‹ Contes fantastiques de Hoffmann, traduitsChapitre 13 sur 18 · Bpfri.BT P|IBI>V · texte numérisé non relu

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penchée yen P)oi| me regardait avec gqiour cpmmç aplrefeif. -TTT V Qh I » lui dis-je eu dierchaiU à l’aiiirpr sur meq çcsur, 0 je Vai retrouvée, q’est-ce pas, pour (oujuiirs, ô mep bel ange d’amour et de poésie ! Ta vie est la paieuae, et rien qe qpqs séparera plus!... »

f!p ce mouieiit, une hideuse figure, montée snr de longues pattes d’araignée, avec des yeux de crapaud Qui Int sortaient du front, ouvrit brusquemeut la porte dq boudoir en criaqt d’une voix glapissaute : — a où diable a donc passé ma femme?.,, »

Julie, effrayée, s'échappa d’auprès de moi. Julie mariée 1 Julie à jamais perdue pour moi !

Je m’élançai comme uu fou hors de cetle maison maudite, et voilà pourquoi je courais à perdre haleine, tète nue, sans manteau, à travers la furie de l’orage. Les girpuetles eriaient sur les toits comme des hiboux effarés, et les rafales du veqt de la nuit, qui foueUaieutdans l'espace des tourbillons de neige, semblaient des voix de démons qui se moquaient de ma fièvre et de mou désespoir.

Emporté de rue en rue comme un cheval sauvage, j’arrivai en face de la taverne des Chaneun. Un groupe de joyeux compagnons en sortait avec des chants guillerets et de broyants éclats de rire. Dévoré d'une soif ardente, j’entrai dans le cabaret, et me laissai tomber tout essoufflé sur un banc.

— 0 Que faut-il servir à monsieur ? » dit l’héte en étant son bonnet de renard. — 0 Un pot de bière et du tabac 1 » m’écriai-je. Grâce au liquide chéri de nos bons Allemands , je me trouvai bientèt dans un état de satisfaction inerte si profond que le diable, qui m'avait ensorcelé tout ce soir-là, jugea qu’il ferait sagement de remettre au lendemain la prochaine malice qu’il me préparait.

Mon équipage de bal, joint à ma physionomie singulière, devait produire un effet incroyable sur mes voisins de tabagie* J’imagine que l’hâte allait me questionner, lorsqu’une majn vigoureuse frappa aux volets du cabaret, tandis qu’une voix criait : 0 Ouvrez, ouvrez, c’est moi!... »

A peine la porte fut-elle entre-bàillée, car il était pour lors

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heure indue, qu’un grand personnage qui semblait n’avoir que les os et la peau se glissa dans la chambre en affectant de marcher le dos collé au mur. Il vint s’asseoir en face de moi. L'Iiôle po.sa sur la table deux flambeaux. Ce nouveau venu avait une flgure distinguée, mais fort mélancolique. Il demanda, comme j’avais fait, nn pot de bière et une pipe de tabac; puis il parut s'abîmer dans ses réflexions , tout en rejetant d’énormes bouffées de fumée qui, mêlées aux miennes, nous enveloppèrent en peu d’instants d’une atmosphère de brume narcotique. Je le contemplai, sans mot dire, à travers ce nuage. Ses cheveux noirs, séparés sur le front, retombaient en boucles à la manière des têtes de Rubens. Il portait une redingote étroite ornée de brandebourgs, et, ce qui ne me surprit pas médiocrement, il avait mis par-dessus ses bottes de larges pantoufles fourrées. Quand il eut achevé de fumer sa pipe, il tira d’un étui de ferblanc une grande quantité de plantes qu’il étala sur la table et qu’il se mit à examiner les unes après les autres avec une éminente satisfaction. Pour entrer en conversation, je lui fis compliment sur les connaissances qu’il paraissait posséder en botanique. Il sourit d’une façon bizarre et me répondit : — « Ces herbes que vous voyez n’ont de prix réel que leur rareté. Je les ai cueillies moi-même sur les flancs de la cime du Chimboraço. f>

Comme j’allais loi adresser une nouvelle question, quelqu'un frappa de nouveau à la porte du cabaret. L’hôte alla ouvrir, et une voix cria du dehors : « Faites-moi le plaisir de couvrir votre miroir.» — uÂh! » lit l’hôte, « le général Suvarow arrive bien lard ce soir.» En même temps un petit homme sec, roulé dans les plis d'un manteau brun, entra en sautillant dans la taverne, et vint s'asseoir entre moi et le voyageur do Chimboraço. — « Quel froid dehors, » dit- il, «et quelle fumée ici ! Je voudrais bien une prise de tabac.» Je m’empressai de lui présenter une tabatière d’acier poli comme une glace, cadeau d’une amitié qui m’est bien chère. A peine le petit homme y eut-il -jeté les yeux qu’il fit un saut en arrière, et s’écria en la re- - poussant de ses deux mains : « An diable, au diable, votre maudit miroir !... » Je le regardai avec stupeur; tous ses traits étaient bouleversés, il était pôle comme un mort. Je n’osai loi demander la cause du malaise qu’il éprouvait; je ne sais quoi de fantastique et d’infernal me semblait attaché à ce petit homme

LB REFLET PËRDÜ.

bran. Je me rapprochai de mon voisin du Chimboraço, el non» continuâmes notre glose à propos de botanique. Tout en causant, je regardais de temps en temps le petit homme avec anxiété, et, voyant sa figure changer à chaque minute, un frisson glacial parcourait toutes mes veines.

De phrase en phrase, et sans doute par suite de notre rencontre si bizarre, la conversation tomba sur la métaphysique du bonheur. — « Ma foi, d disait l’homme du Chimboraço, « toute ma philosophie se résout à opposer la patience aux mille et une tracasseries dont la vie est semée. Nous laissons chaque jour, et partout, un lambeau de notre pauvre existence accroché à quelque mésaventure dont toute la prudence humaine n’aurait pu nous préserver. » — « Ma foi, mon cher maître, n repartis-je, «je suis on exemple incontestable de la vérité de ce que vous dites; car cette nuit même j’ai perdu, par un incident fort désagréable, mon chapeau et mou manteau, qui sont restés accrochés dans le vestiaire de M. le conseiller de justice » A ces mots, je vis mes deux voisins tressaillir, comme s’ils avaient reçu tous deux une violente secousse. Le petit homme brou me décocha uu regard fauve dans lequel il y avait quelque chose d’éminemmeut diabolique. Il sauta sur une chaise et rajusta soigneusement le rideau de serge rouge dont l’hôte avait couvert le miroir du cabaret, tandis que le citoyen du Chimboraço mouchait les chandelles de manière à ne pas laisser la moindre ombre se former. L’entretien se renoua difficilement, et tomba sur les œuvres d’un jeune peintre fort en vogue alors. — « Son talent, » disait le grand homme sec, « saisit la ressemblance avec un art admirable; il ne manque à scs portraits que la parole, à tel point qu'on les prendrait, tant ils sont animés, pour un reflet dérobé au miroir. » — « Quelle stupidité In s’écria le petit homme brun en se démenant sur sa chaise; « comment supposer que l’image réfléchie dans un miroir paisse être dérobée? par qui, je vous le demande, â moins que le diable ne s’en mêle? Oui, oui, monsieur le savant, monsieur le grand juge en matière d'art, faites-moi, je vous prie, toucher au doigt un reflet dérobé au premier miroir venu, et je vous fais sur l’heure une pirouelle de cent pieds de hautl » Le grand sec se leva, et s’approchant du petit homme brun , — tt Tout beaul l’ami, » lui dit-il; « ne faites pas tant le revêche, ou l’on vous fera pirouetter de la simple iiauteur de Tes-

46C CONTM rAirr49T|(^|:S.

califir qui mène à U cour. ParWpn, jp ypps pqqpeitle 4’^trp (ier ! votre figurp doit produire un plaisent eSist daop qn piiroir... » U n'avaiÿ pas uphevé, que le petit itomuie brun ee roulait sur son banc en proie à un rire convulaif, en criant du fond de son gosier : — « Ha! lia! ha! mon pauvre camarade, qu’importe mon reflet? j’ai du rooiqs une ombre que personne ne m’a volée!... » Et en disant cela, il s'en alla en cabriolant et se jeta hors de la taverne. Le grand sec était retombé sur son siège comme un homme anéanti. « Qu’avez-vous, citer monsieur ? » lui dis- je avec un accent plein de compassion.

— « Ce que j’ai ! » me répondit-il avec des sanglots, a ce qne j’ai!... Hélas! ce petit homme que vous avez vu là tout à rbeure est un méchant sorcier qui vient me réclamer dans le dernier asile où j’avais cru trouver un refuge contre l’affreux malheur d’avoir perdu mon... Adieu, monsieur, adieu! »

Et l’étranger se levant, gagna rapidement la porte en frar versant toute la taverne sans projeter la moindre ombre sur les murailles. — « Peter Schlemihl! Peter Schlemihl ! » m’écriai-je en courant après lui, car je venais de reconnalire ce célèbre maudit; mais il avait pris déjà trop d’avance, et disparut dans les ténèbres.

Quand je voulus retourner à ma place, l’hôte me poussa der hors par les épaules et me ferma la porte au nez, en disant :

— s Que le bon Dieu préserve ma maison de pareils revenants I J’aimerais autant verser à boire au diable en personne! »

M. Mathieu est mon ami intime, et son portier le plus stylé cerbère que je sache. Celui-ci m’ouvrit au premier coup de la clochette que j’agitai à la porte de l’Aigle-d’ür. Je lui racontai en deux roots les petites misères de ma soirée; et comme la clef de ma chambre était restée dans mon manteau chez le conseiller de justice, il m’ouvrit une autre chambre, y posa on flambeau, et se retira discrètement après m’avoir souhaité bonne nuit. Il y avait dans cette chambre une grande glace couverte d’on rideau. Je posai les flambeaux en face de la glace, dont j’écartai le voile pour contempler la triste figure que je devais faire. Mais à peine avais-je fixé les yeux sur mon image, qu’il me sembla voir une ligure vague et flottante sortir du

LE REFLET FERinr.-

fond de perspecÜTe da miroir et s’avancer vers moi. Pen à pea cette fiçare devint plds distincte, et bientôt je reconnus les traits adorés de Julie. Je ne pus retenir un cri de surprise et d’amonr; j’étendis les bras vers cette apparition en appelant : — Jnliel Julie 1 »

Anssitdf j’entends derrière moi nn soupir prolon((é ; je cours an fond de la chambre, j’écarte vivement les courtines do lit, et j’aperçois plon$;é dans rtn sommeil de marmotte le petit homme au manteau brun. De sa poitrine, agitée par nn lourd cauchemar, s’échappait par intervalles un nom de femme : — « Ginlietta! Giulietta! » murmurait-il. J'éprouvai un frissén; mais reprenant du cœur, je secouai rudement le petit homme en loi criant : — a Hé ! l’ami, quel diable vous a fourré dans mon Kt? tâebez, s’il vous pfaff, de chercher gîte ailleurs. » Le petit homme étendît ses membres, sé réveilla lentement, et me dit :

« Ah ! merci, monsieur; vous m’avez tiré d’un mauvais rêve. » fl paraissait, en disant cela, si triste et si accablé, que j’en eus pitié; je compris <f ailleurs que le portier pouvait bien m’avoir ouvert par mégarde cette chambre occupée de droit, et que j’aurais fort de troubler le repos de son locataire.

— ((Monsieur,» me dit le petit homme en s’accoudant sur l’oreiller, « ma conduite au cabaret a dû vous paraître bien absurde; mais que puis-je y faire? je suis soumis à une Ornelle influence qui, fort souvent, m’expose à commettre une foule d’impolitesses. » — « Eh! mon cher monsieur, » repris-je, « je suis précisément dans le même cas; et ce soir, quand j’ai revu Julie.... » — ((Julie ! dites-vous? s’écria le petit homme en prenant une physionomie convulsive. « Ah ! monsieur, je vous en supplie, laissez-moi dormir, et veuillez bien rabaisser le voile de celte glace! » En achevant ces mots, le petit homme brun cacha son visage dans les plis de l’oreiller. — « Mais, mon cher inconno,» repris-je en élevant la voix pour le forcer de m’écouter, « pourquoi ce nom de femme que je viens de prononcer vous cause-t-il une impression si pénible? J’espère que vous me ferez celle confidence quand, après avoir recouvert la glace selon voire désir, j’aurai pris place au lit, à vos côtés; car voici sérieusement l’heure dé se reposer. »

Le petit homme se releva sur son séant, comme si un l’esgort réût fait agir : — (( Vous voulez donc absolument, » nie dît-il', c< conuaitre lé secret de ma misérable' vîe? Eh bien ! voiof

468 CONTBS FANTASTIQTIES,

mon histoire. » En même temps il sortit du lit, s’empaqaeta dans une espèce de ro!)e de chambre, et voulut s'approcher de la cheminée ; mais le voile de la glace n’élail pas encore remis, ses yeux s’y fixèrent. — « 0 surprise! débouta côté de loi je ne voyais pas son reflet à côté du mien ! Le petit homme tourna vers moi son regard empreint d’une douloureuse émotion. — Monsieur, » me dit-il en sanglotant, «je suis plus à plaindre que Peler Schlemihl. Schlemihl a vendu son ombre : c’est sa faute, et' d’ailleurs il eu a reçu le prix. Moi, monsieur, je lui avais donné mon reflet par amour, à elle, à Giulietta! Hélas! hélas!... » El il courut se rejeter dans le lit en poussant des gémissemenls étooCFés.

Toutes sortes de sensations contraires s’agitaient dans mon âme à la vue d'un spectacle si Irislement grotesque. Je restais là cloué à la même place, comme on véritable automate, lorsque j’entendis mon interlocuteur ronfler comme un tuyau d’orgue. La tentation de l’imiter me gagna si fortement, que dix minutes après je dormais comme un bienheureux sur la moitié do lit qu’il me cédait.

Une heure avant l’aube, je fus réveillé par le rayonnement d’une clarté très-vive. En ouvrant les yeux, j’aperçus le petit homme brun à demi vêtu, et fort occupé à écrire à la lueur de deux flambeaux. Son aspect fantastique me donna le vertige; je tombai dans une sorte d’hallucination qui me transporta chez le conseiller de justice, assis sur le sofa, comme la veille, près de Julie. Le conseiller me paraissait être une poupée de sucre parmi les arbustes charges de fruits et des toufics de roses. Julie m’offrait, comme la veille, un verre de cristal d’où jaillissaient, en phosphoresçant, de petites flammes bleuâtres; puis quelqu’un me tira par derrière : c’était précisément le petit homme brun qui me chuchotait à l’oreille : — « Ne bois pas, ne bois pas l » — « De quoi avez-vous peur? » médit Julie; « n’êles-vous pas tout à moi, «oui el votre reflefi » Je pris le verre de ses mains; j’allais boire, quand le petit homme brun me sautant sur l’épaule, métamorphosé en écureuil, me répéta : — « Ne bois pas, ne bois pas! » el de sa queue frétillante il cherchait à éteindre les petites flammes bleuâtres. Julie reprit la parole : — « Pourquoi, » me dit-elle, « refuses-tu de prendre ce verre, ô mon bien-aimé ? Celte petite flamme pure, et brillante que tu vois lucioler à sa surface est l’emblème dq

LE BBFLET PERDU.

premier baiser de notre ancien amoor! o An son de cette voix sidoncejc me sentis émn et transporté; j’allais presser sur mon cœur cette femme idolâtrée, lorsque Peter Schlemibl passa tout à coup entre nous deux et se prit à nous rire au nez. Au même instant, toutes les personnes qui remplissaient le salon du conseiller de justice me parurent changées en figurines de sucre, et toutes se mirent à sautiller en bourdonnant comme des abeilles, et en grimpant de tons cétés après moi comme après un mât do cocagne. — Je m’éveillai. 11 était grand jour, midi sonnait au beffroi de l'église voisine, et je me demandais, en me frottant les paupières, si l'Iiisioire de mes apparitions nocturnes n’était pas un cauchemar, lorsque le domestique de l’bôlellerie, entrant avec mon chocolat, m’informa que l’étranger qui avait partagé ma chambre et mon lit était parti dès le point du jour, en priant qu’on me fit ses compliments.

Voici ce que ce singulier personnage avait écrit pendant mon sommeil, et laissé, par oubli peut-être, sur la table.

Il arriva qu’un jour Érasmus Spiker se trouva au comble de la joie : pour la première fois de sa vie il lui était permis de voyager. 11 garnit de pièces d’or une ceinture de cuir, et monta en berline pour aller visiter la poétique Italie. Sa chère femme lui dit adieu en pleurant, lendit vingt fois le petit Rasmus à la portière de la voiture pour que son tendre père lui donnât les baisers du départ; puis elle recommanda par-dessus toutes choses à son cher époux le bonnet de voyage qu’elle loi avait elle-même tricoté de fine laine.

Erasmus arriva â Florence, où il trouva plusieurs de ses com« patriotes livrés sans réserve à toutes les voluptés de la vie. 11 se mit bravement à partager leurs orgies, et voulut être de toutes leurs aventures. Or, il advint qu’une nuit tous les joyeux compagnons s’étaient donné rendez-vous dans une villa des faubourgs pour y faire fête complète. Chacun d’eux, Érasmus excepté, avait amené sa maiiresse. Les hommes portaient le costume national de la vieille Allemagne, les femmes étaient parées de leurs plus frais atours à In mode de leur pays. On mangea, on but, ou chanta les plus délicieuses romances italiennes. Les orangers en fleur secouaient leurs parfums dans

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l’air; la brise uocluriie emportait à travers les espaces lointains des flots de voluptueuse harmonie ; la joie des convives s’exaltait jusqu’aux limites du délire.

Soudain. Kriedrich. le plus franc viveur de la troupe, se lève; d’un bras il soutient la taille de sa maîtresse, de l’autre il élève au-dessus de sa tôle son verre plein jusqu’au bord de vin doré : « O mes amis, » s'écrie-t-il, « en quel lieu du monde trouverait-on mieux qu'ici tout ce qui fait aimer la vie? Femmes d’Italie, si l’amour n’existait pas depuis le berceau du monde, vous l’auriez inventé! — Mais toi, Erasmus, pourquoi donc es-tu venu seul ici? pourquoi, seul, ne partages-tu pas notre ivresse? pourquoi nous attrister par la mélancolie de ton visage? »

« Que vous dirai-je, ô mes amis! » répondit Erasmus;

« mon cœur ne partage pas vos joies, parce que mon esprit ne place pas le bonheur dans l’ivresse des sens. D’ailleurs j’ai laissé dans notre pays une femme fidèle dont je ne dois pas tromper la conüance. Vous êtes libres, mais moi j’ai une famille à laquelle il me faut penser sans cesse...»

Les jeunes gens se moquèrent de la sagesse d’Erasmus, doul la jeune physionomie semblait encore si peu faite pour s’altérer par les soucis du ménage. La maîtresse de Friedrich se fit traduire en italien le dise mrs de Spicker, puis elle dit en souriant: «Voilà un sage à qui Giulietla pourrait bien faire

perdre son àme! » Gomme elle disait cela, on vit entrer dans la salle du festin une femme d’une merveilleuse beauté. On eût cru voir une vierge de Ilubens ou de Miéris.

«Giulietla! » s’écrièrent les jeunes filles.

Giulietta promena sur les convives un malicieux regard. — a Braves Allemands, » leur dit-elle, * voulez-vous me faire place à votre banquet joyeux? Tenez, voilà justement l’un de vous qui me parait seul et irisle ; je vais lâcher de le dérider! » El prenant place avec une coquetterie ravissante auprès d’Érasmus, elle rendit, par ses minauderies, tous les jeunes gens jaloux de la bonne fortune de Spicker.

Érasmus avait senti, à l’aspect de Giulietla , un feu dévorant circuler dans ses veines. Quand il la sentit si près de lui, l’ivresse du désir exalta son imagination. La belle Italienne se leva, prit une coupe et la lui offrit. A peine eut-il avalé d’un rail le breuvage perfide, qu’il tomba aux genoux de la sirène : — «Oh! » s’écriait-il, « c’est loi, toi seule au monde qui es

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