‹ Contes fantastiquesChapitre 7 sur 9 · LES · texte numérisé non relu

LES

FIANGÉS DE GRINDERWALD

Ouand toutes vos passions soDt éteintes, dit Christian, quand vous êtes revenu des illusions de la gloire et de la fortune, alors natt dans votre cœur une passion étrange, mystérieuse, aux jouissances infinies : Tamour de la pèche à la ligne.

Ah I mes chers amis, vous ne connaissez pas le bonheur de suivre le bouchon sur la rivière, de le diriger avec adresseaubord deFécume tournoyante, ou sous les grands saules, entre les roches moussues, où s'embusquent la truite et le saumon. Vous n'imaginez pas l'émotion du pêcheur, lorsqu'il voit le liégé filer sous la vague bleuâtre, qu'il sent le poisson se débattre à Thameçon et que, d'un vigoureux coup de poignet, il le lance à travers les airs sur la prairie, tout frétillant et miroitant au

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soleil. Non.... vous ne vous figurez pas un tel plaisir!

Le plus adroit pécheur à la ligne que j'aie connu est M. Zacharias Seiler, ancien juge au tribunal de Stantz, en Suisse, et plusieurs fois membre du grand conseil séant à Lucerne.

Après avoir sommeillé pendant vingt-cinq ou trente ans, aux clameurs de maître LudwigKilian, de maître Hemrherdinger et autres jurisconsultes de l'endroit, le bonhomme avait enfin demandé grâce et jouissait de sa retraite, rue de Kusnacht, près de la porte d'Allemagne, sous la direction de Mlle Thérèse, vieille gouvernante fort dévote, au nez crochu et le menton garni d'une légère barbe grise.

Ces deux êtres calmes, pleins d'indulgence l'un pour l'autre, respectaient leurs manies réciproques; Mlle Thérèse veillait à la tenue de monsieur, repassait son linge, avait soin dé renouveler sa provision de tabac, enfermée dans un grand pot de grès qu'elle humectait de temps en temps; puis elle était libre de songer à ses oiseaux, de lire ses heures, d'aller à la messe.

Maître Zacharias approchait de la soixantaine; il

portait perruque, et n'avait d'autre distraction que

de cultiver quelques fleurs, et de lire la Gazette des

Propylées.

Le première fois qu'il eut l'idée d'aller pêcher à

LES FIANCeS DE GRINDERWALD. 143

la ligne et qu'il se pourvut d'une gaule, d'un grand chapeau de paille, d'un sac à pèche et autres accessoires, ce fut une véritable affaire d'Ëtat. Durant quinze jours , Mlle Thérèse ne sut où placer ces nouveaux objets; elle murmura, elle eut des impatiences et dut se confesser dans le mois une ou deux fois de plus qu'elle n'en avait l'habitude.... puis, tout rentra dans l'ornière.

Seulement, lorsque monsieur voulait faire un tour de promenade à la pêche, l'excellent homme, qui déplorait lui-même sa faiblesse, contemplait le ciel d'un œil mélancolique et se prenait à dire :

« Il fait bien beau, ce matin, Thérèse.... Quel temps I Nous n'aurons pas de pluie d'ici trois semaines. »

Thérèse le laissait languir un instant, puis, déposant son tricot ou son livre d'heures, elle allait, chercher le sac à pêche, la camisole et le grand chapeau de monsieur.

Alors, la figure de maître Zaçharias s'animait.... il se levait et disait :

« Je pars! vous avez une excellente idée, Thérèse. ... Je vais à la pêche.

— Oui, monsieur ; mais vous serez de retour à sept heures, les soirées sont fraîches.

— Bah ! voilà deux mois que je ne tousse plus.... vous avez mis une croûte de pain dans le sac... et ma petite bouteille, Thérèse?

—Ne VOUS inquiétez donc pas, monsieur.... Est-ce que j'oublie jamais quelque chose ! »

Elle Taidait à s'affubler de son costume, et lui, ne se possédant plus de joie, murmurait avec impa.. tience :

«C'est bien. ...c'est bien.... merci.... je suis prêt. »

Enfin, prenant sa gaule, il descendait l'escalier. Thérèse, à la fenêtre, le regardait s'éloigner jusqu'à ce qu'il fût hors de la porte d'Allemagne; alors elle se rasseyait gravement et reprenait son ouvrage. Lui, tout en marchant, pensait :

« Thérèse aimerait mieux me voir assis au bureau, à lire mon journal.-., mais le moyen de rester chez soi par un temps pareil. ... Eh 1 eh ! Zacharias, tu ne sens plus tes jambes.... Oh! la verdure.... le grand air ! »

Et il allongeait le pas dans le petit sentier qui traverse les hautes herbes dans les glacis. Il lui semblait déjà voir la rivière.... les grands arbres tamisant l'ombre et la lumière autour de lui ; il lui semblait respirer l'âpre parfum des mousses, du lierre, ia résine odorante des sapins.... 11 entendait le murmure lointain des eaux, et le sifflement des sources vives au sortir des roches.

Une heure après son rêve était une réalité.... et, chose bien rare, une réalité plus complète que le rêve lui-même !

Oh ! c'est que la nature des grands bois, avec ses

halliers touffus, ses éclaircies lumineuse^, ses torrents resserrés dans les gorges profondes, et ses immenses perspectives dans les vallées désertes.... avec ses mugissements sonores, ses chants d'oiseaux, différents à toutes les heures du jour.... c'est que la nature des bois. ... la grande nature, ne se laisse point égaler par l'imagination de l'homme: toujours du nouveau, toujours de l'imprévu.... aujourd'hui et hier ne se ressemblent pas.... Le sublime artiste ne se repose jamais.

Un jour du mois de juillet 1845, le sac à pèche de maître Zacharias se trouva si plein de petites truites saumonnées, vers trois heures de l'aprèsmidi, que le bonhomme ne voulut plus en prendre, car, comme dit Pfadfinder, il faut en laisser pour le lendemain.... Après les avoir lavées dans la source voisme, et les avoir enveloppées soigneusement d'oseille des prés et d*orties, pour leur conserver de la fraîcheur ; après avoir replié sa ligne et s'être lavé les mains, il éprouva le désir de faire un bon somme dans les bruyères. ... La chaleur était excessive ; il voulut attendre que les ombres se fussent allongées, pour remonter la côte deBigelberg.

Ayant donc cassé sa croûte de pain et humecté ses lèvres d'une gorgée de Rikevir, il gravit à quinze ou vingt pas au-dessus du sentier, et s'étendit à l'ombre des sapins sur la mousse, les paupières appesanties.

H6 LES SIÂ^GËS pE PBINDERWALD.

Jamsiis le vi^^x jijgp p'ayait eu si sommjBîl ; l'ardeur accablante du solpil, dardant se3 longuei^ flèches d'or dap3 rpp^re des bpis, ripifpen^e pip^ ? mur^ 4/9S ip;sectes sur 15^ cÀte, disips lies prairies, sur lej$ eaux ; le roui:p^le9)^qt )pîotaiQ4§^ ramiers |>lotti4 S0U9 le dôipe spmbr^ des hêtres et 4e$ ché* nés, formmxA une s| gpandp t^^rp^onip, que l'âme de Zapbaria9$p fondait 4^ps cepopcer^iup^yers^el...: HbâiUa.... pntr'piuivrit les yppx, vit une bande de

geais traverser le feuillage puis, s'él^nt rpr

tourné, \\ pxhala un soupir et crut wqlf^ Ip liège de sa ligpe tourbillonner et jjesceujdre.... pn §auqiQn était pris*... il tirait.... U gaule se pliait en demicercle. — Le bonbpnime 4ornfjait profondément.... il râvail;.... et Tinainepse orchestre ppursuivait ^pr tour de lui 9a uiuçique éternelle.... Et le temps pasr sait I

Un milliard d'êtres animés avaient yécu tq^te lepr longue yie d'une heure, qu^^pd M. le juge s'ér veilla au sifflement d'np oiseau qp'il pe connaissait pas.

Il s'assit pour voir, et conceyez sa surprise : le susdit oiseau était une jeune fille de dix-sept h dix-huit ans, fraîche, les joues roses, les lèvres vermeilles, les cheyeux bruns flottant en lpngue|5 tresses, le petit nez retroussjé, la jnpp çpurte couleur cpquelicpt et le casaquin de moire bien serré,. .. une jeune paysanne qui descendait à grands p^s

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LES fami^S 9E iÇRINPfl^WALp. U7

le spnt^er sablonnep^ dp 9|ge)be^g^ un paz^ier en équilibre sur l^. tête et ^e bras m\ ppu hâlé, mais rond, dpdu, graciei^seijaie^t re/^purbé çur la tanche.

Ohl le jpli oiseai^.... qu'il sifflait bien.... et qu9 spn petit nienton, arrondi cpmn^ une péc^e, faisait plaisir à voir !

Ifaitre ^^^^Fjas çp septil; tout ém^.... i^n flot de ce sang chaud qui fait battre le çc^jif à Yfqgt ans, se pri): ^ cpurir (Jf^ifs ses yeines.... Jl rougit, et se levant :

« Bonjour, m^ belle enfapt, » i}p-ïl.

La jeune fille s'arrêta.... ouvrit ses grands yeux.... le reconnut.... (qui ne. connaissait pas au pays le bqî} vieux juge ^^charias?)

« Hé I fit-elle avec un sourire^ c'est jponsieur Zac^arias Seiler I »

Le vieiljard descepfiît à^àns le sentier.... voulut parler.... mais il ne balbutia que quelque^ parqles inintelligibles, cppime un tout jeune homme.... si bien que la jeufie ûl]p p^rut tout embarrassée. Knfln il lui dit :

ç Où dpQc allez-vqus par les bois q. cette heure, chère enfant?»

Elle étendit le br^s, et lui inontrant tout au loin^ au fond de la vallée, une maison forestière :

« Je retourne chez mqn père, dit-elle^ le garde Yéri Poerster, que vous connaissez s^qs doiate , monsieur le juge.

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— Comment, vous êtes la fille du brave Yériî... Ah! si je le connais.... Un bien digne homme.... Alors vous êtes la petite Charlotte, dont il me parlait autrefois en m'apportant ses procès-verbaux ?

— Oui, monsieur le juge.... Je viens de la ville et je retourne à la maison.

— Vous avez là un bien joli bouquet de fraises,» dit le vieillard.

Elle détacha le bouquet de sa ceinture et le lui présentant :

« S'il vous fait plaisir, monsieur Seiler ? »

Zacharias fut attendri.

•• Eh bien, oui, fit-il, j'accepte...» et je vous accompagne.... Je veux revoir ce brave Foerster.... Il doit se faire un peu vieux.

— Il est à peu près de votre âge, monsieur le juge, dit Charlotte d'un accent naïf.... de cinquantecinq à soixante ans. »

Cette réponse si simple ramena le bonhomme en lui-même, et tout en marchant il devint pensif.

Que pensait-il? Personne ne le sait.... mais combien combien de fois il est arrivé qu'un brave

et digne homme, qui s'imaginait avoir rempli toujours ses devoirs, a fini par découvrir qu'il avait négligé le plus grand, le plus saint, le plus beau de tous : celui d'aimer I — Et qu'il en coûte d'y penser un peu trop tard !

Bientôt maître Zacharias et Charlotte atteignirent

le détour de la vallée, où le sentier saute par-dessus un petit pont de bois et mène à la maison forestière. Ils aperçurent de loin Yéri Poerster avec son large feutre surmonté d'une brindille de genêt, l'œil calme, les joues brunes et les tempes grises, assis sur le banc de pierre près de sa porte ; deux beaux chiens de chasse d'un poil roux, étendus à ses pieds, et la haute treille montant derrière lui, jusqu'à la cime du pignon«

L'ombre descendait alors du Romelstein en face, et le soleil couchant étendait sa frange de pourpre entre les hauts sapins de l'Alpnach.

Le vieux garde, aux yeux perçants comme ceux de l'aigle, reconnut de loin mattre Zacharias et sa fille ; il vint à leur rencontre, et, soulevant son feutre :

« Salut, monsieur le juge, dit-il de l'air franc et cordial du montagnard ; quelle heureuse circonstance me procure l'honneur d'une telle visite?

— Maître Yéri, répondit le bonhomme, je me suis un peu trop attardé dans la montagne.... Estce que vous auriez un petit coin vacant à votre table, et un lit à la disposition de vos amis ?

— Hé! s'écria le garde, quand il n'y aurait qu'un lit à la maison, ne serait-il pas pour le meilleur, le plus honoré de nos anciens magistrats de Stantzî Ah! monsieur Seiler, quel honneur vous faites à l'humble demeure de Yérî Foerster! »

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150 LES FIANCES DE GRINÛÊRWÂLD.

Et montant les. six marches de ï'escjllier :

« Chrîstiria.... Christihâ.... è'écria-t-il, cdiirâ à la cave.,.. M. le juge Zacharias Seiler veut bîèii se reposer sôus notre toit. »

Alors une bonne vieille fémmè toute petite^ la figuré ridée comriie une fetiîlle de vigne, itiaîs encore fraîche et riante, la tête surmontée d'une coiffe à gi'ands rubans de liioircj parut sur le seuil et repartit aussitôt ëh murmurant :

kOh! Dieu'.... est-ce possible.... monsieur le jugel»

Et bien vite, elle descendit ati cellier.

< Eh ! mes bonnes gens, disait maitrë Zacharias, en vérité, vous me faites trop d'accueil.... je n'espëtaik pas....

— Monsieur le juge, si vous oubliez le bien que Vous avez fait, lés autres s'en souviennent. »

Alors la petite Charlotte, déposant son panier sur la table, parut toute fièrë d'avoir ataehé tin tel h6te à la maison. Elle sortit le sucré, lé café, toutes les petites provisions qu'elle aVait achetées en ville pour le ménage. Et M. le juge, regardant son joli profil, se sentit encofe une fois ému, son pauvre vieux cœur remuait doucement dans 3a poitrine et semblait lui dil'e : « Il faut airiier, Zacharias I... ilfautaimei*!... il faut aimer!... »

Que Vous dirai-je, mes chers amis? Maître Seilef passa la soirée chez le garde Yéri PodfSter, ou-

LÈS FIANCÉS DE &RINDEHWALD. l5i

bliant les inquiétudes de Tliérèse, sa promesse d'être de retour avant sept heures, ses vieilles habitudes d'ordre et de soumission.

Représentez-vous la grande salle, le plafond rayé de poutres brunes, les fenêtres ouvertes sur la vallée silencieuse ; la table ronde au milieu, couverte d'une belle nappe blanche à filets rouges ; rêtoile de la laiùpe éclairant les graves figures de ZâchârlaS et de Yéri Poerster, la douce physionomie de Charlotte, rose et souriante, et le petit bonnet de dame Christinà aux longues ailes tremblotantes. Représentez- vous la grande sdupièi^e au Wrge ventre fleùronnê, d'où s'échappe une vdpelir appétissante, le plat de truites garni de persilj les assiettes couvertes dé fruits et de rajrôns dô nfiel jaunes ^omme de Tor.... puis le dighé papa Zdcliarlàs présentant tour à tour ces fruits et èes beàtix rayons de miel â la petite, cttfi baissait lëè jretii^ étonnée des complinlèntd et deà tendres paroléd du vieillard.

Le brave Yéri se redressait tout fier de ces éloges, et dame Christinà disait :

« Oh! monsieur le juge, vous êtes trop bon.... Vous ne savez pas combien cette petite nous donne de chagrin..,. Elle est si vive, si entêtée quand elle veut quelcjue chose !... Ah! vous allez nous la gâter avec tant de belles paroles. »

A quoi Zacharias répondait :

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« Dame Gbristina, vous possédez un trésor!... mademoiselle Charlotte mérite tout ce que j'en dis de bien. »

Alors, maître Yéri, levant son verre, s'écriait :

« A la santé de notre bon et vénérable juge Zachariasi »

Et tout le monde buvait.

Représentez-vous aussi l'horloge chantant les heures d'une voix enrouée ; les chiens de chasse se promenant sous la table, happant les os et projetant leurs ombres bizarres sur le plancher...* En dehors, le grand silence des bois, le dernier chant de la cigale, le vague murmure de la rivière.

« Qu'on serait heureux de vivre ici, avec une eune et jolie compagne, ayant le pain assuré, calmes, tranquilles, obéissant à sa bien-aimée, un peu folle, capricieuse, mais riante.... à quatre pas de la rivière, où l'on jetterait de temps en temps sa ligne ; à l'ombre des grandes forêts, où se promènerait la chasse du beau-père Yéri Poerster, éveillant les échos d'alentour.... Quel bonheur I quelle existence î »

Ainsi rêvait Zacharias.

Enfin, entendant sonner onze heures, et sentant la fraîcheur du soir arriver, il se leva. Qu'il était jeune I qu'il se trouvait frais et dispos! avec quelle ardeur il aurait déposé un baiser sur la petite

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main de Charlotte! — Oh! mais il n'y faut pas songer encore.... Plus tardl

€ Allons I maître Yéri, fit-il, voici l'heure de dormir.... Bonne nuit, et merci, grand merci de votre hospitalité.

— A quelle heure monsieur le juge se lève-t-ilî demanda dame Ghristina.

— Oh! dit-ilenregardantCharlotte, noussommes matinal. Tel que vous me voyez, chère dame, je ne me sens pas encore de Tâge : je melèveàcinq heures l

— C'est comme moi , monsieur Seiler , s'écria le garde, je me lève avant le jour; mais on a beau dire, c'est fatigant tout de même.... on n'est plus jeune, hé I hé! hé!

— Bahl je ne me suis encore senti de rien, maître Poerster; je n'ai jamais été plus vigoureux, plus alerte. »

Et le voilà qui monte d'un pas dégourdi les hautes marches de l'escalier. Vraiment, maître Zacharias n'avait alors que vingt ans; mais ces vingt ans ne durèrent qu'un quart d'heure; et une fois couché dans le grand lit de plumes, la couverture tirée jusqu'au menton , et le mouchoir noué autour de la tête, il se dit en lui-même :

« Dors, Zacharias, dors ; tu es bien fatigué, tu as grand besoin de repos! »

Et il allait s'endormir quand, rouvrant les yeux et rêvant à Charlotte, il reprit :

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154 LÈS FIANCES 1)£ GRlNDÈfeWALD.

« Noh, je né suis paè las i J*ai vingt âris ; ouï, mon cœur a vingt ans I Ôh ! je né ferai pas là folié de m'enfermer daiis les bibliothèques , de passer ma jeuflèsse sur les Paridectes et Ifes Commentaires d'Altia. Je veux aimer, je veux être héureiix ! i

Et lé bonhomme s'èndornïît pi'Ofondémèht. Jusqu'à neuf heures , il ne fit qu*uh somme. Encore fallut-il que le vieux garde, rentrant de sa tournée matinale, après l'inspection des coupes , des filets tendus dans la rivière, et des lacets dans les broussailles, inquiet de ne pas le voir descendre, entrât dsliis èa chambre en lui souhaitant le bonjour. Alors , voyant le soleil haut, entendant tous lès oiseaux s'égosiller dans le feuillage, le bonhomme^ un peu honteui de se^ forfanteries de la veille^ se leva, alléguant les fatigues de la jjêehe et la longueur du souper de la veille.

« Hé! monsieur Seilér, dit le garde forestier, c'est tout naturel; j'airnerais aussi à faire la grasse tnatiiiée, s'il ne fallait marcher, toujours marcher. Ce qu'il me faudrait, voyez-vous, ce serait un gendre jeune, ùti solide gaillard pour me remplace^... ie lui cédëfaîs volôfatiers mion fusil et inon sac. »

Zacharias ne put se défendre d'un grand trdùblë à ces paroles. S'étant habillé , il descendit en silence. La bonne dame Ghristina l'attendait. Charlotte était partie faire les foins.

Le déjeuner fut court, et M. le juge, plus gravé.

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ayant réiïiercié ces bonnes gens , reprit le chemin de Stantz , tout méditatif, se rappelant les inquiétudes (Jti'avàlt riëcessàireihent éprouvées Mlle Théi'èsej mais iié pduvant se détacher de ses espérance^, et des lùille illtiisions charmantes qui venaient ^'éclofè dans son âme, comme une tdrdive iiichée de fauvettes.

Il eôt ihutilè de vous peifïdre la réception que lui fié H digûë gouvernante, ses reproches, sa colère inêtiië : elle îi'avait pas fermé Tœil de la nuit; elle ûiéit cru Monsieur iioyé daiis la rivière; elle avait mis dix personnes à sa recherche, etc., etc.

M. Sëiler écouta ces plairites avec calme, comme jàdiè les fûêtàphol-es d*ûti avocat plaidant uiié cause perdue..,. Bref, il persévéra dans ses con* clusidns; lesl bouderies de Mlle Thérèse n'y purent absolumeht tien.

Au cointnenceiÈent de Tautoitihe, il avait tellement pris rhabittidë d'être à la Inaison forestière, qti'dh le trouvait là plus souvent que thez lui, et qù'ë le vieux garde ne sachant à quefle ferveur de pêche attribuer ses visites, se trouvait fort embarrassé de refuser les présents que le digne magistrat, du reste fort à son aise, le suppliait d'accepter en compensation de son hospitalité journalière.

Bieù plus, M. Seller voulait partager ses occupations, le suivre dans ses coupes; il voulait être de

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toutes ses excursions dans le Grinderwald et TEntlibach.

Yéri Foerster, secouant parfois la tête , disait : « Je n'ai jamais connu de meilleur juge, d'homme plus savant en toutes sortes de choses, plus intègre, plus respectable que M. le juge Zacharias Seiler. Autrefois, quand je lui portais les rapports que j'avais faits, il ne me donnait que des éloges, et c'est à lui que je dois mon grade de brigadier.... Mais, disait-il à sa femme, je crois que l'esprit de cet excellent homme déménage ... Ne voilà-t-îl pas que, l'autre jour, il veut me prêter la main pour construire la hutte aux mésanges.... il se donne un mouvement, une activité singulières.... Et puis ne va-t-il pas aider Charlotte à retourner les foins, au milieu de tous les paysans qui riaient.... En vérité, Ghrîstina, cela ne convient pas.... surtout à un tel personnage.... Je n'ose lelui dire.... il est tellement au-dessus de nous 1 Et puis, est^-ce qu'il ne veut pas maintenant me forcer de recevoir pension.... et quelle pension.... cent florins par mois I... Et cette robe de soie qu'il donne à Charlotte pour le jour de sa fête.... Est-ce qu'on porte des robes de soie dans nos vallées?... Est-ce qu'une robe de soie convient à la fille d'un garde forestier?

— Eh! disait la femme, laisse-le faire.... avec un peu de lait... du miel.... ce bon M. Zacharias

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est content.... Il se plaît chez nous.... c'est tout simple; à la ville , il est seul avec sa vieille gouvernante dans sa grande maison.... tandis qu*ici, notre petite a soin de lui ... il aime à causer avec elle!.- Qui sait?... il finira peut-être par Tadopter.... et, s'il meurt, elle sera couchée sur son testament. »

Le garde, ne sachant à quoi s'en tenir, haussait les épaules; son jugement naturel lui faisait entrevoir quelque mystère ; mais il n'allait point jusqu'à soupçonner la folie du bonhomme.

D'ailleurs, un beau matin, il vit descendre de la côte du Bigelberg une voiture chargée de trois grands tonneaux de vieux vin de Rikevir.

C'était, de tous les présents qu'on aurait pu lui faire, le plus agréable ; car Yéri Poerster aimait par-dessus tout un verre de bon vin :

« Ça réchauffe, » disait-il en riant.

Et quand il eut goûté celui-là, il ne put s'empêcher de crier :

c Ce bon M. Zacharias est vraiment le meilleur, le plus honnête homme du monde.... ne voilàt-il pas qu'il nous remplit le cellier!... Charlotte, va lui cueillir les plus belles fleurs du jardin.... Tu couperas toutes les roses.... entends- tu?... les plus beaux jasmins.... tu en feras un bouquet, et, quand il viendra, tu le lui présenteras toi-même.... Dieu, quel vin I quel feu!... Ah I j'aurai donc quel-

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158 LES FIANCSS PIS £R11}PERWA4.».

ques tonnes de bon vi^ dan^f ma cave.... Voilà ice que je désirais depuis vingt ai^^l*.. C^iarlotte.... pharlotte.... dépéahe-tQ}.... il arrive ayec sja g^a^de gaule,

— Oui, BQipp pèfe. »

Un 3ffet, le bon Yie^x apparaissait si^r la côte, à Tombre des sapins.... Il marchait d*un pas ¥|f.

De plus loi)) que Yéri Fpierster pi^jt luf g^df egser h parole, levant squ v^rre, il cri?. .:

« A la santé du meilleur lipmme qi^ j^ cpgr naisse.... Â la santé de notre bienfi^iteur i ^

Et Zacharias souriait.

Dame Gbristina avait déjà mis la cuisine eu feu; un lapereau tournait à la broche.*., en entendait le remue-ménage.

Les yeu^ du vieux juge brillai^nt de ^^tisf^Cr tion; mais quand il vit Charlotte, en petite jupe coquelicot, les bras nus jusqu'au coude, courir par les allées du jardin et cueillir des fleurs.... quand il la vit apparaître avec son grand bququet, qu'elle lui présenta humblement, les yeu:i: baissés di« sant :

% Monsieur le juge, voulezrvpus ikcaepter ce l^oi^r quet de yotre petite Charlotte? »

Alors une rougeur subite colora ses joues vépér râbles, et comme elle se baissait pour lui prendre la main :

« Oh I non, chère enfant, dit-i), non.... m^is acr

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LPS flANC^S pE aRINDER^ALD. 159

cepte? dp yalre ftipi,— ^e votre meilleur an^..,. up baiapr p}us tendre. »

pt il ]['emJ)rafisaL sur ses joues rosps.

Le vieux garde, riant aux éclats, s*écria :

« MoDsiepr Seiler, venez donc vqus a^sppir squs Tacacia.... vene? goûter votre v^n.... Ah I m§, femme a bien raispn de dire (jue youg êtes notre bienfaiteur! »

Maître Zachariai? s'ét^ant ^ssis devant la t^blp dp sapin, en plein aif ^ ^ g^ule contre le naur, Charlotte en fjace de lui ,et iféri Fperster à sa (iroite, le (iîner fut servi et 1^. le juge se mit ^ parler 4e §es prpjets ppur Fayenif .

il avait des économies et tenait de sa famille une jolie fortune biep ménagée. Il ypulaijt acheter quelques cents hectares de bois autour (de |^ vallée.... bâtir à mi-côte une maison forestière.

« Nous serons toujours ensemble, disaiji-il à Yéf i Fperster..., tantôt you3 chez ippi.... ^^^t ^^\ chez vous I »

La mère Ghristina vint à son tour, et J'pï) 4pvisa de choses et d'aytres» Charlotte parai^s^t cQQtente et Zacharias s'imaginait être compris de ces |)raye9 gens.

C'est ainsi qijip le temps s'écoula, et quan4 la nui{; fut vepup, qu^i^d op eut bien Uié le fikeyjr, le lapereau de d^ipe Ghristina ej; les kpççhkn saupoudrés de canpelle, M. le jifgp Spiler, heg-

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reux, content, plein des plus riantes illusions, monta dans sa chambre, renvoyant au lendemain sa grande déclaration, et ne doutant pas d'être agréé.

Il tenait le bouquet de Charlotte à la main, et, quand il fut seul, il se prit à le baiser, pleurant comme un véritable enfant et ndurmurant :

« Zacharias.... Zacharias.... tu seras le plus heureux des honames.... tu vas rajeunir.... et peutêtre.... peut-être.... s'il plaît au Seigneur, tu renaîtras dans un petit Zacharias.... ou dans une jolie petite Charlotte, qui viendra sautiller sur tes genoux et te caresser de ses petites mains roses. »

A cette pensée, le bonhomme s'assit, enivré d'espérance; il resta plus d'une heure à rêver, le coude au bord de la fenêtre , les yeux tout grands ouverts, écoutant les grenouilles chanter au clair de lune dans la vallée silencieuse. Enfin il se coucha vers une heure du matin, et s'endormit comme un bienheureux.

A cette époque de l'année , les montagnards du Hârberg, de Kusnacht et des autres hameaux d'alentour, descendent de leurs montagnes vers une heure du matin, et viennent faucher les hautes herbes de la vallée. On entend alors leurs chants monotones, au milieu de la nuit, accompagner en cadence le mouvement circulaire des faux, les gre-

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lots de leurs attelages» et les voix des jeunes filles et des jeunes garçons riant au loin dans le silence. C'est une harmonie étrange, surtout quand la nuit est claire.... que la lune brille.... et que les gouttes de rosée, tombant du ciel, produisent sur les feuilles des arbres un immense et doux murmure.

Or, mattre Zacharias n'entendait rien de tout cela, car il dormait de toute son âme, quand une poignée de pois, lancée contre les vitres , l'éveilla en sursaut.

Il prêta l'oreille et entendit dehors, au pied du mur, un : « scit!... scit!... » mtirmuré tout bas, si bas, qu'on eût dit le frôlement de quelque oiseau. . . . Pourtant le cœur du bonhomme tressaillit.

• Qu'est-ce que cela? » se dit-il.

Après un long silence, une voix douce. . .« tendre. . . . reprit :

« Charlotte.... Charlotte.... c'est moi! »

Zacharias frémit, et, comme il écoutait encore les yeux écarquillés , le feuillage de la treille s'agita contre les petites vitres, une figure monta doucement.... doucement.... puis s'arrêta, regardant à l'intérieur.

Alors le vieillard indigné se leva et ouvrit la fenêtre, que l'inconnu enjamba sans bruit.

« N'aie pas peur, Charlotte, dit-il, je viens t'annoncer une bonne nouvelle.... Mon père sera ici demain.... »

168 LES FUMGtS DE GRINDERWALD»

Et ne recevant point de réponse^ car Zacharias^ la main tremblante, allumait la lampe :

< Où donc es-tu, Charlotte?

— Me voici , » fit le vieillard en se retournant tout pâle et regardant son rival.

C'était un beau jeune homme, svelte, élancé, l'œil noir bien ouvert, la joue brune, les lèvres vermeilles, couvertes d'une petite moustache, le large feutre à feuille de chêne incliné sur l'oreille.

L'apparition de Zacharias l'avait surpris au point qu'il restait immobile.

Et comme le juge élevait la voix :

« Au nom du ciel, dit-il, ne criez pas I Je ne suis pas un voleur.— j'aime Charlotte 1

— Et.... elle.... elle...? fit Zacharias.

— Elle m'aime aussi.... Oh! vous n'avez rien à craindre si vous êtes un de ses parents.... Nous nous sommes fiancés aux fêtes de Rusnacht.... Les fiancés du Grinderwald et de FEntlibach peuvent se visiter la nuit.... C'est un usage de TUnterwald.... Tous les Suisses savent cela 1

— Yéri Foerster.... Yéri.... le père de Charlotte ne m'en avait rien dit. ..le malheureux 1

— Non...» il ne sait pas encore nos fiançailles, fit l'autre d'un ton moins haut; quand je lui ai de* mandé sa permission l'année dernière, il m'a dit d'attendre.... que sa fille était encore trop jeune. ... alors.... nous nous sommes fiancés tout seuls..*.

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Seulement, comme je n'avais pas le consentement de Foerster..,. je ne venais pas la nuit.... C'est aujourd'hui la première fois.;.. Je voyais Charlotte à la ville.... les jours de marché.... mais le temps nous paraissait long à tous les deux...» si bien que j'ai fini par tout avouer à mon père.... 11 m'a promis de voir Yéri demain.... — Et que voulez-vous, monsieur! je savais que cela ferait tant de plaisir à Charlotte, que je n'ai pu m'empècher de venir lui annoncer cette bonne nouvelle. »

Le pauvre vieux tomba sur une chaise et se couvrit le visage des deux mains , comme abtmé de douleur.

Oh! qu'il dut souffrir.... que d'amères pensées durent traverser l'âme de cet homnw de bien!.... quelle triste déception, après tant et de si douces espérances !

Quant au jeune montagnard , il n'était pas rassuré non plus ; appuyé contre le mur , les bras croisés sur la poitrine , il se disait }

« Si le vieux Poerster , qui ne connaît pas nos fiançailles, arrive, il me tuera d'abord.... sans rien écouter.... c'est sûr! » *

Et il regardait vers la porte> prêtant l'oreille au moindre bruit.

Au bout de quelques instants, Zacharias , levant la tête comme au sortir d'un rêve, demanda :

« Gomment vous appelez-vous î

— Karl Imant, monsieur.

— Quel est votre état î

— Mon père espère obtenir pour moi sa place de garde forestier à Grinderwald. »

Il y eut un long silence; Zacharias regardait ce b^au jeune homme d'un œil d'envie.

c Elle vous aime bien, n'est-ce pas? reprit-il d'une voix brisée.

•— Oh ! oui, monsieur. , . . nous nous aimons bien ! »

Alors lui, abaissant les yeux sur ses jambes maigres, sur ses mains sillonnées de grosses veines, murmura :

« Oui.... elle doit bien l'aimer.... lui!... Il est jeune.... il est beau!... »

Et sa tète retomba accablée.

Tout à coup il se leva tremblant et fut ouvrir la fenêtre.

« Jeune homme, dit-il, vous êtes bien coupable.... Vous ne saurez jamais le mal que vous avez fait.... Il fallait obtenir le consentement de Yéri Foerster.... mais allez.... allez.... vous aurez de mes nouvelles ! »

Le jeune montagnard ne se fit pas répéter l'invitation; d'un bond , il s'élança dans le sentier et disparut derrière les grands arbres.

« Pauvre.... pauvre Zacharias.... murmurait le bonhomme, voilâtes illusions envolées! »

Et il se recoucha en sanglotant, s'entourant la

tête de la couverture de son lit, pour n*étre pas entendu.

Vers sept heures, ayant repris un peu de calmet après s'être lavé le visage , il descendit dans la grande salle.

Yéri Foerster , sa femme et Charlotte , l'altendaîent déjà pour déjeuner.

Le vieillard , détournant les yeux de la jeune paysanne, s'avança vers le garde et lui dit :

« Mon ami, j'aurais une demande à vous faire.... Vous connaissez le fils du garde forestier de Grinderwald n'est-ce pas î

— Karl Imant.... oui, monsieur le juge.

— C'est un fort beau garçon.... et, je crois.... de bonne conduite.

— Je le crois aussi, monsieur Seiler.

— Est-il dans les conditions voulues pour succéder à son père ?

— Oui, il a vingt et un ans.... il connaît l'aménagement des coupes.... l'essence des bois.... il sait lire.... écrire.... mais cela ne suffit pas.... il faudrait des protections.

— Eh bien , maître Yéri, j'ai conservé quelque influence dans Tadministration supérieure des eaux et forêts.».. D'ici quinze jours ou trois semaines, Karl Imant sera garde forestier à Grinderwald.... et je vous demande la main de Charlotte pour ce brave et- beau garçon. »

A cette conclusion, Charlotte qui, dès l'abord, était devenue toute rouge, et qui tremblait comme une feuille, fît un cri et tomba dans les bras de sa mère.

Le vieux garde se retourna et la regardant d'un œil sévère :

« Qu'y a-t-il, Charlotte? Tu refuses?

— Ohl non, mon père..., non!

— A là bonne heure, car, moi, je n'ai rien à refuser à M. le juge Zacharias.... Viens ici.... et remercie ton bienfaiteur. >»

Charlotte accourut, et le bon vieillard, osant alors la presser sur son cœur, la regarda longtemps, longtemps, les yeux voilés de larmes. Puis, alléguant la demande qu'il était pressé de faire, il se mit en route, n'emportant qu'une simple croûte de pain dans son sac pour déjeuner.

Quinze jours après, Karl Imant recevait le bre^ vet de garde forestier en remplacement de son père, à Grinderwald, et huit jours plus tard il épousait la petite Charlotte.

Les convives burent de ce vieux vin de Rikevir, tant estimé par Yéri Foerster, et qui semblait être arrivé fort à propos pour la circonstance.

M. Zacharias Seiler ne put être de la noce, étant indisposé ce jour-là.... Depuis, il va rarement à la pêche.... et toujours à Brunnen.... vers le lac..., de l'autre côté de la montagne !

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