‹ Contes fantastiques de Hoffmann, traduitsChapitre 14 sur 18 · I.E REFLET PERDU · texte numérisé non relu

I.E REFLET PERDU

cligne d’araour, ange du ciel ! c’est loi que je chercliais dans mes rêves de jeune homme! Je l'ai trouvée eiifia; lu es ma vie, mon ;\me et mon dieu !... »

Les jeunes gens se regardèrent; quelques-uns croyaient qu’Érasmus était devenu fou; on ne l'avait jamais vu ainsL Toute la nuit s’écoula parmi des chants de plaisir et des serments d’amour. Quand l’aurore parut, chacun des convives emmena sa maîtresse. Érasmus voulait accompagner Giulielta; mais elle repoussa son instante prière, et se borna à lui indiquer une maison dans laquelle il pourrait la revoir. Force fut au pauvre Spicker de regagner son logis solitaire, escorté d’un petit domestique armé d’une torche. Comme il arrivait dans sa me, le domestique éteignit la torche contre les dalles, parce que déjà le jour succédait à l’aurore. Tout à coup un grand homme sec à nez crochu, à mine sardonique, et vêtu d’uu pourpoint écarlate garni de boutons d’acier, parut devant Érasmus et lui dit en riant d’une voix chevrottanle : — « Ohé ! maître Spicker, serions-nous échappé de quelque vieux livre d’estampes, avec ce costume du temps passé, ce bonnelà plumes et celte rapière? Voulez-vous que les enfants de la rue vous poursuivent avec des huées? Mieux vaut rentrer bien vile dans votre livre. » — « Eh ! que vous importe mon costume? » s’écria Erasmus; et, poussant du coude le faquin qui l’interpellait, il voulut passer outre; mais l'homme rouge l’arrêtant, lui dit très- haut : — « Tout doux, mon maître, n’allez pas si vite, et ne poussez pas les gens; ce n’est pas l’heure d’entrer chez la belle Giulielta!» — «Giulielta!...» Le rouge monta au front d’Ërasmus; il voulut sauter au collet de l’homme rouge pour l’étrangler; mais celui-ci fit une pirouette et disparut comme un éclair. — «Monsieur,» dit le valet, «n’ayez nul souci de cette aventure ; vous venez de rencontrer le docteur merveilleux de Florence, signor Dapertulto.

Le même jour, Érasmus se rendit au lieu que lui avait indiqué Giulielta. La belle Italienne l’accueillit avec une coquetterie encore plus raffinée que la veille. Elle prit plaisir à observer les progrès de la passion qu'Érasmus avait conçue pour elle: mais elle le tenait à une distance respectueuse, et opposait à tous ses efforts un flegme imperturbable. Cette résistance ne ni qu’enflammer davantage son fol amour. 11 cessa de voir ses amis pour consacrer tout son temps à suivre les pas

de Giulietta. Tu jour Friedrich le rencontra, s'empara de son bras et lai dit: — « Sais-tu, pauvre Spicker, que tu es tombé dans un piège bien dangereux? Comment n’as-tu pas déjà reconnu que Giulietta n’est qu’une fille galante, et par-dessus tout la plus rouée de celles qui aient jamais plumé un amoureux? On raconte d’elle les anecdotes les plus scabreuses. Estce pour une pareille créature que tu peux renoncer à tes amis et oublier ta femme et ton enfant?... » A ces mots, Érasmus comprit sa faute; il se couvrit le visace de ses deux mains et pleura amèrement. — « Viens, Spicker,» reprit Friedrich, « quittons Florence, celle ville dangereuse; viens, retournons dans notre bonne patrie I — «Oui, » dit Erasmns,'<( partons aujourd’hui même! »

Mais comme Friedrich entraînait son ami, voilà que le signer Dapertutto passa près d’Érasmus, et lui rit au nez en lui criant : — «Bonne chance, mon jeune ami; mais courez donc, Giulietta se meurt d’impatience et d’amour en accusant votre négligence. » Érasmus s’arrêta court et tout saisi. — « Par Dieu ! » dit Friedrich, « ce docteur Dapertutto est un charlatan fort digne de quelque correction ; on n’a jamais vu un singe plus insolent depuis qu’il empoisonne de ses pilules à la mode la fameuse Giulietta... » — « Giulietta? » s’écria Érasmus! « quoil ce drôle va chez Giulietta!... »

Les deux amis arrivaient sous le balcon de la déesse. Une voix douce appela Érasmus, qui, se dégageant violemment du bras de Friedrich, s’élança dans la maison. — « Notre pauvre ami Spicker est tout à fait perdu, » se dit Friedrich en retournant chez lui.

Ce jour-là une fête brillante appelait aux environs de la ville tous les élégants de Florence. Giulietta voulut qu’Érasmus l’y accompagnât. Ils y rencontrèrent un petit Italien fort laid qui fit à Giulietta la cour la plus assidue. Érasmus, blessé de la coquetterie qui empêchait sa belle compagne d’éloigner cet avorton, eut un accès de jalousie, et s’éloigna brusquement de la société. Giulietta, ne le voyant pas revenir, se mit à sa recherche, et, l’ayant trouvé] dans une allée solitaire des jardins, lui fit de doux reproches, et, enlaçant à son con ses bras de neige, déposa sur ses lèvres un baiser de feu. Érasmus perdit la tète; il allait oublier l'univer.s entier si (iiulietta ne l’eût tout à coup rappelé à lui par un regard d’une froideur et

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