AVANT-PROPOS
éclosent quand U les appelle, arrivent, grandirent et se rangent devant lui. C'est un drame qu'il élève entre ciel et terre, — c'est son monde à lui, peuplé de personnages dont lui seul a le secret. Versez au poète im flot de johannisberg, et sa pensée, tant de fois refoulée par les arides préoccupations du labeur quotidien, froissée tant de fois par le contact des croyances déçues, s'illumine d'un àilat magique; la scène s'élargit, tous les arts fournissent leim part à l'œuvre. La peinture apporte ses coul^rs vives et tranchantes ; la musique, ses vibrations qui font tressaillir ; la poésie, ses plus intimes trésors. Versez du jofaannisberg, et la vie embrase le drame 1 Avancez sur cetste terre toute neuve, parmi ces personnages que vous n'avez vus nulle part, et qu'il vous semble pourtant reconnaître : toutes les émotions les plus diverses vont vous surprendre et vous fasciner.
Écoutez l'écho mélsmcolique du Chant d'Aiüonia, tout à l'heure vous rirez aux lannes au récit du Reflet perdu ; — puis une délicieuse curiosité vous entraîne jusqu'à la dernière page de la Porte murée; — la terrible Anne Radcliffe est effacée par les aventures prodigieuses du Roi Trabacchio; — plus loin tout l'esprit, toute l’élégance du siècle de Louis XIV, rayonnent dans la peinture de mœurs qui sert de cadre à Olivier Brusson; — voulez-vous du comique de la \’ie réelle, lisez la Chaîne des destinées ou le Coeur d’agate ; — voulez-vous du fantastique à faire mourir de dépit notre grand Balzac, prenez Coppélius ou Berthold le Fou, — la Fascination ou la Mandragore, celte histoire inimitable du fameux ministre Cinabre, dont la vivante
AVANT-pnoros.
copie est à côté de nous... — A quelque page enfin qu’on ouvre le livre, il y a un enseignement pour les choses de la vie. A côté des écarts d'une imagination brûlante, on trouve à chaque ligne une observation du monde qui mêle toutes les délicatesses d'une critique de bon goût aux traits qui prouvent la plus intime science du cœur humain ; — l'induction morale n'est jamais séparée du merveilleux de la forme.
Hoffmann possède tour à tour la bizarrerie de Rabelais^
le sarcasme adouci de Voltaire, la sensibilité exquise de
Bernardin de Saint-Pierre. — Il y a dans ses Contes la
variété piquante de Le Sage unie à l'esprit de Molière, à
la caustique naïveté de Cervantès, à la finesse de touche de
l'abbé Prévost. Et avec tant de qualités dont il s’empare
sans cesser d’étre (m, sans rien perdre de son originalité
presque unique, il n'a pas une page, pas un mot dont se
puisse effrayer la plus délicate susceptibilité : — c’est le