LE RÊVE
Mon cousin Kasper Élof Imant appartient au tem^^ pérament mélancolique... • ce qui signifie, en d'autres termes, qu'il a le foie gros, la taillé mince, les cheveux bruns tirant sur le noir, le regard vif, le nez long et légèrement crochu, les joues sèches, fouettées de quelques fils rouges, les lèvres vermeilles, les dents blanches^ le menton avancé et Téchine maigre. On le voyait souvent, autrefois, se promener d'un air rêveur, les épaules voûtées, dans l'avenue des Platanes, à Birkenfeld; ses yeux perçants prenaient alors une expression abattue, et les plus jolies filles de la ville le plaignaient de son infortune, quoiqu'il jouît de quinze à vingt mille livrés de rente et d'un excellent appétit.... Elles lui supposaient une maladie quelconque, et voulaient
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l'en guérir. « Ce pauvre M. Élof, se disaient-elles, ne se consolera jamais de la perte de sa mère; il lui faudrait les joies, les douceurs de la famille, pour effacer de son âme cette impression douloureuse.... une jeune épouse, des petits enfants, etc., etc. » Notez bien que mon cousin Élof n'avait pas six ans à la mort de sa mère, et qu'il touchait alors à la trentaine. Moi, j'allais lui raconter ces petites historiettes; il en souriait finement, puis redevenait tout à coup sombre et rêveur.
Notre tante- Catherine, la veuve du conseiller Weinland, donnait, à cette époque, de petites soirées musicales où se trouvaient réunies une foule . de jeunes personnes charmantes. J'ai toujours pensé que la digne femme, possédée d'une vocation matrimoniale singulière, voulait marier ses neveux, et favoriser, comme on dit, les sympathies réciproques. Quoi qu'il en soit, Élof et moi,, bon gré, mal gré, nous assistions à ces réunions qui nous ennuyaient beaucoup; mais que ne fait-on pas pour une tante ornée de trois vignobles et d'une magnifique campagne aux environs de Francfort? Elle tenait à nous entendre chanter le duo langouroso :
« Ce qu'il me faut à moi..,. C'est toi !.. . c'est toi !.. . c'est toi ! »
avec mademoiselle Ophélia, ou mademoiselle Pridoline.... et nous le chantions. Elle exigeait que
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LE BÊVE DE MON COUSIN ËLOF. 97
nous fissions les honneurs de la crème fouettée et du kougelhoff.... et nous les faisions, ces honneurs. Elle nous morigénait sur notre tenue, sur le nœud de notre cravate, ou la tournure de notre moustache, et nous Técoutions avec la plus parfaite condescendance.... moi, riant et répondant: « Vous avez raison, chère tante, toujours raison !.. » Élof, le coude sur le piano, l'air boudeur, mais résigne. Puis arrivaient les causettes, les petits caquets : Mme la conseillère ou Mme la baronne en détachaient sur les absents.... Venaient-ils à paraître?... c'étaient des exclamations de plaisir : « Quel bonheur de vous voir!... Oh! nous ne comptions plus sur vous... Nous n'osions espérer, etc., etc. » Et les chères personnes échangeaient des sourires.... de grands saluts.... des embrassades!...
«Hé! hé! hé! délicieux.... délicieux.... Mariezvous.... mariez- vous donc!
Or un soir, après le duo, la* ballade obligée et l'ariette du Colibri joli, quelques-unes de ces dames, patronnesses de la loterie de charité, causaient en tre elles d'une certaine mendiante de la bourse des pauvres, qui venait de mourir à l'âge de quatrevingt-dix ans. Mme la baronne Freidag dépeignait avec attendrissement cette mort édifiante.... Élof, assis dans l'embrasure d'une fenêtre, le cou tendu, paraissait fort attentif. Tout à coup, profitant d'un silence, il se prit à demander :
98 LE RÊVE DE MON GppSirf ÉLOF.
« Madapiç 1§ baronne ft yu sfins dqiiit^ mourir beauçgpg (je mopde, daqs se^f pieuse? visites, dgpjs quîpzç aps ? »
"li'acçent, le regard, Fattitude d'Élof stupéfièrent tous les assistants ; mpi-même, je Ipi tpuvai quelque chose de fort bizarre.
« Beaucoup, monsieur, répondit la baronpe, dont les joues avaient prjs une teinte animée.
-r- Et, fit Élof , tous ces inorts avaient les yeux ouverts?
— Tous, dit la jaaronne.
— Et la bpucbe aussi» mada^me ?
— Oui, c'est vrai, la bouche aussi.
— Je le savais! dit Élof en inclinant le front, je le savais! »
Puis il retomba dans ses rêveries habituelles.
Ces quelques paroles insignifiantes avaient produit un tel effet sur l'assistance, que je vis plusieurs personnes pâlir. Il faut avouer que c'était un singulier teite de conversation, après la musique du Colibri joli ! Tout notre cercle pressentait là quelque mystère, et la digne tante Catherine, pour ranimer la joie, proposa de danser une valse. On dansa, mais chacun se sentait mal à l'aise. Vers onze heures, Élof disparut, et dix minutes après on entendaitrou- 1er les dernières voitures dans la rue silencieuse.
Au moment de partir, ma tante, nae prenant par le bras, s'écria :
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•c Au nom di| ciel, Christian, que se passe-t-il î Est-c§ qu'Élof est deveiji; foii î .
— {lé! phëre tante, vous connaissez son caractère fantasque.... Et pui)|, franchement, quVt-il dit de mal ?
— Sans doute.... C'est cette baronne aves ses histoires de morts et de mourants.... Allons, n'y pensons plus, Christian.... Bonne nuit ! »
Je sortis tout pensif. Au loin brûlait la mèche fumeuse d'un réverbère. Je ne sais pourquoi, mais en regagnant mon logis, rue des Capucins, je me sentis frissonner. Avant de me coucher, chose extraordinaire, je regardai sous mon lit. Il me semblait qu'un péril imminent me menaçait ; je ne savais ce que cela pouvait être, mais toute la nuit des visions bizarres me traversèrent Tesprit. Je m'éveillai plusieurs fois, écoutant la cime des hauts peupliers bruire à toes fenêtres, et la rivière d'Erbach battre, de son flot monotone, les murailles qui longent mon jardin. Le hélage des mariniers, les cris du wachtmann, prenaient à mes oreilles un sens mystérieux.
Le lendemain, au petit jour, j'étais debout avant cinq heures ; je venais de pousser mes persiennes, et j'écoutais les hirondelles échanger leurs gazouillements sonores sur les gouttières. En ce moment, j'aperçus au loin, dans la rue déserte, Élof qui s'approchait à grands pas, Je feutre rabattu sur les yeux,
toc LE RÊVE DE MON COUSIN ÊLOP.
et les plis de son petit manteau noir serrés sur la poitrine. J'allais lui souhaiter le bonjour, quand il tourna brusquement à gauche et gravit l'escalier quatre à quatre. — La porte de ma chambre s'ou* vrit, et ce brave Élof ne partit nullement surpris de me voir sur pied.
« Christian , me dit-il sans autre préambule, comme archiviste de Birkenfeld, tu dois posséder les documents judiciaires du Hundsriick?
—Sans doute.... mais assieds-toi.
— Merci. A quelle époque remontent ces documents?
— A cent cinquante ans.... au règne de Yéri- Peter le Borgne.
— Bien, très-bien, fit-il ; pourrais-tu me confier ceux de Tannée 1800?
— Impossible ; aucune pièce des archives ne doit sortir de mes mains.... mais je puis t'en donner connaissance à la bibliothèque Saint-Christophe, SI tu le désires.
— C'est tout ce que je demande, dit-il en se promenant de long en large avec impatience.
— Tu veux partir tout de suite ?
— Oui.... certainement.... le plus tôt possible.
— L'affaire est donc bien pressante ! »
Il s'arrêta court, et me fixant de ses yeux noirs: «Christian, dit-il, tu sauras tout.... tout!... Fais-moi le plaisir de mettre ton chapeau. »
Il rne l'apportait lui-même :
« Prends ta clef et partons ! »
Cette impatience, chez un homme ordinairement si calme, et surtout le souvenir des questions étranges qu'il avait adressées la veille à la baronne Freidag, surexcitèrent ma curiosité ; je fis ce qu'il voulait, et nous partîmes immédiatement.
La bibliothèque Saint-Christophe est une vieille construction d'ordre roman ; son origine remonte à Gharlemagne. Elle a trois hautes salles superposées Tune à l'autre ; un escalier massif en volute monte jusqu'au sommet du toit, d'où Ton découvre, par trois lucarnes, le pays environnant à perte de vue. A chaque étage, et sur chaque face de l'édifice, se trouvent six fenêtres en plein cintre, petites, écrasées, dont la lumière se traîne sur les larges dalles, tandis que les voûtes restent dans l'ombre. Somme toute c'est une construction barbare, qui n'a de grandeur que par l'élévation de ses murailles, et les souvenirs qu'elle rappelle ; sa situation, hors de la ville, près la rivière d'Erbach, lui donne un aspect dominateur. On ne se douterait guère que c'est une bibliothèque, d'autant moins que sa lourde porte de chêne reste close depuis le premier jour de l'an jusqu'à la Saint-Sylvestre.
Nous montâmes l'escalier tournant, éclairé de loin en loin par quelques meurtrières.
« Si ces marches sont usées, dis-je à mon cama-
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102 LE RÊVfi DE MON COUSIN ÈLOF.
rade, ce n'est pas ma faute, ni celle des savants de Birkenfeld ; depuis Tannée dernière, où le comte Harvig me demanda son arbre généalogique, personne n'a remis le pied ici. »
Arrivés au troisième étage, tandis que je cherchais ma clef, Élof, comme au sortir d'un rêve, s'écria :
« Enfin, je vais donc voir I... »
Nous entrâmes dans la grande salle silencieuse. Le soleil brillait alors de tout &on éclat et de toute sa fraîcheur matinale ; les trois fenêtres, percées dans les murs extrêmement épais, nous montraient au fond de leurs lorgnettes, les jolis paysages de la plaine : la rivière, les moulins écumeux et les arbres, dont le feuillage se découpait avec une netteté surprenante. L'intérieur était sombre, la grande table couverte de cette fine poussière que tamise la solitude. Élof, en regardant les grands rayons de chêne chargés de paperasses innombrables, fit une exclamation de surprise ; nàôi je poussai mon échelle roulante dans l'un des angles les plus obscurs, et demandai :
« Quels documents veux-tu voir ?
— Ceux de Tannée 1800.
— Bien, cela se rapporte à Tan viii de la République, une et indivisible ; nous faisions alors partie du département de la Sarre. »
Et je me mis à gravir l'échelle. Au bout de cinq
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minutes, j'en redescendis, tenant un énorme volume sous le bras. Nous primes place sur deux petits fauteuils de noyer, à dossier plat, sans bourre ni coussin, à la mode du dernier siècle, et j'étalai mon volume sur la table. Qui nous eût vus, penchés l'un vers l'autre, dessinant notre noire silhouette sur les vitraux armoriés, nous eût pris pour l'apparition fantastique de Merlin et du petit bonhomme de Liège, fouillant leur grimoire. Je lisais les entêtes ; Élof, les yeux brillant d'une attention fébrile, murmurait de temps en temps :
« Va.... va toujours.... cousin.... ce n'est pas encore cela I »
Nous avions parcourii de la sorte les deux premiers tiers du volume, et l'impatience me gagnait, quand je lus enfin :
« Extrait du registre du tributial criminel du département de la Sarre, an vni, au nom du peuple français, vu par lé tribunal criminel du département de la Sarre, l'acte d'accusation dressé le 9 fructidor, an vm, cohtre Philippe Gilger, dont la teneur suit.... »
«Ahl ah! s'écria Ëlof, nous y sommes 1... Lis plus haut, cousin. »
Le regard d'Élof prit une telle fixité que j'en fus troublé. Le son de ma propre voix, répété par la voûte, me faisait éprouver de vagues terreurs. Je poursuivis :
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104 LE, KÊVË DE UOiN COUSIN ËLOF.
« Le directeur du jury de Tarrondissement de Birkenfeld expose que, le 21 ventôse dernier, Mangel et Denier, gendarmes du département de la Sarre, demeurant à Coussel, porteurs du mandat d'arrêt, délivré le 20 ventôse dernier, par Tofficier de police judiciaire du canton de Griimbach, contre Philippe Gilger, natif de Wieswiller, prévenu de complicité de vol et de meurtre, ont conduit à la maison d'arrêt de Birkenfeld la personne dudit Gilf^er, et remis les pièces le concernant au greffe dudit jury ; qu'aucune partie plaignante ne s'étant présentée dans les deux jours de la remise, le directeur du jury a procédé d'office à l'examen des pièC'S relatives aux causes de l'arrestation et de la détention dudit Gilger, et qu'il résulte de ces pièces :
« 1* Que six personnes, dont quatre de Hundsbach, et deux de Scliweinsclieid, revenant le 27 frimaire dernier de la foire, qui se tenait le jour d'avant à Birkenfeld, ont été assaillies sur la grande route, vers neuf heures du matin, par trois brigands, au nombre desquels se trouvait Gilger; que ces brigands, le pistolet au poing, se sont fait remettre par les voyageurs la somme de quatrevingt-quinze florins ;
« 2" Que, le même jour, un boucher de Meisenheim, ayant passé la nuit à la ferme de Wickenliof, et revenant également de la foire de Birkenfeld,
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s'est VU attaqué par les mêmes brigands, et forcé de leur remettre deux cent quatre-vingt et quelques florins. »
Suivait rénumération d'une foule d'autres vols commis par Gilger et ses complices : Éiof en écoutait la lecture sans s'émouvoir davantage, ce qui me faisait supposer qu'il n'y trouvait pas son affaire. Nous arrivâmes enfin au vingt-sixième chef d'accusation :
« 26« Le directeur du jury expose en outre que, le 13 pluviôse dernier, quatre voleurs armés de fusils, à la tête desquels se trouvait Philippe Gilger, se sont introduits, entre une et deux heures de la nuit, dans un moulin près de Birkenfeld, et ce, par une fenêtre basse, en y forçant un barreau de fer; que les voleurs> à l'aide de cette effraction, étant parvenus à la porte de la chambre du meunier "Pierre Ringel.... »
Élof m'interrompit en cet endroit par une sorte de cri rauque ; je levai les yeux, sa pâleur m'épouvanta.
«Oui.... oui..., dit-il avec un sourire lugubre.... c'est bien cela 1 Poursuis, Christian, je t'écoute. *»
Malgré mon émotion, je repris :
• Qu'étant parvenus à la porte de la chambre du meunier Pierre Ringel, laquelle donne dans Tintérieur du moulin, ils ont brisé la petite vitre en-
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106 LÉ RÊVE DE MbN COUSIN JSLOF.
clavée dans la porte, et qu'ayant introduit les canons de leurs .fusils par cette ouverture, ils ont forcé le meunier de tirer le verrou ; qu'étant entrés dans la chambre, ils ont exigé de Ringel la remise de son argent, de sa montre, de sa pipe, jnarquée aux initiales P. R. ; que fouillant tous les recoins de la demeure, et ne trouvant pas les sommes qu'ils espéraient, non contents de metti*e sans cesse le meunier en joue, avec mille imprécations terribles, ils lui ont lié entre les mains de la nièche Soufrée ; que, dans cette extrémité, Ringel, poussé à boiit par la douleur, ayant voulu se défendre,' ils Tont assommé à coups de crosse, et jeté ensuite par uhè fenêtre dans la fosse du moulin.... où son cadavre n'a pu être retrouvé, malgré toutes les rebhércheS; ce qui fait supposer qu'il àùta été eiitraftié pâf là force du courant.
« 27° Que, le 16 ventôse dernier, Philippe Gilger.... »
« Cela suffit, interrompit Élof ; toutes faës suppositions sont vérifiées.... Christian, tu vas apprendre des choses qui te feront dresser les cheveux sur la tête.... Mais voyons d'abord le dénoûment de ce drame, tel que le rapporte l'extrait du registre de Trêves. »
Je tournai plusieurs feuillets, et je lus la déclaration du jury d'accusation deBirkenfeld.... L'ordonnance de prise de corps rendue le il fruc-
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tidor.... Enfin, la déclaration unanime du jury spécial de jugement, sur les innombrables questions de l'acte d'accusation. Puis, en conséquence de cette déclaration, le jugement conçu en ces termes ;
« Le tribunal criminel du département de la Sarre, après avoir entendu le substitut du commissaire du gouvernement, en ses conclusions, sur l'application de la loi, Taccusé et ses défenseurs officieux, et en avoir délibéré;
« Condamne Pierre Gilger à la peine de mort, conformément, etc.;.... le condamne en outre aux frais de procédure, etc., etc.
« Fait, prononcé et interprété, en l'audience publique du tribunal de Trêves, le 29 brumaire, an ix de la République française, une et indivisible, à six heures du matin. Signé : Buchel, président; Bauter, Volbach, Hertzerod et Warnier, juges du tribunal, qui ont tous signé à la minute du présent jugemetit. Pour copie conforme être jointe aux pièces, signé : Buchel, président, et Warnier, greffier. »
— Quel malheur! dit Élof.... quel malheur 1 Cet homme était innocent I
— Innocent 1 D'où le sais-tu?
— Je le sais.... je le sais.... n'importe de quelle manière.... j'en suis sûr! »
Il courait par la salle d'un air hagard, et sa longue figure jaune prenait des teintes verdâtres.
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* « Ah 1 voilà. . . . voilà ce qui m'obsède depuis vingtcinq ans, s'écriait-il..., voilà ce qui m'a rendu sombre.... mélancolique.... >
Enfin, il vint reprendre sa place et me dit de l'accent le plus ferme.... le plus positif :
« Je suis loin de prétendre, Christian, que ce Gilger ait été un honnête homme ; tout ce que l'acte d'accusation rapporte est vrai, sauf le meurtre du meunier.... Oui, Gilger était un misérable, un voleur de grand chemin.... il a vécu de pillage et de rapines, mais il n'a pas tué Ringel.
— Qui donc alors Ta tué? lui demandai-je, ébranlé par son accent convaincu.
— Voici comment les choses se sont passées, ditil. Le 13 pluviôse, an viii, entre une et deux heures du matin, la pluie tombait par torrents. Ringel, veuf depuis cinq ans, s'était éveillé dans la chambre de derrière, faisant face à la roue du moulin. Il entendait Teau bouillonner dans la grande fosse.... et n'ayant pas eu la précaution d'abaisser l'écluse avant d'aller se coucher, il craignit de voir la digue emportée par le débordement. C'était un homme de soixante à soixante-cinq ans, encore solide, la tète grise et le caractère fort rapace. Après avoir écouté le bruit de ce déluge quelques instants, il se leva pour battre le briquet et tourner le gros écrou du déversoir, maïs au même instant un bruit rauque frappa son oreille.... »
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A cet endroit de son récit, Élof devint pâle comme la mort. ... ses yeux brillèrent, il pencha légèrement la tête, et Ton eût dit qu'il écoutait.... Moi, j'avais peur!
« Il entendit un bruit rauque, reprit^il avec un soupir saccadé. ...un bruit rauque dans le moulin.... une sorte de grincement sinistre très-distinct, malgré le bouillonnement de l'eau, qui s'élançait des gouttières et qui tombait en nappes le long du toit.... malgré aussi Timmense murmure des saules fouettés par la pluie. Alors Ringel entr'ouvrit la porte qui donne dans le moulin.... il regarda quelques secondes et vit, sur le fond grisâtre d'une lucarne à gauche, plusieurs têtes noires attentives.... Et comme sa vue acquérait, par là peur, toute l'acuité de celle du chat dans les ténèbres, il aperçut également un grand levier passé entre les barreaux.... Trois liommes pesaient sur ce levier.... 4e là le grincement qu'il 'avait entendu. Il allait appeler au secours, quand le barreau céda d'un seul coup et sortit de la pierre.... En même temps, deux hommes sautèrent dans le moulin.... Ringel n-eut que le temps de fermer sa porte et de recommander son âme à Dieu. On parlait depuis quelques mois de meurtres commis sljxx environs de Birkenfeld.... de vols.... d'incendies.
• La bande de Schinderhannes exploitait le Hundsrûck. Toutes ces idées frappèrent le malheureux,
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\\ se jugea perdu. La pluie commençait à faiblir et des pas couraient dans le moulin ; les bandits cherchaient évidemment le; maître.... Ringel n'avait pas d*armes.... Il se souvint que son gendre cftucUait au-dessus de lui.... et comme de grands cris s'élevèrent tout à coup, il ne douta point qu'ils ne l'eussent découvert. Le fait est que le gendre, Hans Omacht, s'était échappé dès le commencement en sautant dans le jardin, d'une hauteur de quinze à vingt pieds.... Le^ bandits venaient de trouver sa fenêtre ouverte. »
Il y eut un instant de silence ; Élof parut se recueillir; quant à moi, je me demandais par quel moyen il avait pu se procurer ces détails, d'autant plus étranges que le meunier, ayant été assassiné, n'avait pu les confier à personne.
« Tu sauras, reprit mon cousin, qu'une haine sourde existait entre Pierre Ringel et son gendre; la fille du meunier était morte depuis quelques mois, laissant un enfant, lequel devait succéder naturellement aux biens de sa mère et de son aïeul.... Mais Ringel, se voyant seul avec un étranger, et n'éprouvant pas pour l'enfant de sa fille, encore en nourrice, une grande affection, avait résolu de se remarier ; il courtisait une vieille fille de Neustadt, et le gendre, menacé de se voir frustré du moulin et d'un riche héritage, avait conçu la plus profonde aversion pour son beau -père....
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LE BÊYE DE MON COUSIN £LOF. lU
— Mai3 encore une fois, Élof^ d'où et par qui sais-tu ces choses?
— Je les sais, fit-il gravement ; cela suffit. Ecoute le reste : La plupart des faits que relate l'acte d'accusation sont exacts, et cela prouve l'esprit observateur de celui qui l'a dressé. Il est très-vrai que les brigands, après avoir découvert la retraite de Ringel, brisèrent la vitre de la porte, qu'ils menacèrent de le fusiller par cette ouverture, s'il ne tirait pas le verrou.... Il est très-vrai queRingel,ne pouvant se dérober aux canons de leurs fusils, croisés vers les deux angles de la chambre, finit par céder à ces menaces de mort.... qu'il ouvrit, et fut maltraité d'une façon horrible.... qu'après l'avoir dépouillé de ses vêtements jusqu'à la chemise, et ne pouvant tirer de lui les sommes qu'ils supposaient avec raison cachées dans le moulin, il est encore^vrai que les brigands lui lièrent de la mèche soufrée entre les doigts, pour lui arracher des aveux par la souffrance.... MaisRingel, fort avare, aurait supporté la mort, plutôt que de déceler ses cachettes.... et d'ailleurs, tandis que l'on battait le briquet pour allumer la mèche, se dégageant de l'étreinte des misérables qui le tenaient à la gorge, il se précipita par une lucarne dans la fosse du moulin. Il était alors environ quatre heures du matin ; la pluie avait cessé.... Riogel, élevé sur le bord de l'eau, nageait admirablement.. «. }] se laissa donc aller au courant
de TErbach, dont les flots, gonflés par les pluies, se précipitaient avec un immense mugissement vers le Rhin. Rien n'eût été plus facile au meunier que d'aborder; mais, supposant quelques bandits postés le long de la rive, il craignit de retomber entre leurs mains et ne voulut prendre pied que plus bas, au milieu d'un terrain marécageux* couvert de roseaux, sûr que pas un bandit ne pouvait se trouver en cet endroit. En eflet, au bout de vingt minutes, se sentant fatigué et glacé jusqu'à la moelle des os, il fit un crochet pour gagner le bord de la mare. En ce moment, la lune, jusqu'alors couverte de nuages, étendit sur la campagne un rayon limpide; le meunier, haletant, aperçut à quinziB pas de lui un homme debout dans un bateau. Il le reconnut : c'était son gendre. « Hans, » lui dit-it tout essoufflé, « c'est moi! tends-moi la « rame. >» Mais Hans, sans répondre, leva la rame.... Ringel cçmprit.... il jeta un cri plein d'indignation et de désespoir.... La rame lui tomba sur la tête.... Il disparut! Cependant la vigueur du vieillard était telle, qu'après un étourdissement de quelques secondes, il revint à la surface.... un second coup de rame le tua I Voilà comment les choses se sont passées, Christian.... C'est pour ce fait que Gilger a été guillotiné à Trêves, tandis que le gendre Omacht est propriétaire du moulin, et jouit de la réputation d'honnête homme! »
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LE RÊV£ DE MON COUSIN ÉLOF. lia
Élof se tut.... et moi, le regardant^ la bouche béante, il me semblait voir passer devant mes yeun ce drame lugubre.
« Hais, pour Famour de Dieu , cousin , repris-je enfin. ••.
— Ce n'est pas tout, interrompit Elof; hier tu me parus surpris de la question que j'adressai à Mme la baronne Freitag : « Si les morts ont d'habitude les yeux ouverts? »
— Sans doute, et je ne fus pas le seul que cette question étonna.
— Eh bien, Christian, tu vas savoir pourquoi je l'adressai. Avant tout, il [est bon de te dire que je n'ai jamais vu de paorts.... Rien que l'idée d'aller en voir m'épouvante.... Je n'ai vu qu'un mort.... un seul.... enréve,... dès ma plus tendre enfance.... Ce mort, échoué dans les roseaux, avait la bouche ouverte et les yeux aussi.... Il me semble toujours le voir.... la face pâle, ses grands yeux bleuâtres tournés vers le ciel.... le corps battu par les flots, s'agitant doucement.... les bras roides, étendus sur la vase où rampent mille insectes immondes, des écrevisses, des grenouilles , tandis qu*au*dessus , les grandes feuilles efGlées d'un vieux saule se balancent au souffle de la brise. Je vois ce cadavre nu, abandonné t... Au loin,le paysage désert.... les toits bruns de Birkenfeld à l'horizon. . . . quelques oiseaux tournoyant au-dessus dans les airs.... Je vois en-
114 LE RÊVE DE MON COUSlK ÊLOF.
suite, le soir, un homme descehdre TErbarcli brumeuse, s'approcher du corps, après avoir biëïi découvert l'immense plaipe déserte.... puis tirer de son bateau une longue gaffe, et d'un Coup vigoureux dans le flanc du cadavre, Tattirer au milieu du coufant.... Mais le mort surnage.... Alors, l'homme lui attache une lourde pierre au cou.... il disparaît. Ce mort, t'est le meunier Rîngel.... et Thomme, c'est son genre, Thônnéte Hans OmacKt !
— 'Hais, TÉldf, tout ceci n'est qu'un rêve.
— Un rêvel Pourtant, Christian, tu le vois, mon rêve ne m'avait pas trompé. Les morts ont les yeux ouverts.... et la bouche aussi! Personne ne me l'avait appris.... Et d'aussi loin que je me rappelle, quand on parlait de morts, je me les représentais sous la ligure effrayante de ce cadavre. D où me venait cette image? Était-ce un souvenirî Tion, à l'époque où ces faits se passèrent, je ne vivais pas encore.... Était-ce une de ces virions magnétiques dont le monde s'entretient depuis uîi siècle, sans pouvoir les définir? Était-ce le fluide vital, qu'on nonime âme, volonté, souffle, et qui se transmettait d'un organisme à l'autre? Que sais-je, moi 1 Mais ce fait, depuis mon enfance, ne cesse de me préoccuper. Te dirai-je une chose encore plus significative... .une chose incroyable.... absuirde.... etvraie pourtant?... Oui, tu sauras tout.... je te Tai promis. Il y a quelques jours, passant 'au bord de
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rEAach et doutant de mes impressions, me traitant moi-même de visionnaire.... tout à coup, malgré ma répugnance instinctive > presque invîncfflle, je me dirigeai vers le moulin. J'y entrai, espérant que la vue de Fiiïtérieur dissiperait de vaines illusions. ... Eh bien ! juge de mon saisissement, lorsque je trouvai toutes choses comme je me l'@tais imaginé : la haute charperite avec ses poutres croisées, rescaKer de hois morltant au grenier, la meule, la lucarne et son barreau de fer rompu, mais réparé maintenant au moyen d*un double anneau qui lui donne plus de solidité. ... la chambre de Ringel, et sa petite vitre pour épier le travail intérieur du moulin.... tout.. ..'tout enfin.... jusqu'aux TOoindres.... jusqu'aux plus infimes détails.... Je reste stupéflilt!... "En ce moment, un pas lourd retentit au haut de l'escalier.... Ce pas me fait tressaillir.... 11 descend I... Je voudrais me sauver.... Une force inconnue me retient... « C'est, lui! »me dis-je. En effet. . . . c'est bien lui .... Hans, le gendre fle Bingel, devenu vieux à son tour...* Il a le -crâne chauve^ les joues creuses, la face silloimée des rides de i'avariceetpeut-»étre du remords.... Il serre les lèvres ; puis, d'un air patehn.;.. souriant.... il medemairdè :
« Que désire monsieur^
* — Oh! rien..;, je suis entré par simple curio-^ « site.... Vous avez un beau moulin, monsieur..** » me permettez- vous de le visiter? »
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« Il ne dit rien et m'observe. Après avoir parcouru la salle inférieure, je traverse le petit pont en face.... au-dessus de Técluse.... je suis le bord de la rivière.... Voici le sentier.... là-bas les roseaux.... j'y vais tout tremblant.... De grands arbres.... de hautes broussailles.... quelques roches éparses me reportent vers de lointains souvenirs. La mare est sèche.... j'y entre, foulant aux pieds les prêUs et les joncs flétris. ... Enfin, j'arrive àTendroit que j'ai vu tant de fois dans mes rêves.... C'est là, dans ce petit enfoncement, que gisait le mort.... Je m'arrête et me perds dans d'immenses et singulières méditations. Puis, me réveillant et frappant du pied la terre : « Oui.... oui, » me dis-je.... « c'est ici que je l'ai vu. » En ce moment, un bruit imperceptible me fait tressaillir.. .. Je me retourne, et qu'est-ce que je vois? le gendre.... le meunier.... pâle.... la bouche frémissante.... l'œil étincelant. Il m'avait suivi I...
« Que faites-vous là? » me dit-il brusquement.
« — Moi.... rien.... monsieur.... je regarde?...
« -^ Vous regardez 1... Que regardez- vous ?
« — Ohl rien.... je voulais voir....
« — Vous n'avez rien à voir ici I »
« Gomme j'allais répondre, il ajouta d'un ton rude :
« Passez votre chemin ! »
« La physionomie de cet homme avait quelque
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chose d'épouvantable ; un éclair sinistre illuminait son regard.... Nous étions seuls.... la nuit tom« bait.... je m'empressai d'obéir I
« Telle est l'exacte vérité^ Christian ; maintenant, dis-moi, si tu veux, que mon rêve est absurde, qu'il n'a pas le sens commun, tout cela ne m'empêchera pas d'y croire. Oui , Hans a tué son beau* père.... j'en suis sûr.... je l'affirmerais sous le couteau de la guillotine I...
— Mais alors il faut le dénoncer I m'écriai-je en me levant.... il faut arracher son masque à ce misérable !
— Le dénoncer! y songes-tu, Christian?... Pour dénoncer le meunier, il faudrait des preuves matérielles.... et ces preuves manquent.... Si j'allais raconter mon rêve au vieux procureur Mathias Hertzberg, il me rirait au nez.... Peut-être même me ferait-il arrêter et conduire dans une maison de fous.... Qu'est-ce qu'un rêve pour les gens raisonnables!.... Une divagation de l'esprit pendant le sommeil.... rien.... moins que rien!
— C'est juste, Élof.... c'est juste.... Quand on ne comprend pas un fait, on le nie.... c'est plus simple que de l'approfondir.... La raison est une belle chose! »
Nous redescendîmes l'escalier delà bibliothèque tout méditatifs. Cette histoire m'avait bouleversé!
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Le 29 juillet 1835, Kasper Boeck, berger du petit village d'Hirchwiller, son large feutre incliné sur le dos, sa besace de toile filandreuse le long des reins, et son grand chien à poil fauve sur les talons, se présentait, vers neuf heures du soir, chez M. le bourgmestre, Pétrus Mauerer, lequel venait àe terminer son souper, et prenait un petit verre de kirschwasser pour faciliter sa digestion.
Ce bourgmestre, grande sec, la lèvre supérieure couverte d'une grande moustache grise, avait jadis servi dans les armées de l'archiduc Charles; il était d'humeur goguenarde", et gouvernait le village, comme on dit, au doigt et à la baguette.
« Monsieur le bourgmestre, » s'écria le berger tout ému....
Mais Pétrus Mauerer, sans attendre la fin de son discours, fronçant le sourcil, lui dit :
« Kasper Boeck, commence par ôter ton chapeau,
fais sortir ton chien de la chambre, et puis parle clairement, intelligiblement, sans bégayer, afin que je te comprenne. »
Sur ce, le bourgmestre, debout près de la table, vida traQquiUjenaeïiit son. petit verre, et huma ses grosses moustaches grises avec indifférence.
Kasper fit sortir son chien et revint le chapeau bas,
« Eh bien ! dit Pétrus, le voyant silencieux, que se passe-t-il ?
— Il se passe, que V esprit est apparu de nouveau dans les ruines de Geierstein !
— Ah ! je m'en doutais.... Tu Vas bien yi^i?
— Trèsrbien, njonsieur 1q bourgmestije.
— Sans feri^er les yeuoç?
— Oui,. monsieur le bourgroestre.... j'avaîs^ tes ywx tout grands ouverts.... Il Êdsait un bea,u cl^ir de lune.
■— Et quelle forme a-t-îl ?
— La forme d'un petit hoisme.
— Boni»
Et se tourn^ant vers une porte vitrée , à ga,ucbe :
« Katel ! » cria le bourgmestre.
Une vieille servante entr'ouvrit la porte.
« Monsieur?
— Je vais faire un tour de promenade jjehors.... sur la côte.... tu m'attendras jusqu'Jù dix heures.... A'oici la clef.
— Ouî^ moBsieur. »
Alors le. vieux aolxM décrochant un fusil de dessus la porte^ en vérifia Tamorce et le mit en ban* deulièFe; puis s'adressant à Rasper Boeck :
« Tu vas prévenir le garde champêtre de me rejoindre dans la petite allée des houx, lui dit-il,, derrière te moulin. Ton esprit doit être quelque maraudeur.... Mais si c'était un renard, je t'en ferais faire un magnifique bonnet à longues oreiltes. »
HaltvQ Jféi^us Mauerer et Thumble Kasper sortirent alors. Le temps était superbe, les étoiles in* nombrabtes. Tandis que le berger allait frapper à. la porte du garde champêtre, 1er bourgmestre s'enfonçait dans une petite allée de sureaux, qui serpente derrière la vieille église. Deux minutes aj^ïès, Kasper et Hans Gœrner, le briquet sur la haBcbe, ircgoignaieet en courait maître Pétrus dans l'allée des houx. Tous trois s'acheminèrent de coo^yagnie vers les ruines de Geierstein.
Ces ruines, situées à vingt minutes du village, paraissent assez insignifiantes; ce sont quelques pans de murailles décrépites, de quatre à six pieds de hauteur, qui s'étendent au milieu des bruyères. Les archéologues appellent cela les acqueducs de Seranus, le camp romain du Holderlock , ou les vestiges de Théodoric, selon leur fantaisie. La seule chose qui soit vraiment remarquable dans ces ruines, c'est l'escalier d'une citerne taillée dans le roc.
A Tinverse des escaliers en volute, au lieu de cercles concentriques se rétrécissant à chaque marche, la spirale de celui-ci va s'élargissant, de sorte que le fond du puits est trois fois plus lai^e que l'ouverture. Est-ce un caprice d'architecture, ou bien quelque autre raison qui a déterminé cette construction bizarre ? Peu nous importe ! Le fait est qu'il en résulte dans la citerne ce vague bourdonnement que chacun peut entendre en appliquant l'oreille contre un coquillage et que vous percevez les pas des voyageurs sur le gravier, le souffle de l'air, le murmure des feuilles, et jusqu'aux paroles lointaines de ceux qui passent au pied de la côte.
Nos trois personnages gravissaient donc le petit sentier, entre les vignes et les potagers d'Hirschwiller.
« Je ne vois rien, disait le bourgmestre en levant le nez d'un air moqueur.
■— Ni moi non plus, répétait le garde champêtre, imitant le ton de l'autre.
— Il est dans le trou, murmurait le berger.
— Nous verrons.... nous verrons.... » reprenait le bourgmestre.*
C'est ainsi qu'ils arrivèrent, au bout d'un quart d'heure, à l'ouverture de la citerne. Je l'ai dit, la nuit était claire, limpide et parfaitement calme. La lune dessinait, à perte de vue, un de ces paysages nocturnes aux lignes bleuâtres, parsemés d'arbres
grêles, dont les ombres semblent tracées au crayon noir. Les bruyères et les genêts en fleurs parfumaient Tair de leur odeur un peu âpre, et les grenouilles d'une mare voisine chantaient leur grasse antienne» entrecoupée de silences. Mais tous ces détails échappaient à nos bons campagnards ; ils ne songeaient qu'à mettre la main sur Vesprit.
Lorsqu'ils arrivèrent à l'escalier, tous trois firent halte et prêtèrent l'oreille, puis ils regardèrent dans les ténèbres.... Rien n'apparaissait.... rien ne remuait.
« Diable, dit le bourgmestre, nous avons oublié de prendre un bout de chandelle.... Descends, Kasper, tu connais mieux le chemin que moi.... je te suis. »
A cette proposition , le berger recula brusquement.... S'il s'était cru, le pauvre homme aurait pris la fuite ; sa mine piteuse fit rire le bourgmestre aux éclats.
« Eh bien, Hans, puisqu'il ne veut pas descendre, montre-moi le chemin, dit-il au garde champêtre.
— Mais, monsieur le bourgmestre, dit celui-ci, vous savez bien qu'il manque des marches , nous risquerions de nous casser le cou.
— Alors, que faire?
— Oui, que faire?
— Envoie ton chien, » reprit Pétrus.
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Le herser siffla son chien, hii montra Tescalier, rezcita.... mais lui, pas plus que les autres, ne voulut risquer l'aventure.
Bans <% moment, une idée lumineuse frappa le garde champèlire :
« fié! monsieur le bourgmestre , fiWl , n vous lâchiez un coup de fusil là dedans.
— Ma foi,s*écrîa rfiEtttre,tu'as raison,... on verra clair, au moins. »
Et sans hésiter, le brave homme ^'approcha êe Tescalier, épaulant son fusil.
Mais, par reJBTet d'acoustique que j'ai signalé précédemment, Yesprit, lemaraudeur, Tindividu qui se trouvait effectivement dans la citerne, avait tout entendu. L'idée de recevoir un coup de fusil ne parut pas lui sourire, car d'une vôîx grêle, perçante, il cria :
« Halte I ne tirez pas.... je monte 1 > Alors les trois fonctionnaires se regaa-dèrentim riant tout bas, et le bourgmestre, s'inclinaiit de nouveau dans l'ouverture, s'écria d'un ton rude 2 «Dépêche-toi, coquin, ou je tire.... Dépêchetoi 1»
Il arma son fusil, dont le tic tac parut hâter l'ascension du personnage mystérieux; on entendît rouler quelques pierres. Cependant il fallut bien encore une minute pour le vohr apparaître, la citerne ayant soixante pieds de profondeur;
Que faisait cet homme au milieu de pareilles ténèbres? Ce devait être quelque grand crimhiel! Ainsi pensaient du moins Pétrus Mauerer et ses acolytes.
Enfin, Une forme vague se détacha de Tombre, puis lentement, progressivement, un pettt homme, haut de quatre pieds et demi au plus, maigre, déguenillé, la figure sëche. et jaune, Vœîl étîncelant comme celui d'une pie et les cheveux en désordre, sortît en criant :
« De quel droit venez-vous troubler mes études, mîséral)lesî »
Cette apostrophe grandiose ne cadrait guère avec son costume et sa physionomie; aussi le boUrg* mestre indigné lui répliqua :
V Tâche de te montrer honnête, mauvais drôle, ou je commence par t'administrer une correc* tion.
— Une correction l dit le petit homme en bondissant de colère , et ise dressant ftous 'le nez du bourgmestre. . •
— Oui, reprit l'autre, qui pourtant ne laissait pas d'admirer le courage du pygmée, si tune réponds pas d'une manière satisfaisante aux ques^ tiotis que je vais te ppser. Je suis le bourgmestre d^irchwiller; voici le garde champêtre^ le berger et son chien, nous sommes plus forts que toi.... sois sage et dîs-m.oi paisiblement qui tu es, ce que
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tu viens faire ici , et pourquoi tu n'oses paraître au grand jour.... Ensuite nous verrons ce que Ton fera de toi.
— Tout cela ne vous regarde pas, répondit le petit homme de sa voix cassante. Je ne vous répondrai pas.
— Dans ce cas, en avant, marche 1 fit le bourgmettre, qui le saisit d'une main ferme par la nuque; tu vas coucher en prison. »
Le petit homme se débattait comme une martre; il cherchait même à mordre, el le chien lui flairait déjà les mollets, quand, tout épuisé, il dit, non sans quelque noblesse :
« Lâchez-moi, monsieur, je cède à la force.... je vous suis ! >»
Le bourgmestre, qui ne manquait pas de savoirvivre, devint plus calme à son tour.
« Vous me le promettez, dit-il ?
— Je vous le promets I
— C'est bien.... marchez en avant. >
Et voilà comment, dans la nuit du 29 juillet 1835, le bourgmestre fit la capture d'un petit homme roux, sortant de la caverne du Geierstein*
En arrivant à Hirchwiller, le garde champêtre courut chercher la clef de la prison, et le vagabond fut enfermé à double tour, sans oublier le verrou extérieur et le cadenas. Tout le monde fut
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ensuite se reposer de ses fatigues» et Pétras Mauerer, s'étant couché , rêva jusqu'à minuit à cette singulière aventure.
Le lendemain, vers neuf heures, Hans Gœrner, le garde champêtre, ayant reçu Tordre d'amener le prisonnier à la maison commune, pour lui faire subir un nouvel interrogataire , se rendit avec quatre vigoureux gaillards au violon. Ils en ouvrirent la porte, tout curieux de contempler le feu follet. Mais quelle ne fut pas leur surprise, en le voyant pendu par sa cravate au grillage de la lucarne 1 Plusieurs disent qu'il se débattait encore.... d'autres qu'il était déjà roide.... Quoi qu'il en soit, on courut chez Pétrus Mauerer, pour le prévenir du fait, et ce qu'il y a de certain, c'est qu'à l'arrivée de celui*ci, le petit homme avait rendu le dernier soupir.
Le juge de paix et le docteur d'Hirchwiller dressèrent un procès-verbal en règle de la catastrophe; puis on enterra Tincannu dans un champ de luzerne, et tout fut dit !
Or, environ trois semaines après ces événements, j'allai voir mon cousin Pétrus Mauerer, dont je me trouve être le plus proche parent, et, par conséquent, l'héritier. Cette circonstance entretient entre nous une liaison intime. Nous dînions ensemble, Causant de choses indifférentes, lorsque le bourgmestre me raconta la petite his-
toire précédente, comme je viens de la rapporter moi-même.
« C'est étrange, cousin, lui dis je.... vt^Eiiment étrange.... Et vous n'avez aucun autre renseigûement sur cet inconnu ?
— Aucun.
— Vous n'avez rien trouvé qui pût vous mettre sur la vofe de ses intentions?
— Absolument rien, Christian.
— Mais, au fait, que pouvait-il faire dans la citerne?... de quoi vivait-il? »
Le bourgmestre haussa les épaules, remplit nos verres et me répondit :
« A ta santé, cousin.
— A la vôtre. »
Nous restâmes quelque^ instants silencieux.... Il m'était impossible d'admettre la fin brusque de l'aventure.... et, malgré moi-même, je révais avec mélancolie à la triste d«stinée de certains hommes qui paraissent et disparaissent dans ce monde, comme l'herbe des champs, sans laisser le moindre souvenir ni le moindre regret.
« Cousin, repris-je, combien peut-il y avoir d'ici aux ruines de Geiersteîn ?
— Vingt minutes, au plus.... Pourquoi ?
— C'est que je voudrais les voir.
— Tu sais que nous avons aujourd'hui réunion du conseil municipal, et que je nepuist'accompagner.
— Oh î je les trouverai bien tout seul.
— Non, le garde champêtre te montrera le chemin ; il n'a rien de mieux à faire. »
Et mon brave cousin, ayant frappé sur son verre, appela sa servante :
« Katel, va chercher Hans Gœmer.... qu'il se dépêche.... voici deux heures, il faut que je parte. »
La servante sortit et le garde champêtre ne tarda point à venir.
Il reçut Tordre de me conduire aux ruines.
Tandis que le bourgmestre se dirigeait gravement vers la salle du conseil municipal , nous montions déjà la côte. Hans Gœmer m'indiquait de la main les vestiges de Taqueduc, Â ce moment, les arêtes rocheuses du plateau, les lointains bleuâtres du Hundsriick, les tristes murailles décrépites, couvertes d'un lierre sombre, le bourdonnement^e la cloche d'Hirchwiller, appelant les notables au conseil, le garde champêtre haletant, s'accrochant aux broussailles.... prenaient à mes yeux une teinte triste et sévère, dont je n'aurais pu me rendre compte : c'était l'histoire de ce pauvre pendu, qui déteignait sur l'horizon.
L'escalier de la citerne me parut fort curieux, sa spirale élégante. Les buissons hérissés dans les fissures de chaque marche, l'aspect désert des environs, tout s'harmonisait avec ma tristesse. Nous descendîmes, et bientôt le point lumineux de l'on-
verture, qui semblait'se rétrécir de plus en plus , et prendre la forme d'une étoile à rayons courbes, nous envoya seule sa pâle lumière.
Quand nous atteignîmes le fond de la citerne, ce fut un coup d'œil superbe que toutes ces marches éclairées en dessous, et découpant leurs ombres avec une régularité merveilleuse. J'entendis alors le bourdonnement dont m'avait parlé Pétrus : Timmense conque de granit avait autant d'échos que de pierres!
< Depuis le petit homme, personne n'est donc descendu ici ? demandai-je au garde champêtre.
— Non, monsieur.... les paysans ont peur.... Ils s'imaginent que le pendu revient.
— Et vous?
— Moi.... je ne suis pas curieux.
— Mais le juge de paix?... son devoir était....
— Hél que serait-il venu faire dans YOreille de la Chouette ?
— On appelle ceci YOreille de la Chomtte?
— Oui.
— C'est à peu près cela, dis-je, en levant les yeux. Cette voûte renversée forme assez bien le pavillon ; le dessous des marches figure la caisse du tympan, et les détours de l'escalier le limaçon, lu labyrinthe et le vestibule de l'oreille. Voilà donc la cause du murmure que nous entendons : nous sommes au fond d'une oreille colossale.
— C'est bien possible, > dit Hans Gœrner , qui semblait ne rien comprendre à mes observations.
Nous remontions, et j'avais déjà franchi les premières marches, lorsque je sentis quelque chose se briser sous mon pied : je me baissai pour voir ce que cela pouvait être, et j'aperçus, en même temps, un objet blanc devant moi.... c'était une feuille de papier déchirée.... Quant au corps dur qui s'était broyé, je reconnus une sorte de pot en grès verni.
« Oh 1 oh I me dis-je ; ceci pourra nous éclaircir l'histoire du bourgmestre. »
Et je rejoignis Hans Gœrner, qui m'attendait déjà sur la margelle du puits.
« Maintenant, monsieur, me cria-t*il, où voulezvous aller?
— D'abord, asseyons-nous un peu.... nous verrons tout à l'heure. »
Et je pris place sur une grosse pierre, tandis que le garde champêtre promenait ses yeux de faucon tout autour du village, pour découvrir les maraudeurs dans les jardins, s'il s'en trouvait.
J'examinai soigneusement le vase de grès, dont il ne restait plus qu'un débris.... Ce débris présentait la forme d'un entonnoir, tapissé de duvet à l'intérieur.... Il me fut impossible d'en reconnaître la destination. Je lus ensuite le fragment de lettre, d'une écriture très-courante et très-ferme.... Je le
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transcris ici textuellement.... Cela semble faire suite à une moiUé de feuille^ que j'ai cherchée dé* puis inutilement aux alentours de la ruine :
« Mon cornet micracoustique a donc le double avantage de multiplier à l'infini l'intensité des sons, et de pouvoir s'introduire dans l'oreille, ce qui ne gène nullement l'observateur. Vous ne sauriez croire, mon cher maître, le charme que l'on éprouve à percevoir ces mille bruits imperceptibles qui se confondent, aux beaux jours d'été, dans un bourdonnement immense.... L'abeille a son chant comme le rossignol > la guêpe est la fauvette des mousses, la cigale est Talouette des hautes her-bes.... le ciron en est le roitelet.... U n'a qu'un soupir, mais ce soupir est mélodieux !
^ Cette découverte, «lu point de vue du sentiment, qui nous fait vivre de la vie universelle^ dépasse, par son importance, tout ce que je pourrais en dire.
« Après tant de souffrances , de privations et d'ennuis, qu'il est heureux de recueillir enfin le prix de nos labeurs! Avec quels élans l'âme s'élève vers le divin auteur de ces mondes microscopi* ques, dont la magnificence nous est révélée 1 Que sont alors ces longues heures de l'angoisse^ de la faim, du mépris, qui nous accablaient autrefois? Rien, monsieur, rienl... Des larmes de re-
connaissance mouillent nos yeux. On est fier d*ayoir acheté, par la souffrance, de nouvelles joies à l'humanité et d'avoir contribué à sa moralisation. Mais quelque vastes, quelque admirables que soient ces premiers résultats de mon cornet micracousUque^ à cela seul ne se bornent point ses avantages. Il en est d'autres plus positifs, plus matériels en quelque sorte, et qui se résolvent en chiffres.
« De même que le télescope nous fait découvrir des myriades de mondes, accomplissant leurs révolutions harmonieuses dans l'inGni.... de même mon cornet micracoustique étend le sens de l'ouïe au delà de toutes les bornes du possible. Ainsi, monsieur, je ne m'arrêterai point à la circulation du sang et des humciurs dans les corps animés : vous les en« tendez courir avec l'impétuosité des cataractes; vous les percevez avec une netteté qui vous épouvante; la moindre irrégularité dans le pouls, le plus léger obstacle vous frappe et vous produit l'effet d'un roc, contre lequel viennent se briser les flots d'un torrent!
« C'est sans doute une immense conquête pour le développement de nos connaissances physiolo^ giques et pathologiques^ mais ce n'est pas sur ce point que j'insiste. En appliquant l'oreille contre terre^ monsieur, yous entendez les eaux thermales sourdre à des profondeurs incommensurables.... vous en jugez le volume, les courantSi les obstacles I
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« Voulez-vous aller plus loin? Descendez sous une voûte souterraine dont le développement suffise à recueillir une quantité de sons considérables ; alors, la nuit, quand tout dort, que rien ne trouble les bruits intérieurs de notre globe.... écoutez!
€ Monsieur, tout ce qu'il m'est possible de vous dire en ce moment^ car au milieu de ma misère profonde, de mes privations, et souvent de mon désespoir, il ne me reste que peu d'instants lucides pour recueillir des observations géologiques, tout ce que je puis vous affirmer, c'est que le bouillonnement des laves incandescentes, l'éclat des substances en ébullition est quelque chose d'épouvantable et de sublime, et qui ne peut se comparer qu'à l'impression de l'astronome, sondant de sa lunette les profondeurs sans bornes de l'étendue.
« Pourtant, je dois vous avouer que ces impressions ont besoin d'être encore étudiées et classées dans un ordre méthodique, pour en tirer des conclusions certaines. Aussi, dès que vous aurez daigné, mon cher et digne maître, m'adresser à Neustâdt la petite somme que je vous demande, pour pourvoir à mes premiers besoins, nous verrons à nous entendre, en vue d'établir trois grands observatoires suborbiens, l'un dans la vallée de Gatane, l'autre en Islande, et le troisième dans Tune des vallées de Capac-Uren, de Songay, ou de Cayembé-
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Uren, les plus profondes des GordillëreSy et par conséquent.... »
Ici s'arrêta la lettre.
Les mains me tombèrent de stupeur. Avais-je lu les conceptions d'un fou.... ou bien les inspirations réalisées d'un homme de génie? Que dire? que penser? Ainsi cet homme.... ce misérable, vivant au fond d'une tannière comme un renard.... mou-* rantde faim.... avait été peut-être un de ces élus, que l'Être suprême envoie sur la terre, pour éclairer les générations futures l
Et cet homme s'était pendu de dégoût, de désespoir !• On n'avait point répondu à sa prière, lorsqu'il ne demandait qu'un morceau de pain, en échange de sa découverte. C'était horrible.
Longtemps.... bien longtemps..... je restai là, rêveur.... remerciant le ciel d'avoir borné mon intelligence aux soins vulgaires de la vie.... de n'avoir pas voulu faire de moi un homme supérieur au commun des martyrs. Enfin, le garde champêtre me voyant les yeux fixes, la bouche béante, se hasarda de me toucher l'épaule :
« Monsieur Christian, me dit-il, voyez.,., il se fait tard — M. le bourgmestre doit être rentré du conseil.
— Ah I c'est juste, m'écriai-je en froissant le papier. En route I »
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Nous tedescendîmes la côte.
Mon digne cousin me reçut, la mine riante, sur le seuil de sa maison.
« Eh bien !.... eh bien t.... Christian, tu n'as rien trouvé de cet imbécile qui s'est pendu?
— Non.
— Je m'en doutais.... C'étaitquelque fou échappé de Stéfansfeld, ou d'ailleurs.... Ma foi.... il a bien fait de se pendre.... Quand on n'est bon à rien.... c'est ce qu'il y a de plus simple. »
Je partis le lendemain d'Hirchwiller. Je n'y retournerai jamais.
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