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Contes féeriques

Ces Contes t'appartiennent doublement, car tu en as résumé la pensée intime dans le charmant Frontispice qui, sans doute, donnera envie de les lire? D'ailleurs, en les écrivant, je songeais à toi, avant de songer au public. Amuser un artiste, pour qui le mouvement et la vie n'ont pas de secrets, pour qui la nature est pleine d'âmes, et que la Couleur enivre de ses harmonies mystérieuses, n'est-ce pas la plus belle tâche et la plus difficile que puisse rêver le poète?

Quand tu étais tout petit, sous le regard tutélaire de ma chère femme, de ta mère bien-aimée, j'improvisais, pour te charmer, des histoires où je mêlais les Fées à de toutes petites personnes; mais je les mêle maintenant à de grandes personnes, à ce monde parisien tout plein de raffinements, dont ton crayon exprime si bien les passions quintessenciées et subtiles. En feuilletant ces Contes, le lecteur devi-

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nera sans peine qu'un vieux rimeur comme moi ne saurait connaître les modes récentes, et que mes jeunes gens élégants et mes belles dames ont été costumés par un peintre, épris de la compliquée et changeante modernité. Il admirera des toilettes d'un goût curieux, que le couturier n'inventerait pas; et ainsi il m'aidera un peu à m'acquitter de ce que je te dois. Quant à moi, mon cher enfant, j'ai tâché de t'enseigner que l'Art n'admet pas de mensonges, et qu'en dehors de la sincérité, il n'y a rien, c'est-àdire tout ce que m'a appris l'expérience; n'est-ce pas la seule chose que pouvait faire pour toi

Ton vieux ami

Théodore de Banville.

Paris, le 5 février 1882.

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