ilans un fauteuil, près de la fenêtre, et affirma que jusqu'à ee qu'il eut vu Hermenegild et causé avec elle, il ne sor- Jirait du château que par la force. Le comte répondit qu'il ne pouvait l'empêcher de rester là, mais que, pour lui, il se retirerait ailleurs. A ces mots, il sortit avec le prince et la princesse pour hâter autant .que possible le départ d'Hermene»ild. Par hasard, dans ce, moment-là même, la jeune comtesse se promenait, contre sa eoutume, dans le pare ; Xavier l'aperçut par la fenêtre, courut à sa poursuite, et l'atteignit à l'instant où elle entrait dans le pavillon isolé; son état était on ne peut plus manifeste.

« 0 puissances du ciel ! •< s'écria Xavier en se précipitant à ses pieds ; et il la conjura, par les protestations les plus tendres, de céder a son amour, de l'accepter pour époux. Hermenegiki, effarée et tremblante, lui dit qu'un démon funeste l'envoyait pour troubler son repos; qu'elle serait à tout jamais fidèle à son cher Stanislas, et n'en épouserait jamais un autre.

Xavier réitéra ses prières, et lui dit qu'elle se trompait elle-même, qu'elle lui avait déjà accordé les plus douces preuves d'amour, puis il se leva pour l'enlacer dans ses hras.. Alors Hermeuciîild, le repoussant avec horreur et mépris, s'eeria : « Insensé '. il est pour toi aussi impossible de me faire manquer à ma lideiile, que d'anéantir le gn«e

d'amour que je porte dans mou sein. Va-t'en I va, fuis loin de; mes yeux.

— N'est-ce pas toi, répondit Xavier en fureur, n'est-ce pas toi-même qui as manqué à tes serments extravagants? [,' enfant que tu portes dans ton sein est mon enfant; c'est moi que tu as embrassé en ce lieu même. Tu as été ma maîtresse, et tu l'es encore si tu ne deviens mon épouse. «

Hermenegild, lui lançant un regard effroyable, s'écria : a Infâme I » et tomba par terre.

Xavier se précipita dans le château, comme s'il était poursuivi par les Furies, rencontra la princesse, l'entraina dans une ebambre, et lui dit :

h Elle m'a repoussé avec horreur, moi , le père de son enfant I

— Toi, Xavier I repondit la princesse; grand Dieu! est-il possible?

— Condamnez-moi si vous voulez, reprit Xavier; mais quiconque a le sang bouillant comme le mien faillira comme moi, dans un tel moment. Je trouvai dans le pavillon Hermenegiid dominée par une influence étrange que je ne puis décrire ; elle était assoupie et rêvant sur le canapé. A peine é ta is-je entré qu'elle se leva, vint à moi, et, me prenant par la main, me conduisit d'un air solennel a travers le pavillon. Elle s'agenouilla, j'en fis autant; elle se mit en prières, et je remarquai qu'elle croyait voir un prêtre devant nous. Elle tira un anneau de son doigt, qu'elle présenta au prêtre; je le pris, et je lui en donnai un autre. Alors elle tomba dans mes bras avec amour. Lorsque je m'éloignai, elle était plongée dans une sorte de sommeil profond qui ressemblait à un évanouissement.

— Misérable I s'écria la princesse, indigne scélérat!... » Le comte et le prince entrèrent au même instant, et apprirent, en peu de mots ce qui s'était passé, et la princesse

.fut vivement blessée en les entendant dire que le crime

de Xavier était très-pardonnable , et que son mariage avec Hermenegild pouvait tout réparer.

« Non , s'écria-t-elle , jamais Hermenegild ne sera l'épouse de celui qui a osé empoisonner l'extase de cette jeune fille par un crime honteux.

— Elle sera mon épouse , reprit Xavier d'un ton froid et sardonique , elle me donnera sa main pour sauver son honneur. Je reste ici, et tout s'arrangera. »

En ce moment, on entendit une rumeur sourde; on apportait Hermcnegild , que le jardinier avait trouvée inanimée dans le pavillon. On la déposa sur le canapé, et nvant que la princesse pût s'y opposer , Xavier avait pris sa main. Tout à coup, elle se leva, lança sur le jeune homme un regard flamboyant en poussant un cri qui ressemblait au rugissement d'une bête fauve. Xavier, atterré comme s'il avait été frappé par la foudre, ne put que prononcer ces mots : « Des chevaux ! » A un signe de la princesse, on le conduisit dans le vestibule. « Du vin ! du vin ! » s'écriat-il. 11 vida coup sur coup plusieurs verres, puis s'élança h cheval, et partit au galop.

L'état d'Hermenegild, qui touehaità la folie, changea les dispositions du prince et de Népomucène. Us virent que l'attentat de Xavier était irréparable ; ils voulaient envoyer chercher un médecin, mais la princesse déclara que la jeune fille n'avait besoin que de consolations spirituelles, et, au lieu du médecin, on appela le père Cyprien, confesseur de la maison. Il réussit d'une façon merveilleuse à apaiser l'égarement d'Hermenegild ; il fit plus, il lui rendit le calme et la fermeté. Elle s'entretint paisiblement avec la princesse, et lui exprima le vœu de se retirer après ses couches dans le cloître d'O..., et d'y passer sa vie dans le deuil et le repentir.

Dès ce moment , elle prit un voile noir qui lui cachait entièrement le visage , et qu'elle ne soulevait jamais. Le prince écrivit au bourgmestre de L.... et à l'abbesse du

•ICO CONTES FANTASTIQUES.

cloftre ilf (liteaux , qui devait conduire Hermenegild dans la maison où elle ferait ses couches, taudis que la princesse partirait pour l'Italie, en annonçant qu'elle emmènerait Hermenegild avec elle.

1 1 était minuit , la voiture qui devait conduire Hermenegild au cloître était devant la porte. Le prince, la princesse et Népomucène, accables de douleur, étaient réunis pour prendre congé de la malheureuse fille. Elle apparut , enveloppée de son voile et accompagnée du moine , dans la salle éclairée pur des flambeaux.

« La sœur Célestine , ■ dit Cyurien d'un ton solennel , a péché quand clic était dans le monde. Le souffle du démon a souillé sa pureté , mais un vœu irrévocable lui donnera la consolation , le repos , le bonheur éternel ; jamais le monde ne reverra ce visage dont la beauté tenta le démon. Regarde?,, c'est ainsi qu'elle a commencé et accomplira sa pénitence, u

A ces mots, le moine souleva le voile d'Hermenegild, et un cri déchirant s'échappa de toutes les bouches lorsqu'un aperçut le masque blafard sous lequel Hermenegild avait a jamais caché sa ligure angélique.

Elle s'éloigna, sans prononcer une parole, de son père, qui, torturé par la douleur, espérait bientôt mourir. Le prince, malgré sa fermeté de caractère, était inondé de larmes; la princesse seule, surmontant ses impressions terribles, conserva un maintien religieux.

On ne sait comment Xavier découvrit le séjour d'Hermenegild, et apprit que l'enfant qu'elle avait mis au moude était consacré à l'Église. L'enlèvement de sou fils eut un funeste résultat. Eu arrivant à P..., où il voulait le remettre entre les mains d'une femme de confiance, il s'aperçut que l'enfant, qu'il croyait évanoui par l'effet du froid, était mort. Xavier disparut, et on supposa qu'il s'elait tué.

Plusieurs années après, le prince Itolcslus de Z..., fat-

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saut un voyage en Italie, s'arrêta nus environs de Pausilippe, il monta au couvent des Camaklules, situé sur une hauteur d'où l'on jouit d'une magnifique perspective. Il allait gravir un des rocs qui s'élèvent dans le jardin lorsqu'il aperçut un moine, assis sur une pierre, tenant un livre de prières sur ses genoux, et regardant à l'horizon ; son visage, jeune encore, était décomposé par la douleur. En l'observant de plus prés, le prince sentit s'éveiller en lui un souvenir confus. Il s'approcha, et remarqua que le livre que tenait le moine était un livre polonais. Il lui adressa la parole dans cette langue. Celui-ci se retourna avec une sorte d'effroi, et à peine eut-il jeté un regard sur le prince, qu'il tira son capuchon sur son visage et s'enfuit à travers les arbres.

Le prince Boleslas, en racontant à Népomucène cette aventure, affirma que le moine était le comte Xavier de it...

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