‹ Contes fantastiques de Hoffmann, traduitsChapitre 1 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

honorer la mémoire du magistrat, le génie du poète et le souvenir des vertus de l’homme privé.

Un spirituel écrivain de nos jours disait que la meilleure traduction d’un chef-d’œuvre est celle qu’on en fait soimême. Ce mot est surtout vrai pour Hoffmann. Hoffmann, il faut bien le dire, n’a presque pas été compris. Grâce à ses traducteurs, on s’est exagéré la bizarrerie de ses créations au lieu d’en chercher la pensée philosophique.

Hoffmann est un homme qui sait la vie par expérience : il a travaillé et souffert ; il a épuisé, comme tant d’autres, sa part de désillusions. A l’époque où il commence à écrire ses Contes, il touche aux trois quarts des jours que Dieu lui mesure, c’est en 4814 : les orages sont passés, sa position s’est affermie, son rang est entouré d’honnéur et dé considération; l’Allemagne a consacré son génie d’écrivain : la vogue vient à lui comme la gloire, toutes deux accaparent chèrement ses loisirs. Mais Hoffmann domine le monde, il dédaigne ses éloges, il prend en pitié ses séductions. Autrefois il l’avait en haine à cause de sa dureté; maintenant il le voit avec ses petitesses, avec ses ridicules, et il en rit. Retiré désormais dans le cercle de qtielqnes hommes choisis dont le cœur n’a jamais trahi ses affections, entre Chamisso, Contessa, Hitzig et le docteur Korefl, il se fait un autre monde dont ils sont les élus.

Versez-lui du vin de prince, qu’un flot de johannisberg teigne son verre de reflets d’or, et l’imagination du poète j)art au galop, comme le coursier qui emportait la Lénore de Bürger; — puis s'élance à perdre haleine toute cette suite'd’ êtres étranges, enfants de sa pensée vagabonde, qui

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